Sorcière vaudou

Morane est intriguée par l’arrivée de sa nouvelle voisine haïtienne. Une aura de mystère semble l’entourer, car des phénomènes étranges ont lieu en sa présence. Elle la soupçonne d’être une sorcière, prête à leur jeter des mauvais sorts.

Ouf. Par où commencer? Avant même d’ouvrir le livre, déjà, le titre: « Sorcière vaudou ». J’ai beaucoup de mal avec cette association commune entre vaudou et sorcellerie. Toute religion est faite de croyances et de gestes qui échappent à toute explication scientifique. Ça n’en fait pas des formes de sorcellerie. Les personnes qui pratiquent le vaudou sont appelées vaudouisantes, pas sorcières. Ensuite, la page couverture ne fait qu’en ajouter une couche en montrant une personne en contre-jour qui semble évoquer un démon ou je ne sais quoi. Deux personnes, blanches, ont l’air effrayées. Le livre est publié dans la collection Frissons chez l’éditeur, Héritage Jeunesse: Oui, parce que le vaudou, c’est un truc de récits d’horreur. Eh, misère… 🤦🏿‍♀️

J’avais déjà lu quelques romans de l’autrice afro-québécoise Dïana Bélice et j’avais chaque fois pu relever des passages et représentations problématiques dans ses livres. J’ai tout de même tenté d’entamer ma lecture de Sorcière vaudou avec un esprit ouvert. Le personnage principal de l’histoire est Amandine, une petite fille noire que l’on rencontre pour la première fois en page 4 où elle est décrit comme étant coiffée d’énormes lulus qui « ressemblent à d’énormes nuages noirs ». C’est une nouvelle élève venue d’Haïti et elle est donc sujette à l’attention et la curiosité de ses camarades. C’est normal. Et même s’il est clair qu’il s’agit d’une petite fille noire, ce n’est pas la couleur de sa peau qui attise les regards, mais simplement le fait qu’elle soit nouvelle. Sauf que dès la page 5, elle monte dans l’autobus scolaire, salue le chauffeur et regarde autour d’elle les passagers déjà installés, et on dit qu’il s’agit d’une attitude étrange (!). Par la suite, des choses tout à faits banales et normales (des sourires, des paroles anodines, des jeux, de la nourriture, une invitation à une fête) seront qualifiés d’étranges, effrayants, mystérieux, surnaturels, maléfiques ou suspects, et ce, sans aucune raison apparente. L’autrice surfe sur le fait qu’Amandine soit différente des autres (immigrante, nouvelle) pour créer une aura effrayante autour d’elle tout au long du roman. Pourtant, c’est bien la base de la xénophobie: ce qui est étranger et différent fait peur. J’ai trouvé ça vraiment maladroit qu’on utilise la différence ethnique et raciale pour en faire un récit d’horreur.

Après, j’ai vraiment senti que l’autrice ne s’adressait pas à moi en tant que lectrice noire. Ce qui est supposé faire peur est en réalité pour moi des choses familières. Par exemple, du riz collé accompagné de lambi, un délicieux plat haïtien, est comparé à des vers de terre pour faire peur au lecteur. On dit d’Amandine et de sa famille qu’ils pratiquent de la magie noire alors qu’ils sont simplement vaudouisants. Les vieux grands-parents d’Amandine, parce qu’ils ont le teint sombre et sont âgés, sont comparés à des zombies effrayants. Un membre de la famille d’Amandine, « aussi foncé que la nuit » sourit de ses dents blanches et les deux camarades blancs d’Amandine frissonnent (p.34). Dans quel monde est-ce que des personnes normales qui ressemblent aux membres de ma famille doivent-ils me faire peur?? J’ai vraiment senti que ce roman était écrit d’abord et avant tout pour le lectorat blanc.

Au milieu de l’histoire, les deux camarades blancs d’Amandine vont faire des recherches sur la magie noire et, bien sûr, vont tomber sur le vaudou. Ils en concluront que la famille d’Amandine sont « des sorciers vaudous! Comme dans les films d’horreur! » (p. 63). Et on aura bien sûr droit au passage sur la poupée utilisée pour jeter des sorts maléfiques.

À la fin de l’histoire, les deux camarades blancs d’Amandine confronteront cette dernière et elle leur expliquera tout ce qu’ils avaient mal interprété. Ses jeux dans la cours d’école étaient en réalité une célébration pour remercier la vie de ses bienfaits; les os dans sa boîte à lunch étaient simplement les restes de son repas; les « zombies » chez elle étaient ses grands-parents; et il n’y avait aucun lien entre la poupée aux cheveux coupés et la nouvelle coiffure d’une élève de l’école. Mais même si on mentionne que « lorsque les gens ne connaiss[ent] pas quelque chose, ça fait peur […], quelques fois ils s’inventent des histoires auxquelles ils préfèrent croire au lieu de s’informer. » (p.93), ce n’est pas suffisant pour passer sous silence les 92 pages précédentes bourrées de clichés et de stéréotypes. Dommage. Je n’ai vraiment pas aimé ce roman.

Dïana Bélice est une autrice québécoise d’origine haïtienne.

Pour commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Sorcière Vaudou
AUTEUR(S): Dïana Bélice
ÉDITION: Héritage jeunesse, 2020
ISBN: 9782898121845
PRIX: 10,95$
8 ANS ET PLUS

Voici trois autres livres avec des représentations problématiques de personnages noirs: F pour fille: Emma, Zoé: Championne de cas ratés, et Il faut sauver Nikili!

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