Né coupable

En mars 1944, la ségrégation bat son plein en Caroline du Sud. George Stinney, jeune Afro-Américain de 14 ans, est arrêté pour le meurtre de deux fillettes blanches. Le garçon, qui reconnaît les avoir croisées quelques heures avant leur disparition, est le coupable idéal aux yeux du shérif. Interrogé et poussé à signer des aveux dont il ne comprend pas le sens, il est condamné à mort.

Né Coupable de Florence Cadier est un livre nécessaire pour ne jamais oublier l’histoire et à quel point la justice est fragile. Un livre pour aussi se souvenir que les erreurs judiciaires existent encore aujourd’hui et que la plupart des victimes sont noires.

Tout ce passe très vite dans l’histoire: c’est comme un tourbillon immense, celui-là même qui a emporté avec lui George Stinney, le personnage principal. L’autrice maîtrise très bien le suspense et les émotions, un équilibre fragile qui ne peut que garder captif le lecteur. J’ai eu du mal à reposer ce livre!

Attention: certains passages sont très troublants, notamment le racisme éhonté du corps policier et des enquêteurs. Il mot « nègre » est également utilisé à quelques reprises dans le texte. George Stinney est interrogé et poussé à signer des aveux dont il ne comprend pas le sens, et il est transféré en prison sans revoir ses parents. Cette dernière n’obtient même pas le droit d’assister à son procès. Il ne faudra que dix minutes au jury, composé de 12 hommes blancs, pour condamner George, 83 jours après son arrestation. Aucun témoin n’a été appelé à la barre. Aucune preuve, ni les aveux de l’adolescent, n’ont été trouvé dans les archives de police.

Notons au passage que l’autrice est une française blanche, donc assez éloignée de la réalité qui est raconté dans le roman. Il s’agit toutefois d’une histoire vraie: en effet, George Stinney est le plus jeune condamné au XXe siècle à mourir sur la chaise électrice. L’autrice, journaliste, a effectué plusieurs recherches sur cette affaire avant d’écrire ce roman, soutenu par Amnesty International. Et même si les dialogues, les noms et les actes relatés dans le livre sont de sont crû, l’histoire de George Stinney a réellement eu lieu. Elle questionne d’ailleurs en postface: « Les Noirs étaient les parfaits boucs émissaires d’une société blanche suprématiste. Peut-on dire que cela ait changé? » (p.151). À lire de toute urgence!

Je remercie les éditions talents hauts de m’avoir offert ce livre.

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Né coupable
AUTrice : Florence Cadier 
ÉDITION: Talents hauts, 2021
ISBN: 9782362664090
PRIX: 24,95$
12 ANS et plus

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Kadogo

Pour ses onze ans, Gabriel reçoit une kalachnikov en cadeau. Sans l’avoir voulu, il va devenir un enfant soldat. Ce livre, qui évoque l’enrôlement d’un enfant de 11 ans, illustre le combat qu’Amnesty International mène pour mettre un terme au drame de l’enrôlement d’enfants soldats.

Ce sont d’abord les illustrations qui ont attiré mon œil vers ce livre: Joël Alessandra maîtrise l’aquarelle et les ombrages, et ses traits évoquent une certaine urgence et une liberté qui contrastent avec le propos de l’album. Né à Marseille, il a notamment été directeur artistique à Djibouti en Afrique de 1989 à 1991.

« Kadogo », le titre de l’album, désigne l’enfant soldat en langue swahili, mais à l’origine il veut dire « encore petit ». Lorsque Gabriel recevra une kalachnikov en cadeau, c’est toute sa vie qui sera dorénavant intimement liée à cette arme. De la naïve excitation d’avoir reçu ce qu’il perçoit d’abord comme un jouet, Gabriel ne réalisera que plus tard qu’on s’attend de lui à ce qu’il fasse davantage que de faire semblant. Il sera réveillé en pleine nuit par son oncle et conduit dans un endroit inconnu à l’arrière d’un vieux véhicule tout terrain, entassé au milieu de dizaines d’autres garçons comme lui, luttant contre « ses larmes de petit garçon ».

Le texte d’Ingrid Chabbert traduisent toute la détresse, l’incompréhension et la douleur ressentie par Gabriel. On en sait très peu sur les parents du garçon: il semble avoir été élevé par son oncle et sa tante. Lorsqu’il arrivera au camp d’entraînement à la guérilla, on ne parlera pas non plus des sévices et traumatismes qu’il aurait pu subir. On vit avec Gabriel ses premiers instants de perte de l’innocence: ne pas tout comprendre, rechercher des modèles chez les autres garçons plus âgés, avoir mal au bras d’avoir trop tiré, s’ennuyer de ses petits frères restés à la maison et réaliser qu’il ne pourra pas les prévenir de ce qui les attend, sentir le sang encore chaud de sa première victime couler sur ses orteils.

L’histoire se termine par la fuite de Gabriel, abandonnant sa carabine derrière lui. On ne sait pas ce qui lui est arrivé. A-t-il été abattu sur le champ par les superviseurs du camp? A-t-il réussi à partir sans se faire repérer? Est-il retourné chez lui? S’est-il perdu avant d’avoir pu retrouver les siens? Cette fin ouverte permet d’avoir de bonnes discussions en groupe après la lecture, pourquoi pas en milieu scolaire avec des élèves de 3e cycle. En toute fin d’album vient une page signée Amnesty International sur l’enrôlement d’enfants soldats et des solutions proposées par des ONG pour que cela cesse.

« Kadogo » est un livre très dur à lire, mais aussi très beau et nécessaire. Recommandé!

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Kadogo
AUTEUR(S) : Ingrid Chabbert , Joël Alessandra 
ÉDITIONDes ronds dans l’O, 2017
ISBN: 9782374180298
PRIX: 25,95$
10 ans et plus

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Ailleurs

Ailleurs amnesty international talents hautsUn album sur les drames, les déracinements et les espoirs des enfants du monde qui rêvent d’un ailleurs. En douze doubles pages, les mots poétiques de David Guyon et les images puissantes d’Hélène Crochemore mettent au jour les drames, les déracinements mais aussi les espoirs qui habitent tous les enfants du monde qui rêvent, où qu’ils soient, d’un ailleurs.

Chaque double page de cet album sur les inégalités sociales met en opposition un enfant d’un pays où la vie est difficile (qu’on imagine comme étant des pays pauvres ou en voie de développement) et un enfant où la vie est facile (qu’on imagine comme étant l’occident). Par exemple: « Dans mon pays, les enfants sont des petits soldats » VS « Dans mon pays, les enfants ont des petits soldats » (jouets avec lesquels jouer).

L’album aborde en faisant usage d’une singulière économie de mots des concepts complexes tels que le privilège, la fracture numérique, la guerre, le travail des enfants, le droit du sol, la nationalité, les inégalités, la pauvreté et la structure familiale. Bien entendu, les personnes qui sont illustrées dans le livre viennent de différents pays: ceux venant de pays non occidentaux ne sont pas toujours noirs et ceux venant de pays riches ne sont pas toujours blancs. De plus, la pauvreté n’est pas toujours là où on le pense: les auteurs ont bien mis en lumière la pauvreté qui existe aussi dans les pays riches.

Chaque double page requiert ainsi qu’on s’y attarde et demande réflexion. Les illustrations offrent un autre niveau de lecture et contextualisent le texte de manière poétique. J’ai beaucoup aimé cet album et il m’a habité plusieurs jours après l’avoir terminé.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  • T’identifies-tu plus aux expériences racontées sur les pages de droites ou de gauche? Pourquoi?
  • À la page huit, pourquoi dit-on que « dans ton pays, les nuits sont blanches »?
  • Que dit de notre société la manière dont nous traitons nos pauvres?
  • Aux pages 20-21, on peut lire « Dans mon pays, quand je regarde la mer, je vois la terre. dans ton pays, quand tu regardes la mer, tu vois la mer. » D’après-toi, qu’est-ce que cela signifie?

 

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AilleursBouton acheter petit
AUTEUR(S) : David Guyon & Hélène Crochemore
ÉDITION: Talents Hauts et Amnesty International, 2019
ISBN: 9782362662744
27,95$
11 ANS et plus

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Interdit aux éléphants

Interdit aux éléphants

Le problème, quand on a un éléphant à la maison, c’est qu’on n’est pas tout à fait comme tout le monde. Personne d’autre n’a un éléphant. D’ailleurs, sur la porte du Club des animaux, il est écrit : « Interdit aux éléphants ». Les deux amis ont le cœur gros. Et s’ils créaient leur propre club, un club ouvert à tous ?

Les Éditions des Éléphants ont collaboré avec Amnesty International pour nous offrir ce magnifique album sur la discrimination et la force de la solidarité. Cet album doux et tendre aborde avec finesse le rejet de l’autre et, plus important encore, le pouvoir que nous avons d’agir ensemble pour y mettre fin. Les illustrations délicates de Taeeun Yoo sont un délice pour les yeux et occupent une fonction narrative intéressante. Dans l’histoire, on rencontre une petite fille noire qui elle aussi est rejetée car son animal de compagnie est une moufette. Elle aura un rôle important dans le récit car sa présence incitera le personnage principal à former un nouveau club où tous les animaux sont acceptés.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  • Sens de la déduction: En te basant sur cette histoire, que font les bons amis ? (Ils nous aident à franchir les lignes, ils bravent les choses effrayantes pour nous, ils ne laissent jamais personne derrière eux, ils nous indiquent le chemin). Quelles sont les qualités recherchées chez les bons amis ?
  • Sens de l’observation: Durant quelle saison se déroule l’histoire ? Justifie ta réponse.
  • Faire des liens avec sa propre expérience: As-tu déjà vécu une situation similaire à cette de l’éléphant dans l’histoire ?
  • Imaginer: si tu pouvais avoir un animal exotique de compagnie, lequel choisirais-tu ? Pourquoi ?
  • Débattre et convaincre : Trouve trois raisons pour lesquelles interdire l’accès au club à certains animaux n’est pas bien.
  • Vocabulaire et compréhension: Qu’est-ce que cela veut dire, « Franchir les lignes » ? Quels éléments de l’histoire peux-tu utiliser pour t’aider à comprendre le sens de cette expression ?

Interdit aux éléphants 2

 

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AUTEUR(S) : Lisa Mantchev & Taeeun Yoo
ÉDITION:  Éditions des éléphants, 2016
ISBN: 9782372730143
PRIX: 26.95$
5 à 8 ans

 

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ours-brun-qui-voulait-etre-blanc      Les rois du parc

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Terminus

terminus christian robinson matt de la penaLors de leur voyage en bus, Tom et sa grand-mère découvrent la beauté du monde qui les entoure…

Terminus est un album qu’on lit lentement. Pour admirer les illustrations et savourer les mots. L’illustrateur Christian Robinson utilise avec beaucoup d’inventivité des techniques mixtes telles que la peinture, le collage, l’estampe et le fusain.

Le récit est très bien mené. Au départ, on peut croire que Tom et sa grand-mère sont moins privilégiés que d’autres personnes de leur communauté et on se pose beaucoup de questions, tout comme Tom. Pourquoi prennent-ils l’autobus ? Pourquoi n’ont-ils pas de voiture ? Le quartier couvert de déchets et de graffitis est-il celui de leur maison? Se rendent-ils à une soupe populaire pour dîner ? Eh bien, non, non et non. Tom et sa grand-mère se rendent dans un quartier défavorisé après une matinée à l’église pour y faire du bénévolat. Et c’est magnifique. La grand-mère de Tom trouve toujours les réponses les plus justes, appropriées, authentiques et poétiques qu’il soit. À travers leur trajet en autobus, on découvre toute la bonté, la générosité, le respect et le don de soi dont nous sommes tous capables. Tous les éléments sont là pour faire de Terminus un album qu’il faut absolument avoir dans sa bibliothèque personnelle. Fabuleux !

Coup de cœur !

* Médaille Caldecott 2016

* Livre d’honneur 2016 du Coretta Scott King Illustrator

* Médaille John Newberry 2016

 

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Christian Robinson est un illustrateur américain.

christian robinson

Je remercie les Éditions des éléphants de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Christian Robinson & Matt De La Peña
Maison d’édition: Les Éditions des éléphants Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782372730273
Public cible: À partir de 4 ans
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