La saveur des bananes frites

la saveur des bananes frites

Saraphina vit avec son grand frère Jude à Paris dans un foyer pour jeunes étrangers. Quand elle passe devant les grilles de la Cité Paradis et ses beaux appartements, elle ne peut s’empêcher de penser à une autre cité : celle où ses parents ont vécu avant sa naissance, en Haïti, et qu’ils ont dû fuir suite aux « grands combats ». Depuis, la vie ne les a pas épargnés : après la mort de leur mère, Jude et Saraphina ont dû apprendre à vivre seuls. Mais Jude semble profondément attaché à ses racines, alors que Saraphina, née à Paris, préférerait parfois les oublier. Au quotidien, elle s’applique surtout à rendre la vie plus légère. Au collège, elle s’intéresse à tout ; au foyer, elle aide Jude autant qu’elle peut, et rit avec Malik, qui lui fait voir la vie en couleur. Mais quand tout tourne mal, l’horizon du retour en Haïti se dessine peu à peu comme seul échappatoire possible. Comment Jude et Sara parviendront-ils à affronter cette nouvelle page de leur histoire ?

J’avais de grandes attentes face à ce roman et j’ai été plutôt déçue…  Bien que j’aie grandement apprécié la plume de l’auteure, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. Saraphina en particulier m’a semblé assez unidimensionnelle: sans papiers en France, elle répète souvent qu’elle n’aime pas, ne connait pas et n’est pas intéressée à connaître Haïti. Toutefois, on en sait très peu sur elle, sur ses intérêts, ses qualités, ses défauts, ses forces et ses faiblesses. J’aurais aimé connaître Saraphina en tant qu’humaine complexe et unique ! J’aurais aimé la suivre dans son cheminement identitaire en tant que fille ayant perdu sa mère et son père vivant depuis toujours en France, mais devant retourner vivre dans un pays inconnu.

La représentation d’Haïti m’a également déplu. À la lecture du roman, on retient que ce pays n’est que pauvreté, lenteur et délabrement habité par des gens à la peau si sombre que leur visages semblent avoir été « noircis par la cuisson [d’une] cocotte-minute » (p.107) de la chaleur des tropiques. J’aurais aimé que le roman aborde des éléments plus positifs pour contrebalancer. De plus, le vaudou est peint comme une sorte de pratique magique et mystérieuse se résumant aux poupées piquées d’aiguilles. Au passage, l’auteure n’oublie pas de nous rappeler que les habitants d’Haïti sont des descendants d’esclaves, mais passe sous silence leur lutte pour leur indépendance. Ugh. J’aurais tellement aimé aimer ce roman. Le mieux, c’est peut-être que vous le lisiez pour vous faire votre opinion personnelle. Et puis dites-moi ce que vous en avez pensé!

* Prix de Ravinala Madagascar

Sélectionné pour le Prix des Incorruptibles 2018-2019

Auteur(s) / illustrateur(s) : Sophie Noël
Maison d’édition: Magnard Jeunesse Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782210963672
Public cible: À partir de 9 ans

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Naïma et la magie du cirque

Naïma et la magie du cirque (Kinra Girls)Chez Naïma, la vie est gaie, entre des parents aimants et quatre petits frères turbulents. Pourtant, l’argent manque souvent… Alors, quand vient son anniversaire, Naïma ne s’attend pas à ce que son rêve se réalise : des cours à l’école du cirque ! Ce sera le début d’une grande aventure.

Les Kinra Girls sont cinq jeunes filles talentueuses venues des quatre coins du monde. Loin de chez elles, elles vont comparer leurs différences culturelles et devenir amies pour la vie. Dans La magie du cirque, on découvre l’histoire de Naïma avant leur rencontre. Je n’ai pas lu les autres titres des Kinra Girls en entier; sachez que ce titre se lit très bien indépendamment des autres.

Naïma est américaine. Son père est blanc et sa mère, noire. Cette dernière est originaire du Bénin et transmet régulièrement à ses enfants la culture de se pays: la langue fon, la caleta (danse de rue enfantine), les contes traditionnels, etc. La famille est nombreuse et a des soucis financiers. On dit d’ailleurs que le père se rend au travail à vélo, non pas par choix ou conscience écologique, mais parce qu’il n’a pas les moyens de s’acheter une voiture. 

Naïma est entourée de personnages d’origines diverses qui se soucient d’elle et avec qui elle entretient des liens sains: la voisine haïtienne qui lui chante des chansons traditionnelles et lui raconte des histoires de son pays, Fat Eddy le patron (blanc) de son père qui travaille à Coney Island, ou encore Funny Billy un afro-américain qui l’initie aux arts du cirque. Devant son talent naturel pour cette discipline, d’autres enfants commencent à éviter Naïma par jalousie. Le récit se termine toutefois avant que l’on sache comment Naïma vit cette situation. D’ailleurs, le récit, lent au début et précipité à la fin, manque d’une ligne directrice claire. On parvient tout de même a bien cerner le personnage de Naïma auquel on s’attache sans difficulté. En fin d’ouvrage, on retrouve un dossier « pour en savoir plus » où l’on parle du boubou (vêtement traditionnel) et de la tradition orale africaine.

L’univers dans lequel évolue Naïma est somme tout assez genré, et on réitère régulièrement qu’elle est une fille par toute sorte de petits clins d’œil sur ce qui est approprié ou pas pour elle de faire. Par exemple, à à l’école, ses deux frères font toujours semblant de ne pas la voire car « on ne parl[e] pas aux filles devant les copains. C’est la honte, quoi! » (p.94) Naïma n’est pas dérangée par cela et trouve cela normal. Autre exemple, on lui dit de ne pas faire la roue car elle porte une jupe (alors qu’on aurait pas l’idée de surveiller et contrôler la manière dont les garçons s’habillent ou ce qu’ils font). Troisième exemple: alors qu’un garçon (Rico) cherche la bagarre après avoir provoqué Naïma, un intervenant lui dit: « Tu ne dois pas frapper les autres, surtout pas une fille qui t’arrive à l’épaule » (p.98) C’est bien sûr à Rico de s’excuser, mais il dit simplement qu’il la pardonne (!). Naïma se défend en disant que c’est à lui de s’excuser, mais l’intervenant dit qu’au moins, Rico a « fait un effort ». Ainsi, il est acceptable pour un garçon de se montrer violent; l’important est qu’il « fasse l’effort » de se contrôler. Eh, misère…

[SPOILERS] Plus loin dans le récit, Rico tourmente Naïma et va même jusqu’à lui empoigner le bras. La jeune fille se libère de son emprise et se met à courir. Alors que Rico est à sa poursuite, il trébuche et se retrouve les pieds dans le vide du haut d’un immeuble de six étages. Naïma ne peut se résoudre a le laisser tomber à une chute qui lui serait mortelle et elle décide de lui venir en aide. Gêné et reconnaissant, Rico se traite lui-même de « gros nul » et affirme que toute personne qui s’en prend à Naïma ou lui fait des problèmes aura désormais affaire à lui. Ce qui m’a dérangé dans ce passage, c’est qu’à aucun moment Rico ne s’excuse de son comportement macho et violent. De plus, il demeure agressif envers les autres; ce n’est que Naïma qui sera épargnée car elle lui a sauvé la vie. Pis encore, Naïma aura beau lui dire que sa protection n’est pas nécessaire, Rico continuera de la suivre partout contre son gré, de se mêler de ses affaires et de la surprotéger. Bonjour l’absence de consentement. [FIN SPOILERS]

Bref, Naïma et la magie du cirque est un roman intéressant avec des personnages réalistes, mais qui véhicule des messages auxquels je n’adhère pas. Parents, vérifiez si ces messages vous conviennent ou préparez-vous à discuter de cette lecture avec votre enfant avant de lui offrir ce roman. Après tout, tout se lit; mais une bonne discussion sur ses lectures permet parfois de relativiser les choses et constitue un moment d’apprentissage privilégié pour les enfants. À vous de juger.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Moka & Anne Cresci
Maison d’édition: PlayBacBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782809661934
Lectorat cible: 8 à 12 ans
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Charly en guerre

Charly en guerreCharly a perdu son père, un sergent accusé de trahison, tué par des rebelles, et sa mère a été enlevée par une des factions armées qui se livrent combat. Agé d’une dizaine d’années, il ne comprend rien à cette guerre civile. Enrôlé de force, il doit obéir à John, un peu plus âgé que lui. John est très dur. Ils deviennent quand même amis en se sauvant respectivement la vie. La pensée de sa mère obsède Charly. Est-elle toujours vivante ? La retrouvera-t-il ?

C’est sur fond de guerre civile au Bénin que ce déroule ce roman. Le vocabulaire recherché et le récit difficile fait de lui une lecture appropriée aux bons lecteurs et aux adolescents. On y dénonce la violence gratuite et les guerres absurdes qui brisent des vies. On retrouve ça et là de fines illustrations de Alexis Lemoine. Très bon !

* Prix de la Francophonie de littérature africaine pour enfants, 1996.

Né en 1964 au Bénin, Florent Couao-Zotti vit à Cotonou où il est enseignant et animateur culturel. 

Florent Couao-Zotti

Auteur(s) / illustrateur(s) : Florent Couao-Zotti
Maison d’édition: Éditions Dapper
Année de publication: 2001
ISBN: 2906067695
Public cible: Ados
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Abiola et la déesse des mers

LAbiola et la déesse des merses vacances scolaires battent leur plein. Nos trois amis Abiola, Francis et Hui Lin sont prêts à passer une journée inoubliable à la plage. Seulement, en proie à une peine familiale, Francis, boudeur, s’aventurera seul dans l’eau et… disparaîtra brusquement sans laisser de traces ! Où a-t-il pu passer ? Abiola et Hui Lin arriveront-elles à retrouver leur meilleur ami de toujours dans cet océan infini ?

Le livre débute avec une présentation du contexte géographique où on retrouve une carte de l’Afrique et du Bénin, un résumé de ce qui s’est passé dans le tome précédent, ainsi qu’une présentation des personnages. Abiola Osseni, espiègle, curieuse et gaffeuse, a 7 ans et demi et vit à Cotonou. Hui Lin, 8 ans, est une jeune fille intelligente, réservée et loyale de nationalité chinoise et béninoise. Francis, 8 ans, est un français fier, débrouillard et moqueur. On suit les trois amis lors d’une journée à la plage durant les vacances scolaires.

Abiola reçoit parfois des moqueries à l’école à cause de ses cheveux crépus en forme de nuage. Malgré tout, elle trouve les cheveux crépus magnifiques et n’hésite pas à complimenter une femme qui les porte fièrement. J’étais heureuse de retrouve la déesse des mers, Mamie Watta, dans un livre jeunesse adressé aux enfants autonomes en lecture. Ici, Mamie Watta a perdu son peigne duquel elle puisait ses pouvoirs. Abiola devra l’aider avec l’aide de ses amis !

Les chapitres très courts rendent la lecture agréable. Pour ne rien manquer, je conseille de lire les tomes précédents avant celui-ci. J’ai trouvé l’histoire un peu courte et incomplète; j’aurais voulu savoir tout de suite comment le peigne de Mamie Watta allait être retrouvé ! Malgré tout, ce livre plaira aux jeunes amateurs de fantastique.

À la fin du livre, il y a un dossier pour en apprendre davantage sur Mamie Watta.

Pistes pour une exploitation en classe

  • Identifie les personnages principaux de l’histoire.
  • Résume chacun des chapitres en une phrase.
  • Replace les événements de l’histoire dans le bon ordre.
  • Effectue une recherche à la bibliothèque ou sur internet sur la culture yoruba.

Iman Eyitayo est une auteure béninoise.

Iman Eyitayo

Mégane Cuvelier est une illustratrice réunionnaise.

Je remercie les éditions Plumes solidaires de m’avoir offert ce livre. 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Iman Eyitayo et Mégane Cuvelier
Maison d’édition: Plumes solidaires Bouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9791096622153
Public cible: 7 ans et plus
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Naïma n’a pas le SIDA

naima n'a pas le SIDANaïma est triste car personne ne veut jouer avec elle depuis qu’elle a dit à son amie que ses parents avaient le SIDA. La nouvelle s’est répandue dans la cours d’école et les camarades de classe pensent que Naïma est contagieuse.

Ce petit livre aux images évocatrices est informatif et aborde de manière franche les effets de la maladie, particulièrement du VIH/SIDA, sur le réseau social d’une personne. Le message véhiculé est qu’il ne faut pas rejeter une personne parce qu’elle a cette maladie, que le SIDA n’est pas contagieux et qu’il suffit d’éviter tout contact avec le sang d’une personne affectée. L’histoire se concentre sur Naïma et même si les parents sont très présents dans l’histoire, on ne sait pas ce qu’il arrivera d’eux. Aujourd’hui, on peut vivre très bien et longtemps avec la maladie, mais ceci n’est pas mentionné dans le livre. Il faut dire que ceci-ci a été publié il y a 12 ans et que les choses ont bien changées depuis. Peut être utile.

Un livre jeunesse pour souligner la journée internationale de lutte contre le VIH/SIDA

Auteur(s) / illustrateur(s) : Dossou Paul Kpitimé
Maison d’édition: Éditions Ruisseaux d’Afrique
Année de publication: 2004
ISBN: 2847700889
Public cible: 6 à 10 ans

* Les Éditions Ruisseaux d’Afrique ont été lauréates en 2002 du Prix Alioune Diop pour la promotion de l’éditio en Afrique décerné par l’Agence intergouvernementale de la Francophonie.

Dossou Paul Kpitime est un auteur et illustrateur béninois

Dossou Paul Kpitime

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