Ma

Comme tous les jeunes du village, Félix rêve de partir en ville, et même en Europe, quand il sera adulte. Vivre loin de Méfomo et de ses cases perdues dans la forêt africaine !Mais un jour, à la rivière, il surprend une fille en train de se baigner. Elle se fait appeler Magali. Elle est belle et sauvage. D’où vient-elle, avec tous ses secrets ? Le cœur de Félix va vite être accroché…

Un court roman de tout juste 87 pages, tout en sensualité et en finesse. Dès les premières lignes, c’est la plume de Louis Atangana qui m’a charmée. Des phrases courtes et percutantes qui nous tombent dessus comme une tonne de briques.

Ma est un personnage intéressant. Alors que son village croit qu’elle est une sorcière, elle ne veut que garder son fils près d’elle. Il y a peu de péripéties dans l’histoire; c’est avant tout le récit de relations, de personnages qui se croisent, se mêlent, s’aiment ou se détestent.

On retrouve plusieurs références au roman Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez et c’est dans ce livre que Félix tente de puiser connaissance et la clé qui fera de lui un homme. Ma est un roman touchant sur le passage à l’âge adulte.

« Ils se turent un instant. Très loin, dans la brousse, un cri déchira la fin du jour. Félix pensa à la Mamie Wata. Existait-elle vraiment? On disait qu’elle sortait du fond de la rivière, la nuit, lorsque la lune était ronde. Elle chantait pour attirer les hommes. Un chant merveilleux. Savoureux. De miel et de vin de palme. Douceur et ivresse. Il ne fallait pas l’écouter si on ne voulait pas être envoûté. Devenir son esclave. Tous ceux qui avaient succombé à son charme avaient été emportés au fond de la rivière. On avait retrouvé leur corps gonflé. Leur âme était restée dans le royaume de la Mamie Wata. Pour toujours. (p.17)

Ma
AUTEUR(S) : Louis Atangana
ÉDITION: Rouergue Jeunesse, 2012
ISBN: 9782812603075
PRIX: 16,95$
13 ans et plus

Louis Atangana est un auteur d’origine franco-camerounaise.

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La dernière reine d’Ayiti

Dernière reine d'ayiti« Mon nom est Guaracuya, je suis le neveu d’Anacaona, Fleur-d’Or, notre reine, la bien-nommée ; je me flatte d’être son neveu préféré. Là où elle va, je la suis ; elle m’appelle son ombre, en riant. Partout où elle s’élance, notre reine, sur les sentiers, le long des rivières, vêtue de fleurs et de plumes, parée de pétales d’or, son rire l’accompagne. Jamais aucune reine taïno, depuis la nuit des temps, n’a recélé autant de qualités. »Ainsi commence le récit du jeune Guaracuya qui assista, et tenta de résister, à la fin de son peuple, les Taïnos. Ces habitants des Caraïbes étaient réputés pour leur douceur et leur île était un paradis de prospérité. Jusqu’à ce qu’un matin de 1492, de hautes voiles blanches apparaissent à l’horizon avec, à leur bord, des êtres étranges, commandés par deux frères, Christophe et Bartolomé Colomb.En quelques années, leur paradis se transforma en enfer…

J’ai lu ce livre par curiosité car je n’ai jamais lu de roman sur les Taïnos avant celui-ci. Le récit nous transporte au XVe siècle, lors de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique. Le peuple vivant alors sur l’île que l’on appelle aujourd’hui Hispaniola a accueilli à bras ouverts les Européens. Ces derniers sauteront sur l’occasion pour voler leurs terres et profiter de cette générosité, allant jusqu’à les exterminer totalement, sous l’œil approbateur de Christophe Colomb:

« Les Taïnos donnent volontiers tout ce qu’ils possèdent, en échange de presque rien, ils ne sont pas attachés aux biens matériels. Ils sont beaux, bien bâtis, aussi agréables à voir de corps que de visages… Ils ne portent pas d’armes sur eux, ils sont de mœurs pacifiques, bienveillants et accueillants par nature, sans violence ; cinquante soldats suffiraient pour les asservir tous. » (p.35-36)

L’histoire est racontée du point du neveu d’Anacaona, la reine des Taïnos. L’auteure Elise Fontenaille raconte ainsi le génocide du peuple des Taïnos lors de l’arrivée de Christophe Colomb aux Antilles. Les personnages féminins sont forts, réfléchis et fiers. On parle aujourd’hui souvent des Taïnos comme s’ils avaient été heureux de laisser leurs terres, ou comme s’il étaient trop faibles pour la protéger (parfois en contraste avec les Caribes, le peuple voisin, plus armé). Dans le roman, on présente les Taïnos plutôt comme un peuple hospitalier et chaleureux, mais qui rapidement a tenté de se protéger contre l’envahisseur par diverses résistances, même si elles n’étaient pas armées: Refuser le nom d’Hispaniola pour nommer leur île, se moquer des colonisateurs, refuser la religion catholique imposée, se révolter.

On découvre à la lecture de La dernière reine d’Ayiti une leçon d’histoire peu connue, dans la continuité des précédents romans de l’auteure, dont Eben ou les yeux de la nuit que j’ai lu il y a quelque années et que j’ai adoré. Recommandé!

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La dernière reine d’AyitiBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Élise Fontenaille-N’Diaye
ÉDITION: Rouergue, 2016
ISBN: 9782812610486
18,95$
11 ANS ET PLUS

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Eben-ou-les-yeux-de-la-nuit    Dandara et les esclaves libres

 

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Eben ou les yeux de la nuit

Eben-ou-les-yeux-de-la-nuitDans la Namibie d’aujourd’hui, Eben, un garçon de l’ethnie Herero, découvre qu’il porte en lui la marque de l’Histoire dramatique de son ethnie, victime d’un des premiers génocides du XXe siècle, perpétré par l’armée allemande. Lui qui a la peau sombre, il a voulu arracher ses yeux bleus le jour où il a découvert d’où leur venait cette couleur particulière.

Quelle bonne idée de faire découvrir aux jeunes un pan peu connu de l’Histoire coloniale à travers un personnage fictif. J’ai adoré le ton, ce personnage qui écrit pour évacuer un trop plein de colère, de peine, d’incompréhension, de violence. J’ai trouvé certains passages un peu répétitifs, mais somme toute, voilà un livre que j’ai bien aimé. Il aurait été bien d’inclure quelques pages informatives ou documentaires sur les faits entourant le génocide des Hereros et des Namas. Pour plus d’information, on lira Blue Book, sauf que ce dernier est destiné aux adultes… Les adolescents curieux et passionnés d’histoire aimeront peut-être, les plus jeunes se contenteront de Eben ou les yeux de la nuit.

Les allemands étaient à l’étroit chez eux, ils cherchaient de nouveaux territoires, pour une plus grande Allemagne… alors ils ont décidé que ce serait ici – chez nous – en Namibie. Et nous, il ont fait comme si on n’était pas là, comme si on n’existait pas. Tout ça, c’est Isaac qui me l’a raconté. (p.16)

Auteure : Élise Fontenaille-N’Diaye
Maison d’édition: Éditions du Rouergue
Année de publication: 2015
ISBN: 9782812607424
Public cible: À partir de 13 ans

Un livre jeunesse pour souligner le Mois de l’Histoire des Noirs.

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