Émilie est envieuse

C’est le retour du congé de Noël au service de garde aujourd’hui, et tout le monde est excité de montrer ses plus beaux cadeaux aux amis. Surtout Juliette, qui a reçu une si jolie bague! Et Émilie, elle ? Qu’a-t-elle reçu en cadeau? Un livre sur la jalousie.

Ce grand livre aux pages cartonnées débute par un guide à l’intention des parents, des éducateurs et des animateurs écrit par une psychologue. On y apprend comment aborder le sentiment envieux avec les enfants. L’information y est divisée en plusieurs sections: Qu’est-ce que les émotions, que sont la jalousie et l’envie, ainsi que quelques conseils pour animer l’album. C’est très pratique pour les parents à la maison qui ne savent pas comment animer la lecture avec leur enfant, ou encore qui se sentent démunis lorsque leur progéniture fait des crises de jalousie.

Dans l’histoire, Émilie, piquée par la jalousie, vole la bague de son amie. Grâce à son éducatrice, elle comprend le malaise et la culpabilité qu’elle ressent après avoir posé ce geste et le répare. D’autres enfants peuvent avoir d’autres réactions: partir avec la bague à la maison et la cacher, faire une crise pour en avoir une, la briser, se battre, etc. On explique bien avant l’histoire que ces comportements sont possibles et normaux chez des enfants en bas âge, et on suggère de réfléchir avec l’enfant aux conséquences de ces comportements sur les gens qui l’entourent. On met aussi beaucoup l’emphase sur la respiration: si l’émotion est trop forte, il faut prendre conscience de ses émotions, les accepter, et les extérioriser.

Au départ, je n’ai pas trop aimé les pages cartonnées, puis finalement, je me suis dit que ce serait très pratique en animation (facilité à tourner les pages), et cela ajoute à la durabilité du livre (parfait pour les CPE, par exemple).

Le personnage principal de l’histoire est une fille noire. Tout au long de la lecture, on comprend bien se quelle ressent et on s’y identifie. Même si l’histoire est avant tout celle d’une jalousie, l’auteure a pris le temps de donner une personnalité et des goûts à Émilie: elle est d’habitude souriante, est polie, adore danser et aime les jeux vidéo. Elle est aussi honnête car elle ira parler à son éducatrice de l’erreur qu’elle a commise.

On voyant ce livre à la librairie, ma crainte était que, parce qu’il aborde les émotions et que le personnage principal est noir, il y aura un passage où le personnage rougit (de honte, de colère, de malaise, de bonheur ou autre). Et c’est exactement ce qui s’est passé dans l’histoire. Je comprend qu’on veut faire comprendre aux enfants que les émotions se reflètent bien souvent de manière physique, mais pour la millième fois: les personnes noires ne rougissent pas. 🙄 Ça me fatigue beaucoup à chaque fois que je vois ça dans un livre: prendre l’expérience d’une personne blanche et la transposer sur celle d’une personne noire sans se demander si ça s’applique ou pas. Bravo à l’illustratrice pour avoir choisi de faire d’Émilie une petite fille noire sans que la couleur de sa peau soit un enjeu, mais j’aurais aimé une représentation plus réaliste. Peut plaire.

Émilie est envieuse
AUTEUR(S)
 : Martine Latulippe, Nathalie Parent & Bach
ÉDITION: Mammouth Rose, 2020

ISBN: 9782898050213
PRIX: 16,95$
4 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plus ?
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Au boulot, Léo !

Au boulot LéoLéo aimerait bien jouer avec ses grands frères jumeaux, mais ils sont trop occupés à tenter de se surpasser l’un l’autre ! Lorsque Théo et Matéo ouvrent un kiosque de limonade, les choses vont de mal en pis. Mais Léo est patient et il a plus d’un tour dans son sac…

Dans une fratrie, il y a toujours le risque qu’un des enfants reçoive moins d’attention. Plus petit, plus discret et surtout n’ayant pas de jumeau identique, Léo ne cherche cependant pas tant l’attention des adultes que celle de ses grands frères avec qui il aimerait jouer. Débrouillard, il décide de travailler pendant l’été pour récolter de l’argent. Tout au long du texte, on se demande bien se qu’il va faire avec ce salaire et en quoi il l’aidera à se rapprocher de ses frères. Sous-estimé par ces derniers, il parviendra tout de même à sortir son épingle du jeu et à faire réaliser à ses frères qu’il compte lui aussi ! La chute est inattendue et la morale de l’histoire est qu’il faut travailler pour accomplir des choses, de manière honnête, et qu’une rivalité saine vaut mieux que le rejet de ses concurrents.

Les trois frères sont non-blancs, tout comme la majorité des personnages secondaires. Cette représentation, très diversifiée, concorde avec celle que l’on retrouve dans les grandes villes occidentales comme Montréal ou Paris.

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Troy Wilson & Josh Holinaty
Maison d’édition: Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9781443159692
Public cible: 5 à 10 ans
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Le costume de Malaika

Le costume de Malaika 2C’est le temps du carnaval. Le premier depuis le départ de la maman de Malaika pour le Canada. Celle-ci est partie dans l’espoir d’y trouver un bon emploi pour pourvoir aux besoins de sa famille. Elle avait promis qu’elle enverrait à Malaika de l’argent pour acheter un costume pour la fête, mais l’argent n’est pas arrivé. Malaika pourra-t-elle tout de même participer au défilé?

La mère de Malaika est au Canada pour y travailler. Malaika est un peu embêtée par cette situation et se demande pourquoi cela prend autant de temps pour recevoir de l’argent de sa mère car elle en a besoin pour faire son costume. Elle est aussi attristée de ne pas être près d’elle. Lorsqu’elle fait de la peine à sa grand-mère parce qu’elle a déchiré et n’a pas voulu porter le costume que cette dernière portait lorsqu’elle était petite, Malaika n’hésite pas à s’excuser. J’ai adoré le fait que ce soit Malaika qui nous raconte son histoire avec ses yeux d’enfant. Sa famille habite dans les Antilles, et l’illustratrice a fait un travail remarquable qui traduit bien la chaleur et les couleurs de cette région du globe. L’identité raciale de Malaika est normalisée; non seulement parce qu’elle vit aux Antilles, mais aussi parce que son histoire ne tourne pas autour de la couleur de sa peau et elle n’est pas présentée comme étant « exotique ». C’est plutôt une histoire de famille, de célébrations et de séparation qui utilise un événement familiers aux Antillais: le carnaval.

Le costume de Malaika

Les costumes des enfants sont magnifiques et font référence à des personnages typiquement antillais: Jab Molassie (personnage de mascarade et démon acrobate dont le nom vient des mots « diable » et « mélasse »), Moko Jumbie (échassier d’Afrique occidentale dont la taille était traditionnellement associée à la capacité de voir le diable), Pierrot (personnage de mascarade muni d’un pistolet ou d’un fouet, connu pour ses longs discours et joutes verbales). On retrouve dans le texte plusieurs autres éléments typiquement antillais également: le kaiso, le manioc, l’obeah, le rastafarisme et le soca. Bien qu’il puisse être lu à un enfant dès l’âge de 4 ans, je vous recommande d’exploiter ce livre auprès des enfants de 7 ans et plus et qui pourront lire l’histoire par eux-mêmes. J’ai vraiment adoré cet album que je vous recommande vivement !

Nadia L. Hohn est une auteure canadienne. 

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Je remercie les éditions Scholastic de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / Illustrateur(s) : Nadia L. Hohn & Irene Luxbacher
Maison d’édition : Éditions Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication : 2017
ISBN : 9781443155861
Public cible : À partir de 7 ans

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André a la peau noire

andré peau noireC’était une journée récompense à l’école de Félix. Félix et son ami André sont heureux que leur classe ait récolté assez de points au cours des derniers mois pour mériter cette activité spéciale. Les élèves ont choisi de faire de la balle molle. Alors que les enfants forment les équipes, Félix propose à sa capitaine Léa de choisir André, qui est très fort en ce sport. Mais Léa refuse catégoriquement: « Beurk! Pas question que je choisisse André. Il est noir. Je ne veux pas de Noir dans mon équipe. » Comment Félix et ses camarades de classe réagiront-il au racisme de Léa?

Il y a quelques mois, j’ai fait une revue d’un autre titre de la collection Escalire sur ce blog. André a la peau noire s’adresse à un lectorat avancé (3ème ou 4ème année du primaire). Ce petit roman de 24 pages et de 1147 mots présente occasionnellement des phrases s’étalant sur plus d’une page, un vocabulaire plus difficile et des variations dans les modes et les temps de conjugaison dans une même phrase. De plus, la relation texte-image est plus complexe; il y a notamment la présence d’éléments graphiques comportant du texte complémentaire au texte principal.

J’ai eu un malaise tout au long de la lecture de ce livre et ce, pour deux raisons principales. D’une part, parce qu’il simplifie à l’extrême ce qu’est le racisme. D’autre part, parce qu’il parle de racisme sans vraiment mettre de l’avant la personne racisée qui la subit.

D’abord, on nous présente le racisme comme étant le fait de rejeter explicitement quelqu’un à cause de sa couleur de peau. C’est parce que André est Noir que Léa ne veut pas jouer avec lui. Or, aujourd’hui, le racisme ne se présente pas ainsi. Aujourd’hui, le racisme est beaucoup plus subtil et complexe: micro-agressions, marginalisation, absence de privilège, inégalité des chances, racisme systémique, etc. Le racisme d’aujourd’hui est ordinaire, il est insidieux, présent dans la vie de tous les jours. Il est aussi souvent perpétré par des gens bien-intentionnés. Rien à voir avec « Tu es Noir, donc je ne joue pas avec toi. » Des enfants de 3ème et 4ème année du primaire sont capables d’aborder ces sujets. Pourtant, ce livre perpétue cette idée fausse que le racisme se limite aux insultes criées à tue-tête et aux groupes suprémacistes. Que les gens racistes sont mauvais et que les gens non-racistes sont bons, alors qu’il est clair que même les gens bons, ouverts d’esprit, progressifs, éduqués et bien intentionnés peuvent exhiber (intentionnellement ou non) des comportements racistes. Ce discours montre aux enfants que le racisme est un problème que seules les mauvaises personnes ont, plutôt qu’un système qui nous implique tous. Je le répète, les enfants de 8-9 ans, lectorat cible de ce livre, sont assez matures pour aborder ces sujets. En page 1, il y a Léa qui lit un livre en classe dont le titre est « Mon combat » (Référence au livre d’Adolf Hitler). Malaise. Comme s’il était nécessaire d’en rajouter une couche.

Ensuite, à la lecture du livre, j’étais à la fois heureuse que Félix défende son ami et déçue qu’André ne s’affirme pas davantage. Nous avons tous des réactions différentes face au racisme: colère, rejet, honte, tristesse… Certains bouillonnent et éclatent alors que d’autres se replient sur eux-mêmes. C’est compréhensible, mais compte tenu qu’il s’agit d’une histoire inventée, il aurait été bien qu’on ne nous serve pas encore la recette du sauveur Blanc qui part à la rescousse de personnes racisées sans défense, comme ça se fait souvent en littérature et au cinéma. En fait, on nous raconte l’histoire de Félix-et-comment-il-a-condamné-publiquement-le-racisme-de-sa-camarade-de-classe, et non l’histoire d’André-dont-la-journée-a-été gâchée-par-le-comportement-de-sa-camarade. J’ai besoin davantage de d’histoires racontées du point de vue de personnes Noires. Que nos voix soient entendues. Que notre vision des choses soit reconnue. En littérature jeunesse et ailleurs. Pour moi, pour les enfants de mon entourage, pour les enfants Noirs et pour les enfants qui ne sont pas d’origine afro-caribéenne. Pour tous!

Finalement, André a la peau noire aborde une problématique sociale et culturelle délicate, mais n’offre qu’un début de pistes de réflexion au lecteur. En troisième de couverture, 6 questions à répondre par oui ou par non sont posées au lecteur, notamment « T’est-il déjà arrivé de te sentir rejeté? », « As-tu des amis qui ne sont pas de la même nationalité que toi? » et « Aurais-tu défendu André, si tu avais été présent ce jour-là? » Je suggère donc une lecture accompagnée par un adulte.

Auteur(s): Simon Tobin, Dannie Pomerleau
Illustrateur(s) : Oana Vaida, Oana Cocheci & Anna Benczedi
Maison d’édition: Les Éditions Passe-Temps Bouton acheter petit
Année de publication: 2014
ISBN: 9782896307234
Public cible: 8 à 10 ans

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