Lulu et Nelson (tome 1): Cap sur l’Afrique

La vie ne prend pas toujours le chemin le plus court pour nous mener là où elle doit nous mener. Elle aime les détours. Et ceux-ci regorgent d émotions inconnues, d’expériences inédites et de rencontres magiques… Dans un pays en proie aux inégalités, Lulu – italienne intrépide – et Nelson – sud-africain, plein d’espoir -, que tout tend à séparer, se retrouvent unis autour d’un même combat : la quête de la liberté. Laissez-vous conter l’un des plus beaux détours de leur vie…

J’ai adoré la série La Balade de Yaya de Girard et Omont, ainsi que Les Carnets de Cerise. Alors quand j’ai su que ces deux auteurs collaboraient à nouveau pour une nouvelle série, j’ai tout de suite voulu la lire. Et je n’ai pas du tout été déçue!

Je vais débuter cette critique en soulignant la qualité des illustrations car c’est vraiment ce qui attire l’œil au premier abord. Avez-vous vu cette page couverture sublime? On retrouvera ce même mouvement, cette même profondeur et cette même luminosité tout au long de la bande dessinée. D’ailleurs, la luminosité des illustrations contraste avec le récit assez sombre qui aborde la thématique de la mort, du deuil, du racisme et de la famille. Car oui, dès les premières pages, on assiste à la mort de la mère de Lulu sous les griffes d’un lion en plein spectacle de cirque auquel sa propre fille assistait (heureusement, les auteurs nous ont épargné les détails… vive l’ellipse!). Puis, très rapidement, il y a la mort des lions du cirque dans un incendie. Lulu sera dévastée car malgré les circonstances entourant le décès de sa mère, elle est restée très attachée aux fauves et veut elle aussi devenir dompteuse de lions. C’est ainsi qu’elle s’est mis dans la tête d’aller en Afrique du sud pour y acheter de nouveaux lions et sauver le cirque familial dont le père ne veut plus s’occuper.

Elle se retrouvera donc à des kilomètres de son Italie natale, en pleine manifestation contre l’Apartheid avec son père, ne comprenant pas trop ce qui se passe. Sa vie, c’était le cirque et c’est tout (elle n’a d’ailleurs jamais vraiment aimé l’école, surtout depuis que sa mère ne peut plus lui faire réviser ses leçons). Témoin d’un acte de racisme contre un jeune garçon (Nelson), le père de Lulu tentera de le défendre et se retrouvera en prison pour voies de fait sur un officier de police. Seule, Lulu suivra Nelson qui l’aidera à retrouver son père et, elle l’espère, trouver des lions à ramener chez elle pour réaliser son rêve.

Lulu ne sait rien des inégalités raciales, mais se positionne très rapidement contre cette idée d’apartheid et refuse de traiter les Noirs différemment des Blancs. Dans un train en compagnie de Nelson, elle refusera même de changer de wagon lorsqu’un employé lui suggérera de s’installer dans un wagon pour Blancs. Elle était très bien là où elle était et enverrait promener l’employé qui ne manquera pas de l’insulter au passage.

Nelson est un personnage intéressant, mais assez peu développé dans ce premier tome. On en sait assez peu de lui, surtout parce qu’il arrive vers la fin de l’histoire. J’espère que les prochains tomes permettront aux auteurs de lui donner un peu plus de substance. Mais à première vue, c’est un garçon vif d’esprit qui ne s’apitoie pas sur son sort. Il comprend très bien que sa couleur de peau fait de lui un citoyen de seconde zone dans l’Afrique du sud des années 1950. Mais il ne se méfie pas non plus systématiquement des personnes blanches et se liera d’amitié assez rapidement avec Lulu.

Cette bande dessinée plaira tant aux 9-10 ans et plus qu’aux ados. Déjà parce que les personnages sont assez jeunes, mais aussi parce que le traitement des sujets comme les droits des animaux ou la ségrégation raciale est assez mature pour allumer les lecteurs plus âgés. Les personnages adultes sont également bien présents: Nelson et Lulu évoluent dans un monde au final assez loin de leur univers d’enfants, et la vie ne leur fait pas de cadeau. Je précise au passage que les adultes sont parfois assez durs avec nos deux héros, tels qu’ils le sont parfois dans la vraie vie: Par exemple, préfet de police ne démontrera aucune sympathie pour cette petite fille blanche venue voir et libérer son père de prison. Autre exemple: le père de Lulu, excédé par l’obsession de sa fille pour les lions du cirque et son refus d’aller au pensionnat, lui sortira un « Mais qu’est-ce que tu as dans la tête, bordel! » plein de colère. Rien de bien grave, mais je suggère quand même de lire en duo avec les plus jeunes de 9 ans pour pouvoir discuter de cette lecture.

Bref, on sent bien que ce premier tome sert surtout à mettre les bases du récit: on y rencontre les personnages, on apprend à les connaître, on se situe dans le temps et l’espace. Mais il ne s’y passe pas grand chose. C’est la petite fille de Lulu qui reçoit une lettre de sa grand-mère et nous dévoilera son histoire. Les mots de la lettres de Lulu livrent ainsi tout au long du livre son ressenti et offre un regard rétrospectif sur son voyage en Afrique du Sud. Cap sur l’Afrique se termine toutefois sur une note qui donne le goût de continuer la série. Je sens que les prochains mois d’attente vont être très long! J’ai trop hâte de retrouver Lulu et Nelson dans le tome 2! J’ai eu un coup de coeur pour ce premier tome, mais cela pourrait changer à la lecture des tomes à venir. J’ai quand même quelques attentes:

  • Le personnage de Nelson sera-t-il plus développé ? Après tout, le titre est « Lulu et Nelson », pas « Lulu (et un garçon qui s’appelle Nelson à côté) ». Croisons les doigts!
  • Le contexte dans lequel se déroule l’histoire est intéressant. J’espère qu’une plus grande place sera accordée à la situation politique d’Afrique du Sud durant les luttes pour mettre fin à l’apartheid. Je suis curieuse de voir comment le personnage de Lulu et de son père agiront face à ces luttes. J’espère que les Sud Africains seront maîtres de leur destin et que Nelson, en particulier, aura une certaine autonomie, qu’il pourra prendre en maturité de manière indépendante de Lulu. À suivre.
  • Les animaux au cirque, c’est aujourd’hui dépassé. Leur présence dans le livre ne m’a pas dérangée car je remets l’histoire dans son contexte historique. Ce serait injuste de dénoncer la maltraitance envers les animaux dans ce cas-ci. Mais justement, j’ai hâte de voir si les auteurs vont aborder ce sujet, et surtout, comment.

Bref, cette bande dessinée à été un coup de cœur pour moi, mais j’espère que la suite ne me décevra pas!

Coup de cœur!

Lulu et Nelson (tome 1): Cap sur l’Afrique
AUTEUR(S) : Charlotte Girard, Jean-Marie Omont & Aurélie Neyret
ÉDITIONSoleil, 2020
ISBN: 9782302078963
PRIX: 24,95$
9 ans et plus

Ce livre vous a plu?
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Un été au chalet

un été au chaletPour la première fois de sa vie, Emma, dix ans et deux mois, doit passer trois longues semaines estivales loin de Léo, son grand frère adoré. Comble du malheur, ses parents ont loué un petit chalet dans le Bas-Saint-Laurent ! Heureusement, Emma traîne avec elle son petit carnet rouge pour relater tout ce qui marquera ces semaines chargées en émotions. Qui est ce garçon qui regarde la mer sans dire un mot ? Pourquoi les trois voisines ne l’invitent-elle jamais à jouer avec elles ? Et pourquoi la libraire du village la regarde-t-elle ainsi avec de gros yeux ? 

La lecture de ce roman m’a beaucoup plu ! Catherine Girard-Audet a une formidable capacité à se glisser dans la peau des filles de 9-10-11 ans. On ne sent pas du tout qu’il s’agit d’un adulte qui a écrit le livre; les émotions sont vraies, les personnages sont réalistes, leurs réactions sont appropriées à leur âge. À noter qu’il y a quelques québécismes dans le texte (« Ça n’a pas vraiment adonné », « avoir de la misère à faire quelque chose », « j’haïs », etc.), mais que le roman est tout de même fort bien écrit.

Emma, le personnage principal, est une personne qui n’a pas la langue dans sa poche : elle dit ce qu’elle pense, elle est authentique, elle est sociable et courageuse. Elle entretient une excellente relation avec ses parents (surtout avec sa mère qui semble toujours la comprendre!) et son grand-frère de 16 ans. Ces deux derniers sont d’ailleurs très proches. Cela étant dit, j’ai quelques réticences quant à la représentation d’Emma, car j’ai eu l’impression que l’auteure n’avait pas imaginé son personnage comme étant une fille noire à l’écriture de son roman et cela a donné lieu à quelques non-sens. L’illustration de couverture lui a peut-être été proposée qu’au processus d’édition ?

Aucune description physique d’Emma ou des membres de sa famille n’est offerte dans le récit. Les autres personnages du récit, lorsqu’ils sont décrits, sont blancs. À plusieurs reprises, Emma rougit pour signifier son malaise, sa gêne ou son embarras :

  • « Ma mère m’a regardée en souriant. Je pense qu’elle est fière de m’avoir transmis cette assurance qui me permet de parler en public et d’aller vers les autres sans devenir rouge tomate » (p.99-100)
  • Lorsque Loïc, le gentil voisin dont elle tombera amoureuse dans la deuxième partie du récit lui dit qu’elle est « super belle », Emma écrit dans son journal : « J’ai détourné le regard en rougissant, et je me suis empressée de changer de sujet pour dissiper le petit malaise. » (p. 214).
  • « Je lui ai donc offert de jouer à la console pour éviter qu’il se rende compte de mon malaise et du fait que je ressemblais à une tomate, et heureusement pour moi, la diversion a fonctionné! » (p.246-247).

Ces trois petits passages, mine de rien, lancent le message qu’on rougit toujours lorsqu’on est embarrassé et du coup, les petites filles noires grandissent en s’imaginant que cela s’applique à elles aussi ! Or, il faut comprendre que les petites filles ne sont pas noires avant que l’on leur dise ou qu’on leur fasse sentir qu’elles ne sont pas comme les autres. Elles sont simplement des petites filles ! C’est la société qui leur force à réaliser qu’elles sont différentes, qu’elles sont « noires ». C’est toujours bien triste d’entendre une fille noire utiliser l’expression « Être rouge comme une tomate » pour parler d’elle-même, pensant que cela signifie simplement être embarrassé… !

Similairement, à la page 255, Emma mentionne qu’elle avait « les cheveux dans les yeux à cause du vent, et Loïc a gentiment repoussé une mèche pour la placer derrière [son] oreille. » Encore une fois, cela ne concorde pas avec la représentation d’Emma en page couverture où on la montre portant un superbe afro volumineux. Ai-je besoin de mentionner que les cheveux crépus ne bougent pas suffisamment dans le vent pour se rendre jusqu’au centre du visage ? Et puis, bon, j’ai encore jamais entendu parler de familles noires normalement constituées qui vont volontairement s’exiler dans le Bas-Saint-Laurent pour un été complet. C’est bizarre.

Tous ces éléments constituent une forme de microagression : On utilise l’image d’une fille noire en couverture pour faire un coup de marketing, mais ce n’est pas l’histoire d’une personne noire qui est racontée dans le livre. D’ailleurs, on ne fait pas vraiment l’effort d’offrir une représentation juste et réaliste d’une personne noire dans le récit. Ugh. Dommage.

Mise à jour du 9 septembre 2018: Eh bien, eh bien. Surprise: Je viens de découvrir que ce livre a d’abord été édité sous le titre « Les drôles de vacances de Coralie ». Même histoire, mais on a changé la couverture. Certains crient au « Black Washing », ou l’utilisation de personnes noires pour faire un coup de pub sans que celles-ci ne soit consultées ou qu’on fasse l’effort d’offrir une représentation juste. Isssssshhhh. Ça fait grincer des dents.

 

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Catherine Girard-Audet
Maison d’édition: Les Malins Bouton acheter
Année de publication: 2017
ISBN: 9782896575961
Public cible: À partir de 9 ans

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Lulu la très chic

lulu tres chicFais la connaissance de Lulu. Elle ADORE réaliser des métamorphoses en 10 minutes avec ses meilleurs amies, faire des listes et lire des magazines de potins sur les vedettes. Lulu participe à un concours. Voici sa liste :

– Essayer une nouvelle coiffure avec des tresses

– Préparer mon costume et mon maquillage

– M’énerver!!!

« Le club des filles du chemin du lotus : le club le plus amusant au monde! »

Quand j’étais enfant, il n’y en existait pas beaucoup (pour ne pas dire pas du tout) de livres dont les pages sont lignées tel un carnet, avec du texte dans une illustration d’écran de cellulaire, des messages textes, des notes dans la marge, des icônes et toutes sortes d’éléments qui rappellent le scrapbooking. Aujourd’hui, ce genre de livres pour enfants envahit les librairies. Je ne suis pas puriste; au contraire, j’aime bien! Je trouve que l’exercice se prête bien à la littérature jeunesse, surtout pour les romans de type « journaux intimes », ou les histoires narrées à la première personne. Cela rend la lecture encore plus personnelle: on dirait qu’il s’agit vraiment de Lulu qui a noirci les pages du livre elle-même. J’en profite pour mentionner l’excellente conception graphique d’Angela Jun pour Lulu la très chic. 88 pages de bonheur qui plairont aux enfants qui aiment le maquillage, la mode, la coiffure et la beauté des choses en général. Plus ça brille, mieux c’est. Sortons les paillettes!!

lulu tres chic 2

Auteur(s) / illustrateur(s) : Kyla May
Maison d’éditionScholastic Canada Bouton acheter petit
Année de publication: 2015
ISBN: 9781443145336
Public cible: 8 à 12 ans

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Le petit monde merveilleux

petit monde merveilleuxKéheli tient son journal dans un petit agenda. Il nous fait partager son quotidien en Afrique, dans le village sur pilotis où vit sa famille. Comme la plupart des enfants de son âge, il va à l’école, fait des blagues, et ne supporte pas sa plus jeune soeur. Et puis, il y a la jolie Amiri, et le « petit monde » merveilleux que Kéheli rêve de lui faire découvrir : le soleil qui se couche tous les soirs sur le lac, devant sa maison, véritable coin de paradis offert par la nature? Mais, soudain, le lac se met à dégager une drôle d’odeur, et les habitants du village tombent malades les uns après les autres? Que se passe-t-il ? Où est donc passé le petit monde merveilleux de Kéheli ?

J’ai beaucoup aimé ce roman où un garçon raconte dans un journal intime ce qui fait son petit monde merveilleux: sa sœur qui pleure sans arrêt, ses rêves où il incarne un prince sauvant une princesse, la nouvelle élève qui lui plaît tant, les jeux dans la cour de récré, puis la maladie, le choléra… Extrêmement bien mené, ce petit bijou de littérature jeunesse vaut le détour. À lire en toute urgence.

Coup de cœur !

Gustave Akakpo est un auteur Togolais.

Akakpo gustave

Auteur(s) / illustrateur(s) : Gustave Akakpo & Dominique Mwankumi
Maison d’édition: Grasset-Jeunesse
Année de publication: 2007
ISBN: 9782246646518
Public cible: 7 à 12 ans
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Du désespoir à la liberté

desespoiralaliberteJulia May et les autres membres de sa famille ont réalisé l’impossible: ils ont fui la Virginie et la plantation de tabac où ils étaient esclaves. Ils marchent maintenant vers le nord, car on dit que là-bas, les esclaves sont libres. Julia May raconte leur histoire dans son journal intime. Leur voyage est épuisant et terrifiant. Ils marchent la nuit et se cachent le jour, mais ils n’abandonnent pas, car ils gardent espoir de pouvoir commencer une nouvelle vie au Canada.

Je suis tombée tout à fait par hasard sur ce roman lors d’une récente visite à la bibliothèque. Je connaissais déjà la collection Cher Journal chez Scholastic, mais les autres titres ne m’intéressaient pas particulièrement. Ici, l’auteur offre un roman accrocheur dont la nature épistolaire réhausse le rythme. La narratrice, Julia May, est une jeune fille intelligente, futée, rusée et débrouillarde. Quel plaisir de lire son histoire! Un récit dont le sujet est difficile, mais dont le ton demeure plein d’espoir. Enfant, j’aimais beaucoup les romans du type « journaux intimes » et je me surprend à toujours les apprécier aujourd’hui. On en apprend beaucoup sur le chemin de fer clandestin et sur la vie des personnes prises en esclavage du XIXè siècle. Un dossier documentaire et historique très étoffé (une quinzaine de pages appuyée d’images d’archives) clôt le roman. Très belle présentation matérielle: couverture rigide, pages coupées à l’ancienne, signet intégré. Parfait pour offrir en cadeau! À découvrir!

Coup de cœur !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Karleen Bradford
Maison d’édition: Éditions Scholastic
Titre complet : Du désespoir à la liberté: Julia May Jackson, sur le chemin de fer clandestin (De la Virginie au Canada-Ouest, 1863-1864)Bouton acheter petit
Année de publication: 2010
ISBN: 9781443101004
Public cible: À partir de 10 ans

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