Des mensonges dans nos têtes

Des mensonges dans nos têtes1959, en Virginie. C’est l’histoire de deux filles qui croient qu’elles se détestent parce qu’elles n’ont pas la même couleur de peau et qu’elles ne sont pas nées du même côté.
C’est l’histoire de Sarah et Linda qui croient qu’elles se détestent mais c’est aussi l’histoire de l’année où tout va changer parce que les mensonges des autres vont voler en éclats et que les vies, les cœurs de Sarah et Linda vont s’en trouver bouleversés pour toujours…

C’est d’abord le sujet du livre qui m’a interpellé. Une histoire d’amour impossible entre deux adolescentes dans les États-Unis en pleine lutte pour les droits civiques, je n’avais jamais lu quelque chose de semblable auparavant. Le roman débute tout de go lors de la rentrée scolaire. Racisme, insultes lancées à tue-tête, ici scandés par la foule d’élèves blancs (« Un, deux, trois, l’intégration on n’en veut pas ! »), là crachés par des dizaines d’élèves croisant le passage de Sarah, jeune fille noire surdouée intégrant une école pour Blancs. « Sale négresse qui pue! » par-ci, ricanements, dénigrements et déchets lancés par-là… C’est très dur à lire et ça dure près de la moitié du roman. Cela m’a agacé, car même si le contexte historique a permis tant de haine, plutôt que de faire avancer l’histoire, l’auteur consacre plusieurs pages à ses effusions de racisme.

J’ai eu un malaise constant en lisant ce roman. Voilà cette femme américaine, blanche, qui fait parler une personne noire (fictive, mais s’inspirant de personnes ayant réellement existées), et qui semble carburer aux insultes racistes. « Black Twitter », ces afro-américains qui échangent en 140 caractère sur les réseaux sociaux (parfois en étant totalement ignorés par la majorité blanche) n’ont pas manqué de le soulever également. Et ce, pour plusieurs raisons (traduction libre de quelques propos recueillis sur Twitter concernant la version originale du roman, The Lies We Tell Ourselves. Notez que ces propos ne sont pas les miens):

  • Quelqu’un peut-il me dire pour qui a été écrit ce roman ?? V’là 100 pages d’insultes en continu envers les Noirs.

  • Auteurs blancs, écoutez ceci: Quand vous écrivez un livre sur le racisme, votre livre est automatiquement catégorisé comme ayant un « White Gaze » [c’est-à-dire un regard Blanc sur la chose, n’abordant que la vision des Blancs sur le racisme].

  • OH MON DIEU, LADY [c’est-à-dire l’auteure], comment as-tu pu penser que c’était ta place d’écrire ceci ?

  • Je deviens vraiment frustrée lorsque les gens donnent de bonnes critiques à ce livre.

Bref, vous l’aurez compris, les gens étaient plutôt furieux. Que l’on soit d’accord ou pas avec cette colère, cette situation fait réfléchir et mérite qu’on y porte attention. L’idée n’est pas d’interdire les personnes blanches d’écrire sur le racisme ou de créer des personnages noirs dans leurs œuvres. L’idée est pour ces personnes blanches d’être conscientes de leur « blanchitude », de leur regard, de leur privilège. L’idée est aussi de réaliser que pendant que les personnes blanches parlent « pour nous », les médias accordent peu de place aux artistes noirs, et qu’il est difficile de parler pour nous-mêmes. L’idée, enfin, est d’être conscient de trois choses cruciales : QUI parle ? POUR QUI parle-t-on? POURQUOI parle-t-on de ceci ?

L’auteure Robin Talley, ayant eu vent de la controverse entourant son roman, s’est par la suite excusée sur sa page officielle, se disant « reconnaissante à ceux qui ont soulevé ses problématiques » et souhaitant « s’excuser profondemment pour les blessures [qu’elle a] occasionnées ». Elle dit avoir « appris » de cette expérience et prend les points soulevés par ses détracteurs « très, très au sérieux. » Elle ajoute que lorsqu’elle a écrit ce roman en 2010, elle a « fait ses recherches », mais n’a pas « pris un moment de recul pour [se] demander si [elle] devai[t] raconter cette histoire en premier lieu. » Elle semble avoir compris que nonobstant les recherches qu’elle puisse avoir effectuées, son écriture était, par nature, limitée par sa propre expérience.

Oh, well.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Robin Talley
Maison d’édition: Mosaic Bouton acheter petit
Année de publication: 2014
ISBN: 9782280338677
Public cible: Ados

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Princesse Nina

Princesse NinaNina est une princesse intelligente, curieuse, gentille et un peu sauvage. Un jour, le roi et la reine décident qu’il est temps de lui chercher un prince. Bien que la princesse ne soit pas du tout d’accord, elle se prête tout de même au jeu. Malgré les qualités de certains de ces princes, pas un seul n’arrive à lui plaire. Le roi et la reine ne savent plus que faire. C’est alors qu’arrive la princesse Melowo et, subitement, la princesse Nina devient terriblement timide… Un conte moderne et amusant au sujet de deux princesses persévérantes et follement amoureuses.

C’est d’abord la couverture qui m’a interpellé dans ce livre. Ladite princesse, Nina, a l’air boudeuse et ennuyée, assise sur son trône royal. Cet image m’a fait sourire car la Nina que l’illustratrice Compiet a dessinée me semblait du même coup terriblement sympathique. Cette histoire m’a beaucoup interpellée! Elle est bien racontée et l’histoire m’a plu. Tout au long du récit, on se demande « mais quel prince réussira à charmer Nina? » pour finalement réaliser que ce ne sera pas un prince, mais une princesse qui fera battre son coeur. Une princesse du Ghana, qui plus est! Je n’avais encore jamais vu ce genre de représentation dans un livre pour enfant. Je l’ai mentionné plusieurs fois sur ce blogue, mais c’est toujours un plaisir de retrouver des personnages noirs dans le rôle de l’amoureuse ou de l’amoureux d’un personnage blanc. C’est assez rare, alors que de plus en plus de couple mixtes se forment en occident.

Petit détail qui m’a déplu: on décrit Nina comme étant « un peu sauvage ». Ces mots sont écrit en caractères gras dans le texte, ce qui laisse penser que ce trait se situe au centre de ce qui la définit. Plus loin, on dit que:

Ses vêtements étaient toujours pleins de taches, les blagues polissonnes du cuisinier la faisaient rire et elle était folle d’équitation.

Mais est-ce assez pour l’affubler de l’épithète « sauvage »? Parce qu’elle aime se salir? Parce qu’elle ne joue pas tranquillement assise avec des poupées? Hum… Bref, le choix de ce mot m’a déplu.

Les deux princesses sont amoureuses et sont heureuses ensemble. Le message est positif, l’histoire est passionnante (les enfants aiment presque tous les histoires de château et de royauté!), les personnages sont attachants, les princes sont rigolos. Un petit bijou qu’il faut vite aller emprunter à sa médiathèque ou bibliothèque de quartier!

Coup de cœur !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Marlise Achterbergh
Maison d’édition: Ballon Media Bouton acheter petit
Année de publication: 2013
ISBN: 9789037490664
Public cible: 5 à 7 ans

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