Antonin

Antonin Samuel ChampagneS’ils savaient… Cette phrase, c’est toute ma vie. Il y a beaucoup de choses que les gens ignorent à mon sujet. J’ai une famille qui m’aime, des amis, je suis bon à l’école. On dit aussi de moi que je suis un grand artiste. Mon existence est parfaite, semble-t-il. Mais j’en ai eu une autre, avant, avec des parents biologiques qui sont restés dans ma tête, même après mon adoption. Je songe sans cesse à mon père, en colère par ma faute. À ma mère, partie m’acheter un cadeau sans jamais revenir. À ces journées que j’ai passées seul, dans l’appartement, à l’attendre du haut de mes six ans. Je pense à la chance que j’ai eue qu’on ait bien voulu de moi et à tout ce que je dois faire pour qu’on ne m’abandonne pas de nouveau. C’est pourquoi je cache ma douleur. Pour que personne ne sache que je fais des crises de panique ou des cauchemars, parfois même éveillé. Ni ces parents qui me sont tombés du ciel, ni mon frère, ni mes amis. Et surtout pas William, le gars que j’aime, le seul avec qui j’arrive à oublier. Il faut que je garde la tête haute et le passé à l’intérieur. Mais les souvenirs refont toujours surface, et je commence à manquer de force pour les affronter.

Ce roman a été une montagne russe d’émotions ! Antonin, le personnage principal est attachant et on se soucie de lui, de ce qui lui arrive et de sa vie. Il a l’air si réel qu’on a l’impression qu’on pourrait le rencontrer dans la vie réelle; l’auteur se fait totalement oublier pour laisser toute la place à son personnage aux multiples facettes. J’ai adoré ! J’ai eu peur pour Antonin, je me suis inquiétée, j’ai été touchée et j’ai même eu les larmes aux yeux à deux reprises pendant ma lecture. Franchement, chapeau à l’auteur Samuel Champagne, qui d’ailleurs vient de publier son troisième roman dans la même collection, Kaléidoscope, qui se spécialise en littérature LGBT+ (évidement, je vais tous les lire 🙂 ).

Dans le roman, Antonin tombe amoureux de William, un adolescent noir plus âgé que lui. Leur amour se développe tout naturellement. Alors qu’Antonin craint la réaction de ses parents face à son homosexualité, William l’assume totalement. Il vit seul malgré son jeune âge (18 ans) car ses parents n’ont plus voulu de lui après qu’il ait admis son attirance pour les garçons. On décrit William d’abord comme ayant des « cheveux courts, frisés », une « peau foncée » et des « épaules carrées », et Antonin ne manque pas de souligner qu’il est « tellement beau. » (p.35) Cela dit, tout au long du roman, l’auteur donne plus d’information sur le caractère de son personnage plutôt que sur son physique. On sait par exemple qu’il est fan de l’univers Disney, qu’il est débrouillard, qu’il aime le pop art, etc. Tous ces détails donnent de la profondeur à ses personnages. Petite maladresse lorsque l’auteur écrit que William « a les joues rosées malgré sa peau foncée » lors d’un moment intime entre les deux garçons (on se rapelle bien que les personnes noires ne rougissent pas ??!) Cette erreur est courante et me dérange à chaque fois.

Le meilleur ami d’Antonin, Yohan, est aussi noir. Même si on dit en page 36 que la peau de William est « plus foncée que celle de Yohan », on ne découvrira son origine ethnique qu’à la page 311 où Antonin raconte un événement raciste dont a été victime son ami: « Yohan est le seul Noir de l’école et j’aime pas quand les gens disent des mots méchants à cause de la couleur de sa peau. » Non seulement l’auteur n’est pas tombé dans le piège de définir son personnage secondaire dès le début que par sa différence raciale (ce qui est franchement surfait en littérature jeunesse), mais il laisse le temps au lecteur d’apprendre à connaître Yohan, de l’imaginer et de s’attacher à lui, avant de mentionner au passage qu’il est racisé. Et au final, on se dit « Ah, ben tiens ! » et on continue sa lecture, car non, le fait que Yohan soit noir ne change rien au récit. Yohan est noir parce que les personnes noires existent dans la vraie vie et ont des vies normales (Oh ! Scandale ! …*)

* Avez-vous senti mon sarcasme ? 😉

Antonin est un roman fort, réussi, qu’on a du mal à refermer et qui nous habite longtemps après l’avoir terminé.

Coup de coeur !

Je remercie les éditions de Mortagne de m’avoir offert ce livre. 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Samuel Champagne
Maison d’édition: Éditions de MortagneBouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782896628537
Public cible: Ados.

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Avant, après

Soulève les voleAvant après Mélanie Walshts et devine ce qui est arrivé à un arbre en automne, à un petit chien plein de boue, et à plein d’autres choses, dans ce livre amusant des avant/après ! Un livre animé.

Les enfants s’amuseront à soulever les rabats de ce livre tout en carton. Certaines pages sont particulièrement originales, comme un beau ballon (avant) qui éclate (après), ou bien une page blanche (avant) qui sera colorée d’un joli dessin (après).

Il y a un garçon noir dans ce livre. Dans le « avant », il dort paisiblement car c’est la nuit. Dans le « après », il se réveille avec le sourire car le jour s’est levé. Rien à redire là-dessus; on utilise un personnage noir et cela ne change rien à l’histoire. C’est très bien.

Il y a aussi une petite fille noire dans ce livre. Et là, j’ai mes réticences. Elle a les cheveux emmêlés, qui poussent dans tous les sens et semblent parfois défier la gravité. Elle fait la baboune et semble clairement malheureuse. En rabaissant le rabat on retrouve la même petite fille, cette fois-ci le sourire aux lèvres et coiffée de « belles couettes ». Ses cheveux sont alors droits et poussent vers le bas, comme le font les cheveux lisses. Cela m’a dérangé. Avoir les cheveux mêlés, d’accord, pas de soucis. Ça arrive à tous les enfants, bien entendu. Mais pourquoi avoir choisi des cheveux lisses et droits pour le « après », comme si avoir les cheveux lisses était ce qui était souhaité ? Les enfants, qui n’ont pas encore la capacité à relativiser les choses, retiendront que des cheveux « coiffés » sont des cheveux droits. Ceci est d’autant plus dommageable lorsqu’on utilise une fille noire pour passer maladroitement ce message. Les filles noires ont naturellement les cheveux d’une texture bouclée, frisée ou crépue qui poussent en zigzague un peu dans tous les sens. Le après ici aurait pu être la même fille qui porte des tresses ou un joli afro. C’est irréaliste d’avoir choisi les cheveux droits pour le après. Le risque est d’insuffler un sentiment d’insatisfaction auprès des filles noires qui liront ce livre. Bref, je ne recommande pas ce livre.

 

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Melanie Walsh
Maison d’édition: Éditions Bayard
Année de publication: 2001
ISBN: 2747004902
Public cible: Bébés
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Terminus

terminus christian robinson matt de la penaLors de leur voyage en bus, Tom et sa grand-mère découvrent la beauté du monde qui les entoure…

Terminus est un album qu’on lit lentement. Pour admirer les illustrations et savourer les mots. L’illustrateur Christian Robinson utilise avec beaucoup d’inventivité des techniques mixtes telles que la peinture, le collage, l’estampe et le fusain.

Le récit est très bien mené. Au départ, on peut croire que Tom et sa grand-mère sont moins privilégiés que d’autres personnes de leur communauté et on se pose beaucoup de questions, tout comme Tom. Pourquoi prennent-ils l’autobus ? Pourquoi n’ont-ils pas de voiture ? Le quartier couvert de déchets et de graffitis est-il celui de leur maison? Se rendent-ils à une soupe populaire pour dîner ? Eh bien, non, non et non. Tom et sa grand-mère se rendent dans un quartier défavorisé après une matinée à l’église pour y faire du bénévolat. Et c’est magnifique. La grand-mère de Tom trouve toujours les réponses les plus justes, appropriées, authentiques et poétiques qu’il soit. À travers leur trajet en autobus, on découvre toute la bonté, la générosité, le respect et le don de soi dont nous sommes tous capables. Tous les éléments sont là pour faire de Terminus un album qu’il faut absolument avoir dans sa bibliothèque personnelle. Fabuleux !

Coup de cœur !

* Médaille Caldecott 2016

* Livre d’honneur 2016 du Coretta Scott King Illustrator

* Médaille John Newberry 2016

 

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Christian Robinson est un illustrateur américain.

christian robinson

Je remercie les Éditions des éléphants de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Christian Robinson & Matt De La Peña
Maison d’édition: Les Éditions des éléphants Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782372730273
Public cible: À partir de 4 ans
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Pense aux jours heureux

pense aux jours heureuxPense aux jours heureux… Ludovic se répète les paroles de cette belle chanson pour se consoler. Il pense à Fatouma, aux jours heureux quand ils étaient assis côte à côte à l’école et que tous les enfants parlaient d’eux en disant « Oh, les amoureux… ». Ils aimaient être ensemble, jusqu’à ce que tout bascule…

Mon avis

Ce petit roman de 64 pages raconte l’amitié entre un garçon et une fille de CM1. Ludovic aime beaucoup Fatouma, peut-être même plus que comme une amie, et Fatoume l’apprécie aussi beaucoup. Les chapitres, très courts, laissent peu de place au développement des personnages. Le récit se déroule sur une longue période – presque qu’un an – et tout se passe très vite. Fatouma vient du Sénégal et son origine ethnique est centrale au récit, alors que celle de Ludovic est tue. Le personnage de Ludovic est donc présenté comme allant de soi et comme étant universel, alors que le personnage de Fatouma est présentée comme s’il constituait une variation qui doit être justifiée. Or, la mention du pays d’origine de cette dernière – le Sénégal – et les illustrations montrent bien que Ludovic est blanc alors que Fatouma est noire. Ainsi, « L’Autre » est encore une fois un personnage noir, d’autant plus que ce personnage est réduit à son origine ethnique. Dommage. En somme, l’histoire est intéressante, mais manque de consistance. Extrait:

Je connais Fatouma depuis le CE1. Je ne l’ai pas aimée tout de suite. JE ne l’ai pas remarquée, au début. Dans notre école, des enfants noirs comme elle, il y en a d’autres, mais ce n’est pas la question. Je ne lui ai pas prêté attention parce que c’Est une fille timide. Pas exactement timide: discrète, plutôt. La différence? Une fille timide, on remarque sa timidité. Une fille discrète, on ne remarque rien, elle se laisse oublier. Les filles timides finissent par devenir pénible, elles font des manières, et on n’a plus envie de leur parler, alors que les filles discrètes, il y a comme un mystère en elles, qui donne envie de mieux les connaître. (p.11-12)

Auteur(s) / illustrateur(s) : Guy Jimenes
Maison d’édition: Oskar poche
Année de publication: 2011
ISBN: 9782350006727
Public cible: 7 à 11 ans.
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Au terrain de jeu

terrain de jeuUne petite fille s’amuse au terrain de jeu avec ses amis. Elle cours, glisse, saute, se balance… Voilà un petit livre facile à lire pour débutants lecteurs. Chaque page est abondamment illustrée et ne contient qu’une courte phrase dont le verbe est conjugé au présent de l’indicatif. La facture du livre est tout de même un peu commerciale. La troisième de couverture n’a pas été traduite et est en anglais; l’enfant qui lit seul essayera sans doute de la lire en ne sachant pas qu’il s’agit d’une autre langue! Malgré tout, je vous conseille fortement ce livre pour votre enfant qui débute tout juste à lire; il sera très fier d’y arriver seul! Et hop! Bonjour la représentation positive d’un personnage noir en littérature jeunesse. 🙂

Auteur(s) / illustrateur(s) : Liza Charlesworth & Louise Forshaw
Maison d’édition: Scholastic
Année de publication: 2014
ISBN: 9781443147392
Public cible: 6 à 8 ans

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Pas si vite, Songololo

songololo pas viteSongolo n’aime pas se presser. Ni pour s’habiller, ni pour se chausser, ni pour marcher. Sa vielle Mamie est comme lui. Il aime bien aller en ville avec elle. Un jour, elle lui fait un très beau cadeau…

Le récit raconte donc l’histoire d’une famille nombreuse dont le benjamin reçoit toujours les vieux souliers de ses grands frères, usés à la corde, devenus trop petits pour eux. La grand-mère est bien orgeuilleuse et marche lentement, mais est tout aussi généreuse. Une virée en ville et un beau cadeau pour son petit-fils. Le lieu où se déroule l’histoire n’est jamais mentionné, mais je devienne qu’il s’agit de l’Afrique du Sud (l’auteur-illustrateur est également sud-africain). J’ai bien aimé.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Niki Daly
Maison d’édition: Gautier-Languereau (Hachette Livre)
Année de publication: 2001
ISBN: 9782013909112
Public cible: À partir de 4 ans

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