Tiny Pretty Things

Gigi, Bette et June sont danseuses dans la prestigieuse école du Ballet de New York où elles ont du mal à résister à la pression. Gigi, seule Noire de sa classe, est choisie pour le premier rôle, ce qui la met face à la jalousie de ses camarades. Bette doit être la meilleure pour ne pas décevoir sa mère et June se bat pour ne plus être l’éternelle doublure. Roman à l’origine de la série télévisée.

Après avoir lu Les Belles, je voulais absolument donner une nouvelle chance à l’autrice afro-américaine Dhonielle Clayton. Je crois qu’à la base, cette autrice, même si j’aime sa plume, raconte des histoires qui se déroulent dans dans des milieux qui ne m’intéressent pas vraiment. Les concours de beauté ou les écoles de ballet, ce n’est pas ce qui captent le plus mon attention. Cela dit, j’admet sans difficulté que Dhonielle Clayton parvient toujours à amener une dimension sociale qui va au-delà de la superficialité dans ses histoires. Dans Les Belles, c’était un sous-texte politique qui critique le monde capitaliste et dans Tiny Pretty Things, ce sont les enjeux de représentation par des artistes d’une couleur de peau différente du personnage d’un œuvre.

Gigi, danseuse noire, a étudié la danse dans un quartier majoritairement afro-américain dans lequel on ne se souciait pas de la couleur de peau des ballerines; toutes pouvaient jouer des héroïnes pouvant avoir n’importe quelles caractéristiques physiques. Il n’était jamais question de savoir ce qui « rendrait mieux » sur scène. Il n’était jamais question de morphologie (p.24). Lorsqu’elle intègre la nouvelle école dans un quartier beaucoup plus blanc, elle frappe un mur: On la ramènera toujours à sa couleur de peau, on lui refusera des rôles pour cela. Mais quand elle obtiendra le rôle de danseuse étoile pour un spectacle, elle attisera la jalousie des autres élèves.

Le roman est portée par quatre voix et chaque chapitre nous fait lire le récit d’une nouvelle narratrice à tour de rôle. Gigi est décrite comme ayant des « cheveux crépus », une « peau d’un brun clair », des « adorables taches de rousseur » et une attitude nonchalante qui trahit ses origines californiennes. (p.71). Elle s’inquiète parfois que ses cheveux soient poisseux à cause des produits capillaires qu’elle utilise (p.122) ou qu’ils soient rêches au toucher contrairement à ceux de ses camarades blanches. Gigi n’est pas la seule danseuse racisée et June, métissée blanche et asiatique, aura aussi un peu de mal à s’intégrer au groupe des coréennes. À ce sujet, elle mentionnera « Ça n’est pas tellement plus facile d’être la seule danseuse à moitié asiatique. Je ne trouve jamais ma place nulle part. C’est dur. Et Monsieur L. est tellement prévisible… Il attribue toujours les danses folkloriques aux danseurs issus des minorités. La bande de Coréennes interprétera sans le moindre doute la danse chinoise. Mes traits asiatiques ne sont pas suffisamment marqués pour que je me joigne à elles. » (p. 32)

Si vous avez aimé la série Gossip Girl, Quatre filles et un jean, ou, plus récemment, La Sélection de Kiera Cass, vous allez adorer Tiny Pretty Things. Parfait pour le lectorat adolescent! À noter que le roman a été adapté à la télévision par Netflix!

Dhonielle Clayton est une autrice noire américaine.

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Tiny Pretty Things
AUTEUR(S) : Sona Charaipotra & Dhonielle Clayton
ÉDITION: Hachette, 2020
ISBN: 9782016285251
PRIX: 29.95$
13 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Les Belles (pour la rivalité entre les personnages), Les pointes noires (pour la place des danseuses noires dans la danse classique) ou L’enceinte 9 (pour le personnage principal fort).

Les rois du parc

Les rois du parcDeux enfants, Léanne et Johan, décident de régner sur le parc de loisirs. Ils imposent à leurs sujets des conditions et des règles de jeux… C’est bientôt la guerre déclarée entre les deux souverains pour savoir qui sera maître des balançoires et des toboggans.

Léanne est une petite fille noire au teint foncé. C’est une forte tête qui s’impatiente facilement. Le parc est son royaume, et elle ne compte pas le partager avec Johan. D’ailleurs, les deux enfants ne s’entendent pas sur la division du territoire ! Si de son côté, Johan fait un « plan de conquête », Léanne fait un « MÉGA plan de conquête ». Au fil des pages, les amis du parc s’amusent de moins en moins. Puis, leurs idées de conquête leur montent tellement à la tête qu’un jour, il n’y aura plus rien à conquérir et plus de copains avec qui jouer. Il faudra se réconcilier et apprendre à partager !

J’ai adoré la mise en page de cet album amusant. Les doubles pages, concomitantes, font ressortir l’opposition entre Johan et Léanne. Au final, les deux enfants finiront par élaborer un plan d’excuse, rendre leurs bannières royales et leurs royaumes. La chute, inattendue, fera réfléchir vos petits lecteurs. Et puis, pour aller plus loin, pourquoi ne pas aborder avec eux des sujets tels que les conflits de pouvoir, le ridicule du despotisme, ou encore la réconciliation ? Les Rois du parc est un album vraiment agréable qu’il vous faut lire absolument ! 🙂

Coup de cœur !

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Joseph Kuefler
Maison d’édition: CirconflexeBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782878339420
Lectorat cible: 3 à 6 ans.
Vous aimerez peut-être: J’adore être papa, un album rigolo qui plaira aux tout-petits !

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Au boulot, Léo !

Au boulot LéoLéo aimerait bien jouer avec ses grands frères jumeaux, mais ils sont trop occupés à tenter de se surpasser l’un l’autre ! Lorsque Théo et Matéo ouvrent un kiosque de limonade, les choses vont de mal en pis. Mais Léo est patient et il a plus d’un tour dans son sac…

Dans une fratrie, il y a toujours le risque qu’un des enfants reçoive moins d’attention. Plus petit, plus discret et surtout n’ayant pas de jumeau identique, Léo ne cherche cependant pas tant l’attention des adultes que celle de ses grands frères avec qui il aimerait jouer. Débrouillard, il décide de travailler pendant l’été pour récolter de l’argent. Tout au long du texte, on se demande bien se qu’il va faire avec ce salaire et en quoi il l’aidera à se rapprocher de ses frères. Sous-estimé par ces derniers, il parviendra tout de même à sortir son épingle du jeu et à faire réaliser à ses frères qu’il compte lui aussi ! La chute est inattendue et la morale de l’histoire est qu’il faut travailler pour accomplir des choses, de manière honnête, et qu’une rivalité saine vaut mieux que le rejet de ses concurrents.

Les trois frères sont non-blancs, tout comme la majorité des personnages secondaires. Cette représentation, très diversifiée, concorde avec celle que l’on retrouve dans les grandes villes occidentales comme Montréal ou Paris.

au boulot léo 2

Auteur(s) / illustrateur(s) : Troy Wilson & Josh Holinaty
Maison d’édition: Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9781443159692
Public cible: 5 à 10 ans
Vous aimerez peut-être: La princesse et le poney, aussi publié chez Scholastic, pour la similarité du ton et des illustrations.

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Des mensonges dans nos têtes

Des mensonges dans nos têtes1959, en Virginie. C’est l’histoire de deux filles qui croient qu’elles se détestent parce qu’elles n’ont pas la même couleur de peau et qu’elles ne sont pas nées du même côté.
C’est l’histoire de Sarah et Linda qui croient qu’elles se détestent mais c’est aussi l’histoire de l’année où tout va changer parce que les mensonges des autres vont voler en éclats et que les vies, les cœurs de Sarah et Linda vont s’en trouver bouleversés pour toujours…

C’est d’abord le sujet du livre qui m’a interpellé. Une histoire d’amour impossible entre deux adolescentes dans les États-Unis en pleine lutte pour les droits civiques, je n’avais jamais lu quelque chose de semblable auparavant. Le roman débute tout de go lors de la rentrée scolaire. Racisme, insultes lancées à tue-tête, ici scandés par la foule d’élèves blancs (« Un, deux, trois, l’intégration on n’en veut pas ! »), là crachés par des dizaines d’élèves croisant le passage de Sarah, jeune fille noire surdouée intégrant une école pour Blancs. « Sale négresse qui pue! » par-ci, ricanements, dénigrements et déchets lancés par-là… C’est très dur à lire et ça dure près de la moitié du roman. Cela m’a agacé, car même si le contexte historique a permis tant de haine, plutôt que de faire avancer l’histoire, l’auteur consacre plusieurs pages à ses effusions de racisme.

J’ai eu un malaise constant en lisant ce roman. Voilà cette femme américaine, blanche, qui fait parler une personne noire (fictive, mais s’inspirant de personnes ayant réellement existées), et qui semble carburer aux insultes racistes. « Black Twitter », ces afro-américains qui échangent en 140 caractère sur les réseaux sociaux (parfois en étant totalement ignorés par la majorité blanche) n’ont pas manqué de le soulever également. Et ce, pour plusieurs raisons (traduction libre de quelques propos recueillis sur Twitter concernant la version originale du roman, The Lies We Tell Ourselves. Notez que ces propos ne sont pas les miens):

  • Quelqu’un peut-il me dire pour qui a été écrit ce roman ?? V’là 100 pages d’insultes en continu envers les Noirs.

  • Auteurs blancs, écoutez ceci: Quand vous écrivez un livre sur le racisme, votre livre est automatiquement catégorisé comme ayant un « White Gaze » [c’est-à-dire un regard Blanc sur la chose, n’abordant que la vision des Blancs sur le racisme].

  • OH MON DIEU, LADY [c’est-à-dire l’auteure], comment as-tu pu penser que c’était ta place d’écrire ceci ?

  • Je deviens vraiment frustrée lorsque les gens donnent de bonnes critiques à ce livre.

Bref, vous l’aurez compris, les gens étaient plutôt furieux. Que l’on soit d’accord ou pas avec cette colère, cette situation fait réfléchir et mérite qu’on y porte attention. L’idée n’est pas d’interdire les personnes blanches d’écrire sur le racisme ou de créer des personnages noirs dans leurs œuvres. L’idée est pour ces personnes blanches d’être conscientes de leur « blanchitude », de leur regard, de leur privilège. L’idée est aussi de réaliser que pendant que les personnes blanches parlent « pour nous », les médias accordent peu de place aux artistes noirs, et qu’il est difficile de parler pour nous-mêmes. L’idée, enfin, est d’être conscient de trois choses cruciales : QUI parle ? POUR QUI parle-t-on? POURQUOI parle-t-on de ceci ?

L’auteure Robin Talley, ayant eu vent de la controverse entourant son roman, s’est par la suite excusée sur sa page officielle, se disant « reconnaissante à ceux qui ont soulevé ses problématiques » et souhaitant « s’excuser profondemment pour les blessures [qu’elle a] occasionnées ». Elle dit avoir « appris » de cette expérience et prend les points soulevés par ses détracteurs « très, très au sérieux. » Elle ajoute que lorsqu’elle a écrit ce roman en 2010, elle a « fait ses recherches », mais n’a pas « pris un moment de recul pour [se] demander si [elle] devai[t] raconter cette histoire en premier lieu. » Elle semble avoir compris que nonobstant les recherches qu’elle puisse avoir effectuées, son écriture était, par nature, limitée par sa propre expérience.

Oh, well.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Robin Talley
Maison d’édition: Mosaic Bouton acheter petit
Année de publication: 2014
ISBN: 9782280338677
Public cible: Ados

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