Fleur de coton

fleur-de-cotonEn Louisiane, dans une plantation, Fleur de Coton, 10 ans, est une jeune esclave. Elle découvre qu’elle est une mulâtresse, née de l’union de sa mère esclave et du maître de la plantation. La fillette se trouve dans la situation difficile des « bâtardes » qui n’ont leur place ni au sein de la communauté nègre, ni dans le cercle des blancs, les dirigeants…

Ce livre de 70 pages se lit très vite et se glisse facilement dans la poche. Je l’ai d’ailleurs dévoré en un voyage en métro sur la ligne orange! Ce tout petit roman s’adresse aux bons lecteurs de 10 ans et plus et aborde la question de l’esclavage en termes très généraux. Malgré la présence d’un dossier en fin de livre sur l’histoire de la Louisiane, on n’y explique pas vraiment les raisons politiques, sociales et économiques qui ont mis la table à la montée de l’esclavage en Amérique. Dommage.

Il y a beaucoup de personnages pour un si petit récit, beaucoup de personnages secondaires aussi, et forcément, on n’a ni le temps de les connaître vraiment, ni le temps de s’y attacher. J’ai eu du mal à m’attacher à Mai, le personnage principal. On sait bien peu de choses d’elle et ses réactions m’ont paru parfois bizarres ou incompréhensibles. Par exemple, lorsqu’elle apprend qu’elle est née d’un père blanc, en l’occurrence le maître de la plantation, elle se réjouit de réaliser que du sang blanc coule dans ses veines et rejette sa filiation à sa famille noire, allant jusqu’à se considérer supérieure à eux. Or, il y a peu de mise en contexte dans le roman qui puisse explique que Mai ait une telle réaction, et le tout risque d’être bien confus pour un jeune lecteur de 10-11 ans. Le danger est qu’il en retienne un message négatif ou internationalise un racisme bien malgré lui à la lecture de ce roman.

De plus, le récit n’offre pas de réelle conclusion et on ne sent pas que Mai a évoluée par rapport au début du roman. L’histoire se termine sur son départ de la plantation car elle a été vendue à une autre famille. Bien des questions restent sans réponse: Qu’est-il arrivé à la famille de Mai? Que va-t-il arriver à Mai? Mai finira-t-elle par s’accepter? Parviendra-t-elle à s’émanciper? Les personnages parviendront-ils à se pardonner ? Le père de Mai finira-t-il par reconnaître sa paternité ? …

Je suggère donc une lecture accompagnée: prenez le temps de lire aussi ce livre et d’en discuter avec votre enfant ou vos élèves. Posez-lui des questions sur ce qu’il a compris du récit et ce qu’il en pense, mais soyez aussi prêt à répondre à ses questions (elles pourront vous surprendre!)

Auteur(s) : Corinne Albaut
Maison d’édition: Oskar éditeur Bouton acheter petit
Année de publication: 2013
ISBN: 9782350009988
Public cible: À partir de 10 ans

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L’amie

amie sarah stewart david smallBelle est une petite fille sage et étonnante à la fois. Elle croit pouvoir tout faire toute seule comme si elle était déjà une grande personne. Heureusement, Béa, sa grande amie, veille sur elle…

D’un point de vue technique, le livre est super. Les illustrations aux traits ronds et aux tons doux et pâles m’ont beaucoup plu. La narration est fantastique aussi; comme il était intéressant de découvrir ce qui berce les semaines de Béatrice et d’Annabelle un jour à la fois. Et comme il était doux de constater à quel point elles semblaient s’aimer. Cela étant dit, toute la douceur des illustrations et tout le côté paisible de la relation amicale entre les deux personnages contraste avec la violence de leur situation. D’un côté, la petite Annabelle est négligée par ses parents qui sont trop occupés à travailler et à aller à des soirées mondaines plutôt que de s’occuper de leur fille. Annabelle ne semble pas non plus avoir d’amis de son âge. Même si la famille d’Annabelle vit dans le luxe et la richesse monétaire, Annabelle est affreusement seule. C’est donc sans surprise qu’elle développe une amitié avec sa gouvernante, qui se révèle être la seule figure parentale stable de son existence.

D’un autre côté, Béatrice effectue un travail exigeant, pour lequel elle est probablement sous-payée et ne reçoit pas de reconnaissance. On en connaît très peu sur elle. Qui est-elle? Quelle est son histoire? Comment s’est-elle retrouvée à travailler pour cette famille? Est-elle heureuse? Elle travaille 6 jours sur 7 et vit dans une maison qui n’abrite pas sa famille. Le dimanche, elle va à l’église et le soir, elle regarde deux photo-portaits posés sur sa table de chevet. Qui sont ces gens? Des amis? Une fille? Un frère? Un mari? Où sont-ils? Ou bien est-ce une photo d’elle même, diplômée, mais qui se retrouve quand même à travailler comme femme-à-tout-faire pour une famille de riche? Les auteurs ne nous donnent pas toutes les réponses, et c’est l’une des forces de cet album: quand tout n’est pas dit, le lecteur peut y aller de son interprétation personnelle.

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On ne peut ignorer les relations raciales présentes dans cette histoire dont le contexte semble être celui d’après-guerre. Béatrice est noire et gouvernante. Annabelle est blanche et riche. L’album n’aborde pas cet aspect, ni même l’auteur dans sa dédicace en fin de livre où l’on peut voir la véritable Annabelle (l’auteure – Sarah Stewart) et sa gouvernante. Beaucoup de non-dits, donc, dans cet album, qui célèbre davantage la relation entre Annabelle et Béatrice qu’il n’aborde la question de la race, du racisme d’après-guerre et du the-friend-illustration-david-smallprivilège racial.

La dernière scène du livre m’a touchée. Un jour ensoleillé, Béatrice sauve la vie de la petite Annabelle qui, voulant récupérer un ballon rouge tombé à l’eau, passe à deux doigts de se noyer. Le soulagement ressenti par Béatrice est indéniable, alors qu’elle prend la fillette dans ses bras, heureuse qu’un drame ait pu être évité. Elles s’aiment, oui. De manière naturelle ou par la force des choses. Ou peut-être un peu des deux. Car au final, chacune à leur manière, elles n’ont qu’elles au monde.

 

Je remercie les Éditions des éléphants de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Sarah Stewart & David Small
Maison d’édition: Les Éditions des éléphants
Année de publication: 2015 (2004 pour la version originale)
ISBN: 9782372730068
Public cible: 6 à 9 ans
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