Légendes zurbaines

A la suite du décès de sa mère, Dwayne emménage dans un petit appartement de Brooklyn. Le jeune garçon ne se sent pas à sa place aux côtés de son père, un policier, et de son frère, un inlassable séducteur. Mais ce sentiment disparaît lorsqu’il est recruté par un gang de jeunes justiciers. Avec eux, il enquête sur des monstres qui surgissent des profondeurs de la ville.

L’histoire de cette bande dessinée, résolument urbaine, se déroule au cœur de New York aux États-Unis. J’ai adoré suivre l’histoire de cette famille qui tente de se reconstruire en parallèle à celle de la ville de New York qui, tel un organisme vivant, essaie de garder son identité. Tous les personnages principaux de Légendes Zurbaines sont forts, bien définis et uniques. Il ne faut pas se fier à la première impression car ils ne sont pas ce qu’ils paraissent être; ils sont résolument humains avant tout.

La mère de Dwayne, le personnage principal, est décédée quelques mois plus tôt et ce dernier a du mal a accepter avoir dû quitter son Indiana natale pour aller vivre dans le New York où son père a grandi. Il a le sentiment d’avoir abandonné sa mère là-bas, alors que son grand frère est plutôt heureux de repartir à zéro. Ce parallèle entre l’histoire de la ville et des humains qui l’habite est aussi présent dans le récit de Cajou, dont le père est un promoteur immobilier riche dont la compagnie exproprie les moins fortunés. Ceux que le richissime père de Cajou a contraint à partir, eh bien ce sont eux qui ont construit la ville et ils méritent aussi de pouvoir y vivre dans la dignité. Le père souhaite faire en sorte que tous aient un meilleur avenir, mais il comprendra grâce à son fils et à sa bande qu’il ne peut pas se contenter de tourner le dos au passé.

Les personnages principaux sont issus de diverses origines également : Cajou, un garçon intrépide à la fois juif et catholique, « Le Rat », un garçon noir amoureux des maths et des sciences, Mya, une jeune asiatique élevée à l’école de la rue ayant perdu son frère dans de mystérieuses circonstances, Riff Raff, un sans-abri qui connait Brooklyn comme le fond de sa poche et Dwayne, qui a un fort sens de la justice et de l’honnêteté. Au delà de l’origine et de la couleur de la peau, cette diversité constitue une représentation positive de personnages racisés car on est bien lui du « personnage noir/asiatique/juif de service ». Au contraire, chaque personnage a une identité propre qui ne se résume pas à la couleur de sa peau et sa présence ne sert pas qu’à faire joli. Ces personnages agissent sur l’histoire, s’affirment, se développent et se dévoilent au plus grand bonheur des lecteurs qui pourront s’y reconnaître ou simplement les considérer comme des personnes humaines et uniques ayant autant de valeur que les personnages blancs.

On y retrouve un excellent découpage de planches et un montage de cases qui convient parfaitement au rythme effréné du récit. Les couleurs sont superbes aussi. J’ai repéré une toute petite coquille en page 85 où on peut lire « Bâteiments » au lieu de « Bâtiments ».

La bande dessinée se termine par un petit dossier où on présente les personnages principaux, une carte des quartiers de Brooklyn où se déroule l’histoire, et quelques légendes urbaines célèbres comme les alligators dans les égouts, les gargouilles vivantes, les punaises de lit suceuses de sang, les rats mutants et le monstre du canal de Gowanus.

Bourrée d’action et qui fait frissoner, Légendes Zurbaines plaira aux amateurs de bandes dessinées dès l’âge de 10 ans!

Michael Yates est un auteur américain.

Cour de cœur!

Légendes Zurbaines
AUTEUR(S):  Nick Bruno, Paul Down & Michael Yates
ÉDITION: Humanoïdes associés, 2019
ISBN: 9782731632187
PRIX: 25,95$
9 à 14 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Les Chroniques d’Under York, Le Loup de la 135e et Jean-Michel Basquiat: L’enfant radieux, trois livres jeunesse se déroulant à New York.

Je veux le même!

Mbiya et Kabibi sont deux sœurs qui ne cessent de se disputer et veulent à tout prix jouer avec les jouets de l’autre. Même à table, les querelles se poursuivent. Las de voir leurs filles se chamailler, leurs parents proposent un jeu qui devrait changer les choses

Mbiya et Kabibi est vraiment une chouette initiative de deux parents suisses d’origine congolaise qui ont pris conscience que la représentation d’héroïnes et héros noirs dans les livres pour les jeunes est déterminante lorsque leur fille leur a demandé pourquoi il n’y avait pas de personnages marrons dans ses livres préférés. Cette histoire raconte une tranche de vie d’une famille noire, sans que la couleur de peau ne soit au centre du récit. Quelle joie de pouvoir lire ce genre de livre qui normalise l’existence des personnes afro-descendantes!

La relation entre les deux sœurs est authentique et l’autrice parvient à capturer les émotions vives que ressent les enfants en bas âge: la jalousie, la frustration, la tristesse, la joie. C’est donc également un excellent livre si vous recherchez une histoire sur la gestion des émotions ou le développement de compétences sociales. Pour aller plus loin, vous pourriez ajouter ce livre à un réseau de livres sur le partage ou la fratrie.

Les illustrations m’ont beaucoup plu: les couleurs sont vives et l’angle choisi par l’illustratrice met en image le texte de manière directe, permettant à l’enfant de suivre facilement la lecture. Les illustrations sont également suffisamment descriptives et les visages des personnages suffisamment expressifs pour permettre à l’enfant de raconter sa propre histoire. C’est d’ailleurs un exercice intéressant à faire: demandez à votre enfant de vous inventer l’histoire en se basant sur les illustrations avant de lui lire le livre pour la première fois. Vous verrez, il aura beaucoup d’imagination, utilisera ses connaissances antérieures pour donner sens à ce qu’il voit et fera des inférences. Chez les enfants plus vieux (5-6 ans), vous pourrez également constater que les enfants sont capables de construire une trame narrative simple avec un début, un rebondissement et une fin, tout en utilisant des mots comme « il était une fois », « ensuite », « mais », ou « après » pour séquencer ses idées. C’est un exercice utile qui préparera votre enfant à l’entrée à l’école!

Le livre-objet est de qualité, avec une couverture rigide et du papier glacé, et on retrouve un bel équilibre entre le texte et l’image. Le texte est simple, mais pas simpliste; on y retrouve un vocabulaire accessible aux enfants, tout en y incorporant des mots potentiellement nouveaux comme « narquois », « bouder », « couvert » ou « sanglotant ». Lors de la lecture, n’hésitez pas à expliquer les mots que votre enfant ne comprend pas en utilisant un synonyme ou en donnant des exemples.

À la fin du livre, on retrouve un jeu d’association amusant à faire avec les enfants. Je vous conseille vivement ce livre que vous pouvez acheter sur le site de l’autrice. On y retrouve d’ailleurs également des coloriages gratuits mettant en scène Mbiya, Kabibi et leur famille.

Je remercie l’autrice Belotie Nkashama de m’avoir offert ce livre.

Belotie Nkashama est une autrice Suisse d’origine congolaise.

Je veux le même!
AUTEUR(S): Belotie Nkashama & Amélie Buri
Parution: 2020
ISBN: 9782970143901
3 à 6 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Émilie est envieuse, un album sur la gestion des émotions. Essayez aussi J’ai mal à mes cheveux, Little Nappy: quand maman m’aide à m’occuper de mes cheveux, deux livres écrits par des parents d’enfants noirs.