Mathieu Da Costa: Premier interprète d’origine africaine en Nouvelle-France

Plusieurs pans de la vie de Mateus Da Costa demeurent un mystère. Son nom revient à quelques reprises dans les archives, puis, vers la fin de sa vie, les historiens perdent complètement sa trace. Samuel de Champlain a francisé son nom et l’appelle Mathieu de Coste. Une chose cependant est sure : Da Costa est le premier navigateur et interprète d’origine africaine à avoir foulé le sol de notre pays.

Voilà un très bon roman pour lecteurs débutants avec tout juste 58 pages illustrées en noir et blanc. L’autrice, Diane Groulx, a dédié ce livre à ses enfants, Jhonatan et Luisa, « pour qu’ils soient fiers de leurs origines africaines ». Elle a aussi consulté l’historien A. J. B. Johnston qui l’a conseillée dans l’écriture et la vérification de faits historiques sur la vie de Mathieu Da Costa.

Le livre se lit comme une histoire; ainsi, les lecteurs et lectrices en apprennent beaucoup sur la vie de Mathieu Da Costa et la colonisation du Canada dans cette biographie romancée. J’ai beaucoup aimé! Il existe peu de livres sur la contribution des personnes noires à l’histoire du Canada, et ce roman en est un très bon. Enseignants, ce livre sera un bel ajout à votre bibliothèque de classe. Ce livre est presque épuisé; commandez-le vite avant qu’il ne soit trop tard!

Mathieu Da Costa: Premier interprète d’origine africaine en Nouvelle-France
AUTEUR(S): Diane Groulx & Jocelyn Jalette
ÉDITION: Éditions du soleil de minuit, 2013
ISBN: 9782924279021
PRIX: 9,95$
7 À 11 ANS

Ce livre vous a plu?
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Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo

Le 31 juillet 1761, Tsimiavo est à bord de l’Utile. Elle a été embarquée clandestinement dans les cales de ce navire de commerce avec 159 autres esclaves malgaches. Au cœur de la nuit, leur destin bascule : l’Utile heurte un récif de corail et fait naufrage. Les rescapés échouent sur un îlot de sable blanc et de cailloux, perdu au milieu de l’océan Indien.

Quand l’équipage blanc prend le large sur une embarcation de fortune, Tsimiavo et les siens se retrouvent seuls, oubliés de tous. Comment survivre sur cet îlot du bout du monde ? C’est le défi qui les attend. Pendant des jours, des mois, des années, leur courage et leur ingéniosité vont faire des miracles…

Ce livre en grand format est écrit sous la forme d’un journal intime et superbement illustré par des fresques là en couleur, là en noir et blanc. Il s’agit donc d’un album pour les grands, qui raconte une histoire vraie et terrible, et qui permet d’aborder la traite négrière et, plus largement, l’histoire du XIXe siècle. On oublie parfois que des esclaves ne venait pas uniquement du continent africain, mais aussi de l’île de Madagascar. Idéal pour une lecture en classe avec des élèves de 3e cycle du primaire, voire 1er cycle du secondaire. On retrouve en fin d’ouvrage un dossier sur les missions archéologiques menées par Max Guérout sur Tromelin, l’île des esclaves oubliés. D’ailleurs, ce livre sera bientôt réédité sous la forme d’un roman à couverture souple avec la définition des mots difficiles et autres notes en bas de page pour faciliter la lecture, un préambule, des activités pour travailler la compréhension de texte et un dossier encore plus étoffé en fin d’ouvrage. À surveiller au courant des prochains mois!

Le point de vue du livre est clairement celui de personnes blanches, même si le personnage principal qui raconte son histoire est malgache. Il y a plusieurs maladresses dans le livre. Déjà, le titre: On compare les personnes oubliées sur l’île de Tromelin à Robinson Crusoé, qui, souvenez-vous, s’est aussi échoué sur une île et y est resté pendant des années. Sauf que, souvenez-vous aussi que Robinson Crusoé était à l’origine parti naviguer à la recherche d’esclaves africains. Ce n’était pas une petite croisière de plaisance! Dans le texte, on appelle même les Malgaches oubliés les « Robinsons noirs ». Pourquoi donc cette comparaison avec une personne blanche qui, plus est, était esclavagiste?

Ensuite, tant l’autrice que l’illustratrice sont des personnes blanches. J’aurais été intéressée à connaître l’opinion et le point de vue de personnes malgaches sur cette histoire qui est la leur. Et puis, le récit s’attarde longuement aux Blancs et à ce qu’ils ont fait et à ce qu’ils n’ont pas fait: les Blancs ont trouvé de l’eau, les Blancs ne partagent pas leur nourriture, les Blancs construisent un abri pour eux seulement, les Blancs ont menti et n’ont pas tenu leur promesse, les Blancs ont abandonné les Malgaches, les Blancs ne reviendront pas, les Blancs sont revenus, les Blancs se sont encore échoués, un autre Blanc s’est échoué, ce Blanc a encore abandonné les Malgaches, les Blancs sont venus sauver les derniers survivants, les Blancs ont déclarés libres les huit survivants une fois arrivés à l’Île de France… Oui, il y a quelques pages où Tsimiavo raconte un peu le quotidien sur l’île, mais on en apprend très peu sur comment les Malgaches ont survécu sur l’île, comment ils se sont organisés, quels genre de liens et système politique ils ont mis en place, quelles difficultés ils ont rencontrées, ce qui est arrivé des bébés nés sur l’île, ou sur les relations entre les insulaires. Dommage! Tous ces éléments sont relégués au dossier en fin d’ouvrage où une petite section intitulée « Comment ces hommes et ces femmes ont-ils survécu? » offre un peu plus d’information sur le sujet.

Enfin, et ça, ce n’est pas la faute des autrices, mais l’île où ont été oubliés les Malgaches nauvragés porte le nom du sauveur (blanc) venus les sortir de là, Jacques Marie Boudin de Tromelin de La Nuguy, un navigateur français.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  1. Quel est le titre du livre? Le sous-titre? Qu’évoquent-ils pour toi?
  2. Qu’est-ce que la page couverture de laisse deviner de l’histoire que tu vas lire?
  3. Qui est Robinson Crusoé? Pourquoi a-t-on appelé les naufragés malgaches ainsi?
  4. Après la lecture du premier chapitre: Qui parle? Que lui est-il arrivé? Que peux-tu dire du contexte dans lequel se déroule le récit? Les illustrations te laissent-elles deviner l’époque?
  5. Combien de temps après les événements du récit Tsimiavo raconte-t-elle son histoire?
  6. Que peux-tu dire des illustrations? Pourquoi certaines illustrations sont-elles en couleur et d’autres en noir et blanc?
  7. Apprends-en plus sur la traite négrière. Situe sur une carte l’île Maurice, Madagascar et l’île de Tromelin.
  8. Développe ton empathie: comment aurais-tu réagi si tu avais été à la place de Tsimiavo?
  9. Penses-tu qu’une telle histoire pourrait arriver encore aujourd’hui? Pourquoi ou pourquoi pas?
  10. Fais une recherche à la bibliothèque sur les îles inhabitées du monde.
  11. Fais une recherche à la bibliothèque sur la culture malgache.
  12. Vrai ou Faux? Les Blancs ont promis aux Noirs de les ramener en France s’ils les aident à construire une pirogue.
  13. Fais un résumé de chacun des chapitres. Note et trouve la définition des mots que tu ne comprend pas.
  14. Pourquoi, même sur une île déserte coupée du monde, les Blancs refusent-ils de partager leurs ressources avec les Malgaches? Quelle aurait été un meilleur comportement?
  15. Comment est-ce que le racisme était-il érigé en système à l’époque où le bateau fait naufrage? Pourquoi s’agit-il de racisme? Pourquoi s’agit-il d’un système? Quelles en sont les répercussions?
  16. À la fin du récit, les 8 survivants sont déclarés libres par les Français. À ton avis, qu’est-ce que la liberté? Qui décide qui est libre et qui ne l’est pas? Les naufragés étaient-ils libres sur leur île?
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Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo
AUTEUR(S)
: Alexandrine Civard-Racinais & Aline Bureau
ÉDITION: Belin Jeunesse, 2016 / 2021
ISBN: 9782701198903 
/ 9791035802622
PRIX: 9,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Catfish: le voyage d’un esclave vers la liberté, ou encore Coton Blues, deux albums sur la traite négrière. Essayez aussi Aïna, Lalatiana et Alisoa vivent à Madagascar.

Bintou la casse-cou

Bintou est une petite fille qui adore poursuivre les poules pour les attraper. Un jour, en suivant une volaille dans un arbre, elle tombe et se fait mal au pied. Incapable de courir comme avant, elle trouve un moyen d’attirer les volatiles en semant des graines.

Bintou a un talent particulier. C’est la meilleure de son village pour attraper les poules! Sa soeur Sadia est forte en orthographe, son amie Fatima est rapide pour tresser les cheveux, son frère Bilal est courageux devant les boeufs… Mais Bintou est forte pour attraper les poules, rapide pour attraper les poules et courageuse pour attraper les poules!

Cet album est un véritable plaisir à lire à voix haute: il serait idéal pour l’heure du conte à la bibliothèque. Son grand format et ses illustrations pleine page en font un livre que l’on peut facilement présenter à un groupe. On retrouve un mot haoussa dans le texte, lorsque tout le village somme Bintou de ralentir: « Sannu, sannu! ». L’histoire prend une tournure inattendue à la fin, une belle surprise qui donne le goût de relire à nouveau tout de suite après avoir terminé. Fortement recommandé!

Coup de cœur!

Atinuke est une autrice originaire du Nigéria.

Je remercie les éditions des éléphants de m’avoir offert ce livre.

Bintou la casse-cou
AUTEUR(S) : Atinuke & Angela Brooksbank 
ÉDITION: Éditions des éléphants, 2020
ISBN: 9782372730884
PRIX: 27,95$
3 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Marilou la casse-cou, Bon appétit Jamela! ou Je suis en maternelle: le bobo, trois livres jeunesse dont les personnages principaux sont des enfants un peu (trop?) intrépides.

Kadogo

Pour ses onze ans, Gabriel reçoit une kalachnikov en cadeau. Sans l’avoir voulu, il va devenir un enfant soldat. Ce livre, qui évoque l’enrôlement d’un enfant de 11 ans, illustre le combat qu’Amnesty International mène pour mettre un terme au drame de l’enrôlement d’enfants soldats.

Ce sont d’abord les illustrations qui ont attiré mon œil vers ce livre: Joël Alessandra maîtrise l’aquarelle et les ombrages, et ses traits évoquent une certaine urgence et une liberté qui contrastent avec le propos de l’album. Né à Marseille, il a notamment été directeur artistique à Djibouti en Afrique de 1989 à 1991.

« Kadogo », le titre de l’album, désigne l’enfant soldat en langue swahili, mais à l’origine il veut dire « encore petit ». Lorsque Gabriel recevra une kalachnikov en cadeau, c’est toute sa vie qui sera dorénavant intimement liée à cette arme. De la naïve excitation d’avoir reçu ce qu’il perçoit d’abord comme un jouet, Gabriel ne réalisera que plus tard qu’on s’attend de lui à ce qu’il fasse davantage que de faire semblant. Il sera réveillé en pleine nuit par son oncle et conduit dans un endroit inconnu à l’arrière d’un vieux véhicule tout terrain, entassé au milieu de dizaines d’autres garçons comme lui, luttant contre « ses larmes de petit garçon ».

Le texte d’Ingrid Chabbert traduisent toute la détresse, l’incompréhension et la douleur ressentie par Gabriel. On en sait très peu sur les parents du garçon: il semble avoir été élevé par son oncle et sa tante. Lorsqu’il arrivera au camp d’entraînement à la guérilla, on ne parlera pas non plus des sévices et traumatismes qu’il aurait pu subir. On vit avec Gabriel ses premiers instants de perte de l’innocence: ne pas tout comprendre, rechercher des modèles chez les autres garçons plus âgés, avoir mal au bras d’avoir trop tiré, s’ennuyer de ses petits frères restés à la maison et réaliser qu’il ne pourra pas les prévenir de ce qui les attend, sentir le sang encore chaud de sa première victime couler sur ses orteils.

L’histoire se termine par la fuite de Gabriel, abandonnant sa carabine derrière lui. On ne sait pas ce qui lui est arrivé. A-t-il été abattu sur le champ par les superviseurs du camp? A-t-il réussi à partir sans se faire repérer? Est-il retourné chez lui? S’est-il perdu avant d’avoir pu retrouver les siens? Cette fin ouverte permet d’avoir de bonnes discussions en groupe après la lecture, pourquoi pas en milieu scolaire avec des élèves de 3e cycle. En toute fin d’album vient une page signée Amnesty International sur l’enrôlement d’enfants soldats et des solutions proposées par des ONG pour que cela cesse.

« Kadogo » est un livre très dur à lire, mais aussi très beau et nécessaire. Recommandé!

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Kadogo
AUTEUR(S) : Ingrid Chabbert , Joël Alessandra 
ÉDITIONDes ronds dans l’O, 2017
ISBN: 9782374180298
PRIX: 25,95$
10 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Mama Miti la mère des arbres, Ailleurs et Où es-tu Iemanjá?, trois livres jeunesse publiés en collaboration avec Amnesty International.

Zibeline (tome 1): Sur l’autre rive

Quand, à huit ans, on est propulsée dans un monde inconnu… Une seule solution : se faire de nouveaux amis! Une seule envie : retrouver sa famille!

Tannicia a huit ans, un caractère bien trempé et un destin hors du commun. Après une dispute avec son grand frère, alors qu’elle part en ronchonnant chercher de l’eau à la rivière, elle est capturée par un sorcier pour servir de victime sacrificielle lors d’une cérémonie vaudou. Bon, déjà, j’ai décroché à partir de ce moment-là. Encore une histoire où le vodou est présenté comme quelque chose de magique, de dangereux, de sauvage et de mal. Ugh. Les méchants sont vodouisants, les gentils ne le sont pas. Bonjour les stéréotypes! Mais bon, j’ai laissé sa chance au coureur et j’ai continué ma lecture en espérant que les auteurs se reprennent.

Un peu plus loin dans l’histoire, Tannicia finira par s’échapper de ses ravisseurs grâce à son fort caractère, mais se retrouvera bien malgré elle propulsée dans un univers inconnu peuplé d’animaux de la jungle anthropomorphisés. Et voilà, encore un. Le personnage principal est noir, et se retrouve confronté à des lions, des singes et des crocodiles. Encore une fois, je me suis dit: « Bon, ok, ça se passe dans la jungle, passons… » Mais je n’ai pas pu m’empêcher d’être agacée. Parce que ce n’est pas vraiment la jungle. C’est un monde imaginaire inventé par l’auteur, un monde qui n’existe même pas dans la réalité des personnages, qui est parallèle à leur univers. De tous les mondes imaginables qui auraient pu être inventés, c’est celui-là que les auteurs (2 Blancs et 1 Algérien) ont choisi. Ouf.

Dans ce nouveau monde, Tannicia devra changer de nom, pour suivre les coutumes locales. Ce n’est pas sans rappeler le traitement réservé aux millions d’esclaves qui ont été arrachés à leur pays et à qui on a donné des noms qui n’étaient pas les leurs… Tannicia sera réfractaire au début à ce changement de nom, mais finira par en choisir un et ce sera le titre de la série: Zibeline.

Ce premier tome se termine sur une note intrigante pour donner le goût de poursuivre la série. Ce ne sera pas mon cas, je vais passer. Next…

Zibeline, 1: Sur l’autre rive
AUTEUR(S): Régis Hautière, Régis Goddyn & Mohamed Aouamri
ÉDITION: Casterman, 2019
ISBN: 9782203166899
PRIX: 26,95$
9 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Lulu et Nelson, Les enfants du Bayou ou Les enfants d’ailleurs, trois bandes dessinées d’aventure que j’ai personnellement préféré à Zibeline.

Akata Witch

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis nigériane de sang, américaine de naissance et albinos de peau. Être albinos fait du soleil mon ennemi. C’est pour ça que je n’ai jamais pu jouer au foot, alors que je suis douée. Je ne pouvais le faire que la nuit. Bien sûr, tout ça, c’était avant cette fameuse après-midi avec Chichi et Orlu, quand tout a changé. Maintenant que je regarde en arrière, je vois bien qu’il y avait eu des signes avant-coureurs. Ce n’est pas comme si des choses bizarres ne m’étaient pas déjà arrivées. Rien n’aurait pourtant pu me préparer à ma véritable nature de Léopard. Être un Léopard, c’est posséder d’immenses pouvoirs. Si j’avais su en les acceptant qu’il me faudrait sauver le monde, j’y aurais peut-être réfléchi à deux fois. Mais, ce que j’ignorais alors, c’est que je ne pouvais pas empêcher mon destin de s’accomplir.

Il y a quelque chose de spécial dans ce roman. Il a eu une très belle couverture médiatique, est écrit par une personne noire et a pour personnages principaux presque qu’exclusivement des noirs. C’est assez rare de retrouver ces trois éléments ensemble pour un seul livre, jeunesse en plus! Évidement, je ne pouvais pas passer à côté. Déjà, quand j’ai repéré ce livre à la librairie, la page couverture m’a beaucoup plu. Cet autobus coloré, ces couleurs éclatantes et bien entendu, cette jeune fille, cheveux afro, habillée à l’occidentale, qui semble avoir tellement de pouvoir. J’ai été intriguée. La quatrième de couverture pose clairement les bases du récit et du personnage principal:

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis nigériane de sang, américaine de naissance et albinos de peau. Contrairement au reste de ma famille, j’ai des cheveux jaune paille, la peau couleur « lait tourné » et des yeux noisette. Être albinos fait du soleil mon ennemi. Ma peau brûle tellement vite que j’ai parfois l’impression d’être inflammable.

Cette différence sera la force de Sunny car c’est grâce à elle qu’elle développera des pouvoirs. J’ai aimé ce message sous-jacent au récit: nos différences sont nos forces, c’est en elles que nous devons puiser courage, fierté et énergie.

Ce qui rend ce roman spécial également, c’est la manière qu’a l’auteure de rendre visible le blackness, par opposition à la blanchité qui est souvent posée comme étant la norme, le standard auquel il faut se référer en littérature jeunesse. Ce sont des choses toutes bêtes, mais qui font partie de mon quotidien et du quotidien de nombreuses personnes racisées, mais que je ne retrouve pas ailleurs dans mes lectures. Des choses comme des personnages qui tchouipent, une mythologie africaine plutôt que grecque ou romaine, des langues non occidentales, une couleur de peau normalisée. Vous en connaissez beaucoup, des livres jeunesse dans lesquels les personnages tchouipent? Pas moi. Pourtant, c’est fou, quand on y pense, ça fait tellement partie de ma culture, de mon quotidien, et moi qui lit énormément, je le fois jamais dans mes lectures. Ça fait réfléchir…

Ce roman est bourré de fantaisie, de magie, de mystère, mais sans que ce soit à travers le « white gaze » (le regard blanc, en quelque sorte). Car si oui, on y parle de magie, on est bien loin des chapeaux pointus des sorcières au nez crochu, ou encore des chamans menaçants. On découvre tous les éléments magiques et nigérians des yeux de Sunny qui doit s’adapter à la culture après avoir vécu longtemps aux États-Unis. Les lecteurs blancs pourraient être déstabilisés au début, mais seront rassurés de constater que Sunny peut aussi s’étonner des mêmes choses qu’eux. Même si Sunny parle l’igbo, elle a toujours l’accent américain et se sent parfois comme une étrangère. Son parcours de vie est intéressant: Noire, mais albinos, Nigériane d’origine, mais américaine de culture: qui est-elle? Au-delà de la quête magique, c’est l’histoire de Sunny et sa découverte de soi qui m’a interpellé dans ce roman.

On a beaucoup comparé ce roman à la saga d’Harry Potter: un trio d’amis dans l’enfance (même s’ils sont quatre avec l’arrivée de Sunny), des guides adultes qui agissent comme des professeurs, des méchants à combattre, un personnage principal prédestiné à faire de grandes choses, des niveaux à atteindre, le devoir de se choisir un couteau à juju (une baguette magique dans Harry Potter), un monde magique inconnu des gens normaux, des esprits qui rappellent les patronus de l’univers de J.K. Rowling… Oui, mais en même temps, je me dis, bien sûr qu’on va comparer à Harry Potter, les référents sont blancs (auteure blanche et personnages blancs) et ce sont ces référents que nous avons en tout temps, tout moment en occident. C’est comme si on essayait de comprendre Akata Witch, de le catégoriser, de se dire « Je comprends pas trop ce livre, mais si tu me dis que c’est comme Harry Potter, ah!, là, je m’y retrouve ». J’aime voir Akata Witch comme une histoire unique en soi, pas une pâle copie « racisée » d’Harry Potter. Je veux dire… c’est un roman de fantasy, bien sûr qu’on va retrouver des tropes narratives spécifiques à ce genre littéraire. C’est trop facile de tomber dans la comparaison, à mon avis. Au contraire, je trouve que l’auteure Nnedi Okorafor a trouvé une manière rafraîchissante d’insuffler un vent de nouveauté au genre.

J’ai aimé le funky train et les chittims (ces pièces de monnaies magiques), et aussi le mystérieux personnage de Black Hat Otokoto qui ajoute une bonne dose de suspense au récit. Même si les personnages sont jeunes (12 ans pour Sunny), enfants et adultes aimeront ce roman initiatique à l’univers riche et aux personnages bien campés, qui mélange fantasy, action et critique de la société occidentale.

Coup de cœur!

* Prix Amelia Bloomer Book List du American Library Association en 2012.

* Prix des libraires du Québec 2021.

Nnedi Okorafor est une autrice américaine d’origine Nigériane.

Akata Witch (tome 1)
AUTEUR(S) : Nnedi Okorafor
ÉDITIONÉcole des loisirs, 2020
ISBN: 9782211304344
PRIX: 16,99$
12 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être le tome 2 de la série, Akata Warrior. Essayez aussi La promesse du fleuve, un roman initiatique de fantasy, et Les Belles, un roman avec des éléments de science-fiction écrit par une autrice racisée.

Rêve de foot

Dans les rues de Kinshasa, les enfants des rues sont obligés de voler pour se nourrir. À 14 ans, Bilia est jeté en prison pour quelques bananes. Mais lors d’un match de football entre détenus et enfants du quartier, un journaliste italien repère chez ce garçon un don exceptionnel pour le ballon rond. Il lui propose de quitter l’Afrique et de tenter une carrière professionnelle en Europe. C’est la chance de sa vie ! Une fabuleuse aventure humaine ou quand le rêve devient réalité à force de talent et de courage…

Je ne pensais pas apprécier autant ce livre! Mais dès les premières pages, l’auteur a su capter mon attention. J’ai été agréablement surprise par la qualité du texte et la capacité de l’auteur à réinventer une histoire racontée déjà mille fois. Un jeune garçon africain passionné de soccer qui fini par jouer dans une équipe européenne de haut niveau, il y a déjà un tas de films et de romans sur le sujet. Mais Bilia a quelque chose de spécial et on s’attache à lui et à son histoire. L’important pour lui n’est pas que de devenir un joueur de soccer émérite, mais bien d’aider sa famille et d’améliorer sa vie. Alors qu’il est incarcéré pour avoir volé de la nourriture à manger, Bilia réalise que son sort est commun à plusieurs autres garçons de son âge: la frontière entre dedans et dehors est bien mince car ce qui les a conduit à l’intérieur est un hasard, la malchance, ou les deux à la fois. Car si Bilia, affamé, a volé de quoi manger, c’est bien parce qu’il a eu de la malchance: celle d’avoir vécu la vie qui est la sienne, loin des privilèges qu’on certains. Il a été à l’école jusqu’à l’âge de 10 ans, puis de moins en moins. Il réalisera qu’en Italie où il a immigré pour parfaire son sport, il faut étudier pour jouer au ballon. L’auteur a un style efficace qui donne le goût de toujours tourner la page pour continuer sa lecture. Son personnage principal développera au fil de son aventure une belle maturité:

Bilia secoue la tête.
– Ça, j’ai compris, dit-il. Mais je ne pense pas seulement à lui. Il y a un tas de jeunes dans son pays et dans le mien, qui mériteraient eux aussi d’avoir leur chance.
– Tu as raison, mais qu’est-ce que tu peux faire, toi?
– Bien jouer, faire parler de mon pays, attirere l’attention sur moi pour ouvrir les portes du congo, dit Bilia, déterminé.
– Tu ne croi spas que ce sont des discours d’adulte?
– D’adultes? Les adultes ne font jamais ce genre de discours, ce sont eux qui nous poussent hors de notre pays, et si nous restons ils nous enchaînent dans la misère.
– Bilia, allez… arrête… Je comprends ta colère, dit l’entraîneur, mais elle ne changera pas les choses.
– Ce n’est pas de la colère. Je suis juste triste pour l’Afrique qui est en train de massacrer son avenir. » (p.118)

Ce court roman se déroule entre le Congo et l’Italie. On y retrouve quelques phrases en lingala et en italien (traduites en bas de page). À lire!

Paul Bakolo Ngoi est un auteur congolais. Il vit en Italie.

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Rêve de foot
AUTEUR(S)
: Paul Bakolo Ngoi
ÉDITION: GALLIMARD JEUNESSE, 2014
ISBN: 9782070658374
PRIX: 9,95$
11 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Le caméléon et les fourmis blanches, Princes des fatras ou encore Cassius, trois romans jeunesse qui abordent la thématique du sport.

Ma

Comme tous les jeunes du village, Félix rêve de partir en ville, et même en Europe, quand il sera adulte. Vivre loin de Méfomo et de ses cases perdues dans la forêt africaine !Mais un jour, à la rivière, il surprend une fille en train de se baigner. Elle se fait appeler Magali. Elle est belle et sauvage. D’où vient-elle, avec tous ses secrets ? Le cœur de Félix va vite être accroché…

Un court roman de tout juste 87 pages, tout en sensualité et en finesse. Dès les premières lignes, c’est la plume de Louis Atangana qui m’a charmée. Des phrases courtes et percutantes qui nous tombent dessus comme une tonne de briques.

Ma est un personnage intéressant. Alors que son village croit qu’elle est une sorcière, elle ne veut que garder son fils près d’elle. Il y a peu de péripéties dans l’histoire; c’est avant tout le récit de relations, de personnages qui se croisent, se mêlent, s’aiment ou se détestent.

On retrouve plusieurs références au roman Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez et c’est dans ce livre que Félix tente de puiser connaissance et la clé qui fera de lui un homme. Ma est un roman touchant sur le passage à l’âge adulte.

« Ils se turent un instant. Très loin, dans la brousse, un cri déchira la fin du jour. Félix pensa à la Mamie Wata. Existait-elle vraiment? On disait qu’elle sortait du fond de la rivière, la nuit, lorsque la lune était ronde. Elle chantait pour attirer les hommes. Un chant merveilleux. Savoureux. De miel et de vin de palme. Douceur et ivresse. Il ne fallait pas l’écouter si on ne voulait pas être envoûté. Devenir son esclave. Tous ceux qui avaient succombé à son charme avaient été emportés au fond de la rivière. On avait retrouvé leur corps gonflé. Leur âme était restée dans le royaume de la Mamie Wata. Pour toujours. (p.17)

Ma
AUTEUR(S) : Louis Atangana
ÉDITION: Rouergue Jeunesse, 2012
ISBN: 9782812603075
PRIX: 16,95$
13 ans et plus

Louis Atangana est un auteur d’origine franco-camerounaise.

Ce livre vous a plu?
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Les princesses magiques (tome 3): La lune mystérieuse

la lune mystérieuse princesses magiquesLors d’une tournée dans la savane avec Valentin, le garde-chasse, Lulu, princesse d’Undala, s’est rendue compte de la disparition de nombreux animaux. De retour au palais, grâce aux bagues magiques, elle appelle à la rescousse ses amies les princesses Yaminta, Clarabelle et Emilie. Un roman à la couverture pailletée.

Il faut arrêter avec cette représentation des personnages noires vivant dans la savane et ayant des animaux sauvages comme animaux de compagnie. Est-ce qu’on accepterait que les Québécois soient représentés encore et encore comme des colons vivant dans des igloos, tuant des animaux à mains nues pour se nourrir et s’habiller, ou comme des bûcherons ne sachant pas s’exprimer correctement et ayant tous 14-15 frères et sœurs? Je ne crois pas, non. Alors, pourquoi est-ce que ça passe pour les personnes noires? Ugh.

Bon, après, bonjour les paillettes, diadèmes, carrosses et joyaux. Pour faire de l’escalade, Lulu porte une robe dorée. Et même si elle est capable de faire la roue sans l’aide du prince d’à-côté, elle n’est pas libre de son temps: entre les injonctions portées sur elle par la royauté et diverses règles démodées de bienséance qu’elle doit respecter en tant que princesse, Lulu ne semble pas vraiment maître de son destin.

Parce qu’elle aime grimper aux arbres, Lulu sera comparée à une lionne et traitée de sauvage. Ce à quoi la fillette répondra, les yeux pétillants : « Il n’y a rien de plus sauvage qu’une princesse magique! » (p.107). Pitié. 😬 

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Les princesses magiques
AUTEUR(S)
: Paula Harrison Bouton acheter petit
ÉDITION: Pocket, 2018
ISBN: 9782266280587
PRIX: 8,95$
9 à 12 ans

 

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Le cadeau

Pour son anniversaire, Léo a reçu un magnifique stylo. « Dedans, il y a plein de belles choses », lui dit son père. Impatient de les découvrir, Léo va demander de l’aide à sa sœur, puis à Coco-Tèmbo, à Super-Zembô… Aucune ne sait se servir d’un stylo. De retour à la maison, Léo s’adresse à sa mère. Tenant dans sa patte celle de Léo, elle écrit avec lui. Émerveillé, Léo découvre que son stylo contient tous les mots et toutes les choses du monde…

Un bel album au format à l’italienne dans lequel on part à la rencontre d’un florilège d’animaux anthropomorphisés. Le personnage principal est un petit lion curieux qui hâte de découvrir ce que cache le cadeau reçu par son père. Le suspense est préservé jusqu’au à toute fin où l’on découvre comment tous les mots du monde peuvent sortir du stylo. Jolies illustrations au crayon de bois et aux couleurs éclatantes. Le texte d’Alain Serge Dzotap est un plaisir à lire à haute voix, faisant de cet album un candidat parfait pour l’heure du conte en bibliothèque.

Alain Serge Dzotap est un auteur camerounais.

Je remercie les Éditions des Éléphants de m’avoir offert ce livre.

LE cadeau
AUTEUR(S) : Alain Serge Dzotap & Delphine Renon
ÉDITIONÉditions des éléphants, 2020
ISBN: 9782372730891
PRIX: 27,95$
4 ANS ET PLUS