Africville

À quoi ressemblait la communauté ? Des maisons aux couleurs vives, logées dans la colline ; des champs où les garçons jouaient au football ; un étang où les enfants faisaient du radeau; la pêche en abondance; des immenses feux de joie… La jeune fille sort de sa rêverie ; elle visite le parc historique actuel et le cadran solaire où le nom de son arrière-grand mère est gravé dans la pierre, et célèbre un jour d’été aux retrouvailles annuelles d’Africville.

Je suis toujours enthousiasmée lorsque des éditeurs francophones publient des livres jeunesse sur l’histoire de la présence noire au Canada. Africville s’intéresse à l’histoire de cette communauté urbaine située près d’Halifax qui a été détruite par le gouvernement en 1960, après plusieurs années d’abandon et d’irrespect des autorités canadiennes. La Nouvelle-Écosse a été terre d’accueil pour plusieurs Noir.e.s fuyant l’esclavage et on parle que trop peu des Noirs Canadiens aujourd’hui.

J’ai apprécié l’angle choisi par les autrices: présenter Africville comme elle l’était dans les yeux de ses habitants, plutôt que comme une communauté déchue. Malgré les difficultés, les habitants d’Aricville se sont organisés, ont bâti des maisons, ont vécu somme toute heureux, et c’est leur quotidien qui nous est raconté avec poésie et douceur: L’arôme de tarte aux pommes, les baies délicieuses au sommet de la colline, les maisons colorées comme un arc-en-ciel, les levers de soleil pourpres, les après-midi à l’église, etc.

Cet album est particulièrement bien adapté au milieu scolaire car il offre plusieurs pistes d’exploitation. En français, on peut travailler la poésie. On peut aussi travailler le champ lexical sur la communauté: quels mots sont utilisés pour rendre vivante Africville? En histoire, on peut discuter du parcours des loyalistes noirs Canadiens et de la présence noire au Canada. En univers social, on peut travailler des concepts comme le privilège ou l’importance de la communauté.

En fin d’album, on retrouve des photos d’archive et de l’information sur Africville. Voici ce qu’on peut notamment y lire: « Pendant 150 ans, Africville était une communauté dynamique et autonome qui prospérait en dépit des obstacles. […] À mesure que la ville de Halifax a grandi, Africville est devenue un endroit privilégié pour y établir toutes sortes d’installations indésirables – un abattoir, un hôpital pour maladies infectieuses et même le dépotoir municipal. […] En 2002, Africville a été déclarée lieu historique national du Canada. » On y retrouve aussi une courte bibliographie pour obtenir de plus amples renseignements sur Africville. Fortement recommandé!

Coup de cœur!

Je remercie les éditions Bouton d’Or d’Acadie de m’avoir offert ce livre.

Shauntay Grant est une autrice noire Canadienne, descendante de Loyalistes noirs immigrés au Canada il y a 200 ans.

Eva Campbell est une illustratrice Canadienne d’origine ghanéenne. Elle habite en Colombie-Britannique.

Africville
AUTEUR(S) : Shauntay Grant & Eva Campbell 
ÉDITION: Bouton d’or d’acadie, 2019
ISBN: 9782897502188
PRIX: 14,95$
4 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être À la découverte du Canada: L’héritage noir, un livre documentaire fascinant. Essayez aussi La détermination de Viola Desmond et Le grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada, deux livres jeunesse pour en apprendre plus sur l’histoire noire Canadienne.

Mathieu Da Costa: Premier interprète d’origine africaine en Nouvelle-France

Plusieurs pans de la vie de Mateus Da Costa demeurent un mystère. Son nom revient à quelques reprises dans les archives, puis, vers la fin de sa vie, les historiens perdent complètement sa trace. Samuel de Champlain a francisé son nom et l’appelle Mathieu de Coste. Une chose cependant est sure : Da Costa est le premier navigateur et interprète d’origine africaine à avoir foulé le sol de notre pays.

Voilà un très bon roman pour lecteurs débutants avec tout juste 58 pages illustrées en noir et blanc. L’autrice, Diane Groulx, a dédié ce livre à ses enfants, Jhonatan et Luisa, « pour qu’ils soient fiers de leurs origines africaines ». Elle a aussi consulté l’historien A. J. B. Johnston qui l’a conseillée dans l’écriture et la vérification de faits historiques sur la vie de Mathieu Da Costa.

Le livre se lit comme une histoire; ainsi, les lecteurs et lectrices en apprennent beaucoup sur la vie de Mathieu Da Costa et la colonisation du Canada dans cette biographie romancée. J’ai beaucoup aimé! Il existe peu de livres sur la contribution des personnes noires à l’histoire du Canada, et ce roman en est un très bon. Enseignants, ce livre sera un bel ajout à votre bibliothèque de classe. Ce livre est presque épuisé; commandez-le vite avant qu’il ne soit trop tard!

Mathieu Da Costa: Premier interprète d’origine africaine en Nouvelle-France
AUTEUR(S): Diane Groulx & Jocelyn Jalette
ÉDITION: Éditions du soleil de minuit, 2013
ISBN: 9782924279021
PRIX: 9,95$
7 À 11 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Un petit grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada, À la découverte du Canada: L’héritage noir ou Les enfants de la Nouvelle-France, trois livres jeunesse traitant de la présence noire au Canada, de la colonisation à nos jours.

Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo

Le 31 juillet 1761, Tsimiavo est à bord de l’Utile. Elle a été embarquée clandestinement dans les cales de ce navire de commerce avec 159 autres esclaves malgaches. Au cœur de la nuit, leur destin bascule : l’Utile heurte un récif de corail et fait naufrage. Les rescapés échouent sur un îlot de sable blanc et de cailloux, perdu au milieu de l’océan Indien.

Quand l’équipage blanc prend le large sur une embarcation de fortune, Tsimiavo et les siens se retrouvent seuls, oubliés de tous. Comment survivre sur cet îlot du bout du monde ? C’est le défi qui les attend. Pendant des jours, des mois, des années, leur courage et leur ingéniosité vont faire des miracles…

Ce livre en grand format est écrit sous la forme d’un journal intime et superbement illustré par des fresques là en couleur, là en noir et blanc. Il s’agit donc d’un album pour les grands, qui raconte une histoire vraie et terrible, et qui permet d’aborder la traite négrière et, plus largement, l’histoire du XIXe siècle. On oublie parfois que des esclaves ne venait pas uniquement du continent africain, mais aussi de l’île de Madagascar. Idéal pour une lecture en classe avec des élèves de 3e cycle du primaire, voire 1er cycle du secondaire. On retrouve en fin d’ouvrage un dossier sur les missions archéologiques menées par Max Guérout sur Tromelin, l’île des esclaves oubliés. D’ailleurs, ce livre sera bientôt réédité sous la forme d’un roman à couverture souple avec la définition des mots difficiles et autres notes en bas de page pour faciliter la lecture, un préambule, des activités pour travailler la compréhension de texte et un dossier encore plus étoffé en fin d’ouvrage. À surveiller au courant des prochains mois!

Le point de vue du livre est clairement celui de personnes blanches, même si le personnage principal qui raconte son histoire est malgache. Il y a plusieurs maladresses dans le livre. Déjà, le titre: On compare les personnes oubliées sur l’île de Tromelin à Robinson Crusoé, qui, souvenez-vous, s’est aussi échoué sur une île et y est resté pendant des années. Sauf que, souvenez-vous aussi que Robinson Crusoé était à l’origine parti naviguer à la recherche d’esclaves africains. Ce n’était pas une petite croisière de plaisance! Dans le texte, on appelle même les Malgaches oubliés les « Robinsons noirs ». Pourquoi donc cette comparaison avec une personne blanche qui, plus est, était esclavagiste?

Ensuite, tant l’autrice que l’illustratrice sont des personnes blanches. J’aurais été intéressée à connaître l’opinion et le point de vue de personnes malgaches sur cette histoire qui est la leur. Et puis, le récit s’attarde longuement aux Blancs et à ce qu’ils ont fait et à ce qu’ils n’ont pas fait: les Blancs ont trouvé de l’eau, les Blancs ne partagent pas leur nourriture, les Blancs construisent un abri pour eux seulement, les Blancs ont menti et n’ont pas tenu leur promesse, les Blancs ont abandonné les Malgaches, les Blancs ne reviendront pas, les Blancs sont revenus, les Blancs se sont encore échoués, un autre Blanc s’est échoué, ce Blanc a encore abandonné les Malgaches, les Blancs sont venus sauver les derniers survivants, les Blancs ont déclarés libres les huit survivants une fois arrivés à l’Île de France… Oui, il y a quelques pages où Tsimiavo raconte un peu le quotidien sur l’île, mais on en apprend très peu sur comment les Malgaches ont survécu sur l’île, comment ils se sont organisés, quels genre de liens et système politique ils ont mis en place, quelles difficultés ils ont rencontrées, ce qui est arrivé des bébés nés sur l’île, ou sur les relations entre les insulaires. Dommage! Tous ces éléments sont relégués au dossier en fin d’ouvrage où une petite section intitulée « Comment ces hommes et ces femmes ont-ils survécu? » offre un peu plus d’information sur le sujet.

Enfin, et ça, ce n’est pas la faute des autrices, mais l’île où ont été oubliés les Malgaches nauvragés porte le nom du sauveur (blanc) venus les sortir de là, Jacques Marie Boudin de Tromelin de La Nuguy, un navigateur français.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  1. Quel est le titre du livre? Le sous-titre? Qu’évoquent-ils pour toi?
  2. Qu’est-ce que la page couverture de laisse deviner de l’histoire que tu vas lire?
  3. Qui est Robinson Crusoé? Pourquoi a-t-on appelé les naufragés malgaches ainsi?
  4. Après la lecture du premier chapitre: Qui parle? Que lui est-il arrivé? Que peux-tu dire du contexte dans lequel se déroule le récit? Les illustrations te laissent-elles deviner l’époque?
  5. Combien de temps après les événements du récit Tsimiavo raconte-t-elle son histoire?
  6. Que peux-tu dire des illustrations? Pourquoi certaines illustrations sont-elles en couleur et d’autres en noir et blanc?
  7. Apprends-en plus sur la traite négrière. Situe sur une carte l’île Maurice, Madagascar et l’île de Tromelin.
  8. Développe ton empathie: comment aurais-tu réagit si tu avais été à la place de Tsimiavo?
  9. Penses-tu qu’une telle histoire pourrait arriver encore aujourd’hui? Pourquoi ou pourquoi pas?
  10. Fais une recherche à la bibliothèque sur les îles inhabitées du monde.
  11. Fais une recherche à la bibliothèque sur la culture malgache.
  12. Vrai ou Faux? Les Blancs ont promis aux Noirs de les ramener en France s’ils les aident à construire une pirogue.
  13. Fais un résumé de chacun des chapitres. Note et trouve la définition des mots que tu ne comprend pas.
  14. Pourquoi, même sur une île déserte coupée du monde, les Blancs refusent-ils de partager leurs ressources avec les Malgaches? Quelle aurait été un meilleur comportement?
  15. Comment est-ce que le racisme était-il érigé en système à l’époque où le bateau fait naufrage? Pourquoi s’agit-il de racisme? Pourquoi s’agit-il d’un système? Quelles en sont les répercussions?
  16. À la fin du récit, les 8 survivants sont déclarés libres par les Français. À ton avis, qu’est-ce que la liberté? Qui décide qui est libre et qui ne l’est pas? Les naufragés étaient-ils libres sur leur île?
Pour commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo
AUTEUR(S)
: Alexandrine Civard-Racinais & Aline Bureau
ÉDITION: Belin Jeunesse, 2016 / 2021
ISBN: 9782701198903 
/ 9791035802622
PRIX: 9,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Catfish: le voyage d’un esclave vers la liberté, ou encore Coton Blues, deux albums sur la traite négrière. Essayez aussi Aïna, Lalatiana et Alisoa vivent à Madagascar.

Un petit geste

Chloé et ses amis ne joueront pas avec la nouvelle fille, Maya. Chaque fois que Maya essaie de rejoindre Chloé et ses amis, ils la rejettent. Finalement, Maya cesse de venir à l’école. Lorsque l’enseignante de Chloé donne une leçon sur la façon dont même de petits gestes peuvent changer le monde, Chloé est piquée par l’opportunité manquée d’amitié et réfléchit à quel point cela aurait pu être mieux si elle avait montré un peu de gentillesse envers Maya.

Ça fait déjà plusieurs semaines que j’ai lu ce livre et ce n’est qu’aujourd’hui que je me pose pour rédiger cette critique. J’avais besoin d’un moment d’arrêt, de laisser l’histoire m’habiter quelques temps encore. Car Un petit geste est un livre comme ça. Avec son puissant message anti-intimidation et son art frappant, le livre Un petit geste résonnera auprès des lecteurs longtemps après l’avoir déposé. 

Jacqueline Woodson est l’une de mes auteures préférées. J’ai presque tout lu d’elle (elle écrit pour tous les âges) et je n’ai encore jamais été déçue. Quand Jacqueline Woodson écrit, elle m’emporte avec elle dans son univers. Les histoires qu’elle raconte sont toujours criantes de vérité. Chloé, que j’ai rencontrée dans son livre, est une enfant imparfaite, comme les vrais enfants. Comme ceux qui jouent dans la cours d’école, comme ceux qui grandissent vite et ceux qui grandissent lentement.

J’aurais pu lire le texte seul que je l’aurais adoré tout autant. J’aurais pu admirer les illustrations de E. B. Lewis et savourer une histoire sans texte. Mais ensemble, Woodson et Lewis créent quelque chose de puissant. Je les ai adoré ensemble dans The Other Side, et je les adore encore dans Un petit geste.

E. B. Lewis a un style d’illustration hyper-réaliste; ses dessins sont comme des photographies. Son coup de crayon est vif, et son coup de pinceau est léger. Cela créé des illustrations tout en profondeur dans lesquelles l’esquisse est toujours apparente. Ses aquarelles accompagnent à merveille le texte de Woodson.

J’ai été apaisée, attendrie, en colère, émue et pensive en lisant ce livre. C’est une histoire touchante pour explorer comment nos gestes affectent les autres, et pour réaliser que nous n’avons pas toujours une deuxième occasion pour nous rattraper. C’est aussi une histoire sur la gentillesse, celle qu’on a en nous mais qu’on ne transfère pas dans le monde. Celle qui nous reste prise à la gorge, sans trop savoir pourquoi. Enfin, c’est également une histoire sur soi et les autres, sur les différences, sur la dynamique de groupe et sur la découverte de qui on est.

Maya, la nouvelle élève, arrive en milieu d’année. On ne sait pas d’où elle vient et quand elle repartira soudainement, on ne saura pas où est s’en est allée. Elle a été une enfant gentille, impatiente de se faire des amis. Mais personne n’aura été gentille avec elle. Ça m’a brisé le cœur. Avec son puissant message anti-intimidation et son art frappant, le livre Un petit geste résonnera auprès des lecteurs longtemps après l’avoir déposé. 

Au niveau de la représentation, Chloé est une petite fille métissée aux cheveux crépus et bruns. Sa couleur de peau ne change rien à l’histoire. Mais c’est tellement rare de voir des personnages principaux aux cheveux crépus laissés en afro en littérature jeunesse sans que ce soit sujet à moqueries ou que ce soit quelque chose de négatif. J’ai été heureuse de rencontrer Chloé; par ce quelle vit, et parce qu’elle est une petite écolière comme les autres, les enfants n’auront pas de mal à s’identifier à elle.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire

Tout n’est pas dit dans l’histoire, ce qui fait de ce livre un candidat intéressant à une exploitation en milieu scolaire. Voici quelques pistes pour entamer des discussions autour de cet album avec vos élèves de 2e et 3e cycle du primaire:

  • Quelle est ta première impression en voyant Maya pour la première fois (page 3-4)? Que peux-tu dire d’elle? Diras-tu qu’elle a beaucoup d’argent ou pas? Qu’est-ce qui te fait penser cela? D’où vient-elle? Pourquoi arrive-t-elle en milieu d’année?
  • Quelle est ta première impression de Chloé? Dirais-tu quelle est une personne gentille ou pas? Attention: que connais-tu d’elle? Pourquoi ne sourit-elle pas à Maya? Pourquoi regarde-t-elle ailleurs? Pourquoi regarde-t-elle dehors?
  • Dirais-tu qu’il est facile de se faire de nouveaux amis? T’es-tu déjà retrouvé dans un environnement où tu ne connaissais personne? Si oui, comment aurais-tu aimé que les gens réagissent face à ta venue?
  • Faut-il du courage pour aller à l’encontre de ce qui est populaire? Faut-il du courage pour se moquer des autres? Ou de la lâcheté? Pourquoi Andrew nargue-t-il Chloé, à ton avis?
  • Et toi? Que peux-tu faire pour aider les nouveaux à s’intégrer au groupe?
  • Pourquoi Chloé et ses amies refusent-elles de jouer avec Maya?
  • Relève dans le texte toutes les instances où Maya tente activement de s’intégrer au groupe. Note la réaction de ses pairs. Propose ensuite une façon alternative et positive dont ces événements auraient pu se dérouler.
  • Explique dans tes mots la métaphore du caillou jeté dans l’eau.
  • De quelle manière diras-tu que Maya se sent au début et à la fin de l’histoire? Comment est-ce que le comportement des élèves de la classe l’affectent-elle?
  • Que pourrait faire Chloé pour se racheter? Est-il trop tard?

Enseignants: Pourquoi ne pas, vous aussi, faire l’expérience du caillou dans l’eau avec vos élèves? Demandez-leur ce qu’ils ont fait de gentil.

* Prix Coretta Scott King Book Awards 2013 pour la version originale anglaise.

Coup de cœur!

Jacqueline Woodson est une autrice américaine.

Un petit geste
AUTEUR(S): Jacqueline Woodson & E.B Lewis
ÉDITIOND’eux, 2020
ISBN: 9782924645468
PRIX: 21,95$
7 à 10 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Une poupée pour maman, un album pour les enfants de 8 ans et plus écrit par une personne afro-descendante. Essayez aussi Le prince bégayant et Tiens-toi droite, deux albums pour les lecteurs du 2eme et 3eme cycles du primaire.

Enfants du monde: Le racisme et l’intolérance

Ce livre explique les concepts de racisme, de préjugés et d’intolérance tout en encourageant des discussions sur le respect et la sécurité. Des mots justes et des illustrations émouvantes pour expliquer très simplement aux enfants ce qui se passe dans le monde, sans les inquiéter, mais sans rien leur cacher.

On me demande souvent à partir de quel âge doit-on aborder la question du racisme auprès des enfants. Ou encore, on me demande si j’ai une suggestion de lecture jeunesse sur le sujet. Le racisme et l’intolérance, écrit par Louise Spilsbury et Hanane Kai est le livre parfait pour parler de ce sujet délicat avec de jeunes enfants. Et quant à l’âge, eh bien ma nièce avait 4 ans lorsqu’elle m’a dit qu’elle était « noire » en pointant sa peau et qu’elle n’était pas comme les autres. Ma mère m’a raconté que j’avais à peu près cet âge lorsque je lui ai demandé pourquoi les gens disaient que j’étais noire. « Je ne suis pas noire! » aurais-je dit, perplexe. « Je suis brune!!! » Je pense que l’important est de partir des questionnements des enfants et d’y répondre au fur et à mesure. Dans tous les cas, ce livre est franchement génial pour expliquer ce qu’est le racisme sans être alarmiste ou inquiétant. Pour pousser la discussion plus loin, on pourra au besoin compléter avec d’autres livres.

Il y a dans cet album à couverture souple une table des matières qui renvoie à des numéros de page, mais pas de titre aux diverses sections référées. Le texte se lit comme une histoire, ce qui en fait un espèce d’hybride entre l’album et le documentaire, assez bien adapté au milieu scolaire. On retrouve aussi un glossaire, mais les mots listés dans celui-ci ne sont pas identifiés dans le texte. Enfin, il y a un index pour facilement retrouver les différents sujets abordés dans le livre.

Les illustrations sont douces et j’ai aimé retrouver le petit chat jaune aux pattes rayées de pages en pages. Pour débuter une conversation sur le racisme auprès de jeunes enfants (dès 6 ans), c’est le livre qu’il vous faut.

Pour vous procurer ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Enfants du monde: Le racisme et l’intolérance
AUTEUR(S): Louise Spilsbury & Hanane Kai
ÉDITION: Scholastic, 2019
ISBN: 9781443176576
PRIX: 11,99$
6 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Le petit garçon qui venait de la Jamaïque, un beau récit d’immigration. Essayez aussi André a la peau noire, un livre pour débutants lecteurs sur le racisme, ou encore Unis par le jeu, un autre album-documentaire publié chez Scholastic.

Reviens sur Terre, Esther!

« Reviens sur Terre Esther ! », lui rappellent sans cesse ses parents. Mais Esther, elle, est bien décidée à partir à la conquête de l’espace. Puisqu’on lui répète qu’elle est dans la lune, aussi bien aller la visiter. Mais pour cela, il lui faut d’abord construire son vaisseau spatial…

Les Éditions Mammouth Rose ont créé la Petite Collection pour fabriquer de grands lecteurs. En plus de proposer des histoires variées et originales, conçues par des figures reconnues des milieux artistiques et littéraires, La Petite Collection offre aux parents un véritable guide pour les aider à accompagner leur enfant sur le chemin de la lecture. On retrouve donc en accompagnement au livre un feuillet détachable, un guide conçu par une spécialiste reconnue, qui détaille les différentes étapes de l’apprentissage de la lecture. Parfait pour le milieu scolaire!

J’ai beaucoup aimé l’histoire d’Esther, cette petite fille noire qui se passionne pour les sciences. Elle est curieuse, débrouillarde et intelligente. Elle donne vraiment le goût aux enfants de développer cette curiosité nécessaire à tout apprentissage. La couleur de peau d’Esther ne change absolument rien au récit. Esther est une petite fille tout à fait ordinaire, qui nourrit ses rêves et ses passions. Les illustrations de José Bisaillon me charment à chaque fois et c’est toujours un plaisir renouvelé d’admirer ces créations. Elle parvient à utiliser énormément de matériaux différents sans toutefois créer de lourdeur visuelle. J’aime la rondeur de ses personnages et ses collages. Bref, j’ai adoré ce livre jeunesse que je ne peux que vous recommander chaudement!

Coup de cœur!

Pour commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Reviens sur Terre, Esther!
AUTEUR(S) : Josée Bisaillon
ÉDITIONGuy Saint Jean Éditeur, 2018
ISBN: 9782897585020
PRIX: 19,95$
7-8 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Moi je lis tout seul: La rentrée des classes, Les petits héros ou Comment transformer une banane en vélo, trois livres appropriés pour les lecteurs de 7-8 ans et ayant des personnages noirs.

Les enfants de la Nouvelle-France

À travers onze portraits d’enfants, le lecteur est invité à explorer les multiples aspects de la vie en Nouvelle-France, à différentes époques, tels que : la traversée de l’Atlantique à bord d’un grand voilier, la prise de possession du territoire, l’économie, les vêtements, la médecine.

Ce livre pour la jeunesse s’intéresse à la vie quotidienne en Nouvelle-France. Par biais de témoignages fictif de différentes personnes mineures, on apprend comme la colonie du Bas-Canada s’est formée. Le premier témoignage est celui d’une jeune fille Wendat vivant dans une maison longue. Elle parle de son héritage Iroquoien, des similitude et différences entre son peuple et celui des Pétuns, des Neutres et des Ériés. Elle parle aussi de son repas préféré, la soupe de maïs et de ses vêtements traditionnels. Son témoignage est suivi d’un dossier sur la présence autochtone en Nouvelle-France. On retrouve aussi un témoignage fictif d’un jeune autochtone domicilié converti au catholicisme. Malheureusement, le terme « domicilié » n’est pas défini dans le livre et le lecteur ne parvient pas à accéder au sens de son témoignage: Il se dit autochtone, mais il est catholique, il il a volontairement quitté ses terres ancestrales et accepte de faire la guerre auprès des Français. Pourquoi? Comment? Bref, ce témoignage soulève beaucoup de questions auxquelles le lecteur ne trouve pas de réponses dans le livre. Quelle occasion ratée d’aborder la question des réserves, des missionnaires et des impacts de l’acculturation des peuples autochtones.

Dans Les enfants de la Nouvelle-France, il y a également un témoignage fictif d’une jeune esclave nommée Marie. J’ai été agréablement surprise de retrouver ce passage car les livres d’histoire du Québec et du Canada passent trop souvent sous silence le passé esclavagiste du pays, comme si l’esclavage n’y avait jamais eu lieu. Or, il y avait des esclaves au Canada au XVIIIe siècle — jusqu’à 2000 à son apogée. Il y avait des esclaves au Québec et il y avait des esclaves à Montréal. J’aurais toutefois aimé que le témoignage de Marie soit complété par un dossier sur l’esclavage en Nouvelle-France, comme cela a été le cas pour d’autres témoignages dans le livre. Il y aurait tant eu à dire! La provenance des esclaves, les esclaves autochtones, les esclaves africains, leur nombre, leur traitement, les résistances, le travail forcé qu’ils.elles effectuaient, leurs déplacements sur le territoire (par exemple en Nouvelle-Écosse), les ventes d’esclaves sur le territoire canadien, ou encore le profil de propriétaires d’esclaves comme Peter McGill (fondateur de, vous l’aurez deviné, la prestigieuse université McGill à Montréal). Dommage.

Malgré tout, le livre est assez informatif et les jeunes lecteurs se familiariseront avec l’histoire de la Nouvelle-France. Une table des matières et un index facilitent la recherche.

Les enfants de la nouvelle-France
AUTEUR(S)
 : Pierre-Alexandre Bonin, Gilbert Desmarais & Caroline Soucy
ÉDITION: Bayard Canada, 2020
ISBN: 9782897701543
18,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Voici Viola Desmond, À la découverte du Canada: L’héritage noir ou Le grain de sable: Olivier Lejeune, premier esclave au Canada, trois livres jeunesse documentaires pour en connaître davantage sur l’histoire de la présence noire au Canada.

Connais-tu? Rosa Parks

Connais-tu Rosa Parks, la courageuse femme noire qui a refusé de céder son siège à un homme blanc dans un bus en 1955? Celle qui est ainsi devenue un symbole légendaire de la lutte pour l’égalité des droits des Noirs aux États-Unis? La militante qui s’est battue toute sa vie aux côtés de leaders comme Martin Luther King, contre le racisme et la discrimination envers les Noirs? La première Afro-Américaine à avoir sa statue au Capitole, à Washington?

Qui ne connait pas la collection Savais-tu? et, plus récemment, la collection Connais-tu? mise sur pied par la maison d’édition Michel Quintin? Ces collections, adorés des enfants, m’est demandée presque tous les jours à ma bibliothèque par les élèves du primaire. Ils aiment son petit format, la familiarité qu’il ont développé avec les collections, et les pages de bandes dessinées à l’intérieur. 

En voyant « Connais-tu Rosa Parks? » chez le libraire, je me suis demandé comment les auteurs allaient réussir à garder l’humour si caractéristique à la collection pour aborder la lutte pour les droits civique aux États-Unis. C’est un pari réussi puisque ce livre s’est révélé à la fois instructif et humoristique. On retrouve par exemple un petit rat anthropomorphisé qui se promène de page en page, ou encore des extraterrestres qui se demandent quand est-ce que les humains comprendront que tous les terriens sont égaux. L’illustrateur s’est aussi amusé à dessiner la jeune Rosa en train d’inverser les affiches « Blancs seulement » et « Pour les Noirs » au dessus de fontaines d’eau et rire de deux femmes blanches qui préféreraient mourir plutôt que de boire l’eau d’à côté. L’humour est donc bien dosé et on ne perd par de vu le propos sensible. Rosa Parks est présentée comme étant une militante engagée plutôt que comme une vieille couturière fatiguée, ce que j’ai bien aimé. Les illustrations sont en noir et blanc et la couverture est souple. Plaira aux élèves de 2e et 3e cycle du primaire! 

Pour vous commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Connais-tu Rosa Parks?
AUTEUR(S) : JOHANNE MENARD & PIERRE BERTHIAUME
ÉDITION: MICHEL QUINTIN, 2020
ISBN: 9782897624392
PRIX: 9,95$
7 À 11 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Le bus de Rosa, Les grandes vies: Maya Angelou, ou encore De petite à grande: Rosa Parks.

Le petit chaperon bleu

Une forêt sombre, une grand-mère un peu barbante, une pèlerine rouge… Rouge ? Non, bleue ! Ce livre raconte l’histoire d’un loup et d’un chaperon uniques en leur genre. Espiègle et audacieuse, la petite fille ne s’en laisse pas conter et défie son compagnon à un jeu particulier… Une version moderne et décalée du célèbre conte.

J’adore les contes classiques réinventés. Ils offrent tellement de possibilités d’exploitation en bibliothèque ou en milieu scolaire car on y retrouve souvent une forme narrative simple et bien définie, et ils permettent de comparer des livres contemporains à ceux dont ils se sont inspirés. Dans Petit chaperon bleu, c’est bien entendu le Petit chaperon rouge de Charles Perrault qui est détourné, mais bien vite, l’auteure Guia Risari y ajoute des éléments issus d’autres contes, tels que Raiponce, Les trois petits cochons, La Belle au bois dormant, et Cendrillon.

Le texte est intriguant et le récit, bien mené. On y retrouve plusieurs notes en bas de page: Certaines notes sont vraies, alors que d’autres manifestement fausses, d’autres encore, entre les deux. J’ai parfois trouvé que ces dernières s’éloignaient trop du récit principal. Certains lecteurs y verront une opportunité de faire naître une autre histoire, comme une mise en abîme.

Le petit chaperon bleu est une fille racisée, du moins on peut facilement le supposer par son teint plus foncé que celui de son ami de jeu. Elle est une fille moderne, décidée, et elle ne manque pas de caractère. Son chaperon, c’est son coton ouaté qu’elle a teint elle-même dans le lavabo de sa salle de bain. Sa grand-mère est une femme aux cheveux crépus très courts. La relation entre les deux femmes n’est pas vraiment développée dans l’histoire: on mentionne seulement que Chaperon bleu se montre patiente et à l’écoute des plaintes douloureuses de la vieille femme.

Les illustrations font usage de blocs de couleurs franches et de contours rouges, qui leur donnent une belle lumière. Elles regorgent de détails savamment choisis permettant de créer un contexte urbain sans toutefois être trop chargé. L’illustratrice a réussi à créer une belle atmosphère. J’ai bien aimé! 

POUR VOUS PROCURER CE LIVRE, CLIQUEZ SUR LE BOUTON CI-DESSOUS:

Le petit chaperon bleuBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Guia Risari & Clémence Pollet
ÉDITION: Le Baron perché, 2012
ISBN: 9782360800544
6 à 10 ANS

Ce livre vous a plu ?
Vous aimerez peut-être Naya ou la messagère de la nuit.

SUIVEZ MISTIKRAK! SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

logo livreaddict logo facebook

Les grandes vies: Maya Angelou

Comment Maya Angelou a-t-elle réussi à se faire entendre ? À la fois écrivaine, chanteuse, danseuse, professeure et militante pour les droits civiques, Maya est pleine de ressources. Toute sa vie, elle s’est battue pour l’égalité des droits des Noirs aux États-Unis et en Afrique du Sud. Suivez le récit de son incroyable parcours depuis l’épicerie de sa grand-mère jusqu’à sa rencontre avec Barack Obama.

Ce n’est pas le premier ni le dernier livre biographique pour la jeunesse qui sortira en librairie cette années. Beaucoup de maisons d’éditions proposent collections de livres retraçant la vie de personnes ayant marqué l’histoire en ce moment. Cela dit, la collection « Les grandes vies » chez Gallimard est l’une de mes préférées. Ce livre en tant qu’objet est magnifique. Son format petit, sa couverture rugueuse et sa conception graphique lui donne un cachet précieux. J’aurais envie de mettre la totalité de la collection en vitrine dans mon salon!

Le texte est court et documenté, faciles à lire sans être édulcoré. On en apprend beaucoup sur Maya Angelou à la lecture de ce livre, de son mutisme à la suite d’un viol, jusqu’à son militantisme. On comprend comment et pourquoi la voix de Maya est puissante, ainsi que la manière dont elle a contribué à combattre les préjugés pour faire évoluer le monde par ses mots et son talent artistique.

(c) Photo: Ayizana.

On retrouvre à la fin du livre une chronologie des moments importants de la vie de Maya Angelou, ainsi qu’un glossaire et un index. Même s’il est une joie à lire pour le plaisir, il peut aussi facilement être utilisé pour les recherches scolaires.

Les illustrations graphiques ne font usage que de quatre couleurs dominantes: le vert, le brun, le bleu pâle et le jaune. J’ai adoré les textures et les couleurs franches utilisées. Les lignes sont précises et forment des blocs de relief. Très beau!

Je vous recommande vivement ce livre! Plusieurs autres titres existent dans la collection, comme Nelson Mandela, Anne Frank ou Frida Kahlo.

Danielle Jawando est une auteure anglaise.

Mes p’tits pourquoi: L’alimentation
AUTEUR(S)
: Danielle Jawando & Noah Snir
ÉDITIONGallimard Jeunesse, 2020
ISBN: 9782075129756
PRIX: 18,95$
8 à 13 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être De petite à grande: Rosa Parks, ou Histoires du soir pour filles rebelles, deux albums biographiques pour la jeunesse. Essayez aussi La vie ne me fait pas peur, un album signé Maya Angelou.