Noirs et Blancs

Il y a bien longtemps, les éléphants étaient noirs ou blancs. Ils se détestaient, s’affrontèrent et finirent par disparaître. Mais un jour, les petits-enfants des éléphants qui n’avaient pas voulu la guerre sortirent de la jungle où ils étaient restés cachés. Ils étaient gris… Par David McKee, le créateur d’Elmer, une fable essentielle pour parler ensemble des conflits et de la paix, chez les éléphants et n’importe où sur la Terre.

Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a pris beaucoup de temps pour me résigner à écrire cette critique. Ce livre m’a laissée assez indifférente… Le texte ne m’a pas marqué, les illustrations ne m’ont pas plu, le livre-objet m’a semblé peu intéressant. Et puis, je sais pas, mais des éléphants avec une arme à feu ou un poing ou un canon à la place de la trompe, ça me perturbe!!

Au début de l’histoire, les éléphants Noirs et Blancs ne s’entendent pas et se font la guerre. Pour échapper à celle-ci, certains d’entre eux iront se réfugier dans la forêt. Aucun éléphant Noir et aucun éléphant Blanc n’aura survécu à la guerre. Mais des années plus tard, des éléphants gris sortent de la forêt. Ce sont des éléphants pacifiques, du moins, au premier abord. Car bien vite, les éléphants gris aux grandes oreilles se mettront à regarder d’un mauvais œil les éléphants gris aux petites oreilles…

Ce livre est quand même intéressant pour sa manière d’aborder le vivre-ensemble. On entend souvent que le métissage aura raison du racisme et que lorsque tous les êtres humains seront métissés, il n’y aura plus de haine raciale. C’est totalement utopique, évidemment, car non, les personnes métissées ne sont pas là pour nous sauver de notre propre bêtise. Point positif: L’histoire se termine sur une fin ouverte qui peut amener à de bonnes discussions sur les différences, le vivre-ensemble, la tolérance et le racisme.

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Noirs et Blancs
AUTEUR(S): David McKee
ÉDITION: Gallimard jeunesse, 2016
ISBN: 9782070562299
PRIX: 8,95$
4 À 6 ANS

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Kadogo

Pour ses onze ans, Gabriel reçoit une kalachnikov en cadeau. Sans l’avoir voulu, il va devenir un enfant soldat. Ce livre, qui évoque l’enrôlement d’un enfant de 11 ans, illustre le combat qu’Amnesty International mène pour mettre un terme au drame de l’enrôlement d’enfants soldats.

Ce sont d’abord les illustrations qui ont attiré mon œil vers ce livre: Joël Alessandra maîtrise l’aquarelle et les ombrages, et ses traits évoquent une certaine urgence et une liberté qui contrastent avec le propos de l’album. Né à Marseille, il a notamment été directeur artistique à Djibouti en Afrique de 1989 à 1991.

« Kadogo », le titre de l’album, désigne l’enfant soldat en langue swahili, mais à l’origine il veut dire « encore petit ». Lorsque Gabriel recevra une kalachnikov en cadeau, c’est toute sa vie qui sera dorénavant intimement liée à cette arme. De la naïve excitation d’avoir reçu ce qu’il perçoit d’abord comme un jouet, Gabriel ne réalisera que plus tard qu’on s’attend de lui à ce qu’il fasse davantage que de faire semblant. Il sera réveillé en pleine nuit par son oncle et conduit dans un endroit inconnu à l’arrière d’un vieux véhicule tout terrain, entassé au milieu de dizaines d’autres garçons comme lui, luttant contre « ses larmes de petit garçon ».

Le texte d’Ingrid Chabbert traduisent toute la détresse, l’incompréhension et la douleur ressentie par Gabriel. On en sait très peu sur les parents du garçon: il semble avoir été élevé par son oncle et sa tante. Lorsqu’il arrivera au camp d’entraînement à la guérilla, on ne parlera pas non plus des sévices et traumatismes qu’il aurait pu subir. On vit avec Gabriel ses premiers instants de perte de l’innocence: ne pas tout comprendre, rechercher des modèles chez les autres garçons plus âgés, avoir mal au bras d’avoir trop tiré, s’ennuyer de ses petits frères restés à la maison et réaliser qu’il ne pourra pas les prévenir de ce qui les attend, sentir le sang encore chaud de sa première victime couler sur ses orteils.

L’histoire se termine par la fuite de Gabriel, abandonnant sa carabine derrière lui. On ne sait pas ce qui lui est arrivé. A-t-il été abattu sur le champ par les superviseurs du camp? A-t-il réussi à partir sans se faire repérer? Est-il retourné chez lui? S’est-il perdu avant d’avoir pu retrouver les siens? Cette fin ouverte permet d’avoir de bonnes discussions en groupe après la lecture, pourquoi pas en milieu scolaire avec des élèves de 3e cycle. En toute fin d’album vient une page signée Amnesty International sur l’enrôlement d’enfants soldats et des solutions proposées par des ONG pour que cela cesse.

« Kadogo » est un livre très dur à lire, mais aussi très beau et nécessaire. Recommandé!

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Kadogo
AUTEUR(S) : Ingrid Chabbert , Joël Alessandra 
ÉDITIONDes ronds dans l’O, 2017
ISBN: 9782374180298
PRIX: 25,95$
10 ans et plus

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Unis par le jeu : Comment le soccer peut changer le monde

unis par le jeuSéparé de sa famille, Deo vit dans un camp de réfugiés au nord-ouest de la Tanzanie. Il adore jouer au soccer, mais il n’a pas de ballon. Grâce à son ingéniosité, il en fabrique un avec des feuilles de bananier. Un jour, un entraîneur arrive au camp et rassemble les enfants pour une partie de soccer. Deo n’est pas rassuré, car il y a un intimidateur dans son équipe, celui qui s’en prend toujours à lui. Mais le plaisir du jeu et l’esprit d’équipe viendront à bout des tensions, et de cette joie partagée naîtra un sentiment d’appartenance réconfortant et réconciliateur. Inspiré d’une histoire vraie, le récit de Katie Smith Milway démontre comment le jeu peut unir les jeunes et les aider à s’accepter les uns les autres. Ce récit est un excellent point de départ pour aborder le thème de la justice sociale dans le monde.

Au départ, on s’inquiète et on craint pour la vie de Déo. La vie au camp de réfugiés est aussi très dure ! Puis, l’arrivée d’un mystérieux entraîneur de soccer vient illuminer le récit et soudain, ce ne sont que des enfants qui jouent et apprennent le travail d’équipe. D’ailleurs, ce virage vers l’optimiste se remarque aussi dans les illustrations qui deviennent soudain plus lumineuses et colorés qu’au début du récit. Au fil des matchs et des échanges, les orphelins qui autrefois se craignaient, en viennent à rire ensemble et à se faire confiance. Unis par le jeu est une très belle histoire brillamment racontée. Par contre, la mise en page est un peu faible parfois, notamment par l’utilisation d’une typographie si petite et sur un fond trop sombre, si bien que la lisibilités en est affectée. Très bon quand même. Ce termine par un reportage photo et un dossier sur celui qui a inspiré cette histoire et sur le contexte politique qui a donné naissance aux camps de réfugiés au Burundi. Il y a aussi une présentation de sept jeux développés par Right To Play, une organisation dont la mission est de protéger, éduquer et développer l’autonomisation (« empowerment ») des enfants afin qu’ils puissent faire face à l’adversité en utilisant le pouvoir du jeu.

unis par le jeu 2

Auteur(s) / illustrateur(s) : Katie Smith Milway & Shane W. Evans
Maison d’édition: Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9781443159647
Public cible: À partir de 10 ans.
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Charly en guerre

Charly en guerreCharly a perdu son père, un sergent accusé de trahison, tué par des rebelles, et sa mère a été enlevée par une des factions armées qui se livrent combat. Agé d’une dizaine d’années, il ne comprend rien à cette guerre civile. Enrôlé de force, il doit obéir à John, un peu plus âgé que lui. John est très dur. Ils deviennent quand même amis en se sauvant respectivement la vie. La pensée de sa mère obsède Charly. Est-elle toujours vivante ? La retrouvera-t-il ?

C’est sur fond de guerre civile au Bénin que ce déroule ce roman. Le vocabulaire recherché et le récit difficile fait de lui une lecture appropriée aux bons lecteurs et aux adolescents. On y dénonce la violence gratuite et les guerres absurdes qui brisent des vies. On retrouve ça et là de fines illustrations de Alexis Lemoine. Très bon !

* Prix de la Francophonie de littérature africaine pour enfants, 1996.

Né en 1964 au Bénin, Florent Couao-Zotti vit à Cotonou où il est enseignant et animateur culturel. 

Florent Couao-Zotti

Auteur(s) / illustrateur(s) : Florent Couao-Zotti
Maison d’édition: Éditions Dapper
Année de publication: 2001
ISBN: 2906067695
Public cible: Ados
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La véritable histoire d’Angela qui manifesta au côté de Martin Luther King

Véritable histoire d'Angela qui manifesta Martin Luther KingAngela rêverait de pouvoir emprunter un livre à la bibliothèque. Seulement, elle ne peut pas : elle est noire. Et, à Alabama, les Noirs ont des droits très restreints. Un homme est là pour les aider à se défendre : le pasteur Martin Luther King.

Le roman s’ouvre sur une présentation des personnages et du lieu où se déroule l’histoire. Il s’adresse aux bons lecteurs car il y a la présence de cinq chapitres et de structures de phrases complexes. Les mots difficiles sont définis par un astérisque en bas de page. À l’intérieur même des chapitres, des dossiers thématiques donnent plus d’explications sur le contexte historique : Le commerce des esclaves, être noir aux États-Unis, la ségrégation, le boycott de Montgomery, Martin Luther King, la non-violence, etc.

Angela, le personnage principal est une personne déterminée qui adore lire. Son voisin Steve Taylor, le fils de la famille blanche pour laquelle travaille sa mère, se montre gentil avec elle. La famille Taylor, d’abord ségrégationniste, vient finalement en aide à la famille d’Angela arrêtée pendant une manifestation non-violente. Comme quoi il est possible de changer et que même dans le sud des États-Unis de 1960, des Blancs ont aussi lutté pour le respect des droits civiques. Une histoire d’amitié et d’aventure issue de la collection « Romans Images Doc » conçue en partenariat avec le magazine Images Doc.

Un livre pour souligner le mois de l’histoire des Noirs.

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Auteures / illustratrices : Laurence Paix-Rusterholtz, Christiane Lavaquerie-Klein & Anne Teuf
Maison d’édition: Bayard Éditions Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782747066112
Lectorat cible: À partir de 9 ans
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La ballade toucoulore de Samba Foul

La ballade toucoulore de Samba FoulSamba était noble et généreux. Il avait toutes qualités pour régner, mais son père mourut cependant qu’il était tout enfants, et son oncle, Abou Moussa, lui ravit le commandement. Abou Moussa s’échappe et marche jour et nuit pour se soustraire à ses embûches…

Le texte se lit comme un poème en prose; lentement, avec rythme et émotions. Des vignettes chapeautent le texte, accompagné de larges illustrations rougeâtres en pleine page, s’étendant même parfois sur deux pages. Un petit bijou de littérature qu’il vous faut découvrir au plus vite.

 

Léopold Sédar Senghor est un auteur, poète, enseignant et penseur sénégalais. Il a créé avec Aimé Césaire et Gontran Damas le mouvement de la Négritude, qui valorise l’identité noire, jusqu’alors dépréciée.

Léopold Sédar Senghor

Auteur(s) / illustrateur(s) : Léopold Sédar Senghor & Pierre Droal
Maison d’édition: Seuil jeunesse
Année de publication: 2006
ISBN: 2020865408
Public cible: À partir de 10 ans.
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[LECTRICE INVITÉE] NAYA ou la messagère de la nuit

NAYA ou la messagère de la nuitNaya a un don : la nuit, elle peut souffler des rêves colorés dans le sommeil de ses proches. Mais lorsque la guerre éclate au village, le talent de Naya ne sert à rien. Les hommes ont eu beau se battre avec bravoure et fierté, les ennemis ont gagné. Ils décident d’épargner les femmes et les enfants et les autorisent à quitter le village avec toutes les richesses qu’ils pourront emporter. Cette nuit-là, Naya souffle un rêve à toutes les femmes. Et le lendemain matin, ce ne sont pas des pièces d’or qu’elles portent sur le dos, mais leurs époux, fils ou frères qu’elles sauvent ainsi d’un funeste sort.

L’avis de Fabienne, lectrice invitée : Ma fille s’appelle Naya, sa cousine lui a donc offert ce livre il y a deux ans. Elle est blonde aux yeux bleus mais s’est tout de suite identifiée à cette Naya marron (comme ils disent à l’école). En effet, elle est belle, indépendante et maline. Cette fable magnifiquement illustrée avec des couleurs fluos fait la part belle aux femmes. Naya vit dans un village tranquille aux abords d’une jungle luxuriante. Elle apprend à modeler de petites figurines d’argile représentant chaque villageois. Hélas! Un jour, le village est attaqué par des Blancs qui, à l’aide de leurs armes, sont vite vainqueurs. Ils proposent aux vaincus de laisser partir les femmes avec ce qu’elles peuvent porter sur le dos et de faire prisonniers les hommes. C’est là que Naya va souffler un rêve dans l’oreille de chacune. La fin, je vous laisse la découvrir, elle est drôle, inattendue et tellement intelligente !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Philippe Lechermeier & Claire de Gastold
Maison d’édition: Éditions Thierry MagnierBouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782364749351
Public cible: À partir de 6 ans

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 Merci Fabienne !
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Lecteurs invités MistikrakÀ propos de Fabienne: Je suis maman de deux petites filles de 4 et 6 ans. Depuis leur naissance, je ne me lasse pas de découvrir avec elles les trésors de la littérature jeunesse. Je suis bénévole dans la médiathèque de mon village et ai auto-édité un petit album illustré. Je lis pour m’évader, pour partager, pour aimer. Je lis pour vivre tout simplement.

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Moi Dieu Merci qui vis ici

moi dieu merci qui vis iciL’histoire vraie de Dieu Merci, qui a fui son pays, l’Angola, pour la France. Les douleurs de l’exil, mais aussi l’espoir sont évoqués avec justesse et respect, avec des mots et des images vraies et pudiques. Cet album est empreint d’une force poétique (et politique), qui affirme, de superbe manière, le droit pour chacun de vivre, ici ou ailleurs en paix et sereinement.

Je suis né là-bas. Un jour, j’ai dû fuir. Aujourd’hui, je suis ici, en vie.

Voilà un livre poignant qui a beaucoup à offrir. D’abord, un texte fort, un récit intimiste narré par un homme ayant fui son pays et qui confie au lecteur ses aspirations, ses craintes, les obstacles qu’il a dû surmonter, ses inquiétudes et ses espoirs. Il offre un regard lucide sur les éléments politiques, sociaux et historique qui ont miné son pays, l’Angola:

Depuis des années, sur la terre de mes aînés, des Angolais tuaient des Angolais mouraient. Les autres pays regardaient et semblaient dire: tant pis. Pourtant c’étaient eux qui, il y a longtemps, avaient allumé l’incendie. Et moi, Dieu Merci, j’ai grandi sur cette terre, par eux meurtrie.

moi dieu merci qui vis ici 2

Le livre s’adresse au 6 à 9 ans selon l’éditeur, mais je le suggérerais plutôt aux 8 à 12 ans. C’est un livre particulièrement adapté à une exploitation en classe puisqu’il permet aux jeunes lecteurs de développer leur esprit critique et de s’interroger sur leur propre privilège. Questionnez-les sur l’immigration, sur le statut de réfugié, sur leur sentiment d’être « chez soi », sur les impacts contemporains de la colonisation. Les illustrations sont riches, et soutiennent à merveille le texte de Lenain, connu pour aborder dans ses livres des sujets graves ou difficiles avec sobriété et légèreté. Fameux.

Coup de cœur!

Auteur(s) / illustrateur(s) : Thierry Lenain & Olivier Balez
Maison d’éditionAlbin Michel Jeunesse Bouton acheter petit
Année de publication: 2008
ISBN: 9782226324610
Public cible: 8 à 12 ans
Vous aimerez peut-être: Le Prince bégayant , Un homme ou Lily, des livres d’images pour lecteurs avertis abordant des sujets délicats.

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La princesse et le poney

Lprincesse-et-le-poneya princesse Prunelle n’a qu’un vœu pour son anniversaire cette année : qu’on lui offre un cheval. Un grand cheval musclé qui serait digne d’une princesse guerrière. Or, le jour venu, on ne lui offre pas exactement le cheval de ses rêves…

Ce qui m’a d’abord accroché dans ce livre, c’est la page couverture et cette petite fille qui se tient debout, fièrement, le poing levé. Pourquoi ce geste? Ce poing levé, était-ce celui du Black Power? Du pouvoir aux femmes? Et ce titre contenant ce mot « Princesse »… Serait-ce l’histoire d’une princesse forte, maîtresse d’elle-même et de son destin? Sans mentionner les traits physiques du personnage en page couverture: loin des images de top modèles que la société de consommation nous jette en plein visage à longueur de journée, la fille est de petite taille, rondelette, a le teint brun. Cette fillette, je l’aimais déjà avant même de tourner la première page de l’album. À la lecture de son histoire, je n’ai pas été déçue !

La famille qui est mise en scène dans cette histoire est constituée d’un père blanc au teint très pâle et d’une mère non-blanche aux longs cheveux lisses. Prunelle est blonde et son grain de peau est un heureux mélange de celui de ses parents. Prunelle est futée, déterminée, joueuse. Sa chambre semble être le repère d’une adolescente; elle a certainement passé la petite enfance, même si le livre dont elle est le personnage principal semble s’adresser aux 3 à 6 ans. Il s’agit tout de même (aussi) d’une histoire de pets (oui, vous avez bien lu). Ce décalage peut sembler illogique (peut-on être préoccupé par le féminisme à un si bas âge?), et il m’a semblé qu’on perdait un peu le public cible ce faisant. La fillette de 6 ans à qui j’ai lu l’histoire ne semble pas avoir compris les enjeux antisexistes de l’histoire, mais avait passé l’âge de rire des blagues de pipi-caca-pets. J’ai tout de même sentit que la lecture du livre avait contribué à déconstruire certains de ses à-prioris (tout de suite, elle avait pensé que Prunelle VOULAIT un Poney, puisque c’est une princesse et que les princesses aiment les poneys, alors que c’est bien un grand cheval fort que Prunelle désirait).

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Il y a dans ce livre plusieurs niveaux de lecture. Les mots racontent l’histoire « officielle » si on veut, alors que les illustrations racontent une histoire parallèle, une histoire qui, sans prétention et avec humour, dénonce les stéréotypes de genre et le sexisme. Parce que les filles et les garçons sont tout autant capables d’aspirer être des guerrières ou des guerriers.

Ne vous inquiétez pas, l’histoire ne fait pas que l’éloge de la puissance physique et de la guerre; à la fin, c’est en parvenant à attendrir ses compétiteurs (une tactique efficace et sans violence!) que Prunelle gagnera le trophée des Guerriers les plus utiles. De plus, l’histoire se termine sur un gag de pet; les petits de 3-4 ans adoreront, à défaut de ne pas avoir compris le sous-texte féministe.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Kate Beaton
Maison d’édition: Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication: 2015
ISBN: 9781443147705
Public cible: 3 à 6 ans
Vous aimerez peut-être: Si vous aimez les histoires drôles, essayez Maquillage à gogo. Si vous cherchez d’autres histoires antisexistes, lisez Mon dragon à moi.

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Le prince bégayant

prince bégayantLe jeune prince africain semble comblé par les dieux. Il a la beauté, la force et la gaieté. Sans peine, il apprend à maîtriser les arts de la lutte, de la danse et de la chasse. Mais dès qu’il veut parler, immanquablement, le prince bégaye. Lui, le superbe, est incapable de s’exprimer. La blessure de son orgueil grandit avec lui et le prince une fois adulte n’est plus que haine. Il fait la guerre sans fin, devient le plus terrible des guerriers. Les victoires se multiplient, sa blessure demeure. Épuisé, le prince quitte le monde des hommes pour celui des animaux, «le pays étrange des êtres qui vont sans mots». Au terme de cette initiation, le prince aura appris l’amour, le bonheur et la façon de se passer de mots.

Cet album est tout simplement magnifique. Le récit est propice à favoriser le développement de l’esprit critique des jeunes. Il est facile de s’identifier au personnage, ou du moins de comprendre son mal-être. Car on peut être aimé, adulé et admiré, mais être aux prises avec des démons intérieurs. Le texte est fluide, rythmé et touchant, et il accompagne très bien les illustrations aux tons terreux ponctués de couleurs plus vives. Un voyage initiatique, un conte sur le passage à l’âge adulte, plein de douceur, de blessures, de poésie et d’humanité. J’ai adoré cet album et j’en recommande vivement la lecture. Attention! Pour lecteurs avertis. Adapté à une animation en classe.

* Prix Chrétien de Troyes 2007

Coup de coeur !

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Auteur(s) / illustrateur(s) : François Place
Maison d’édition: Gallimard Jeunesse
Année de publication: 2006
ISBN: 9782070550692
Public cible: 9 à 13 ans
Vous aimerez peut-être: Ayanda, la petite fille qui ne voulait pas grandir, un album jeunesse pour les plus grands ou encore Je m’appelle Baraka, un livre biographique sur un garçon handicapé.

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