Akata Witch

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis nigériane de sang, américaine de naissance et albinos de peau. Être albinos fait du soleil mon ennemi. C’est pour ça que je n’ai jamais pu jouer au foot, alors que je suis douée. Je ne pouvais le faire que la nuit. Bien sûr, tout ça, c’était avant cette fameuse après-midi avec Chichi et Orlu, quand tout a changé. Maintenant que je regarde en arrière, je vois bien qu’il y avait eu des signes avant-coureurs. Ce n’est pas comme si des choses bizarres ne m’étaient pas déjà arrivées. Rien n’aurait pourtant pu me préparer à ma véritable nature de Léopard. Être un Léopard, c’est posséder d’immenses pouvoirs. Si j’avais su en les acceptant qu’il me faudrait sauver le monde, j’y aurais peut-être réfléchi à deux fois. Mais, ce que j’ignorais alors, c’est que je ne pouvais pas empêcher mon destin de s’accomplir.

Il y a quelque chose de spécial dans ce roman. Il a eu une très belle couverture médiatique, est écrit par une personne noire et a pour personnages principaux presque qu’exclusivement des noirs. C’est assez rare de retrouver ces trois éléments ensemble pour un seul livre, jeunesse en plus! Évidement, je ne pouvais pas passer à côté. Déjà, quand j’ai repéré ce livre à la librairie, la page couverture m’a beaucoup plu. Cet autobus coloré, ces couleurs éclatantes et bien entendu, cette jeune fille, cheveux afro, habillée à l’occidentale, qui semble avoir tellement de pouvoir. J’ai été intriguée. La quatrième de couverture pose clairement les bases du récit et du personnage principal:

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis nigériane de sang, américaine de naissance et albinos de peau. Contrairement au reste de ma famille, j’ai des cheveux jaune paille, la peau couleur « lait tourné » et des yeux noisette. Être albinos fait du soleil mon ennemi. Ma peau brûle tellement vite que j’ai parfois l’impression d’être inflammable.

Cette différence sera la force de Sunny car c’est grâce à elle qu’elle développera des pouvoirs. J’ai aimé ce message sous-jacent au récit: nos différences sont nos forces, c’est en elles que nous devons puiser courage, fierté et énergie.

Ce qui rend ce roman spécial également, c’est la manière qu’a l’auteure de rendre visible le blackness, par opposition à la blanchité qui est souvent posée comme étant la norme, le standard auquel il faut se référer en littérature jeunesse. Ce sont des choses toutes bêtes, mais qui font partie de mon quotidien et du quotidien de nombreuses personnes racisées, mais que je ne retrouve pas ailleurs dans mes lectures. Des choses comme des personnages qui tchouipent, une mythologie africaine plutôt que grecque ou romaine, des langues non occidentales, une couleur de peau normalisée. Vous en connaissez beaucoup, des livres jeunesse dans lesquels les personnages tchouipent? Pas moi. Pourtant, c’est fou, quand on y pense, ça fait tellement partie de ma culture, de mon quotidien, et moi qui lit énormément, je le fois jamais dans mes lectures. Ça fait réfléchir…

Ce roman est bourré de fantaisie, de magie, de mystère, mais sans que ce soit à travers le « white gaze » (le regard blanc, en quelque sorte). Car si oui, on y parle de magie, on est bien loin des chapeaux pointus des sorcières au nez crochu, ou encore des chamans menaçants. On découvre tous les éléments magiques et nigérians des yeux de Sunny qui doit s’adapter à la culture après avoir vécu longtemps aux États-Unis. Les lecteurs blancs pourraient être déstabilisés au début, mais seront rassurés de constater que Sunny peut aussi s’étonner des mêmes choses qu’eux. Même si Sunny parle l’igbo, elle a toujours l’accent américain et se sent parfois comme une étrangère. Son parcours de vie est intéressant: Noire, mais albinos, Nigériane d’origine, mais américaine de culture: qui est-elle? Au-delà de la quête magique, c’est l’histoire de Sunny et sa découverte de soi qui m’a interpellé dans ce roman.

On a beaucoup comparé ce roman à la saga d’Harry Potter: un trio d’amis dans l’enfance (même s’ils sont quatre avec l’arrivée de Sunny), des guides adultes qui agissent comme des professeurs, des méchants à combattre, un personnage principal prédestiné à faire de grandes choses, des niveaux à atteindre, le devoir de se choisir un couteau à juju (une baguette magique dans Harry Potter), un monde magique inconnu des gens normaux, des esprits qui rappellent les patronus de l’univers de J.K. Rowling… Oui, mais en même temps, je me dis, bien sûr qu’on va comparer à Harry Potter, les référents sont blancs (auteure blanche et personnages blancs) et ce sont ces référents que nous avons en tout temps, tout moment en occident. C’est comme si on essayait de comprendre Akata Witch, de le catégoriser, de se dire « Je comprends pas trop ce livre, mais si tu me dis que c’est comme Harry Potter, ah!, là, je m’y retrouve ». J’aime voir Akata Witch comme une histoire unique en soi, pas une pâle copie « racisée » d’Harry Potter. Je veux dire… c’est un roman de fantasy, bien sûr qu’on va retrouver des tropes narratives spécifiques à ce genre littéraire. C’est trop facile de tomber dans la comparaison, à mon avis. Au contraire, je trouve que l’auteure Nnedi Okorafor a trouvé une manière rafraîchissante d’insuffler un vent de nouveauté au genre.

J’ai aimé le funky train et les chittims (ces pièces de monnaies magiques), et aussi le mystérieux personnage de Black Hat Otokoto qui ajoute une bonne dose de suspense au récit. Même si les personnages sont jeunes (12 ans pour Sunny), enfants et adultes aimeront ce roman initiatique à l’univers riche et aux personnages bien campés, qui mélange fantasy, action et critique de la société occidentale.

Coup de cœur!

* Prix Amelia Bloomer Book List du American Library Association en 2012.

Nnedi Okorafor est une autrice américaine d’origine Nigériane.

Akata Witch (tome 1)
AUTEUR(S) : Nnedi Okorafor
ÉDITIONÉcole des loisirs, 2020
ISBN: 9782211304344
PRIX: 16,99$
12 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être le tome 2 de la série, Akata Warrior. Essayez aussi La promesse du fleuve, un roman initiatique de fantasy, et Les Belles, un roman avec des éléments de science-fiction écrit par une autrice racisée.

[INFO] Nouveautés hiver 2020

C’est devenu une tradition: deux fois par an, je partage avec vous les dernières nouveautés de livres jeunesse ayant des personnages issus de la diversité afro-descendante, ou écrits par des auteur.e.s noir.e.s. Je lis de tout, toute l’année, mais il arrive parfois que quelques livres passent à côté de mon radar. Voici donc quelques uns des livres jeunesse arrivés sur les tablettes des librairies au cours des 6 derniers mois ou à paraître très bientôt. Comme à l’habitude, cliquez sur les images des pages couvertures pour placer vos commandes!

Par Mistikrak! Littérature Jeunesse.

Studio danse: Pas de danse pour Alia: Choisir entre la danse et les études, c’est impossible pour Julie, Luce et Alia ! Mais vu ses résultats en mathématiques, Alia va y être contrainte par ses parents. Heureusement, ses deux amies la soutiennent dans cette épreuve. Seule Carla, sa rivale de « Studio Danse », est ravie de la voir s’absenter des cours… Sortie: Novembre 2020.

À la vie, à l’amour: Jack Ellison King rencontre Kate au cours d’une soirée et tombe sous son charme. Il espère vivre une grande histoire d’amour avec elle mais la jeune femme décède. Cependant, il est ramené au tout premier soir de leur rencontre, quatre mois plus tôt. Il peut tenter sa chance à nouveau. Premier roman. Sortie: Janvier 2021.

Positive: Simone est amoureuse de Miles et rêve de faire l’amour avec lui. Hélas, la jeune fille est séropositive de naissance. Elle est prête à lui avouer sa maladie, mais elle hésite, alors que son couple de pères lui recommande la chasteté. Un mot trouvé dans son casier lui adresse un ultimatum. Si elle ne renonce pas au jeune homme, son secret sera dévoilé publiquement. Premier roman. Sortie: Janvier 2021.

Les abysses: Lors du commerce triangulaire, quand une femme tombait enceinte sur un vaisseau négrier, elle était jetée à l’eau. Mais en fait, toutes ces femmes ne sont pas mortes. Certaines ont survécu, se sont transformées en sirènes et ont oublié cette histoire traumatique. Un jour, l’une d’entre elles, Yetu, va leur rappeler. Sortie: Novembre 2020.

Babel Corp. Genesis 11: À bord du vaisseau Genesis 11, Emmett, issu d’un quartier pauvre, participe à un jeu de survie avec d’autres adolescents défavorisés. Au bout d’un voyage d’une année, seuls les huit meilleurs pourront débarquer sur une planète mystérieuse pour y récolter la noxolyte, une substance fossile puissante et dangereuse. À bord, les épreuves cruelles et truquées se multiplient. Sortie: Août 2020.

Le hip-hop: Écrit par Thomas Blondeau, journaliste passionné et passionnant, ce documentaire riche en photos te plonge dans la culture fascinante du hip-hop, de sa naissance dans les ghettos new-yorkais à l’âge d’or du rap, en passant par le graffiti et la danse. Découvre aussi la discographie idéale avec une sélection de 60 albums de rap français et américain ! Sortie: Janvier 2021.

Tiféfé et la tresse au ruban rouge: Mamie Dodoz avait révélé à Tiféfé le secret de la disparition de sa mère, la douce Eugénia, coiffée d’une énorme tresse finissant par un ruban rouge. Un jour de ciel couvert, Eugénia avait disparu au bord d’une falaise au-dessus d’une grotte nommée Le trou de madame Coco. Il ne restait d’elle qu’une belle tresse nouée par un ruban rouge que Tiféfé avait clouée au-dessus de son lit. Sortie: Novembre 2020.

La ruelle d’hiver: Elodie va jouer dehors, dans la ruelle, dans la neige. Aimée la joint et plein d’autres amis. Un fort, de la neige… Sortie: Novembre 2020.

Raconte-moi Félix Auger-Aliassime: Né à Montréal d’une mère québécoise et d’un père togolais, Félix Auger-Aliassime joue son premier tournoi de tennis à l’âge de six ans. Entraîné d’abord par son père, Félix fait partie de l’élite canadienne de tennis dès son adolescence. Talentueux et déterminé, il aspire à devenir le meilleur joueur au monde. Découvre ce jeune homme qui a le potentiel d’une carrière digne de son idole, Rafael Nadal. Sortie: Novembre 2020.

Babel Africa: Il était une fois un arbre à beignets, une chèvre rebelle, les amours d’une amazone et d’un dieu-python, une jeune guerrière à la recherche de son père, un fou qui épousa une princesse… Du Soudan au Burundi, de Madagascar aux Comores, de la Côte d’Ivoire au Gabon, du Mali à l’Afrique du Sud, d’hier à aujourd’hui, à chacun(e) sa façon de porter la parole du continent-mère des contes. Babel Africa, c’est la part des anciens et des enfants, la part des femmes et des arbres à palabres, comme un retour aux sources. Entrez dans le cercle des conteurs : que les langues se délient et que la parole demeure… Sortie: Octobre 2020.

Âme: Joe Gardner enseigne la musique dans une école primaire. Il a toujours rêvé de devenir un grand musicien de jazz. Un jour, l’un de ses anciens élèves l’appelle pour lui offrir l’occasion de jouer dans un club. Son audition se passe à merveille, mais en revenant chez lui, il tombe dans un trou d’égout et se retrouve dans le coma. Son âme est alors transportée aux portes de l’au-delà, mais Joe refuse ce destin. Il dérive du chemin tracé pour lui et atterrit dans le Grand avant. Là-bas, il s’allie avec 22, une âme qui ne veut pas devenir humaine. Avec elle, Joe s’évertuera à trouver un moyen de retrouver son corps et poursuivre sa vie là où il l’a laissée. Sortie: Décembre 2020.

Chacun de nous est unique!: Certains enfants aiment rire, danser, sauter, d’autres aiment le calme, la lecture. Certains bricolent, d’autres rigolent. Nous sommes tous différents, nous sommes tous uniques ! Sortie: Novembre 2020.

Voyages autour de mon coeur: Gilles Tibo et Geneviève Després unissent ici leur immense talent pour voyager, tels des funambules, sur le fil des mots. Chaque page est un univers, un monde à découvrir. Le plus beau voyage que l’on puisse faire… est d’ouvrir ce grand livre. Sortie: Novembre 2020.

Petit bout de bois: Souleymane s’enfuit de chaque daara où il est conduit, car dans ces écoles coraniques, les maîtres religieux envoient les élèves talibés mendier au lieu d’étudier. Les enfants doivent alors survivre dans les rues grâce à leur propre créativité. Sortie: Novembre 2020.

La folle maison des comptines: Retrouvez en un seul livre les comptines préférées des tout-petits, racontées à la queue leu leu ! Pirouette cacahouète, Un éléphant qui se balançait, Une souris verte, l’araignée Gypsie, 1, 2, 3, nous irons au bois… et bien d’autres encore! Sortie: Janvier 2021.

Maïana (tome 2): L’anniversaire de Jules: Maïana partage des moments de complicité avec son père qu’elle vient de retrouver. Jules se sent lésé, d’autant plus qu’il vient d’apprendre qu’il sera bientôt grand frère. Lorsque sa demi-soeur lui annonce qu’elle ne peut pas venir à son anniversaire, son moral baisse. Il ne sait pas que Maïana lui prépare une surprise. Sortie: Décembre 2020.

Princesse princesse: Aventurière en devenir, la princesse Amira rencontre la princesse Sadie et la libère de la tour dont elle était prisonnière. À leur grande surprise, elles vont devenir amies malgré leurs différences. Sur les routes du royaume, Sadie et Amira vont joindre leurs forces pour déjouer les plans de la sorcière qui a emprisonné Sadie et l’humilie constamment. Sortie: Octobre 2020.

Kariba: Sibu vit sur les rives du Zambèze. Elle est sans nouvelles de son père parti travailler sur le grand barrage de Kariba. Grâce à ses étranges pouvoirs qui la lient aux animaux de la région, elle décide de partir à sa recherche et de remonter le fleuve. Elle est accompagnée par Amedeo, le fils de l’ingénieur en chef de Kariba. Une sensibilisation à la protection de l’environnement. Sortie: Août 2020.

Les règles de l’amitié: Un jour, Sasha, la nouvelle de l’école, qui était jusque-là tenue à l’écart, se voit couverte de honte car son pantalon est taché par ses toutes premières règles. Soutenue par trois bonnes amies qui se connaissent depuis longtemps et partagent leurs expériences, Sasha est initiée à ce nouvel aspect de sa vie intime. Une bande dessinée sur le vécu des menstruations sur fond d’engagement féministe. Sortie: Septembre 2020.

Les grands témoins (tome 2): Cet album présente la vie de quinze personnalités qui se sont engagées à aider leur prochain : Albeiro Vargas, Kim Phuc, frère Roger, Rosa Parks, Henry Dunant, etc. Les bandes dessinées sont complétées de pages documentaires sur leur action. Sortie: Septembre 2020.

Konghoro: Terre sacrée: Avril 1925, Afrique de l’ouest, dans une région qui deviendra un jour la Tanzanie. Une expédition française d’autochenilles parvient à Arush. Le convoi est dirigé par le célèbre explorateur et chasseur de safari, Hubert de Beauterne, colonialiste assumé et méprisant. Le sultan local lui fait visiter son cabinet de curiosités. On y trouve des reliques d’animaux fabuleux venus d’un endroit que le sultan nomme le cratère de K’Onghoro. C’est décidé, demain, Hubert fera changer l’itinéraire de son expédition vers ce lieu de chasse fantastique ! Le sultan fait convoquer Imani, une jeune Maasai de 14 ans qui sera leur guide dans cette aventure. Sortie: October 2020.

Avengers: Les phobivores: Les Avengers sont confrontés à une menace surgie du passé de T’challa, la Panthère noire, et de Modok. Sortie: Février 2021.

Titus et les lamas joyeux: au secours, un ado! : Un matin, Titus arrive à l’école couvert de boutons. La bande reconnaît tout de suite cet étrange symptôme : ce sont des boutons d’acné, leur copain est en train de se changer en… adolescent ! Si Titus achève sa transformation, il devra quitter l’école pour aller au collège. Jo, Adila, Romi et Gédéon sont prêts à tout pour stopper la métamorphose de Titus. Personne ne séparera les Lamas Joyeux ! Leur inventivité et leurs bêtises permettront-elles aux Lamas de mener à bien leur mission ? Sortie: Février 2021.

Miles Morales: A New York, Miles Morales, le nouveau Spider-Man venu de l’univers Ultimate, peine à concilier sa mission de super-héros avec sa vie de lycéen. Spider-Man accepte mal de le voir parmi les Avengers mais Miles semble le seul à pouvoir contrer le démon Blackheart. Sortie: Novembre 2020.

Préhistoric Rick (tome 4): Cro c’est cro! : Rick, Ziggy et Nova sont perdus en pleine forêt. Ils veulent tuer le mythique grand mammouth blanc mais il est possible que ce soit lui qui les mange. Sortie: Septembre 2020.

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Ghost

Ghost Jason ReynoldsAyant réussi à échapper, avec sa mère, à son père qui leur tirait dessus, Castle, un adolescent, a pris en secret le surnom de Ghost, pour s’être vu tel un fantôme dans les yeux de l’épicier qui les a cachés cette nuit-là. Un jour, en rentrant du collège où ses camarades ont pris l’habitude de le maltraiter, il observe des coureurs s’exercer. L’entraîneur lui propose alors de les rejoindre.

Dès les premières lignes, j’ai su que j’allais adorer ce roman. Castle, le personnage principal, est tellement réaliste qu’on aurait dit un garçon que j’aurais pu croiser au coin de la rue. C’est un personnage imparfait comme je les aime. Il se croit fort, voire meilleur que les autres — surtout à la course à pied (la course à pied, c’est un sport, ça? s’est-il demandé en se bidonnant) — mais il apprendra que ce sport, c’est bien plus que de se mettre à courir. Au départ, Castle accepte de rejoindre l’équipe municipale d’athlétisme simplement pour augmenter ses chances d’intégrer l’équipe de basketball l’année suivante. Et, vous le devinez, cela ne se passera pas exactement comme il l’avait prévu.

Au niveau de la représentation, Castle est un adolescent noir qui habite dans un quartier pauvre des États-Unis, juste à côté d’un quartier plus riche. Cette proximité territoriale ne fait qu’exacerber les différences sociales entre les deux quartiers. Son père est en prison depuis le soir où, totalement soûl, il a tiré sur sa femme et son fils. Castle se bat à l’école pour se défendre contre les élèves qui se moquent de ses vêtements sans marques, de sa nourriture de faible qualité ou de son odeur (car il marche tous les jours pour se rendre à l’école sous un soleil de plomb). Ses matières préférées, même s’il ne le dirait probablement pas, sont l’anglais (il recommande d’ailleurs le roman Sa majesté des mouches) et l’éducation physique. Il ne s’intéresse pas particulièrement aux filles qu’il trouve un peu immatures à vouloir être plus jolies qu’intelligentes. Castle craint sa mère et la respecte beaucoup. Il souhaite la protéger, surtout depuis l’incident dramatique impliquant son père que j’ai mentionné plus tôt. Castle est un adolescent qui apprend vite, et qui est impatient de vivre pleinement sa vie sans porter le fardeau de tous les privilèges qu’il n’a pas: être noir, pauvre, et enfant de prisonnier lui donne une grande maturité. Il est un personnage bien développé et le Castle du début du roman n’est pas le même que celui de la fin. Extrait:

     Le coach m’a regardé de nouveau, droit dans les yeux.
– Ça peut t’aider à comprendre que si tu peux pas fuir qui tu es, tu peux courir vers celui que tu as envie de devenir.
J’ai laissé ses paroles faire leur chemin dans ma tête. J’étais qui, moi? J’étais Castle Cranshaw le gamin de Glass Manor avec un lourd secret. Celui avec un père en prison et une mère qui bossait comme une dingue pour moi, qui me coupait les cheveux, achetait des chaussures de sous-marque et des vêtements assez grands pour que je puisse les portes le plus longtemps possible. J’étais celui qui criait sur les profs et qui cognait sur les crétins qui parlaient trop. Celui qui se sentait… différent. Et vénère. Et triste. J’étais le gamin avec tous ces hurlements à l’intérieur.
Mais qui est-ce que je voulais être? Ça, c’était plus difficile à dire. Pourtant, il y avait un truc dont j’étais sûr, c’était que je voulais faire partie des Grands de ce monde. (p.162-163)

La traduction est un peu trop européenne par moments: On retrouve beaucoup de verlan avec des mots comme zarbi, chelou, teubé, relou, teuhon, etc. et le système d’éducation est français (CM1, troisième, quatrième, etc.), même si l’histoire se passe aux États-Unis. Il faut donc « retraduire » dans sa tête zarbi = bizarre, troisième = secondaire 2, etc. J’aurais préféré une traduction canadienne ou plus internationale. N’empêche! Ce livre vaut le détour. J’ai tellement adoré que je m’en suis acheté une copie pour ma bibliothèque personnelle. Ne passez pas à côté!

 

* Finaliste du National Book Award

Coup de cœur! 

Jason Reynolds est un auteur américain. 

Jason reynolds

POUR VOUS PROCURER CE LIVRE, CLIQUEZ SUR LE BOUTON CI-DESSOUS:
Ghost
AUTEUR(S)
: Jason Reynolds Bouton acheter petit
ÉDITION: Milan, 2019
ISBN: 9782745995032
PRIX: 22,95$
13 ans et plus

 

Ce livre vous a plus ?
Vous aimerez peut-être Uppercut, un roman où la boxe devient un refuge pour un adolescent troublé. Essayez aussi Sako, un roman coup de cœur sur l’apprivoisement de la solitude. L’album pour les préados et ados Cours! de David Cali pourrait aussi vous plaire car il aborde aussi la thématique de la course à pied comme échappatoire.

uppercut Ahmed      Sako     Cours! Davide Cali

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My life matters

my life matters

Marvin et Tyler Johnson sont des jumeaux noirs américains de 17 ans. Tyler se rend à une fête organisée par un gang et Marvin l’accompagne pour veiller sur lui. Une descente de police soudaine durant la fête sépare les deux frères. Au matin, Marvin apprend la mort de Tyler mais une vidéo sur Internet montre qu’il a été abattu par la police alors qu’il rentrait chez lui. Premier roman.

Avant même de donner mon appréciation de ce roman, il faut absolument que je dise que son titre m’a beaucoup agacé. Le roman original a été publié sous le titre « Tyler Johnson was here » : il me semble qu’il s’agit d’un titre beaucoup plus approprié qu’on aurait pu simplement traduire par « Tyler Johnson était ici ». Pourquoi donc se casser la tête ? J’imagine que l’éditeur voulait faire un clin d’oeil au mouvement Black Lives Matter dont il est question dans le roman. Le résultat se révèle assez maladroit puisque « My life matters » (et ses variations telles que « All Lives Matter » ou « White Lives Matter ») est une phrase souvent répétée et un hashtag utilisé par des personnes blanches pour décrédibiliser le mouvement ou pour souligner qu’ils ne « voient pas la couleur », une manière insidieuse de nier les inégalités raciales. Après tout, on ne peut pas régler un problème (i.e. le racisme) si on décide de ne pas reconnaître son existence. De plus, une personne noire utiliserait simplement « Black Lives Matter », même pour parler de sa propre existence, et non « My Life Matters » puisqu’elle se sent naturellement comme faisant partie d’un mouvement plus large qui touche des personnes partageant le même héritage qu’elle. D’ailleurs, le titre français m’a agacé au point qu’il est la raison première pour laquelle ce roman a attiré mon attention sur l’étagère de ma bibliothèque municipale. Niveau marketing, l’éditeur a plutôt bien fait ! 🤷🏿

 

my life matters tyler johnson was here
Version originale américaine du roman de Jay Coles.

 

Voilà, c’est dit. Il fallait que ça sorte. Bon, après, j’ai bien aimé ce roman ! Qui de mieux pour raconter l’histoire d’un jeune américain noir qu’un jeune américain noir ? En effet, l’auteur Jay Coles a écrit ce roman avant d’atteindre l’âge de 25 ans. Les personnages parlent et se racontent d’une manière toute naturelle. #OwnVoices. Je me suis beaucoup attachée à Marvin et à son histoire. Son désir de réussite, de vivre une vie normale et sa capacité à faire face aux difficultés m’ont beaucoup touchée. J’ai ressenti toute sa frustration face au racisme ordinaire, aux micro-agressions et aux inégalités raciales. Je n’ai pas lu énormément de romans pour ados ayant un personnage principal baptiste, noir et geek. De plus, les meilleurs amis de Marvin sont une métisse ouvertement lesbienne et un latino originaire de la Colombie, ce qui n’est pas sans ajouter un mirroir intéressant pour les personnes racisées et issues de la diversité sexuelle qui elles aussi peinent à trouver des livres qui leur offrent une représentation positive d’elles-mêmes. Bravo !

Au ton de sa voix, je sais déjà de quoi il s’agit. Pas de roses et des choux-fleurs, non. Ce soir, on aura droit au sermon, LE sermon. Celui qu’on a déjà entendu si souvent mais jamais assez. Le sermon que toutes les mères et les pères noirs dispensent à leur progéniture au moins une fois par mois. Le sermon « tu-vis-dans-un-monde-de-Blancs-alors-sois-prudent ». Mama le veut encore plus après ce qui s’est passé hier soir. (p.29)

Dans le roman, on retrouve plusieurs allusions à la culture noire américaine comme le rappeur Tupac, l’autrice Toni Morrison et l’auteur Langston Hughes. J’aurais aimé une traduction canadienne car la traductrice de chez Hachette a opté pour un langage familier que j’imagine parisien, qui parfois clashait avec le contexte américain lorsqu’il était trop appuyé. Un « mec » ou « barge », ça passe, mais les « relou » et « ouf » m’ont fait décrocher à quelques reprises. L’histoire se lit sans difficultés, et m’a fait vivre toute une gamme d’émotions : la colère face à l’assassinat par des policiers de gamins noirs pour avoir « joué de la musique trop fort et perturbé la tranquilité » (p.91), l’exaspération face à l’absence du père condamné pour un crime qu’il n’a pas commis, la tristesse à la suite de la disparition de Tyler, la douleur d’une mère monoparentale ayant perdu un de ses fils, l’espoir lorsque Marvin sera enfin accepté à l’université de son choix. Même si l’histoire n’est pas très originale (il existe plusieurs romans sur la brutalité policière envers les afro-américains sur le marché qui suivent la même trame narrative), et que j’avais une vague impression de déjà-lu en lisant ce roman, j’ai tout de même bien apprécié ma lecture!

Y a aussi tellement de #AllLivesMatter débiles que ça me fout la tremblote. Tous ces gens qui ignorent que les Noirs n’ont jamais été inclus dans le All. All-American veut dire Blanc. All-inclusive veut dire Blanc. All lives veut dire vies de Blancs. Du pipeau tout ça. Les Blancs ne se soucient que d’eux-mêmes, ça me rend dingue qu’ils camouflent leur haine derrière ces posts. (…) Le venin anonyme des réseaux sociaux. (p.147).

Jay Coles est un auteur américain.

Jay Coles

 

Pour vous procurer ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:
My life matters
Auteur(s)
: Jay Coles Bouton acheter petit
Édition: Hachette, 2018
ISBN: 9782016270158
Prix: 22,95$
À partir de 13 ans

 

Ce livre vous a plus ?
Vous aimerez peut-être La Haine Qu’on Donne, un roman sur la brutalité policière et le mouvement Black Life Matters. Frères, un roman pour ados dont les deux personnages principaux sont des jumeaux passionnés de basketball, pourrait aussi vous plaire.

La haine qu'on donne         Frères Kwame Alexander

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Nola forever

Nola Forever fabien fernandezCette histoire a été racontée mille fois. On a le sentiment de la connaître depuis si longtemps. Shakespeare se l’est appropriée, le cinéma l’a popularisée et encore aujourd’hui, on se demande si Roméo et Juliette est un mythe ou une réalité. Oui, je vous parle bien de la pièce de théâtre et non du drame qui s’est déroulé à New Orleans.La Nouvelle-Orléans danse au rythme de Mardi Gras, quand vibrent les premières notes d’un drame amoureux : lui, poète et cuisinier tout juste sorti de prison ; elle, étudiante brillante issue des quartiers riches. Un regard, un mot, et leurs coeurs sont emportés par la passion. Ni les articles des magazines people, ni même la haine entre leurs familles ne les séparent. Et peu importe la manière dont ils sont morts, ce qui compte est de savoir comment ils se sont véritablement aimés.Moi, Dakota, dépositaire de leurs témoignages vidéo, je fais tomber les masques pour révéler au monde cette vérité.

Dans cette version moderne du classique du théâtre anglais, Roméo et Juliette, une journaliste tente de reconstituer ce qui est arrivé à deux jeunes adultes issus de familles qui se détestent et qui tombent amoureux. Le couple aussi raconte son histoire par le biais des vidéos de Julian, et c’est donc un récit à trois voix que se dévoile au lecteur, créant un rythme qui lui sert bien. L’histoire se passe en Louisiane et on est plongé dans cette ville cosmopolite avec sa culture et sa gastronomie. Le style de Fabien Fernandez est musical et recherché. J’ai bien aimé ce roman !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Fabien Fernandez
Maison d’édition: Gulf streamBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782354886219
Lectorat cible: Ados.
Vous aimerez peut-être: Les Belles, un roman pour les adolescents.

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Charly en guerre

Charly en guerreCharly a perdu son père, un sergent accusé de trahison, tué par des rebelles, et sa mère a été enlevée par une des factions armées qui se livrent combat. Agé d’une dizaine d’années, il ne comprend rien à cette guerre civile. Enrôlé de force, il doit obéir à John, un peu plus âgé que lui. John est très dur. Ils deviennent quand même amis en se sauvant respectivement la vie. La pensée de sa mère obsède Charly. Est-elle toujours vivante ? La retrouvera-t-il ?

C’est sur fond de guerre civile au Bénin que ce déroule ce roman. Le vocabulaire recherché et le récit difficile fait de lui une lecture appropriée aux bons lecteurs et aux adolescents. On y dénonce la violence gratuite et les guerres absurdes qui brisent des vies. On retrouve ça et là de fines illustrations de Alexis Lemoine. Très bon !

* Prix de la Francophonie de littérature africaine pour enfants, 1996.

Né en 1964 au Bénin, Florent Couao-Zotti vit à Cotonou où il est enseignant et animateur culturel. 

Florent Couao-Zotti

Auteur(s) / illustrateur(s) : Florent Couao-Zotti
Maison d’édition: Éditions Dapper
Année de publication: 2001
ISBN: 2906067695
Public cible: Ados
Vous aimerez peut-être: Eben, ou les yeux de la nuit, un petit roman pour ados qui fait découvrir un pan peu connu de l’Histoire coloniale.

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L’école du style (tome 1) : Glamour, projecteurs et histoires de coeur

École du style Daïna BéliceDu jour au lendemain, Olivia, 14 ans, est propulsée dans l’univers de la mode alors qu’elle fait des courses avec sa mère. L’agence nouveau genre qui la recrute a choisi de miser sur la beauté naturelle plutôt que sur les standards actuels. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Olivia s’envole à destination de Londres pour son premier défilé. Elle y apprendra en accéléré ce que le monde glamour du mannequinat peut lui offrir : des voyages, certes, mais aussi des amitiés, de la compétition entre mannequins et, qui sait, peut-être même l’amour…

Olivia, le personnage principal de ce roman pour ados est une jeune fille blanche, aux cheveux blonds et bouclés, aux yeux verts et au petit nez rond. Ses lèvres sont aussi « ridiculement épaisses » (p.34). Alors qu’Olivia tente d’entrer dans l’univers de la monde, on dit d’elle qu’elle est une « beauté atypique, non conventionnelle et loin d’être classique » (p.34). Or, il me semble que les filles blanches et blondes correspondent justement au standard de beauté conventionnel dans notre société. Si on veut parler de ses lèvres épaisses qui lui donne un air unique, je ne vois pas pourquoi on les qualifient de ridicules, surtout lorsqu’on sait qu’il s’agit d’un trait commun aux personnes afro-descendantes, alors qu’on exige souvent aux femmes noires qui veulent percer dans le métier d’avoir des traits caucasiens (nez et lèvres fines, par exemple). J’ai été déçue par cette représentation qui renforce les stéréotype et la stigmatisation des personnages noirs en littérature. À la page 119, on fait de nouveau référence à cette idée de « beauté classique » en parlant de Bella, une jeune fille (blanche) aux cheveux châtains.

Le premier personnage noir arrive à la page 110, mais n’a pas un rôle majeur dans le récit. Elle mentionne toutefois que plusieurs grosses boîtes lui ont balancé sans mettre de gants blancs qu’il y avait pas de place pour une fille « comme elle » dans l’industrie de la mode. Lorsque Olivia, étonnée, lui dit qu’elle est « tellement belle » et qu’elle a pourtant « la tête de l’emploi », Ana répond que « [p]our bien des agences, pas si tu es noire avec un nez un peu large. » (p.113) Ce commentaire met Olivia mal à l’aise, mais elle admet qu’elle a elle-même rarement vu des femmes noires dans les magazines de mode et qu’elle trouve le monde est « arriéré » de refuser une mannequin à cause de couleur de sa peau.

Cela étant dit, malgré un départ un peu lent, l’auteure sait entretenir le mystère. Toutefois, on sent beaucoup sa présence derrière la narration de son personnage principal. Faire dire à cette dernière des choses comme « tout un chacun » ou « le stress lié à cette rencontre singulière c’est manifesté tardivement » (p.45), ça sonne plutôt faux venant d’une adolescente de 14 ans. Bref, je n’ai pas aimé ce roman et j’ai eu beaucoup de mal à le terminer ! Dommage.

Ex-mannequin et intervenante psychosociale, Daïna Bélice est une auteure québécoise d’origine haïtienne. 

Daïna Bélice

Auteur(s) / illustrateur(s) : Daïna Bélice
Maison d’édition: HurtubiseBouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782897237486
Lectorat cible: 11 ans et plus
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Dix-sept ans

dix-sept ans ava dellairaDans les années 1990, pour Marilyn, 17 ans, c’est la liberté. Enfermée dans les rêves de célébrité de sa mère qui l’entraîne d’auditions en castings, elle ne revit que lorsqu’elle retrouve le beau et insaisissable James. Mais les regards que certains portent sur la couleur de peau de James ne risquent-ils pas de détruire leur amour naissant ?
De nos jours, pour Angie, 17 ans, c’est la vérité. Alors que le monde semble s’être arrêté de tourner pour sa mère, Marilyn, la jeune métisse est prête à tout pour retrouver James, ce père qu’on lui a toujours caché. Embarquée par son ex-petit ami Sam, Angie fuit sa ville de province et plonge dans les rues bruyantes et colorées de Los Angeles, à la recherche d’un passé trop longtemps maintenu dans l’ombre.
Une mère, une fille, deux façons d’aimer.

Un joli roman qui s’intéresse à la filiation, l’identité, la mixité raciale, les relations mère-fille et le passage à l’âge adulte. On suit l’histoire de Angie et de Marilyn parralèllement et les deux récits se complètent et se répondent l’un l’autre. Ava Dellaira a une plume forte et on se plait à lire ce roman en sirotant un bon thé. Angie, élevée par sa mère blanche, ressent un vide face à l’absence de son père. Qui est-il ? Quelle est sa connection à lui ? Comment peut-elle définir son identité raciale dans cette Amérique qui accorde, on le sait, énormément de place et de sens à la race ? En fait, Angie n’a pas du tout connu la famille de son père. Un passage m’a particulièrement interpelé: Angie, son amie Jess (qui est blanche) sont en sortie scolaire de maternelle avec Marilyn qui accompagne le groupe classe. Jess demande à Angie si elle est adoptée car elle ne ressemble pas du tout à sa mère. La petite Angie, affolée, se demande si son amie n’a pas raison et demande à sa mère pourquoi elle ne lui ressemble pas. Pas facile pour une enfant de 5 ans, et ses questionnements vis-à-vis son identité perdureront jusqu’à son adolescence où une employeuse mettra en doute son lien de parenté avec sa mère et, méfiante, la prendra pour une démarcheuse. Angie est malheureusement trop familière de ses microagressions et en parle avec son ex-petit-ami qui lui conseille des livres sur le sujet (dont du Ta-Nehisi Coates et du Claudia Rankine!)

Angie recherche aussi son passé pour mieux comprendre ce que l’avenir lui réserve. Lorsque des secrets de famille referont surface, Marilyn se défend en disant à sa fille qu’elle souhaitait la protéger, mais Angie ne mord pas le morceau:

Me protéger de quoi ? Tu ne crois pas que ça aurait été bien pour moi de connaître une autre personne noire dans ma famille ? Quelqu’un susceptible de faire office de figure paternelle, ou je ne sais quoi, en l’absence de père ? […] Tu m’as menti ! À propos d’une des choses les plus importantes pour moi ! (p.341)

Ce roman a été très bien reçu lors de sa sortie. Sur son site web, l’auteure propose d’écouter la playlist du roman car oui, la musique prendre beaucoup de place dans ce livre. Très bon !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Ava Dellaira
Maison d’édition: Michel LafonBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782749932101
Lectorat cible: Ados.
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Le garçon qui n’était pas noir

Le garçon qui n_était pas noirFrannie vit dans le quartier noir d’une ville américaine, de l’autre côté de l’autoroute, au-delà du quartier des Blancs. Un jour, Frannie voit arriver dans son école un nouvel élève. Il est maigre, a de longs cheveux bouclés, et surtout il est blanc. Très vite, on le surnomme « Jésus », et il devient le souffre-douleur de Trevor, un jeune métis craint par tous. Frannie, elle, intriguée par cet étrange garçon blanc, tente de tisser des liens…

Parfois, on tombe sur un roman qui nous habite longtemps après en avoir terminé la lecture. Le garçon qui n’était pas noir est l’un deux. J’ai absolument adoré ce roman !

Les personnages forts et complexes évoluent dans un environnement riche et réaliste. « Jésus », ce garçon blanc adopté par une famille noire se dévoile peu à peu. Trévor, le métis en quête d’identité porte en lui le poids d’incarner deux mondes qui ne se mélangent pas. Frannie, somme tout assez à l’aise en tant que fille noire (personne ne remet son identité raciale en question), doit tout de même gérer sa différence car elle parle la langue des signes avec son frère qui est sourd. L’enseignant des jeunes personnages porte la voix d’un adulte qui souhaite faire d’eux des citoyens compétents et des adultes accomplis.

Les éléments narratifs cohérents donnent du poids au récit. L’autoroute s’impose comme une barrière entre deux quartiers racialement divisés, ce qui n’est pas sans rappeler la séparation raciale présente dans plusieurs grandes villes, y compris Montréal. Chacun rêve l’autre côté par curiosité ou par nécessité. L’école secondaire où évoluent les personnages devient comme une microsociété où on retrouve de tout, même du racisme et de l’ignorance.

Et que dire de ce titre : « Le garçon qui N’était PAS noir », qui place les personnes racisées au centre du récit et leur permet de montrer le monde tel qu’elles le perçoivent. Car l’important n’est pas ce que « Jésus » était (Blanc), mais bien ce qu’il N’était PAS (noir), c’est ce qui faisait sa différence, celle-là même qui a chamboulé tant de choses pour Frannie.

Les éditions Bayard nous offre une mise en page aérée, des pages épaisses et un format robuste qui rend la lecture agréable. Il faut absolument que vous lisiez ce roman. Et ensuite, vous devez absolument m’écrire pour qu’on puisse en discuter plus longuement !

Coup de cœur !

Jacqueline Woodson est une auteure américaine. 

Woodson

Auteur(s) / illustrateur(s) : Jacqueline Woodson
Maison d’édition: Bayard Éditions
Année de publication: 2011
ISBN: 9782747030182
Public cible: À partir de 10 ans
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La haine qu’on donne

La haine qu'on donneLa jeune noire Starr Carter, 16 ans, vit entre deux mondes : le quartier pauvre où elle habite et le lycée blanc situé dans une banlieue chic qu’elle fréquente. Cet équilibre difficile est brisé quand Starr voit son meilleur ami d’enfance, Khalil, tué par un policier trop nerveux. Son quartier s’embrase, Khalil devient un symbole national. Starr doit apprendre à surmonter son deuil et sa colère.

Ouf. Quelle lecture intense ! Résolument ancré dans son époque, La Haine qu’on donne (version française de The Hate You Give) m’a tenu en haleine du début à la fin. Les personnages sont authentiques et attachants, si bien qu’on a l’impression de pouvoir les rencontrer dans la vraie vie. Je me suis énormément reconnue dans le vécu de Starr qui doit jongler entre son identité noire et sa vie dans un système scolaire majoritairement blanc. Selon elle, « pour les Blancs, être noir c’est la classe jusqu’au jour où ça devient un problème » (p.18). Il est difficile pour elle  de jumeler ses deux univers qu’elle tient à garder séparés car autrement, elle ignore quelle Starr elle est censée être. Puis le racisme ordinaire, elle connaît, par exemple lorsque tout le monde s’attend à ce qu’elle sorte avec Ryan, le seul autre Noir en onzième année. Ou encore lorsque tout le monde suppose que son ami Khalil était un dealer parce qu’il était noir. Ou encore la croyance que la violence envers les Noirs ne concerne que les Noirs.

La star de Williamson ne parle pas en slang — tout ce qu’un rappeur dirait, elle évite, même si ses copains blancs l’utilisent. L’argot, ça leur donne l’air cool. À elle, ça lui donne l’air de sortir d’un quartier mal famé. La Starr de Williamson tient sa langue quand les gens l’énervent pour que personne ne la voie comme une « Noire en colère ». La starr de Williamson est accessible. Pas de sales regards ni de regards en coin — rien. La Starr de Williamson ne fait pas de vagues. En gros, la Starr de Williamson ne donne à personne des raisons de penser qu’elle sort d’un ghetto. Je me déteste d’agir comme ça, mais je le fais quand même (p.82)

 

Face au racisme d’une amie, Starr décide de mettre son pied à terre et de la rayer de sa vie. Pour se donner du courage, elle forme même une « Alliance des minorités » avec Maya, son amie d’origine chinoise. Angie Thomas a écrit ce roman sur une communauté noire américaine et ne fait pas d’excuses: elle dit les choses telles qu’elles sont et avec beaucoup de doigté. Une Noire qui écrit au sujet des Noirs, moi, ça me fait du bien. Un peu moins rythmée, la troisième partie m’a cependant moins plu et la finale m’a semblée racoleuse. Malgré tout, je suis sortie de la lecture de ce roman avec toute sorte d’émotions et le sentiment d’avoir lu quelque chose d’important, de beau et de nécessaire. Par rapport à la violence policière envers les Noirs et ces policiers Blancs qui souhaitent « faire une différence dans la vie des [gens du ghetto] », Starr dit:

C’est drôle. Les esclavagistes eux aussi pensaient qu’ils faisaient une différence dans la vie des Noirs. Qu’ils les sauvaient de leurs « manières africaines ». Autre siècle, même logique. J’aimerais que les gens comme eux arrêtent de penser que les gens comme moi ont besoin d’être sauvés. (p.272)

À noter que la version que j’ai lu a été traduite de l’anglais par Nathalie Bru et adaptée pour le Canada par Rachel Martinez. On y trouve une poignée de québécismes (« kétaine », « J’ai-tu l’air de… », « ma blonde », « c’est plate », « pourquoi que », etc.), mais l’adaptation est somme toute très réussie. Un roman incontournable à mettre entre toutes les mains. Ce roman a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2018. #OwnVoices.

Angie Thomas est une auteure américaine.

Angie Thomas

Auteur(s) / illustrateur(s) : Angie Thomas
Maison d’édition: Nathan Bouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782092589274
Public cible: Ados
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