Toussaint Louverture: L’arbre noir de la liberté

Histoire de l’homme qui, né esclave, devint le premier général noir de l’armée française, avant d’être la figure emblématique de la révolution haïtienne. Toussaint Louverture est un catholique fervent qui souhaite la libération de ses frères de race. Son courage et ses luttes permirent, quelques mois après sa mort en janvier 1804, en Haïti de devenir une république noire indépendante.

Ce roman raconte l’histoire de Toussaint Louverture. Le texte est assez complexe pour les plus jeunes, je recommande donc une lecture pour les 9-10 ans et plus. L’histoire s’intéresse beaucoup au contexte politique et social d’Haïti, et c’est surtout dans le dossier documentaire, très fourni, que l’on retrouve plus d’information sur la vie de Louverture. Le dossier documentaire, d’ailleurs, occupe près de la moitié du livre et présente le Code noir, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la proclamation de Sonthonax abolissant l’esclavage à Saint-Domingue et quelques curiosités littéraires autour de Toussaint Louverture.

J’ai été dérangée par l’utilisation répétée du mot n*gre comme synonyme de noir, ou encore utilisé de manière très désinvolte tout au long du roman, surtout que l’auteur est un homme blanc. Dans le livre, on ne parle pas de la portée de ce mot, ni de sa charge raciste. Pour lecteurs avertis. Aussi, on utilise les mots Indiens et Amérindiens pour parler de la première nation haïtienne, les Taïnos. Peut plaire.

Ce livre vous a plu?
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Toussaint Louverture: L’arbre noir de la liberté
AUTEUR(S) : Yves Pinguilly 
ÉDITION: Oskar Éditeur
ISBN: 9782350009995
PRIX: 21,95$
9 ans et plus

Magic Charly (tome 1): L’apprenti

On peut avoir un chat doué de capacités hors du commun et tout ignorer de l’existence des magiciers. C’est le cas de Charly Vernier, jusqu’à ce qu’il découvre que sa grand-mère pourrait être un membre éminent de cette société.Mais elle court un grave danger. S’il veut la sauver – et se sauver lui-même -, Charly n’a pas le choix, il lui faut devenir apprenti magicier. Bienvenue dans le monde ensorcelant de magic Charly !

Beignets de prédiction, grimoires volants, serpillière enchantée et pilleur d’âmes… Le monde merveilleux créé par Audrey Alwett est riche et complètement imprévisible. Le personnage principal est Charly, un garçon noir, dont la grand-mère est atteinte d’une mystérieuse et soudaine amnésie. Pour la sauver et lui venir en aide, Charly découvrira le monde magique situé juste à la lisière du nôtre.

La représentation de ce personnage principal noir est positive puisque Charly est un garçon qui n’est pas réduit à sa couleur de peau. On le mentionne au passage, comme on mentionnerai toute autre description physique, en page 14: « Il passa une main incertaine dans ses cheveux crépus et mouilla ses yeux pour donne l’impression qu’ils étaient réveillés. Puis il redressa la tête et tenta un sourire dynamique. Ce fut plutôt efficace, mais uniquement parce qu’il était expert en sourire. » Charly n’est pas malheureux de son identité raciale et dans le roman, cette identité ne rend pas son existence difficile. Toutefois, l’autrice (blanche) fait preuve d’une sensibilité raciale lorsqu’elle mentionne tout de même qu’être noir amène son lot de racisme ordinaire, comme lors de ce passage où son amie Sapotille reproche à Charly de manquer d’autorité alors que ce dernière avait du mal à se montrer ferme en face de serpillières enchantées:

– C’est pas permis de manque d’autorité à ce point! Avec tous les avantages que tu as… je veux dire, tu es super grand, super musclé et tu te laisses faire commme une chiffe. Et même par une chiffe, ce qui est encore pire!
Charly était lassé de sa propre médiocrité, mais il n’était pas prêt à tout laisser passer:
– Je suis un grand Noir costaud alors je suis supposé être une brute, c’est ça?
– Non, ce n’est pas ce que je…
– Au cas où personne ne l’aurait remarqué, ça ne me plaît pas d’impressionner les gens! Je n’aime pas le regard méfiant qu’on me lance quand je passe à moins d’un mètre de quelque’un comme si j’allais lui cogner dessus. Je n’aime pas que la fille que j’ai failli percuter me regarde comme si je l’avais fait exprès. Ou qu’elle simagine que je lui ai tiré les cheveux, juste parce que ses préjugés lui disent que c’est forcément moi le coupable! La violence, ce n’est pas mon truc. L’autorité non plu. je n’aime pas… forcer les gens à faire des choses contre leur gré. Et les serpillières non plus, d’accord? » (p.161)

Ce roman de plus de 400 pages plaira aux bons lecteurs amateurs de récits fantastiques!

Magic Charly, 1: L’apprenti
AUTEUR(S) : Audrey Alwett 
ÉDITION: Gallimard Jeunesse, 2019
ISBN: 9782075121453
PRIX: 27,95$
11 ans et plus

Ce livre vous a plu?
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Blue Pearl

1860. Lizzie vit avec sa mère Abigail, esclave dans une plantation de coton au sud de la Virginie. Cuisinière des propriétaires, elle bénéficie d’une situation plus enviable que celle des esclaves des champs. Pour les 10 ans de sa fille, elle lui confectionne une poupée noire en tissu qui attise la convoitise et la jalousie de Laura-May, la fille des maîtres.

J’ai franchement bien aimé ce roman! Il s’agit d’un livre jeunesse, mais tant la richesse du contexte choisi que le développement des personnages est effectué avec soin. Il consitue une belle porte d’entrée pour les jeunes lecteurs et lectrices qui veulent explorer le sujet de l’esclavage. L’histoire relate le quotidien très dur des esclaves aux États-Unis. Il y a aussi, en filigrane, l’histoire de Blue Pearl, cette petite poupée qui semble représenter ce qui a de plus humain dans un monde violent et haineux. L’autrice fait usage d’un vocabulaire riche et recherché. Attention, il y a une scène de viol dans ce roman, ainsi qu’un meurtre (impuni) d’enfant. Pour lecteurs avertis.

Un livre pour souligner le mois de l’histoire des Noirs.

Blue Pearl
AUTEUR(S) : Paula Jacques 
ÉDITIONGallimard Jeunesse, 2020
ISBN: 9782075127875
PRIX: 23,95$
12 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu? Vous aimerez peut-être Alma: Le vent se lève, La case de l’oncle Tom ou Catfish, trois livres pour la jeunesse sur le sujet de l’esclavage.

Les Omniscients (tome 1): Phénomènes

Un jour, cinq jeunes New-Yorkais se réveillent dotés du savoir absolu, grâce à l’intervention de créatures divines. L’information se diffuse rapidement et le groupe de génies est mis à l’abri par le FBI. Mais une organisation gouvernementale secrète a pour ambition de les capturer. De leur côté, ils cherchent à comprendre d’où viennent leurs facultés surnaturelles.

Ces derniers temps, j’ai lu pas mal de BD d’urban fantasty: Des récits qui se déroulent dans une grande ville et où il se produit des phénomènes surnaturels. Le genre me plait toujours autant que Les Omniscients de fait pas exception! L’un des protagonistes de l’histoire est un garçon noir qui se prénomme Albert. Vif d’esprit, gentil, toujours un sourire au lèvres, j’ai beaucoup aimé ce personnage tout aussi intelligent que naïf. Il arrive tôt dans le récit (dès la page 8), et demeure actif tout au long de se premier tome. On est bien loin du « je-vais-mettre-un-personnage-noir-pour-faire-joli-et-puis-comme-ça-tout-le-monde-est-content ». Au contraire, Albert est un personnage développé avec un backstory. On sait par exemple que ses parents sont des avocats parmi les plus réputés de New York et que même avant de recevoir le don d’omniscience, il était déjà un élève surdoué qui a sauté des classes.

Le rythme de cette bande dessinée est bien soutenu et démarre fort: dès les premières pages, c’est un feu roulant de péripéties qui s’enchaînent. Pour un premier tome, les auteurs ont bien réussi à aller au-delà d’une simple présentation des personnages et du contexte. J’ai bien hâte de connaître la suite de la série!

Les Omniscients, 1: Phénomènes
AUTEUR(S) : Vincent Dugomier & Renata Castellani 
ÉDITION: Le Lombard, 2020
ISBN: 9782803674961
21,95$
10 ans et plus

Ce livre vous a plu?
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Légendes zurbaines

A la suite du décès de sa mère, Dwayne emménage dans un petit appartement de Brooklyn. Le jeune garçon ne se sent pas à sa place aux côtés de son père, un policier, et de son frère, un inlassable séducteur. Mais ce sentiment disparaît lorsqu’il est recruté par un gang de jeunes justiciers. Avec eux, il enquête sur des monstres qui surgissent des profondeurs de la ville.

L’histoire de cette bande dessinée, résolument urbaine, se déroule au cœur de New York aux États-Unis. J’ai adoré suivre l’histoire de cette famille qui tente de se reconstruire en parallèle à celle de la ville de New York qui, tel un organisme vivant, essaie de garder son identité. Tous les personnages principaux de Légendes Zurbaines sont forts, bien définis et uniques. Il ne faut pas se fier à la première impression car ils ne sont pas ce qu’ils paraissent être; ils sont résolument humains avant tout.

La mère de Dwayne, le personnage principal, est décédée quelques mois plus tôt et ce dernier a du mal a accepter avoir dû quitter son Indiana natale pour aller vivre dans le New York où son père a grandi. Il a le sentiment d’avoir abandonné sa mère là-bas, alors que son grand frère est plutôt heureux de repartir à zéro. Ce parallèle entre l’histoire de la ville et des humains qui l’habite est aussi présent dans le récit de Cajou, dont le père est un promoteur immobilier riche dont la compagnie exproprie les moins fortunés. Ceux que le richissime père de Cajou a contraint à partir, eh bien ce sont eux qui ont construit la ville et ils méritent aussi de pouvoir y vivre dans la dignité. Le père souhaite faire en sorte que tous aient un meilleur avenir, mais il comprendra grâce à son fils et à sa bande qu’il ne peut pas se contenter de tourner le dos au passé.

Les personnages principaux sont issus de diverses origines également : Cajou, un garçon intrépide à la fois juif et catholique, « Le Rat », un garçon noir amoureux des maths et des sciences, Mya, une jeune asiatique élevée à l’école de la rue ayant perdu son frère dans de mystérieuses circonstances, Riff Raff, un sans-abri qui connait Brooklyn comme le fond de sa poche et Dwayne, qui a un fort sens de la justice et de l’honnêteté. Au delà de l’origine et de la couleur de la peau, cette diversité constitue une représentation positive de personnages racisés car on est bien lui du « personnage noir/asiatique/juif de service ». Au contraire, chaque personnage a une identité propre qui ne se résume pas à la couleur de sa peau et sa présence ne sert pas qu’à faire joli. Ces personnages agissent sur l’histoire, s’affirment, se développent et se dévoilent au plus grand bonheur des lecteurs qui pourront s’y reconnaître ou simplement les considérer comme des personnes humaines et uniques ayant autant de valeur que les personnages blancs.

On y retrouve un excellent découpage de planches et un montage de cases qui convient parfaitement au rythme effréné du récit. Les couleurs sont superbes aussi. J’ai repéré une toute petite coquille en page 85 où on peut lire « Bâteiments » au lieu de « Bâtiments ».

La bande dessinée se termine par un petit dossier où on présente les personnages principaux, une carte des quartiers de Brooklyn où se déroule l’histoire, et quelques légendes urbaines célèbres comme les alligators dans les égouts, les gargouilles vivantes, les punaises de lit suceuses de sang, les rats mutants et le monstre du canal de Gowanus.

Bourrée d’action et qui fait frissoner, Légendes Zurbaines plaira aux amateurs de bandes dessinées dès l’âge de 10 ans!

Michael Yates est un auteur américain.

Cour de cœur!

Légendes Zurbaines
AUTEUR(S):  Nick Bruno, Paul Down & Michael Yates
ÉDITION: Humanoïdes associés, 2019
ISBN: 9782731632187
PRIX: 25,95$
9 à 14 ans

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Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo

Le 31 juillet 1761, Tsimiavo est à bord de l’Utile. Elle a été embarquée clandestinement dans les cales de ce navire de commerce avec 159 autres esclaves malgaches. Au cœur de la nuit, leur destin bascule : l’Utile heurte un récif de corail et fait naufrage. Les rescapés échouent sur un îlot de sable blanc et de cailloux, perdu au milieu de l’océan Indien.

Quand l’équipage blanc prend le large sur une embarcation de fortune, Tsimiavo et les siens se retrouvent seuls, oubliés de tous. Comment survivre sur cet îlot du bout du monde ? C’est le défi qui les attend. Pendant des jours, des mois, des années, leur courage et leur ingéniosité vont faire des miracles…

Ce livre en grand format est écrit sous la forme d’un journal intime et superbement illustré par des fresques là en couleur, là en noir et blanc. Il s’agit donc d’un album pour les grands, qui raconte une histoire vraie et terrible, et qui permet d’aborder la traite négrière et, plus largement, l’histoire du XIXe siècle. On oublie parfois que des esclaves ne venait pas uniquement du continent africain, mais aussi de l’île de Madagascar. Idéal pour une lecture en classe avec des élèves de 3e cycle du primaire, voire 1er cycle du secondaire. On retrouve en fin d’ouvrage un dossier sur les missions archéologiques menées par Max Guérout sur Tromelin, l’île des esclaves oubliés. D’ailleurs, ce livre sera bientôt réédité sous la forme d’un roman à couverture souple avec la définition des mots difficiles et autres notes en bas de page pour faciliter la lecture, un préambule, des activités pour travailler la compréhension de texte et un dossier encore plus étoffé en fin d’ouvrage. À surveiller au courant des prochains mois!

Le point de vue du livre est clairement celui de personnes blanches, même si le personnage principal qui raconte son histoire est malgache. Il y a plusieurs maladresses dans le livre. Déjà, le titre: On compare les personnes oubliées sur l’île de Tromelin à Robinson Crusoé, qui, souvenez-vous, s’est aussi échoué sur une île et y est resté pendant des années. Sauf que, souvenez-vous aussi que Robinson Crusoé était à l’origine parti naviguer à la recherche d’esclaves africains. Ce n’était pas une petite croisière de plaisance! Dans le texte, on appelle même les Malgaches oubliés les « Robinsons noirs ». Pourquoi donc cette comparaison avec une personne blanche qui, plus est, était esclavagiste?

Ensuite, tant l’autrice que l’illustratrice sont des personnes blanches. J’aurais été intéressée à connaître l’opinion et le point de vue de personnes malgaches sur cette histoire qui est la leur. Et puis, le récit s’attarde longuement aux Blancs et à ce qu’ils ont fait et à ce qu’ils n’ont pas fait: les Blancs ont trouvé de l’eau, les Blancs ne partagent pas leur nourriture, les Blancs construisent un abri pour eux seulement, les Blancs ont menti et n’ont pas tenu leur promesse, les Blancs ont abandonné les Malgaches, les Blancs ne reviendront pas, les Blancs sont revenus, les Blancs se sont encore échoués, un autre Blanc s’est échoué, ce Blanc a encore abandonné les Malgaches, les Blancs sont venus sauver les derniers survivants, les Blancs ont déclarés libres les huit survivants une fois arrivés à l’Île de France… Oui, il y a quelques pages où Tsimiavo raconte un peu le quotidien sur l’île, mais on en apprend très peu sur comment les Malgaches ont survécu sur l’île, comment ils se sont organisés, quels genre de liens et système politique ils ont mis en place, quelles difficultés ils ont rencontrées, ce qui est arrivé des bébés nés sur l’île, ou sur les relations entre les insulaires. Dommage! Tous ces éléments sont relégués au dossier en fin d’ouvrage où une petite section intitulée « Comment ces hommes et ces femmes ont-ils survécu? » offre un peu plus d’information sur le sujet.

Enfin, et ça, ce n’est pas la faute des autrices, mais l’île où ont été oubliés les Malgaches nauvragés porte le nom du sauveur (blanc) venus les sortir de là, Jacques Marie Boudin de Tromelin de La Nuguy, un navigateur français.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  1. Quel est le titre du livre? Le sous-titre? Qu’évoquent-ils pour toi?
  2. Qu’est-ce que la page couverture de laisse deviner de l’histoire que tu vas lire?
  3. Qui est Robinson Crusoé? Pourquoi a-t-on appelé les naufragés malgaches ainsi?
  4. Après la lecture du premier chapitre: Qui parle? Que lui est-il arrivé? Que peux-tu dire du contexte dans lequel se déroule le récit? Les illustrations te laissent-elles deviner l’époque?
  5. Combien de temps après les événements du récit Tsimiavo raconte-t-elle son histoire?
  6. Que peux-tu dire des illustrations? Pourquoi certaines illustrations sont-elles en couleur et d’autres en noir et blanc?
  7. Apprends-en plus sur la traite négrière. Situe sur une carte l’île Maurice, Madagascar et l’île de Tromelin.
  8. Développe ton empathie: comment aurais-tu réagi si tu avais été à la place de Tsimiavo?
  9. Penses-tu qu’une telle histoire pourrait arriver encore aujourd’hui? Pourquoi ou pourquoi pas?
  10. Fais une recherche à la bibliothèque sur les îles inhabitées du monde.
  11. Fais une recherche à la bibliothèque sur la culture malgache.
  12. Vrai ou Faux? Les Blancs ont promis aux Noirs de les ramener en France s’ils les aident à construire une pirogue.
  13. Fais un résumé de chacun des chapitres. Note et trouve la définition des mots que tu ne comprend pas.
  14. Pourquoi, même sur une île déserte coupée du monde, les Blancs refusent-ils de partager leurs ressources avec les Malgaches? Quelle aurait été un meilleur comportement?
  15. Comment est-ce que le racisme était-il érigé en système à l’époque où le bateau fait naufrage? Pourquoi s’agit-il de racisme? Pourquoi s’agit-il d’un système? Quelles en sont les répercussions?
  16. À la fin du récit, les 8 survivants sont déclarés libres par les Français. À ton avis, qu’est-ce que la liberté? Qui décide qui est libre et qui ne l’est pas? Les naufragés étaient-ils libres sur leur île?
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Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo
AUTEUR(S)
: Alexandrine Civard-Racinais & Aline Bureau
ÉDITION: Belin Jeunesse, 2016 / 2021
ISBN: 9782701198903 
/ 9791035802622
PRIX: 9,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
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Kadogo

Pour ses onze ans, Gabriel reçoit une kalachnikov en cadeau. Sans l’avoir voulu, il va devenir un enfant soldat. Ce livre, qui évoque l’enrôlement d’un enfant de 11 ans, illustre le combat qu’Amnesty International mène pour mettre un terme au drame de l’enrôlement d’enfants soldats.

Ce sont d’abord les illustrations qui ont attiré mon œil vers ce livre: Joël Alessandra maîtrise l’aquarelle et les ombrages, et ses traits évoquent une certaine urgence et une liberté qui contrastent avec le propos de l’album. Né à Marseille, il a notamment été directeur artistique à Djibouti en Afrique de 1989 à 1991.

« Kadogo », le titre de l’album, désigne l’enfant soldat en langue swahili, mais à l’origine il veut dire « encore petit ». Lorsque Gabriel recevra une kalachnikov en cadeau, c’est toute sa vie qui sera dorénavant intimement liée à cette arme. De la naïve excitation d’avoir reçu ce qu’il perçoit d’abord comme un jouet, Gabriel ne réalisera que plus tard qu’on s’attend de lui à ce qu’il fasse davantage que de faire semblant. Il sera réveillé en pleine nuit par son oncle et conduit dans un endroit inconnu à l’arrière d’un vieux véhicule tout terrain, entassé au milieu de dizaines d’autres garçons comme lui, luttant contre « ses larmes de petit garçon ».

Le texte d’Ingrid Chabbert traduisent toute la détresse, l’incompréhension et la douleur ressentie par Gabriel. On en sait très peu sur les parents du garçon: il semble avoir été élevé par son oncle et sa tante. Lorsqu’il arrivera au camp d’entraînement à la guérilla, on ne parlera pas non plus des sévices et traumatismes qu’il aurait pu subir. On vit avec Gabriel ses premiers instants de perte de l’innocence: ne pas tout comprendre, rechercher des modèles chez les autres garçons plus âgés, avoir mal au bras d’avoir trop tiré, s’ennuyer de ses petits frères restés à la maison et réaliser qu’il ne pourra pas les prévenir de ce qui les attend, sentir le sang encore chaud de sa première victime couler sur ses orteils.

L’histoire se termine par la fuite de Gabriel, abandonnant sa carabine derrière lui. On ne sait pas ce qui lui est arrivé. A-t-il été abattu sur le champ par les superviseurs du camp? A-t-il réussi à partir sans se faire repérer? Est-il retourné chez lui? S’est-il perdu avant d’avoir pu retrouver les siens? Cette fin ouverte permet d’avoir de bonnes discussions en groupe après la lecture, pourquoi pas en milieu scolaire avec des élèves de 3e cycle. En toute fin d’album vient une page signée Amnesty International sur l’enrôlement d’enfants soldats et des solutions proposées par des ONG pour que cela cesse.

« Kadogo » est un livre très dur à lire, mais aussi très beau et nécessaire. Recommandé!

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Kadogo
AUTEUR(S) : Ingrid Chabbert , Joël Alessandra 
ÉDITIONDes ronds dans l’O, 2017
ISBN: 9782374180298
PRIX: 25,95$
10 ans et plus

Ce livre vous a plu?
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Je ne meurs pas avec toi ce soir

Lorsqu’une dispute entre un lycéen noir et un lycéen blanc se transforme en émeute raciale et gagne la ville, Campbell, blanche, et Lena, noire, camarades qui se connaissent à peine, fuient le lycée et traversent la ville ensemble pour aller retrouver le petit ami de Lena. Ces heures angoissantes sont pour elles l’occasion d’apprendre à se connaître et à dépasser leurs préjugés. Premier roman.

J’ai commencé ce roman sans trop d’attentes. Le résumé en quatrième de couverture laissait entrevoir une histoire déjà maintes fois exploitée en littérature jeunesse américaine ces dernières années. La page couverture ne me plait pas particulièrement non plus. Toutefois, j’ai beaucoup aimé ce roman pour son traitement du sujet de manière nouvelle. Plutôt que de s’intéresser aux impacts d’une émeute raciale sur les personnages principaux, les autrices racontent comment se vivent ces événements de l’intérieur. Ainsi, en tout juste 232 pages, c’est un feu roulant qui défile sous nos yeux, des premiers éclats de violence au chaos qui, en une nuit, rapprochera deux jeunes adolescentes que tout oppose et qui devront se faire confiance afin de survivre.

Lena est une jeune fille noire américaine à la mode, qui se soucie avant tout des marques de ses vêtements et de son amoureux. Elle sait qu’un jour, elle sera célèbre. Campbell est une adolescente blanche qui fait tout pour ne pas attirer l’attention. J’ai aimé voir ces deux personnalités se confronter tout au long du roman: La naïveté de Lena et le côté terre-à-terre de Campbell, la conscience raciale de Lena et la manière dont Campbell choisi de ne pas voir ses propres préjugés.

La relation entre Lena et son amoureux pourri, Black, illustre la manière dont on refuse parfois de voir les choses qui sont juste sous notre nez. Ce dernier doit son surnom à sa famille qui le lui a donné, non seulement car il a la peau la plus foncée de la famille, mais aussi parce que enfant, il était toujours d’humeur sombre et calme. À ce sujet, Lena fera le commentaire suivant: « Si Black était une fille, son teint d’un noir intense lui vaudrait des moqueries, et personne ne voudrait sortir avec elle. Toutefois, comme c’est un homme, cette couleur de peau a fait de lui un séducteur. » (p. 28). Ainsi, les autrices n’hésitent pas à aborder un sujet comme le colorisme et le sexisme. On retrouve à plusieurs reprises dans le roman cette conscience raciale, toujours amenée avec doigté.

Tout comme Lena qui s’entête a rester dans une relation amoureuse malsaine alors que son entourage ne cesse de lui dire que quitter Black, Campbell préfère (peut-être inconsciemment) de ne pas voir les tensions raciales, le ghetto, les injustices. Cette nuit d’émeute sera pour les deux adolescentes une manière de s’ouvrir les yeux.

Ce roman à deux voix est écrit par deux autrices américaines: Gilly Segal, blanche, prête sa plume à Campbell, alors que Kim Jones, noire, prête sa voix à Lena. Le roman s’inspire d’un incident qui s’est produit lors des émeutes de Baltimore en 2015. Segal et Jones ont effectué plusieurs recherches afin que ce roman soit le plus proche de la réalité que possible. Elles ont interviewé des agents du SWAT Team pour comprendre les étapes qui suivent les forces armées durant un tel événement. Elles ont aussi rencontré plusieurs survivant.e.s des émeutes de Philadelphia, Los Angeles et Ferguson pour connaître la manière dont ils.elles ont vécu ces événements. Voilà donc un premier roman hautement réussi que je vous conseille vivement!

Kimberly Jones est une autrice américaine. Elle est photographiée ici avec la co-auteure de Je ne meurs pas avec toi ce soir, Gilly Segal.

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Je ne meurs pas avec toi ce soir
AUTEUR(S): Kimberly Jones & Gilly Segal
ÉDITION: Milan, 2020
ISBN: 9782408009274
PRIX: 24,95$
13 ANS ET PLUS

Ce livres vous a plu?
Vous aimerez peut-être Tyler Johnson était là (publié précédemment sous le titre VF My life matters), ou La Haine qu’on donne, deux romans pour adolescents sur le mouvement Black Lives Matter. Essayez aussi Entre Chiens et loups de Malorie Blackman, une série fantastique pour adolescents dans lequel les Noirs détiennent le pouvoir et les Blancs sont opprimés.

Ku Klux Klan: Des ombres dans la nuit

KKK des ombres dans la nuit romanBilly Caldwell mène une enfance paisible en ce début des années 50 dans l’Etat du Mississippi, entouré de l’affection de son père et de ses amis. Jusqu’au jour où il découvre l’existence du Ku Klux Klan et le racisme dont sont victimes les Noirs. Révoltés par cette violence, les Caldwell vont alors procéder à des choix, quitte à mettre leur vie en péril.

Ce roman se lit d’une traite, sans interruption. Le premier chapitre pose les bases du récit qui suivra. Un garçon rencontre son grand-père qui reçoit la Médaille d’honneur, la plus grande distinction qui peut être accordée à un civil au États-Unis. Le deuxième et dernier chapitre sera constitué des souvenirs du vieil homme et des questionnement de son petit fils.

Les Caldwell sont une famille blanche qui a dénoncé le racisme et les violences dont sont victimes les Noirs du Sud. Ils feront face à la colère de leur compatriotes blancs qui les traiteront de traites et de « lèche-négro », entre autres. Ils recevront des menaces pour avoir publié un journal dénonçant le racisme et seront boycottés. Malgré toutes ses attaques, ils demeureront convaincus que Noirs et Blancs sont égaux et n’ont pas à recevoir un traitement différent dans la société: tous ont droit au respect. 

Je regrette tout de même qu’on s’intéresse à une famille blanche alors qu’on sait qu’une vaste majorité des américains blancs du sud étaient racistes ou complices dans le maintien des lois Jim Crow. Même s’il peut être intéressant de lire sur l’expérience de Blancs qui se sont levés pour dénoncer la ségrégation, ça fait un peu « sauveur blanc », en mode regardez-cette-gentille-famille-qui-a-aidé-des noirs-durant-ces-moments-difficiles!

Certains passages de ce livre sont particulièrement difficiles. Pour lecteurs avertis. Le roman est assorti d’un dossier documentaire d’une trentaine de pages où on en apprend plus sur la société secrète ultra-violence nommée KKK, sur les liens qu’avait l’organisation avec le FBI, avec la politique américaine (en particulier les démocrates, beaucoup plus à droite sur l’échiquier politique à l’époque), sur les lois Jim Crow, sur l’assassinat d’Abraham Lincoln, et sur la ségrégation. On y apprend aussi comment la renaissance du KKK en 1915 était liée à l’immigration de millions d’Anglo-Saxons, d’Allemands, de Russes, de Slaves et d’Italiens entre 1878 et 1914. Bref, voilà un livre complet pour en apprendre davantage sur un pan sombre de l’histoire américaine.

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Ku Klux Klan: Des ombres dans la nuit
AUTEUR(S)
: Roger Martin Bouton acheter petit
ÉDITION: Oskar, 2011
ISBN: 9782350007236
PRIX: 19,95$
12 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plus ?
Vous aimerez peut-être L‘arbre aux fruits amers, un docu-fiction issu de la même collection chez Oskar Éditeur. Des blanches et des noires: Pas de pause pour la ségrégation pourrait aussi vous plaire.

arbre-aux-fruits-amers    Des blanches et des noires pas de pause pour la ségrégation Isabelle Wlodarczyk

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Signé poète X

Harlem. Xiomara a 15 ans et un corps qui prend plus de place que sa voix : bonnet D et hanches chaloupées. Contre la rumeur, les insultes ou les gestes déplacés, elle laisse parler ses poings. Étouffée par les préceptes de sa mère (pas de petit ami, pas de sorties, pas de vagues), elle se révolte en silence. Personne n’est là pour entendre sa colère et ses désirs. La seule chose qui l’apaise, c’est écrire, écrire et encore écrire. Tout ce qu’elle aimerait dire. Transformer en poèmes-lames toutes ses pensées coupantes. Jusqu’au jour où un club de slam se crée dans son lycée. L’occasion pour Xiomara, enfin, de trouver sa voix.

Ces dernières années, j’ai réalisé que j’aimais beaucoup les romans en vers. Encore plus si ce sont ces romans pour ados et jeunes adultes. Signé poète X est exactement l’un de ces romans. Il est écrit par une femme afro-latina et aborde des thématiques contemporaines telles que l’harcèlement sexuel, la détermination de soi, la religion, les relations entre des parents immigrants et leurs enfants qui ne le sont pas, le consentement et le plaisir des femmes.

Xiomara n’a que 15 ans, mais a des seins bien développés et des hanches chaloupées, ce qui lui attire le regard des hommes et bien des gestes déplacés à son égard. Elle est abordée dans la rue. Des mains baladeuses lui touche les fesses. Des hommes âgées tentent de la ramener chez eux. Elle est insultée lorsqu’elle refuse. Le problème pour Xiomara n’est pas son corps, car elle l’accepte et y est à l’aise. Le problème est le fait qu’on l’hypersexualise, qu’on la réduise à ses formes. Pour sa mère, par contre, ce corps donne à Xiomara accès à une vie sexuelle qu’elle condamne. Car si Xiomara est prête à avoir une relation avec un garçon, sa mère la veut chaste et dévouée à Dieu. Ces positions opposées seront à la source de plusieurs conflits entre l’adolescente et sa mère. Xiomara veut être libre et maître de son corps. Elle se sent prête à explorer ses sentiments amoureux et sa sexualité, mais pas n’importe comment et avec n’importe qui, même si la société lui renvoi sans cesse l’image d’une dévergondée. J’ai trouvé que l’auteure a su bien saisir les enjeux du corps et de la sexualité des femmes et des filles: d’un côté on les réduit à leurs formes, on leur dit qu’elles doivent se soumettre aux fantasmes des autres; de l’autre on les pointe du doigt lorsqu’elles souhaitent avoir une vie amoureuse épanouie.

Un jour, une enseignante de Xiomara diffuse en classe la vidéo d’une femme noire qui slame sur scène et qui parle de « ce que ça fait d’être noire, et d’être une femme, et des critères de beauté selon lesquels elle est pas belle. » (p.85). Pour Xiomara, ce sera comme une révélation: « On est différentes, cette poétesse et moi. On se ressemble pas, on vient pas du même monde. Pourtant on est presque pareilles quand je l’écoute. Comme si elle m’entendait. » (p.85) Xiomara est latina et on retrouve quelques mots ici et là en espagnol. La culture dominicaine est bien présente dans la famille, et les enfants en sont fiers. Toutefois, c’est le côté conservateur de la culture familiale avec lequel ils ont plus de difficulté: Xiomara souhait s’émanciper en tant que femme, alors que son frère jumeau doit cacher son homosexualité. La thématique de la différence est aussi abordée dans la relation entre Xiomara et son amoureux, très talentueux en patins à glace, mais qui n’a jamais pu explorer cette passion car son père considérait que c’était une activité féminine inappropriée pour les garçons. À ce sujet, Xiomara écrira avec beaucoup de sagesse:

Il a un sourire triste. Et je pense à tout ce qu’on pourrait être si on nous disait pas que nos corps sont pas faits pour. (p. 207).

Avec une prodigieuse économie de mots et un ton percutant, Signé poète X est un roman fort qu’on lit d’une traite, en une matinée. Je vous le recommande chaudement.

* Prix National Book Award for Young People’s Literature en 2018.

* Médaille 2019 Carnegie pour le meilleur livre jeunesse publié au Royaume-Uni.

Elizabeth Acevedo est une autrice afro-latina. Elle habite aux États-Unis.

Signé poète X
AUTEUR(S) : Elizabeth Acevedo 
ÉDITIONNathan, 2019
ISBN: 9782092587294
PRIX: 29,95$
14 ANS ET PLUS

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