Jem et les Hologrammes (tome 1): Showtime!

L’adaptation de la série animée du Club Dorothée en comics. Jerrica Benton, alias Jem, est la fille du patron de la maison de disque Starlight. A la mort de ce dernier, elle hérite de la moitié des parts et d’une pension pour orphelines qu’elle gère avec sa soeur Kimber. Face à la malhonnêteté de l’ancien associé de son père et des Misfits, ses chanteuses, Jerrica monte son propre groupe pop-rock.

Je suis trop jeune pour avoir écouté la version originale de Jem & The Holograms à la télé dans les années 80. Je connaissais de nom, bien entendu, mais je ne me suis jamais arrêtée pour l’écouter, ni pour regarder le film sorti en 2015. Mais mes amies plus âgées que moi ne cessaient de me dire que, me connaissant, je devrais adorer la franchise. Des filles qui font de la musique dans un univers éclaté et qui écrasent les stéréotypes de genre, ça devrait me plaire! Et elles n’avaient pas tort! (Merci, les amies! 😉 ) J’ai beaucoup aimé l’univers de ces quatre musiciennes qui tentent de percer dans le domaine. Je les ai trouvées vraiment cool avec leurs costumes, leur maquillage extravagant et leur façon d’être totalement libres.

L’histoire est faite de rivalités, de concours musicaux, d’amitié et d’amour. Le groupe de Jem est constitué d’une blanche timide, d’une lesbienne, d’une grosse et d’une noire. Leurs rivales, les Misfits, est un groupe constitué d’une métisse grosse et lesbienne, d’une noire immigrée du Royaume-Uni, et de deux blanches. J’ai aimé cette diversité raciale, corporelle et identitaire que l’on voit trop peu en littérature jeunesse! Tous ces personnages principaux, chacun dans la vingtaine, ont une personnalité différente et tous pourront se reconnaître en elles. L’histoire ne se déroule pas dans les années 80, mais plutôt de nos jours, avec son lot de technologie et de réseaux sociaux. Je ne saurais dire si cette adaptation déplaît aux fans de première heure, mais pour une personne qui ne connaissait pas du tout l’univers, j’ai bien aimé!

J’ai aussi aimé la palette des couleurs pastel utilisée: le rose bonbon, le bleu pâle, le vert électrique, le jaune canari et le mauve sur fond blanc immaculé. Il y a quelques coquilles au niveau de l’encrage ici-et-là, mais un œil non avisé pourrait ne même pas les voir passer. Bref, j’ai vraiment aimé cette bande dessinée et je continuerai sans doute la série!

Connaissez-vous Jem et les Hologrammes? Aviez-vous écouté la série télé originale? Avez-vous lu l’adaptation BD?

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Jem et les Hologrammes, 1: Showtime!
AUTEUR(S): Kelly Thompson, Sophie Campbell & Maria Victoria Robado
ÉDITION: Glénat, 2017
ISBN: 9782344017715
PRIX: 24,95$
13 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être le tome 2 de la série intitulé En route pour la gloire. Essayez aussi J’adore ce passage ou Si on était…, deux bandes dessinées avec des personnages lesbiennes et racisées.

Les chroniques d’Under York (tome 1): La malédiction

Situé dans les profondeurs de New York, l’Under York est un lieu mystérieux où règnent cinq clans de sorciers issus des principales communautés du pays, qui pratiquent une magie aussi puissante que dangereuse. Bannis depuis toujours de la surface, ils influent en secret sur la vie de ses habitants. Alison Walker, jeune peintre prometteuse, a fui cet univers. Mais voilà que le passé la rattrape.

Un scénario prenant, des personnages crédibles et des dessins dignes des canons des univers Marvel et DC Comics, Les Chroniques d’Under York a tout pour plaire. Le scénariste belge Sylvain Runberg y raconte l’histoire d’Alison, une jeune sorcière qui veut oublier d’où elle vient pour se consacrer à sa passion (l’art), le tout dans un style d’Urban Fantasy fascinant. Alison est une fille métisse de 22 ans dont les ancêtres béninois ont été amenés de force aux États-Unis durant la traite négrière au XVIIIe siècle. Sa ville, New York, est celle de personnes venus de partout dans le monde, et on retrouve beaucoup ce côté cosmopolite dans le récit. J’ai été transportée hors de mon quotidien en lisant cette bande dessinée: les sociétés de l’Under York divisées en 5 grands clans, les mythes, la vie sous-terraine des mole people… Tout y est pour faire oublier le quotidien. Le monde créé par Runberg est très riche! Des clans aux codes de vie très stricts, issues des principales communautés du pays (africaine, irlandaise, chinoise, mexicaine et amérindienne), pratiquent une magie aussi puissante que dangereuse.

Alison est fougueuse et courageuse. Elle est aussi très sensible aux enjeux féministes et dénonce le sexisme qui existe dans l’Under York. À travers les pages de son journal, elle se dévoile et nous raconte ses aventures, ses défis et ses problèmes. J’ai aimé pouvoir le lire entre chaque chapitre. D’ailleurs, ce premier tome se termine sur une note plutôt mystérieuse qui donne le goût de continuer la série.

Au dessin, on a l’artiste Mirka Andolfo, connue pour avoir illustré notamment une série de Harley Quinn chez DC comics. Sans surprise, son style ressemble beaucoup à l’esthétique que l’on retrouve énormément en ce moment dans l’univers des comics américains. Andolfo a réussi à créer un univers sombre et glauque qui cadre parfaitement avec l’histoire d’Under York. Et franchement, on ne peut pas passer à côté de la qualité des couleurs et de l’encrage de Piky Hamilton et Carmelo Zagaria: les ombres, les traits et la création d’atmosphère tapent dans le mille à chaque planche. Juste un petit bémol au niveau de la couleur de peau des personnages noirs: de cases en cases, la couleur change parfois beaucoup, tellement qu’il faut un moment pour se dire: « Ah, ouais, en fait, c’est le même personnage que tout à l’heure ». Aussi, les tons de brun et beige utilisés sont parfois blafardes et manquent de punch.

Bref, voilà une bande dessinées pour les ados et jeunes adultes où se côtoient fantasy, diversité, égalité et action. Une série en trois tomes publiée chez Glénat, qui plaira aux ados! À découvrir!

Les chroniques d’Under York: La malédiction
AUTEUR(S):  Sylvain Runberg & Mirka Andolfo
ÉDITION: Glénat, 2019
ISBN: 9782344032299 
PRIX: 27,95$
14 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être le deuxième tome de cette trilogie, intitulé Possession. Essayez aussi Si on était… et Les quatre soeur March, deux bandes dessinées pour les adolescents avec des personnages issus de la diversité raciale.

Albertine Petit-Brindamour déteste les choux de bruxelles

Et si manger des choux de Bruxelles pouvaient vous donner un superpouvoir ? Albertine adore dresser les listes des choses qu’elle aime : ses mots favoris, ses aliments préférés, les superpouvoirs qu’elle rêve de posséder. Mais il y a une chose que vous ne trouverez sur aucune des listes d’Albertine : les horribles choux de Bruxelles ! Albertine les DÉTESTE ! ! ! Une seule chose pourrait la faire changer d’avis : qu’ils puissent lui donner un superpouvoir ! Un album plein d’humour mettant en vedette les choux de Bruxelles, ces petits légumes trop souvent mal aimés.

Cet album pour les enfants du préscolaire est d’une bonne qualité matérielle: couverture rigide, jolies pages de garde et format agréable. J’ai beaucoup aimé le texte d’Anne Renaud qui capture bien l’aversion des enfants pour les légumes, tout en y ajoutant une pointe d’humour bon-enfant. Le vocabulaire y est riche et les petits lecteurs apprendront plusieurs nouveaux mots comme démasque(r), fanfarons, frondeur, chenapans, hume(r) ou tournoyer.

Albertine est une enfant comme les autres, un peu têtue, un peu naïve, mais curieuse et pleine d’imagination. Elle croit que les carottes lui permettront un jour de voir dans le noir, que les épinard la rendront plus forte, et que les choux de Bruxelles servent surtout à faire les yeux des bonhommes de neige! Ces petites mimiques d’adulte m’ont bien fait rire, par exemple lorsqu’elle fouille dans les livres à la recherche de recettes avec (pas trop) du légume tant détesté. Elle vit avec sa maman (son papa n’est pas mentionné dans l’histoire), une femme élégante aux cheveux crépus, et son petit chat noir. D’ailleurs, l’illustratrice a très bien réussi à dessiner la texture des cheveux!

Le livre se termine pas une blague de pet, qui fera rire les enfants. Le livre me semble plus adapté à une lecture en duo qu’une lecture à un groupe, mais n’hésitez pas à vous familiariser avec cette histoire, car certains bibliothécaires et animateurs auront plaisir à l’adopter pour l’heure du conte. Superbes illustrations colorées et expressives d’Élodie Duhameau. Très bon!

Albertine Petit-Brindamour déteste les choux de bruxelles
AUTEUR(S) : Anne Renaud et Élodie Duhameau 
ÉDITIONLa courte échelle, 2020
ISBN: 9782897743215
PRIX: 18,95$
4 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être La princesse et le poney, un album jeunesse qui se termine lui aussi par une blague de pet! Essayez aussi Rien du tout!, ou encore Cherche remplaçant: doit aimer les livres, deux histoires dont le personnage principal est une petite fille noire.

Baby-sitters Petite soeur : Karen et la sorcière

Dans cette série dérivée du célèbre Club des Baby-Sitters, les petites soeurs s’emparent de la scène! Karen Brewer aime ses deux familles. Cela veut dire deux Noëls, deux fois plus de jouets et deux maisons. À côté de chez son père et sa belle-mère vit Mme Porter, alias Morbida Destinée. Karen est convaincue que Mme Porter est une sorcière. Elle porte de longues robes noires, ses cheveux sont gris et ébouriffés, et elle a un chat noir. En plus, elle passe son temps dans son jardin à s’occuper de ses herbes aromatiques. Karen est sûre que son effrayante voisine prépare une réunion de sorcières. Comment va-t-elle persuader ses amis qu’elle a raison?

L’éditeur dit de cette BD qu’elle évoque les préjugés et célèbre les différences. Je n’ai pas du tout eu cette impression en lisant ce livre. Si Karen a beaucoup de préjugés envers sa voisine qu’elle pense être une sorcière, à aucun moment elle n’apprendra qu’il faut connaître une personne avant de la juger ni ce que sont les préjugés. On lui dit simplement d’arrêter d’espionner les gens. Et Karen ne se contente pas de vouloir découvrir si sa voisine est une sorcière ou pas, elle va jusqu’à lui prêter des fausses intentions, l’accuser de comploter pour faire du tort au voisinage, et ira même jusqu’à se pointer chez la voisine pour gâcher son club de jardinage en portant ses accusations devant tous les invités.

Heureusement, Hannie (une petite fille noire), sa meilleure amie quand elle est chez son père, sera là pour tenter de la raisonner un peu. Elle aura des appréhensions quant aux plans de Karen et essayera de la décourager de poser certaines actions répréhensibles. Hannie a un rôle tout de même assez mineur. On ne saura pas si elle a aussi été punie pour avoir été complice des agissement de son amie.

Disons que cette adaptation aurait bénéficié d’une mise à jour car l’histoire a assez mal vieilli. Les personnages principaux sont très jeunes (6 ans) et je doute que leurs aventures intéressent vraiment les enfants de 8, 9, 10 ans. Or, le texte est trop complexe pour qu’un enfant de 5-6 ans le lise de manière autonome. Je n’ai pas aimé.

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Baby-sitters petite soeur: Karen et la sorcière
AUTEUR(S) : Katy Farina, d’après Ann M. Martin
ÉDITIONScholastic, 2020
ISBN: 9781443181266
PRIX: 16,99$
6 à 8 ANS

Les enfants de la Nouvelle-France

À travers onze portraits d’enfants, le lecteur est invité à explorer les multiples aspects de la vie en Nouvelle-France, à différentes époques, tels que : la traversée de l’Atlantique à bord d’un grand voilier, la prise de possession du territoire, l’économie, les vêtements, la médecine.

Ce livre pour la jeunesse s’intéresse à la vie quotidienne en Nouvelle-France. Par biais de témoignages fictif de différentes personnes mineures, on apprend comme la colonie du Bas-Canada s’est formée. Le premier témoignage est celui d’une jeune fille Wendat vivant dans une maison longue. Elle parle de son héritage Iroquoien, des similitude et différences entre son peuple et celui des Pétuns, des Neutres et des Ériés. Elle parle aussi de son repas préféré, la soupe de maïs et de ses vêtements traditionnels. Son témoignage est suivi d’un dossier sur la présence autochtone en Nouvelle-France. On retrouve aussi un témoignage fictif d’un jeune autochtone domicilié converti au catholicisme. Malheureusement, le terme « domicilié » n’est pas défini dans le livre et le lecteur ne parvient pas à accéder au sens de son témoignage: Il se dit autochtone, mais il est catholique, il il a volontairement quitté ses terres ancestrales et accepte de faire la guerre auprès des Français. Pourquoi? Comment? Bref, ce témoignage soulève beaucoup de questions auxquelles le lecteur ne trouve pas de réponses dans le livre. Quelle occasion ratée d’aborder la question des réserves, des missionnaires et des impacts de l’acculturation des peuples autochtones.

Dans Les enfants de la Nouvelle-France, il y a également un témoignage fictif d’une jeune esclave nommée Marie. J’ai été agréablement surprise de retrouver ce passage car les livres d’histoire du Québec et du Canada passent trop souvent sous silence le passé esclavagiste du pays, comme si l’esclavage n’y avait jamais eu lieu. Or, il y avait des esclaves au Canada au XVIIIe siècle — jusqu’à 2000 à son apogée. Il y avait des esclaves au Québec et il y avait des esclaves à Montréal. J’aurais toutefois aimé que le témoignage de Marie soit complété par un dossier sur l’esclavage en Nouvelle-France, comme cela a été le cas pour d’autres témoignages dans le livre. Il y aurait tant eu à dire! La provenance des esclaves, les esclaves autochtones, les esclaves africains, leur nombre, leur traitement, les résistances, le travail forcé qu’ils.elles effectuaient, leurs déplacements sur le territoire (par exemple en Nouvelle-Écosse), les ventes d’esclaves sur le territoire canadien, ou encore le profil de propriétaires d’esclaves comme Peter McGill (fondateur de, vous l’aurez deviné, la prestigieuse université McGill à Montréal). Dommage.

Malgré tout, le livre est assez informatif et les jeunes lecteurs se familiariseront avec l’histoire de la Nouvelle-France. Une table des matières et un index facilitent la recherche.

Les enfants de la nouvelle-France
AUTEUR(S)
 : Pierre-Alexandre Bonin, Gilbert Desmarais & Caroline Soucy
ÉDITION: Bayard Canada, 2020
ISBN: 9782897701543
18,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Voici Viola Desmond, À la découverte du Canada: L’héritage noir ou Le grain de sable: Olivier Lejeune, premier esclave au Canada, trois livres jeunesse documentaires pour en connaître davantage sur l’histoire de la présence noire au Canada.

Connais-tu? Rosa Parks

Connais-tu Rosa Parks, la courageuse femme noire qui a refusé de céder son siège à un homme blanc dans un bus en 1955? Celle qui est ainsi devenue un symbole légendaire de la lutte pour l’égalité des droits des Noirs aux États-Unis? La militante qui s’est battue toute sa vie aux côtés de leaders comme Martin Luther King, contre le racisme et la discrimination envers les Noirs? La première Afro-Américaine à avoir sa statue au Capitole, à Washington?

Qui ne connait pas la collection Savais-tu? et, plus récemment, la collection Connais-tu? mise sur pied par la maison d’édition Michel Quintin? Ces collections, adorés des enfants, m’est demandée presque tous les jours à ma bibliothèque par les élèves du primaire. Ils aiment son petit format, la familiarité qu’il ont développé avec les collections, et les pages de bandes dessinées à l’intérieur. 

En voyant « Connais-tu Rosa Parks? » chez le libraire, je me suis demandé comment les auteurs allaient réussir à garder l’humour si caractéristique à la collection pour aborder la lutte pour les droits civique aux États-Unis. C’est un pari réussi puisque ce livre s’est révélé à la fois instructif et humoristique. On retrouve par exemple un petit rat anthropomorphisé qui se promène de page en page, ou encore des extraterrestres qui se demandent quand est-ce que les humains comprendront que tous les terriens sont égaux. L’illustrateur s’est aussi amusé à dessiner la jeune Rosa en train d’inverser les affiches « Blancs seulement » et « Pour les Noirs » au dessus de fontaines d’eau et rire de deux femmes blanches qui préféreraient mourir plutôt que de boire l’eau d’à côté. L’humour est donc bien dosé et on ne perd par de vu le propos sensible. Rosa Parks est présentée comme étant une militante engagée plutôt que comme une vieille couturière fatiguée, ce que j’ai bien aimé. Les illustrations sont en noir et blanc et la couverture est souple. Plaira aux élèves de 2e et 3e cycle du primaire! 

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Connais-tu Rosa Parks?
AUTEUR(S) : JOHANNE MENARD & PIERRE BERTHIAUME
ÉDITION: MICHEL QUINTIN, 2020
ISBN: 9782897624392
PRIX: 9,95$
7 À 11 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Le bus de Rosa, Les grandes vies: Maya Angelou, ou encore De petite à grande: Rosa Parks.

J’adore ce passage

Une histoire d’amour simple et bouleversante entre deux adolescentes d’une petite ville américaine. Elisabeth et Rae semblent tout partager: leurs balades en montagne, leur goût pour la musique, leurs rires et leurs doutes. Au fil de leurs échanges, elles se découvrent, se racontent l’une l’autre, s’aiment, se débattent avec l’intensité de leurs sentiments. Par la jeune prodige Tillie Walden, autrice de Spinning (Prix Eisner, 2018) et de Dans un rayon de soleil.

J’ai adoré Spinning et Dans un rayon de soleil, alors quand j’ai vu que l’un des personnages du dernier Tillie Walden était noir, je me suis dit « Yes! Je vais enfin pouvoir en parler sur Mistikrak! » 🙂 Tillie Walden est sans doute mon autrice préférée de bandes dessinées ces temps-ci. J’aime comment elle aborde les thématiques queer, ainsi que son style d’illustration. J’adore les titres parus lors de la vague belge-japonaise nouvelle manga d’il y a quelques années et Tillie Walden a un peu de ce style et de cette sensibilité-là.

L’histoire se raconte par le biais de courts moments croqués çà et là: on apperçoit les adolescentes allongées sur le gazon dans la cour d’une maison de campagne, debout sur le littoral, faisant leurs devoirs dans une chambre, discutant lors d’une froide journée d’hiver, etc. Chaque page agit comme une photographie capturant une idée, une émotion, un échange entre les deux amoureuses. Tillie Walden joue avec la perspective, la grosseur et la hauteur relative entre ses personnages et leur environnement. Ainsi, elles sont allongées sur une montagne, telles des déesses, ou assises sur des maisons comme des géantes.

Avec peu de mots et peu de cases, l’autrice parvient a bien développer ses personnages et à capturer l’éveil du sentiment amoureux entre deux adolescentes lesbiennes. Leur amour se développe timidement et lentement. Elles s’aiment mais ne savent pas comment en parler au monde. On assiste à leurs premiers rapprochements, leurs premières disputes. On n’a pas les détails, mais on n’en a pas besoin non plus. 

Voici ce qu’on sait de l’adolescente noire de l’histoire: Elle déteste sa belle-mère et elle sait qu’elle la déteste aussi. Elle se trouve moche. Elle aime cuisiner. Elle aime beaucoup la musique et est musicienne. Elle est un personnage complexe et imparfait, plein de mystère. C’est elle qui brisera la relation en premier, disant ne plus pouvoir continuer, ne pas être « comme ça », que c’est mal. Et on sent toute sa détresse et sa peine dans ses larmes. Les adolescentes se quitteront et se rapprocheront de nouveau, ne sachant pas comment gérer ses émotions qui les submergent.

J’adore ce passage est une très belle histoire faite de silences, de pauses, de soupirs. Tillie Walden, prodige de la bande dessinée américaine, saisit ici la vérité d’un amour adolescent.

Coup de CŒUR!  

* Lauréat du Prix Ignatz Award for Promising New Talent 2016

J’adore ce passage
AUTEUR(S): Tillie Walden
ÉDITION: Gallimard jeunesse, 2019
ISBN: 9782075129718
PRIX: 24,95$
12 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Les quatre soeurs March, Roller Girl ou Si on était…, 3 bandes dessinées pour préados et ados avec un contenu queer.

Sortir d’ici

Jade aime la vie qu’elle mène dans son quartier, entourée de ses amis et de sa mère. Mais cette dernière veut l’envoyer au lycée situé de l’autre côté de la ville, celui où vont les Blancs, les riches ou les élèves pauvres mais brillants, comme elle. Dans cet établissement où elle n’est pas la bienvenue, Jade découvre un monde dont elle ignore les codes.

Vous allez adorer ce roman si vous aimez les récits réalistes et les personnages bien développés. Je me suis tellement reconnue en Jade, dans son discours, ses expériences et ses questionnements. Pourtant, contrairement à elle, je n’ai pas grandi dans un milieu pauvre, ni dans une communauté majoritairement noire, et je n’ai pas eu de bourses d’études ciblée pour les personnes racisées. Pourtant, plutôt que nos différences, c’est bien nos ressemblances qui ont fait en sorte que je m’identifie à ce personnage. Nous sommes toutes les deux noires, avons toutes les deux eu des amitiés mixtes qui ont été bousculées par l’incompréhension de nos amies blanches face au racisme que nous subissons, et nous avons toutes les deux été discriminées au moment d’être choisie pour un programme scolaire d’envergure. Tout lecteur qui a fait face à des difficultés (peut importe leur nature) ou de la discrimination, ou qui s’est questionné sur le privilège, verra en Jade un certain reflet de lui-même. C’est là toute la puissance de l’écriture de Renée Watson: rendre ses personnages vrais, authentiques et imparfaits.

Même si je n’ai pas été d’accord avec tous les propos de Jade, j’ai pu comprendre son point de vue. J’ai aussi compris le point de vue de ses détracteurs. Car l’autrice Renée Watson prend bien soin de montrer les deux côtés de la médaille à une problématique. Lorsqu’elle parle du racisme subi par Jade et sa frustration face aux Blancs qui minimisent sa douleur et sa colère, elle parle aussi des Blancs qui ne savent pas comment réagir et qui se sentent injustement visés. Plutôt que de présenter la fragilité blanche comme un problème qui ne concerne que les Blancs (« qu’ils s’éduquent! » diront certains), Renée Watson présente le point de vue des personnes blanches dans toute sa complexité, et valide tout autant les expériences des personnes noires que blanches. Ainsi, Sam, l’amie blanche de Jade, aura une voix bien à elle et aura l’opportunité de s’exprimer, par exemple, lors de cet échange entre elle et Jade après que leur amitié ait été ébranlée par une succession de micro-agressions:

— Parfois… je ne sais pas… je suis juste mal à l’aise de parler de ce genre de choses. Et je ne sais pas quoi te dire quand quelque chose d’injuste t’arrive. Comme l’autre jour au centre commercial. Je me suis sentie super mal. Mais j’étais censée faire quoi?
— Tu n’es pas toujours obligée de faire quelque chose. Mais quand tu balaies ce que je dis d’un revers de la main comme si je l’inventais ou si j’exagérais, ça me donne l’impression que tu te fiches de ce que je ressens. (p. 287)

J’ai souvent du mal avec les mauvaises traductions françaises des romans anglophones. Mais j’ai trouvé que « Sortir d’ici » était une excellente adaptation du titre original, « Piecing Me Together ». Car c’est bien ce désir de quitter la prison de verre qui l’entoure qui anime Jade tout au long du roman. Sortir d’ici, ce n’est pas nécessairement de quitter sa communauté afro-américaine pauvre, mais plutôt, quitter cet endroit où les opportunités sont trop peu nombreuses. Jade a souvent l’impression que ses chances d’avancement social sont quasi-nulles sans l’aide de personnes plus fortunées. Elle est intelligente, travaillante, déterminée et polyvalente: alors pourquoi est-ce si difficile? Elle intégrera un programme qui offre aux jeunes filles pauvres l’opportunité d’élargir leurs horizons en allant au musée, au cinéma ou en apprenant à bien se nourrir, par exemple. Au sujet de ce programme, Jade sera agacée par le fait qu’on ne lui montre que des choses extérieures à sa communauté, comme si cette dernière n’avait rien à offrir. Et elle n’hésitera pas à le dire. Jade est une forte tête et j’ai aimé cela d’elle. Elle comprend bien que le monde ne semble pas être fait pour elle, que sa mère a beau être pleine de bonne volonté, que ses voisins soient pleins de rêves ou qu’elle soit tout aussi capable qu’une personne plus fortunée (et, accessoirement, blanche), cela ne semble être jamais suffisant pour l’affronter. À ce sujet, elle dit même: « Parfois, j’ai l’impression de partir de chez moi le matin en un seul morceau, riche des baisers de maman qui a placé ses espoirs en moi. Mais quand je rentre le soir, j’ai l’âme en miette. » (p.107). Car Jade subit de nombreuses micro-agressions, ces petits gestes qui se veulent anodins, mais qui heurtent les personnes racisées, et qu’il est difficile de démontrer qu’il s’agit d’attaques. Jade est aussi grosse, et j’ai apprécié qu’une personne grosse soit le personnage principal d’un roman, sans que ce personnage soit malheureux à cause de son poids.

« Je ne sais pas ce qui est pire. Être maltraitée à cause de la couleur de sa peau, à cause de son poids, ou devoir prouver que c’est vraiment ce qui s’est passé. » (p.166)

J’ai pris des tas de notes sur ce roman, j’ai surligné énormément de passages en me disant « Oh, mon Dieu, c’est tellement bien dit » ou « C’est exactement ça! ». Vous devez absolument lire ce roman et me dire ce que vous en avez pensé. Fortement recommandé!

Renée Watson est une autrice américaine.

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Sortir d’ici
AUTEUR(S) : Renée Watson
ÉDITIONCasterman, 2019
ISBN: 9782203185661
PRIX: 28,95$
13 ans et plus

Ce livre vous a plu? Vous aimerez peut-être Le garçon qui n’était pas noir, La haine qu’on donne ou encore My life matters, trois romans pour adolescents dans lesquels un personnage doit aller à l’école dans un quartier homogène qui n’est pas le sien.

Les grandes vies: Maya Angelou

Comment Maya Angelou a-t-elle réussi à se faire entendre ? À la fois écrivaine, chanteuse, danseuse, professeure et militante pour les droits civiques, Maya est pleine de ressources. Toute sa vie, elle s’est battue pour l’égalité des droits des Noirs aux États-Unis et en Afrique du Sud. Suivez le récit de son incroyable parcours depuis l’épicerie de sa grand-mère jusqu’à sa rencontre avec Barack Obama.

Ce n’est pas le premier ni le dernier livre biographique pour la jeunesse qui sortira en librairie cette années. Beaucoup de maisons d’éditions proposent collections de livres retraçant la vie de personnes ayant marqué l’histoire en ce moment. Cela dit, la collection « Les grandes vies » chez Gallimard est l’une de mes préférées. Ce livre en tant qu’objet est magnifique. Son format petit, sa couverture rugueuse et sa conception graphique lui donne un cachet précieux. J’aurais envie de mettre la totalité de la collection en vitrine dans mon salon!

Le texte est court et documenté, faciles à lire sans être édulcoré. On en apprend beaucoup sur Maya Angelou à la lecture de ce livre, de son mutisme à la suite d’un viol, jusqu’à son militantisme. On comprend comment et pourquoi la voix de Maya est puissante, ainsi que la manière dont elle a contribué à combattre les préjugés pour faire évoluer le monde par ses mots et son talent artistique.

(c) Photo: Ayizana.

On retrouvre à la fin du livre une chronologie des moments importants de la vie de Maya Angelou, ainsi qu’un glossaire et un index. Même s’il est une joie à lire pour le plaisir, il peut aussi facilement être utilisé pour les recherches scolaires.

Les illustrations graphiques ne font usage que de quatre couleurs dominantes: le vert, le brun, le bleu pâle et le jaune. J’ai adoré les textures et les couleurs franches utilisées. Les lignes sont précises et forment des blocs de relief. Très beau!

Je vous recommande vivement ce livre! Plusieurs autres titres existent dans la collection, comme Nelson Mandela, Anne Frank ou Frida Kahlo.

Danielle Jawando est une auteure anglaise.

Mes p’tits pourquoi: L’alimentation
AUTEUR(S)
: Danielle Jawando & Noah Snir
ÉDITIONGallimard Jeunesse, 2020
ISBN: 9782075129756
PRIX: 18,95$
8 à 13 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être De petite à grande: Rosa Parks, ou Histoires du soir pour filles rebelles, deux albums biographiques pour la jeunesse. Essayez aussi La vie ne me fait pas peur, un album signé Maya Angelou.

Nous sommes tous des féministes

Dans ce discours prononcé en 2012 dans le cadre d’un programme dédié à l’essor du continent africain, l’écrivaine nigériane aborde avec lucidité et humour le sujet du féminisme. A travers des anecdotes issues de sa vie quotidienne, au Nigeria comme aux Etats-Unis, elle évoque les questions de l’inégalité des sexes et de l’image de soi des femmes. Le texte est ici adapté pour le jeune public.

J’ai sauté de joie lorsque j’ai su que le célèbre manifeste de Chimamanda Ngozi Adichie avait été adapté pour la jeunesse. L’écrivaine nigériane y aborde la question de l’égalité des sexes avec lucidité et humour, au travers de son expérience et d’anecdotes de son enfance. Le large format se prête parfaitement au texte et les illustrations de Leire Salaberria accompagnent à merveille la puissance des mots. Le passage de ce discours (qui, au départ, était adressé à un public adulte) vers un lectorat jeunesse se fait tout en douceur. La présentation matérielle est également très bien réussie: couverture rigide et jolies pages de garde enveloppent le livre, alors que chaque double page présente le texte et les illustrations comme le miroir l’un de l’autre.

Voilà un texte à partager avec tous, filles et garçons, pour semer, dès à présent, les graines du changement. Ne passez pas à côté!

«J’aimerais que nous rêvions à un monde différent et que nous commencions à le préparer. Un monde plus juste. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ: nous devons élever nos filles autrement. Et aussi nos garçons.»

Chimamanda Ngozi Adichie est une autrice nigériane.

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Nous sommes tous des féministes
AUTEUR(S) : Chimamanda Ngozie Adichie & Leire Salaberria
ÉDITIONGallimard JEUNESSE, 2020
ISBN: 9782075142915
PRIX: 19,95$
6 À 12 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Ces femmes incroyables qui ont changé le monde, On n’est pas des super-héros ou Histoires du soir pour filles rebelles, trois livres jeunesse portant un message féministe.