Grandes roues et petits pois

Émilie vérifie autour d’elle. Personne à l’horizon pour lui prêter main-forte. Elle hésite. Elle rêve d’être championne… Aujourd’hui sera-t-il le grand jour où elle enfourchera son vélo et partira à la conquête de ses grandes roues? Mais elle est petite, les cailloux sont gros, et elle a un peu peur… Maman, qui n’est pas loin dans le jardin avec sa récolte de petits pois, n’est pas consciente des hésitations d’Émilie. Allons! Une grande respiration et… c’est parti!

Un magnifique texte poétique et des illustrations soignées, que demander de plus? Cette histoire croque un moment du quotidien par une belle journée d’été. Émilie est seule. Son papa est parti au travail: il construit des éoliennes. Son grand frère n’est pas là: il joue avec le chien du voisin. Mais ça y est, elle se décide enfin à essayer de monter à vélo toute seule. Coquette, elle n’oubliera pas placer quelques fleurs sauvages dans son panier, de rempli sa gourde de princesse et de mettre son casque parsemé de coccinelles. La détermination se voit dans ses yeux. Et, à la lecture de son histoire, on ne peut s’empêcher de l’encourager et de lui souhaiter qu’elle réussisse. Chaque instant, chaque souvenir est décuplé, pour faire de ce livre un véritable régal. À travers ces premiers instants d’Émilie sur son vélo qui a su braver les cailloux sur la route, on comprend qu’avoir confiance en soi, c’est avancer.

Coup de cœur!

Je remercie les éditions Bouton d’or Acadie de m’avoir offert ce livre.

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Grandes roues et petits pois
AUTEUR(S)
: Christine Arbour & Réjean Roy
ÉDITION: Bouton d’or Acadie, 2018
ISBN: 9782897501211
PRIX: 14,95$
3 à 6 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Africville, publié chez le même éditeur. Essayez aussi Rien du tout! et Jabari plonge.

Les aventures de Nanou et Ti Ko / Avanti Nanou ak ti ko

Les aventures de Nanou et Ti KoLes jumeaux Nanou et Ti Ko s’apprêtent à souffler leur cinquième bougie. Quelle belle surprise d’apprendre qu’ils auront une visite de Papi Loulou pour célébrer leur anniversaire! Ils vivront des moments inoubliables avec leur grand papa chéri, venu spécialement d’Haïti pour fêter avec eux.

J’ai été charmée par ce livre. Je me suis amusée à le lire en créole, puis en français, puis de nouveau en créole, heureuse de constater à quel point la langue créole est belle et imagée. Les deux personnages principaux, des jumeaux, sont mignons comme tout et ils s’émerveillent de petites choses de la vie, comme la visite d’un aéroport, la grosseur réelle des avions posés au sol, les couleurs des vêtements traditionnels haïtiens (une chemise Gwayabèl et une robe Karabella), ou encore le métro montréalais. J’ai aimé leur petite excursion à la Grande Bibliothèque !

Dans le livre, on présente Haïti comme un beau pays dont le peuple est travaillant. On fait référence au tremblement de terre de 2010 et on souligne que les choses s’améliorent et continueront tant et aussi longtemps que les gens travaillent ensemble. Une représentation positive qui s’éloigne de l’image négative que nous renvoie régulièrement les médias.

Les illustrations m’ont laissées plutôt indifférente, par contre. Le lien entre l’illustration choisie et le texte qui l’accompagne n’est pas toujours très clair. Par exemple, lorsqu’en page 14 on présente le grand-père, et qu’en page 15, on retrouve une map du pays d’où il est originaire… De plus, la mise en page monotone manque de dynamisme. Dommage. Heureusement que le texte est vachement bien! Ce livre est épuisé, mais vous pourrez peut-être le trouver dans votre bibliothèque municipale; consultez votre bibliothécaire! 🙂 Vous pouvez également visiter le site web du livre en cliquant ici.

Arcelle Appolon est une auteure canadienne d’origine haïtienne. 

Arcelle appolon

Empruntez ce livre auprès de votre bibliothèque municipale!
Les aventures de Nanou et Ti Ko / Avanti Nanou ak ti ko
AUTEUR(S) : Arcelle Appolon & Maxime St-Juste
ÉDITION: Kiyikaat Éditions, 2012
ISBN: 9782923821092
3 à 6 ANS

Ce livre vous a plu ?
Vous aimerez peut-être Ti-Pinge et Le royaume de Nedji, deux livres jeunesse bilingues en français-créole.

pinge      nedji

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Invaincus

C’est pour les inoubliables. Ceux qui n’ont pas peur. Ceux qui sont invaincus. Dans ce livre à la fois touchant et puissant, l’auteur à succès Kwame Alexander et l’illustrateur Kadir Nelson, récipiendaire de la médaille Caldecott, nous livrent une lettre d’amour mettant à l’honneur l’Amérique noire. Dédié aux invaincus, aux rêveurs et aux survivants, ce poème nous ramène à une époque pas si lointaine de la nôtre, tout en soulignant la force et la bravoure de ceux qui continuent à affronter l’adversité jusqu’à aujourd’hui. Grâce aux illustrations frappantes ainsi qu’au style d’écriture captivant de ce livre, les lecteurs découvriront le cran, la passion et la détermination des plus grands artistes, athlètes et activistes de l’histoire des Noirs. Une oeuvre inspirante, émouvante et tout simplement incontournable!

Ce magnifique album est une poésie qui doit être lue. Le texte est fort et beau. Les illustrations sont puissantes. À la lecture, il y a beaucoup de non-dits, de choses passées sous silence, des choses à découvrir. Par exemple, le livre s’ouvre sur une illustration de Jesse Owens, mais ont ne mentionne pas de qui il s’agit. Les plus jeunes lecteurs auront besoin d’accompagnement pour les aider à faire des inférences, pour les aider à bien saisir toute la portée du texte. Pour apprécier à sa juste valeur cet album, il faut une base de connaissance sur l’histoire des Noirs américains, et l’histoire des mouvements de la diaspora noire. Il faut connaître la guerre de sécession, par exemple, ou encore les origines du mouvement Black Lives Matter.

Quand je parle de silence, c’est aussi des pages blanches qui veulent dire beaucoup. Ce sont des phrases courtes et percutantes sans illustrations. C’est une illustration de corps entassée dans le fond d’un bateau négrier, sans texte pour expliquer car parfois les images parlent d’elles-mêmes. J’ai été émue par ma lecture, et j’ai encore une fois été impressionnée par le talent de l’illustrateur Kadir Nelson. Kwame Alexander a mis 10 ans a écrire ce poème. De 2008 à 2018, il s’en est passé, des choses aux États-Unis! La naissance de sa fille, oui, mais aussi la présidence de Barack Obama, des vies de jeunes Noirs volées aux mains de policiers, le mouvement Black Lives Matter… Invaincus dresse, tout en poésie et en retenue, un portrait de plusieurs personnalités ayant marqué l’histoire américaine: notamment le boxeur Jack Johnson, l’autrice Zora Neale Hurston, le peintre Jacob Lawrence et l’auteur Langston Hughes.

Le seul petit défaut de ce livre, c’est qu’il a une couverture souple. Un si beau livre aurait mérité une jolie couverture rigide! On retrouve en fin d’album une explication de toutes les références qu’on peut trouver dans le livre. Un incontournable.

Coup de cœur!

Je remercie les éditions Scholastic de m’avoir offert ce livre.

Kwame Alexander est un auteur américain.

Kadir Nelson est un auteur américain.

Invaincus
AUTEUR(S) : Kwame Alexander & Khadir Nelson 
ÉDITION: Scholastic, 2021
SBN: 9781443186254
PRIX: 14,99$
6 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être, des mêmes auteurs, Frères ou Abraham Lincoln: L’homme qui abolit l’esclavage aux États-Unis.
Essayez aussi Harriet et la terre promise, du peintre Jacob Lawrence dont on fait référence dans Invaincus.

Blue Pearl

1860. Lizzie vit avec sa mère Abigail, esclave dans une plantation de coton au sud de la Virginie. Cuisinière des propriétaires, elle bénéficie d’une situation plus enviable que celle des esclaves des champs. Pour les 10 ans de sa fille, elle lui confectionne une poupée noire en tissu qui attise la convoitise et la jalousie de Laura-May, la fille des maîtres.

J’ai franchement bien aimé ce roman! Il s’agit d’un livre jeunesse, mais tant la richesse du contexte choisi que le développement des personnages est effectué avec soin. Il consitue une belle porte d’entrée pour les jeunes lecteurs et lectrices qui veulent explorer le sujet de l’esclavage. L’histoire relate le quotidien très dur des esclaves aux États-Unis. Il y a aussi, en filigrane, l’histoire de Blue Pearl, cette petite poupée qui semble représenter ce qui a de plus humain dans un monde violent et haineux. L’autrice fait usage d’un vocabulaire riche et recherché. Attention, il y a une scène de viol dans ce roman, ainsi qu’un meurtre (impuni) d’enfant. Pour lecteurs avertis.

Un livre pour souligner le mois de l’histoire des Noirs.

Blue Pearl
AUTEUR(S) : Paula Jacques 
ÉDITIONGallimard Jeunesse, 2020
ISBN: 9782075127875
PRIX: 23,95$
12 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu? Vous aimerez peut-être Alma: Le vent se lève, La case de l’oncle Tom ou Catfish, trois livres pour la jeunesse sur le sujet de l’esclavage.

Sorcière vaudou

Morane est intriguée par l’arrivée de sa nouvelle voisine haïtienne. Une aura de mystère semble l’entourer, car des phénomènes étranges ont lieu en sa présence. Elle la soupçonne d’être une sorcière, prête à leur jeter des mauvais sorts.

Ouf. Par où commencer? Avant même d’ouvrir le livre, déjà, le titre: « Sorcière vaudou ». J’ai beaucoup de mal avec cette association commune entre vaudou et sorcellerie. Toute religion est faite de croyances et de gestes qui échappent à toute explication scientifique. Ça n’en fait pas des formes de sorcellerie. Les personnes qui pratiquent le vaudou sont appelées vaudouisantes, pas sorcières. Ensuite, la page couverture ne fait qu’en ajouter une couche en montrant une personne en contre-jour qui semble évoquer un démon ou je ne sais quoi. Deux personnes, blanches, ont l’air effrayées. Le livre est publié dans la collection Frissons chez l’éditeur, Héritage Jeunesse: Oui, parce que le vaudou, c’est un truc de récits d’horreur. Eh, misère… 🤦🏿‍♀️

J’avais déjà lu quelques romans de l’autrice afro-québécoise Dïana Bélice et j’avais chaque fois pu relever des passages et représentations problématiques dans ses livres. J’ai tout de même tenté d’entamer ma lecture de Sorcière vaudou avec un esprit ouvert. Le personnage principal de l’histoire est Amandine, une petite fille noire que l’on rencontre pour la première fois en page 4 où elle est décrit comme étant coiffée d’énormes lulus qui « ressemblent à d’énormes nuages noirs ». C’est une nouvelle élève venue d’Haïti et elle est donc sujette à l’attention et la curiosité de ses camarades. C’est normal. Et même s’il est clair qu’il s’agit d’une petite fille noire, ce n’est pas la couleur de sa peau qui attise les regards, mais simplement le fait qu’elle soit nouvelle. Sauf que dès la page 5, elle monte dans l’autobus scolaire, salue le chauffeur et regarde autour d’elle les passagers déjà installés, et on dit qu’il s’agit d’une attitude étrange (!). Par la suite, des choses tout à faits banales et normales (des sourires, des paroles anodines, des jeux, de la nourriture, une invitation à une fête) seront qualifiés d’étranges, effrayants, mystérieux, surnaturels, maléfiques ou suspects, et ce, sans aucune raison apparente. L’autrice surfe sur le fait qu’Amandine soit différente des autres (immigrante, nouvelle) pour créer une aura effrayante autour d’elle tout au long du roman. Pourtant, c’est bien la base de la xénophobie: ce qui est étranger et différent fait peur. J’ai trouvé ça vraiment maladroit qu’on utilise la différence ethnique et raciale pour en faire un récit d’horreur.

Après, j’ai vraiment senti que l’autrice ne s’adressait pas à moi en tant que lectrice noire. Ce qui est supposé faire peur est en réalité pour moi des choses familières. Par exemple, du riz collé accompagné de lambi, un délicieux plat haïtien, est comparé à des vers de terre pour faire peur au lecteur. On dit d’Amandine et de sa famille qu’ils pratiquent de la magie noire alors qu’ils sont simplement vaudouisants. Les vieux grands-parents d’Amandine, parce qu’ils ont le teint sombre et sont âgés, sont comparés à des zombies effrayants. Un membre de la famille d’Amandine, « aussi foncé que la nuit » sourit de ses dents blanches et les deux camarades blancs d’Amandine frissonnent (p.34). Dans quel monde est-ce que des personnes normales qui ressemblent aux membres de ma famille doivent-ils me faire peur?? J’ai vraiment senti que ce roman était écrit d’abord et avant tout pour le lectorat blanc.

Au milieu de l’histoire, les deux camarades blancs d’Amandine vont faire des recherches sur la magie noire et, bien sûr, vont tomber sur le vaudou. Ils en concluront que la famille d’Amandine sont « des sorciers vaudous! Comme dans les films d’horreur! » (p. 63). Et on aura bien sûr droit au passage sur la poupée utilisée pour jeter des sorts maléfiques.

À la fin de l’histoire, les deux camarades blancs d’Amandine confronteront cette dernière et elle leur expliquera tout ce qu’ils avaient mal interprété. Ses jeux dans la cours d’école étaient en réalité une célébration pour remercier la vie de ses bienfaits; les os dans sa boîte à lunch étaient simplement les restes de son repas; les « zombies » chez elle étaient ses grands-parents; et il n’y avait aucun lien entre la poupée aux cheveux coupés et la nouvelle coiffure d’une élève de l’école. Mais même si on mentionne que « lorsque les gens ne connaiss[ent] pas quelque chose, ça fait peur […], quelques fois ils s’inventent des histoires auxquelles ils préfèrent croire au lieu de s’informer. » (p.93), ce n’est pas suffisant pour passer sous silence les 92 pages précédentes bourrées de clichés et de stéréotypes. Dommage. Je n’ai vraiment pas aimé ce roman.

Dïana Bélice est une autrice québécoise d’origine haïtienne.

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Sorcière Vaudou
AUTEUR(S): Dïana Bélice
ÉDITION: Héritage jeunesse, 2020
ISBN: 9782898121845
PRIX: 10,95$
8 ANS ET PLUS

Voici trois autres livres avec des représentations problématiques de personnages noirs: F pour fille: Emma, Zoé: Championne de cas ratés, et Il faut sauver Nikili!

Les Omniscients (tome 1): Phénomènes

Un jour, cinq jeunes New-Yorkais se réveillent dotés du savoir absolu, grâce à l’intervention de créatures divines. L’information se diffuse rapidement et le groupe de génies est mis à l’abri par le FBI. Mais une organisation gouvernementale secrète a pour ambition de les capturer. De leur côté, ils cherchent à comprendre d’où viennent leurs facultés surnaturelles.

Ces derniers temps, j’ai lu pas mal de BD d’urban fantasty: Des récits qui se déroulent dans une grande ville et où il se produit des phénomènes surnaturels. Le genre me plait toujours autant que Les Omniscients de fait pas exception! L’un des protagonistes de l’histoire est un garçon noir qui se prénomme Albert. Vif d’esprit, gentil, toujours un sourire au lèvres, j’ai beaucoup aimé ce personnage tout aussi intelligent que naïf. Il arrive tôt dans le récit (dès la page 8), et demeure actif tout au long de se premier tome. On est bien loin du « je-vais-mettre-un-personnage-noir-pour-faire-joli-et-puis-comme-ça-tout-le-monde-est-content ». Au contraire, Albert est un personnage développé avec un backstory. On sait par exemple que ses parents sont des avocats parmi les plus réputés de New York et que même avant de recevoir le don d’omniscience, il était déjà un élève surdoué qui a sauté des classes.

Le rythme de cette bande dessinée est bien soutenu et démarre fort: dès les premières pages, c’est un feu roulant de péripéties qui s’enchaînent. Pour un premier tome, les auteurs ont bien réussi à aller au-delà d’une simple présentation des personnages et du contexte. J’ai bien hâte de connaître la suite de la série!

Les Omniscients, 1: Phénomènes
AUTEUR(S) : Vincent Dugomier & Renata Castellani 
ÉDITION: Le Lombard, 2020
ISBN: 9782803674961
21,95$
10 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Légendes Zurbaines ou Les Chroniques d’Under York, une bande dessinée fantastique qui se déroule à New York. Essayez aussi Les enfants d’ailleurs.

Légendes zurbaines

A la suite du décès de sa mère, Dwayne emménage dans un petit appartement de Brooklyn. Le jeune garçon ne se sent pas à sa place aux côtés de son père, un policier, et de son frère, un inlassable séducteur. Mais ce sentiment disparaît lorsqu’il est recruté par un gang de jeunes justiciers. Avec eux, il enquête sur des monstres qui surgissent des profondeurs de la ville.

L’histoire de cette bande dessinée, résolument urbaine, se déroule au cœur de New York aux États-Unis. J’ai adoré suivre l’histoire de cette famille qui tente de se reconstruire en parallèle à celle de la ville de New York qui, tel un organisme vivant, essaie de garder son identité. Tous les personnages principaux de Légendes Zurbaines sont forts, bien définis et uniques. Il ne faut pas se fier à la première impression car ils ne sont pas ce qu’ils paraissent être; ils sont résolument humains avant tout.

La mère de Dwayne, le personnage principal, est décédée quelques mois plus tôt et ce dernier a du mal a accepter avoir dû quitter son Indiana natale pour aller vivre dans le New York où son père a grandi. Il a le sentiment d’avoir abandonné sa mère là-bas, alors que son grand frère est plutôt heureux de repartir à zéro. Ce parallèle entre l’histoire de la ville et des humains qui l’habite est aussi présent dans le récit de Cajou, dont le père est un promoteur immobilier riche dont la compagnie exproprie les moins fortunés. Ceux que le richissime père de Cajou a contraint à partir, eh bien ce sont eux qui ont construit la ville et ils méritent aussi de pouvoir y vivre dans la dignité. Le père souhaite faire en sorte que tous aient un meilleur avenir, mais il comprendra grâce à son fils et à sa bande qu’il ne peut pas se contenter de tourner le dos au passé.

Les personnages principaux sont issus de diverses origines également : Cajou, un garçon intrépide à la fois juif et catholique, « Le Rat », un garçon noir amoureux des maths et des sciences, Mya, une jeune asiatique élevée à l’école de la rue ayant perdu son frère dans de mystérieuses circonstances, Riff Raff, un sans-abri qui connait Brooklyn comme le fond de sa poche et Dwayne, qui a un fort sens de la justice et de l’honnêteté. Au delà de l’origine et de la couleur de la peau, cette diversité constitue une représentation positive de personnages racisés car on est bien lui du « personnage noir/asiatique/juif de service ». Au contraire, chaque personnage a une identité propre qui ne se résume pas à la couleur de sa peau et sa présence ne sert pas qu’à faire joli. Ces personnages agissent sur l’histoire, s’affirment, se développent et se dévoilent au plus grand bonheur des lecteurs qui pourront s’y reconnaître ou simplement les considérer comme des personnes humaines et uniques ayant autant de valeur que les personnages blancs.

On y retrouve un excellent découpage de planches et un montage de cases qui convient parfaitement au rythme effréné du récit. Les couleurs sont superbes aussi. J’ai repéré une toute petite coquille en page 85 où on peut lire « Bâteiments » au lieu de « Bâtiments ».

La bande dessinée se termine par un petit dossier où on présente les personnages principaux, une carte des quartiers de Brooklyn où se déroule l’histoire, et quelques légendes urbaines célèbres comme les alligators dans les égouts, les gargouilles vivantes, les punaises de lit suceuses de sang, les rats mutants et le monstre du canal de Gowanus.

Bourrée d’action et qui fait frissoner, Légendes Zurbaines plaira aux amateurs de bandes dessinées dès l’âge de 10 ans!

Michael Yates est un auteur américain.

Cour de cœur!

Légendes Zurbaines
AUTEUR(S):  Nick Bruno, Paul Down & Michael Yates
ÉDITION: Humanoïdes associés, 2019
ISBN: 9782731632187
PRIX: 25,95$
9 à 14 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Les Chroniques d’Under York, Le Loup de la 135e et Jean-Michel Basquiat: L’enfant radieux, trois livres jeunesse se déroulant à New York.

Africville

À quoi ressemblait la communauté ? Des maisons aux couleurs vives, logées dans la colline ; des champs où les garçons jouaient au football ; un étang où les enfants faisaient du radeau; la pêche en abondance; des immenses feux de joie… La jeune fille sort de sa rêverie ; elle visite le parc historique actuel et le cadran solaire où le nom de son arrière-grand mère est gravé dans la pierre, et célèbre un jour d’été aux retrouvailles annuelles d’Africville.

Je suis toujours enthousiasmée lorsque des éditeurs francophones publient des livres jeunesse sur l’histoire de la présence noire au Canada. Africville s’intéresse à l’histoire de cette communauté urbaine située près d’Halifax qui a été détruite par le gouvernement en 1960, après plusieurs années d’abandon et d’irrespect des autorités canadiennes. La Nouvelle-Écosse a été terre d’accueil pour plusieurs Noir.e.s fuyant l’esclavage et on parle que trop peu des Noirs Canadiens aujourd’hui.

J’ai apprécié l’angle choisi par les autrices: présenter Africville comme elle l’était dans les yeux de ses habitants, plutôt que comme une communauté déchue. Malgré les difficultés, les habitants d’Aricville se sont organisés, ont bâti des maisons, ont vécu somme toute heureux, et c’est leur quotidien qui nous est raconté avec poésie et douceur: L’arôme de tarte aux pommes, les baies délicieuses au sommet de la colline, les maisons colorées comme un arc-en-ciel, les levers de soleil pourpres, les après-midi à l’église, etc.

Cet album est particulièrement bien adapté au milieu scolaire car il offre plusieurs pistes d’exploitation. En français, on peut travailler la poésie. On peut aussi travailler le champ lexical sur la communauté: quels mots sont utilisés pour rendre vivante Africville? En histoire, on peut discuter du parcours des loyalistes noirs Canadiens et de la présence noire au Canada. En univers social, on peut travailler des concepts comme le privilège ou l’importance de la communauté.

En fin d’album, on retrouve des photos d’archive et de l’information sur Africville. Voici ce qu’on peut notamment y lire: « Pendant 150 ans, Africville était une communauté dynamique et autonome qui prospérait en dépit des obstacles. […] À mesure que la ville de Halifax a grandi, Africville est devenue un endroit privilégié pour y établir toutes sortes d’installations indésirables – un abattoir, un hôpital pour maladies infectieuses et même le dépotoir municipal. […] En 2002, Africville a été déclarée lieu historique national du Canada. » On y retrouve aussi une courte bibliographie pour obtenir de plus amples renseignements sur Africville. Fortement recommandé!

Coup de cœur!

Je remercie les éditions Bouton d’Or d’Acadie de m’avoir offert ce livre.

Shauntay Grant est une autrice noire Canadienne, descendante de Loyalistes noirs immigrés au Canada il y a 200 ans.

Eva Campbell est une illustratrice Canadienne d’origine ghanéenne. Elle habite en Colombie-Britannique.

Africville
AUTEUR(S) : Shauntay Grant & Eva Campbell 
ÉDITION: Bouton d’or d’acadie, 2019
ISBN: 9782897502188
PRIX: 14,95$
4 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être À la découverte du Canada: L’héritage noir, un livre documentaire fascinant. Essayez aussi La détermination de Viola Desmond et Le grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada, deux livres jeunesse pour en apprendre plus sur l’histoire noire Canadienne.

La ruelle d’hiver

Elodie va jouer dehors, dans la ruelle, dans la neige. Aimée la joint et plein d’autres amis. Un fort, de la neige…

Quel plaisir de retrouver Élodie dans sa ruelle cette fois-ci enneigée! Son papa, toujours en voix-off, lui a dit qu’elle pouvait aller jouer dehors. Les autrices ont su capturer ces moments de jeu et de découverte hivernales, quand la neige chante sous notre poids, quand le manteau blanc étouffe les sons et crée une atmosphère pesante, quand on grimpe sur le toit d’une butte de neige et qu’on se sent le maître du monde. Élodie et ses amis font un fort, s’amusent, rient dans leur ruelle. La ruelle d’hiver est un magnifique album qui souligne la beauté du quotidien typiquement montréalais.

Coup de cœur!

Pour commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

La ruelle d’hiver
AUTEUR(S) : Céline Comtois & Geneviève Després 
ÉDITION: D’eux, 2020
ISBN: 9782924645543
PRIX: 20,95$
3 à 6 ans

Ce livre vous a plu? Vous aimerez peut-être les premières aventures d’Élodie dans La ruelle. Essayez aussi Au beau débarras: La mitaine perdue, ou Les chiffres de Maya, deux albums jeunesse québécois.

Louis Armstrong

Sais-tu que Louis Armstrong a découvert la musique à l’âge de cinq ans en écoutant, à l’église, du gospel ? Et toi, y a-t-il un lieu où tu aimes écouter la musique ? Et as-tu déjà rêvé très fort, comme Armstrong, d’avoir un instrument bien à toi ? Louis a huit ans, quand il s’offre son premier cornet à piston (c’est le cousin de la trompette). En écoutant ce disque, tu pourras peut-être devenir, toi aussi, un très grand musicien de jazz !

J’ai lu et écouté ce livre à l’heure du souper avec des enfants de 10 et 7 ans. Nous avons vraiment aimé écouter les morceaux de jazz et nous discutions de musique, de la vie aux États-Unis au siècle dernier et de la ségrégation lorsque le narrateur cessait sa lecture. C’était vraiment agréable!

Le livre est un objet de qualité à couverture rigide, abondamment illustré. En plus du texte principal, lu par un acteur sur le CD d’accompagnement, il y a des encarts pour aller plus loin dans lesquels ont retrouver de l’information complémentaire. On questionne aussi les lecteurs en les faisant discuter sur les liens qu’ils peuvent faire entre ce qui s’est passé dans la vie de Louis Armstrong et leur propre vie.

Les extraits musicaux sont bien choisis et généraux: jusqu’à 3 minutes par extrait! Ce livre est fantastique pour une lecture avec tous les enfants d’une même fratrie d’âge différents: chacun y retirera quelque chose, que ce soit l’écoute de musique, la découverte d’un nouveau musicien, la géographie des États-Unis et l’histoire de ce pays, les particularité du jazz comme style musical, ou tout simplement l’histoire d’un garçon qui a poursuivit ses rêves. Fortement recommandé!

Coup de cœur!

À la découverte des musiciens: Louis Armstrong
AUTEUR(S) : Rémi Courgeon & Stéphane Ollivier 
ÉDITION: Gallimard jeunesse, 2015
ISBN: 9782070668519
PRIX: 29,95$
6 à 10 ans

Ce livre vous à plu?
Vous aimerez peut-être Ray Charles, un livre-audio paru dans la même collection chez Gallimard. Essayez aussi Des noires et des blanches et Mon voisin Oscar, deux livres jeunesse sur des musiciens afro-descendants.