Le petit chemin des formes

Un imagier tactile avec des découpes à suivre avec le doigt pour découvrir le rond, le carré, le triangle ou l’étoile.

Un joli petit livre cartonné hautement coloré pour se familiariser avec les formes et les couleurs. Le livre constitue l’un des premiers jouets de l’enfant. N’hésitez pas jouer avec votre bébé avec un livre robuste aux pages cartonnées comme celui-ci. Vous pouvez, par exemple, vous amuser à pointer et nommer ce qu’il y a sur les pages. Et si bébé veut mâchouiller le livre, ainsi soit-il! Cela fait aussi partie de son développement.

On retrouve dans ce livre des formes en creux que que l’on peut suivre avec son doigt. Cela permet à l’enfant de se concentrer et de faire des tracés, ce qui est un premier pas vers le monde de l’écrit. De plus, reconnaître ses formes est un apprentissage crucial préscolaire: les formes sont partout autour de nous! Pour le triangle, on peut voir un garçon noir avec un chapeau de fête. Voilà donc un chouette livre d’éveil que je vous recommande vivement!

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Le petit chemin des formes et des couleurs
AUTEUR(S) : Marion Cocklico
ÉDITION: Fleurus, 2019
ISBN: 9782215167747 
PRIX: 18,95$
0 à 2 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Petit pois carotte, Imagine… c’est tout blanc! ou Deviens le héros avec Hippocrate le pirate, trois livres cartonnés à lire avec bébé.

Légendes zurbaines

A la suite du décès de sa mère, Dwayne emménage dans un petit appartement de Brooklyn. Le jeune garçon ne se sent pas à sa place aux côtés de son père, un policier, et de son frère, un inlassable séducteur. Mais ce sentiment disparaît lorsqu’il est recruté par un gang de jeunes justiciers. Avec eux, il enquête sur des monstres qui surgissent des profondeurs de la ville.

L’histoire de cette bande dessinée, résolument urbaine, se déroule au cœur de New York aux États-Unis. J’ai adoré suivre l’histoire de cette famille qui tente de se reconstruire en parallèle à celle de la ville de New York qui, tel un organisme vivant, essaie de garder son identité. Tous les personnages principaux de Légendes Zurbaines sont forts, bien définis et uniques. Il ne faut pas se fier à la première impression car ils ne sont pas ce qu’ils paraissent être; ils sont résolument humains avant tout.

La mère de Dwayne, le personnage principal, est décédée quelques mois plus tôt et ce dernier a du mal a accepter avoir dû quitter son Indiana natale pour aller vivre dans le New York où son père a grandi. Il a le sentiment d’avoir abandonné sa mère là-bas, alors que son grand frère est plutôt heureux de repartir à zéro. Ce parallèle entre l’histoire de la ville et des humains qui l’habite est aussi présent dans le récit de Cajou, dont le père est un promoteur immobilier riche dont la compagnie exproprie les moins fortunés. Ceux que le richissime père de Cajou a contraint à partir, eh bien ce sont eux qui ont construit la ville et ils méritent aussi de pouvoir y vivre dans la dignité. Le père souhaite faire en sorte que tous aient un meilleur avenir, mais il comprendra grâce à son fils et à sa bande qu’il ne peut pas se contenter de tourner le dos au passé.

Les personnages principaux sont issus de diverses origines également : Cajou, un garçon intrépide à la fois juif et catholique, « Le Rat », un garçon noir amoureux des maths et des sciences, Mya, une jeune asiatique élevée à l’école de la rue ayant perdu son frère dans de mystérieuses circonstances, Riff Raff, un sans-abri qui connait Brooklyn comme le fond de sa poche et Dwayne, qui a un fort sens de la justice et de l’honnêteté. Au delà de l’origine et de la couleur de la peau, cette diversité constitue une représentation positive de personnages racisés car on est bien lui du « personnage noir/asiatique/juif de service ». Au contraire, chaque personnage a une identité propre qui ne se résume pas à la couleur de sa peau et sa présence ne sert pas qu’à faire joli. Ces personnages agissent sur l’histoire, s’affirment, se développent et se dévoilent au plus grand bonheur des lecteurs qui pourront s’y reconnaître ou simplement les considérer comme des personnes humaines et uniques ayant autant de valeur que les personnages blancs.

On y retrouve un excellent découpage de planches et un montage de cases qui convient parfaitement au rythme effréné du récit. Les couleurs sont superbes aussi. J’ai repéré une toute petite coquille en page 85 où on peut lire « Bâteiments » au lieu de « Bâtiments ».

La bande dessinée se termine par un petit dossier où on présente les personnages principaux, une carte des quartiers de Brooklyn où se déroule l’histoire, et quelques légendes urbaines célèbres comme les alligators dans les égouts, les gargouilles vivantes, les punaises de lit suceuses de sang, les rats mutants et le monstre du canal de Gowanus.

Bourrée d’action et qui fait frissoner, Légendes Zurbaines plaira aux amateurs de bandes dessinées dès l’âge de 10 ans!

Michael Yates est un auteur américain.

Cour de cœur!

Légendes Zurbaines
AUTEUR(S):  Nick Bruno, Paul Down & Michael Yates
ÉDITION: Humanoïdes associés, 2019
ISBN: 9782731632187
PRIX: 25,95$
9 à 14 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Les Chroniques d’Under York, Le Loup de la 135e et Jean-Michel Basquiat: L’enfant radieux, trois livres jeunesse se déroulant à New York.

Les super six du hockey: Mise au jeu glaciale

Hockey et superpouvoirs : deux thèmes qui vont plutôt bien ensemble, n’est-ce pas? Eh bien, détrompez-vous! Lorsque vous ajoutez à cela un scientifique maléfique, les choses peuvent rapidement se compliquer. Heureusement pour eux, les super six ne sont pas seulement talentueux sur la glace! Ces six coéquipiers seront-ils en mesure d’utiliser leurs superpouvoirs afin de combattre le méchant scientifique? Ou devront-ils se rendre en prolongation? Kevin Sylvester, auteur du roman L’équipe épique quasi héroïque : Mission Morve, propose aux jeunes lecteurs une toute nouvelle série de livres basés sur l’humour, l’aventure et le sport!

Déjanté! Éclaté! Deux mots pour décrire ce roman qui sort de l’ordinaire. De la mise en page dynamique au récit loufoque, tout y est pour surprendre, amuser et faire rire. Il y a d’ailleurs beaucoup d’humour dans cette histoire rocambolesque qui mélange hockey, monstres, science, BD, amitié et esprit d’équipe.

L’un des personnages principaux est Karl, un garçon noir qui adore être le centre de l’attention. Gentil et bon ami, il est une personne sur laquelle on peut compter et tente toujours de trouver un compromis pour créer une bonne entente. Sa mère, Pauline Patinage (aussi appelée PM PP😆) est la première ministre du pays! Elle est aussi la cheffe secrète du Conseil Ultrasecret en Matière de Préparation aux Menaces et Périls Mondiaux Incontestés (CUPMPM pour faire court – le I est muet. 😂)

Petite déception en page 155 où on mentionne que Karl, pris en train de faire une bêtise, « a les joues rouges », alors qu’il est clairement un garçon noir. Un bon roman tout de même pour les enfants qui n’aiment pas particulièrement lire, ou pour les amateurs d’histoires drôles et loufoques pleines d’action.

Les super six hockey : Mise au jeu glaciale
AUTEUR(S):  Kevin Sylvester
ÉDITION: Scholastic, 2020
ISBN: 9781443163507
PRIX: 11,99$
8 à 12 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Willie O’ree, La street: en mode détente, Cours!, trois livres jeunesse sur le sport.

Africville

À quoi ressemblait la communauté ? Des maisons aux couleurs vives, logées dans la colline ; des champs où les garçons jouaient au football ; un étang où les enfants faisaient du radeau; la pêche en abondance; des immenses feux de joie… La jeune fille sort de sa rêverie ; elle visite le parc historique actuel et le cadran solaire où le nom de son arrière-grand mère est gravé dans la pierre, et célèbre un jour d’été aux retrouvailles annuelles d’Africville.

Je suis toujours enthousiasmée lorsque des éditeurs francophones publient des livres jeunesse sur l’histoire de la présence noire au Canada. Africville s’intéresse à l’histoire de cette communauté urbaine située près d’Halifax qui a été détruite par le gouvernement en 1960, après plusieurs années d’abandon et d’irrespect des autorités canadiennes. La Nouvelle-Écosse a été terre d’accueil pour plusieurs Noir.e.s fuyant l’esclavage et on parle que trop peu des Noirs Canadiens aujourd’hui.

J’ai apprécié l’angle choisi par les autrices: présenter Africville comme elle l’était dans les yeux de ses habitants, plutôt que comme une communauté déchue. Malgré les difficultés, les habitants d’Aricville se sont organisés, ont bâti des maisons, ont vécu somme toute heureux, et c’est leur quotidien qui nous est raconté avec poésie et douceur: L’arôme de tarte aux pommes, les baies délicieuses au sommet de la colline, les maisons colorées comme un arc-en-ciel, les levers de soleil pourpres, les après-midi à l’église, etc.

Cet album est particulièrement bien adapté au milieu scolaire car il offre plusieurs pistes d’exploitation. En français, on peut travailler la poésie. On peut aussi travailler le champ lexical sur la communauté: quels mots sont utilisés pour rendre vivante Africville? En histoire, on peut discuter du parcours des loyalistes noirs Canadiens et de la présence noire au Canada. En univers social, on peut travailler des concepts comme le privilège ou l’importance de la communauté.

En fin d’album, on retrouve des photos d’archive et de l’information sur Africville. Voici ce qu’on peut notamment y lire: « Pendant 150 ans, Africville était une communauté dynamique et autonome qui prospérait en dépit des obstacles. […] À mesure que la ville de Halifax a grandi, Africville est devenue un endroit privilégié pour y établir toutes sortes d’installations indésirables – un abattoir, un hôpital pour maladies infectieuses et même le dépotoir municipal. […] En 2002, Africville a été déclarée lieu historique national du Canada. » On y retrouve aussi une courte bibliographie pour obtenir de plus amples renseignements sur Africville. Fortement recommandé!

Coup de cœur!

Je remercie les éditions Bouton d’Or d’Acadie de m’avoir offert ce livre.

Shauntay Grant est une autrice noire Canadienne, descendante de Loyalistes noirs immigrés au Canada il y a 200 ans.

Eva Campbell est une illustratrice Canadienne d’origine ghanéenne. Elle habite en Colombie-Britannique.

Africville
AUTEUR(S) : Shauntay Grant & Eva Campbell 
ÉDITION: Bouton d’or d’acadie, 2019
ISBN: 9782897502188
PRIX: 14,95$
4 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être À la découverte du Canada: L’héritage noir, un livre documentaire fascinant. Essayez aussi La détermination de Viola Desmond et Le grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada, deux livres jeunesse pour en apprendre plus sur l’histoire noire Canadienne.

La ruelle d’hiver

Elodie va jouer dehors, dans la ruelle, dans la neige. Aimée la joint et plein d’autres amis. Un fort, de la neige…

Quel plaisir de retrouver Élodie dans sa ruelle cette fois-ci enneigée! Son papa, toujours en voix-off, lui a dit qu’elle pouvait aller jouer dehors. Les autrices ont su capturer ces moments de jeu et de découverte hivernales, quand la neige chante sous notre poids, quand le manteau blanc étouffe les sons et crée une atmosphère pesante, quand on grimpe sur le toit d’une butte de neige et qu’on se sent le maître du monde. Élodie et ses amis font un fort, s’amusent, rient dans leur ruelle. La ruelle d’hiver est un magnifique album qui souligne la beauté du quotidien typiquement montréalais.

Coup de cœur!

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La ruelle d’hiver
AUTEUR(S) : Céline Comtois & Geneviève Després 
ÉDITION: D’eux, 2020
ISBN: 9782924645543
PRIX: 20,95$
3 à 6 ans

Ce livre vous a plu? Vous aimerez peut-être les premières aventures d’Élodie dans La ruelle. Essayez aussi Au beau débarras: La mitaine perdue, ou Les chiffres de Maya, deux albums jeunesse québécois.

Louis Armstrong

Sais-tu que Louis Armstrong a découvert la musique à l’âge de cinq ans en écoutant, à l’église, du gospel ? Et toi, y a-t-il un lieu où tu aimes écouter la musique ? Et as-tu déjà rêvé très fort, comme Armstrong, d’avoir un instrument bien à toi ? Louis a huit ans, quand il s’offre son premier cornet à piston (c’est le cousin de la trompette). En écoutant ce disque, tu pourras peut-être devenir, toi aussi, un très grand musicien de jazz !

J’ai lu et écouté ce livre à l’heure du souper avec des enfants de 10 et 7 ans. Nous avons vraiment aimé écouter les morceaux de jazz et nous discutions de musique, de la vie aux États-Unis au siècle dernier et de la ségrégation lorsque le narrateur cessait sa lecture. C’était vraiment agréable!

Le livre est un objet de qualité à couverture rigide, abondamment illustré. En plus du texte principal, lu par un acteur sur le CD d’accompagnement, il y a des encarts pour aller plus loin dans lesquels ont retrouver de l’information complémentaire. On questionne aussi les lecteurs en les faisant discuter sur les liens qu’ils peuvent faire entre ce qui s’est passé dans la vie de Louis Armstrong et leur propre vie.

Les extraits musicaux sont bien choisis et généraux: jusqu’à 3 minutes par extrait! Ce livre est fantastique pour une lecture avec tous les enfants d’une même fratrie d’âge différents: chacun y retirera quelque chose, que ce soit l’écoute de musique, la découverte d’un nouveau musicien, la géographie des États-Unis et l’histoire de ce pays, les particularité du jazz comme style musical, ou tout simplement l’histoire d’un garçon qui a poursuivit ses rêves. Fortement recommandé!

Coup de cœur!

À la découverte des musiciens: Louis Armstrong
AUTEUR(S) : Rémi Courgeon & Stéphane Ollivier 
ÉDITION: Gallimard jeunesse, 2015
ISBN: 9782070668519
PRIX: 29,95$
6 à 10 ans

Ce livre vous à plu?
Vous aimerez peut-être Ray Charles, un livre-audio paru dans la même collection chez Gallimard. Essayez aussi Des noires et des blanches et Mon voisin Oscar, deux livres jeunesse sur des musiciens afro-descendants.

Mathieu Da Costa: Premier interprète d’origine africaine en Nouvelle-France

Plusieurs pans de la vie de Mateus Da Costa demeurent un mystère. Son nom revient à quelques reprises dans les archives, puis, vers la fin de sa vie, les historiens perdent complètement sa trace. Samuel de Champlain a francisé son nom et l’appelle Mathieu de Coste. Une chose cependant est sure : Da Costa est le premier navigateur et interprète d’origine africaine à avoir foulé le sol de notre pays.

Voilà un très bon roman pour lecteurs débutants avec tout juste 58 pages illustrées en noir et blanc. L’autrice, Diane Groulx, a dédié ce livre à ses enfants, Jhonatan et Luisa, « pour qu’ils soient fiers de leurs origines africaines ». Elle a aussi consulté l’historien A. J. B. Johnston qui l’a conseillée dans l’écriture et la vérification de faits historiques sur la vie de Mathieu Da Costa.

Le livre se lit comme une histoire; ainsi, les lecteurs et lectrices en apprennent beaucoup sur la vie de Mathieu Da Costa et la colonisation du Canada dans cette biographie romancée. J’ai beaucoup aimé! Il existe peu de livres sur la contribution des personnes noires à l’histoire du Canada, et ce roman en est un très bon. Enseignants, ce livre sera un bel ajout à votre bibliothèque de classe. Ce livre est presque épuisé; commandez-le vite avant qu’il ne soit trop tard!

Mathieu Da Costa: Premier interprète d’origine africaine en Nouvelle-France
AUTEUR(S): Diane Groulx & Jocelyn Jalette
ÉDITION: Éditions du soleil de minuit, 2013
ISBN: 9782924279021
PRIX: 9,95$
7 À 11 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Un petit grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada, À la découverte du Canada: L’héritage noir ou Les enfants de la Nouvelle-France, trois livres jeunesse traitant de la présence noire au Canada, de la colonisation à nos jours.

Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo

Le 31 juillet 1761, Tsimiavo est à bord de l’Utile. Elle a été embarquée clandestinement dans les cales de ce navire de commerce avec 159 autres esclaves malgaches. Au cœur de la nuit, leur destin bascule : l’Utile heurte un récif de corail et fait naufrage. Les rescapés échouent sur un îlot de sable blanc et de cailloux, perdu au milieu de l’océan Indien.

Quand l’équipage blanc prend le large sur une embarcation de fortune, Tsimiavo et les siens se retrouvent seuls, oubliés de tous. Comment survivre sur cet îlot du bout du monde ? C’est le défi qui les attend. Pendant des jours, des mois, des années, leur courage et leur ingéniosité vont faire des miracles…

Ce livre en grand format est écrit sous la forme d’un journal intime et superbement illustré par des fresques là en couleur, là en noir et blanc. Il s’agit donc d’un album pour les grands, qui raconte une histoire vraie et terrible, et qui permet d’aborder la traite négrière et, plus largement, l’histoire du XIXe siècle. On oublie parfois que des esclaves ne venait pas uniquement du continent africain, mais aussi de l’île de Madagascar. Idéal pour une lecture en classe avec des élèves de 3e cycle du primaire, voire 1er cycle du secondaire. On retrouve en fin d’ouvrage un dossier sur les missions archéologiques menées par Max Guérout sur Tromelin, l’île des esclaves oubliés. D’ailleurs, ce livre sera bientôt réédité sous la forme d’un roman à couverture souple avec la définition des mots difficiles et autres notes en bas de page pour faciliter la lecture, un préambule, des activités pour travailler la compréhension de texte et un dossier encore plus étoffé en fin d’ouvrage. À surveiller au courant des prochains mois!

Le point de vue du livre est clairement celui de personnes blanches, même si le personnage principal qui raconte son histoire est malgache. Il y a plusieurs maladresses dans le livre. Déjà, le titre: On compare les personnes oubliées sur l’île de Tromelin à Robinson Crusoé, qui, souvenez-vous, s’est aussi échoué sur une île et y est resté pendant des années. Sauf que, souvenez-vous aussi que Robinson Crusoé était à l’origine parti naviguer à la recherche d’esclaves africains. Ce n’était pas une petite croisière de plaisance! Dans le texte, on appelle même les Malgaches oubliés les « Robinsons noirs ». Pourquoi donc cette comparaison avec une personne blanche qui, plus est, était esclavagiste?

Ensuite, tant l’autrice que l’illustratrice sont des personnes blanches. J’aurais été intéressée à connaître l’opinion et le point de vue de personnes malgaches sur cette histoire qui est la leur. Et puis, le récit s’attarde longuement aux Blancs et à ce qu’ils ont fait et à ce qu’ils n’ont pas fait: les Blancs ont trouvé de l’eau, les Blancs ne partagent pas leur nourriture, les Blancs construisent un abri pour eux seulement, les Blancs ont menti et n’ont pas tenu leur promesse, les Blancs ont abandonné les Malgaches, les Blancs ne reviendront pas, les Blancs sont revenus, les Blancs se sont encore échoués, un autre Blanc s’est échoué, ce Blanc a encore abandonné les Malgaches, les Blancs sont venus sauver les derniers survivants, les Blancs ont déclarés libres les huit survivants une fois arrivés à l’Île de France… Oui, il y a quelques pages où Tsimiavo raconte un peu le quotidien sur l’île, mais on en apprend très peu sur comment les Malgaches ont survécu sur l’île, comment ils se sont organisés, quels genre de liens et système politique ils ont mis en place, quelles difficultés ils ont rencontrées, ce qui est arrivé des bébés nés sur l’île, ou sur les relations entre les insulaires. Dommage! Tous ces éléments sont relégués au dossier en fin d’ouvrage où une petite section intitulée « Comment ces hommes et ces femmes ont-ils survécu? » offre un peu plus d’information sur le sujet.

Enfin, et ça, ce n’est pas la faute des autrices, mais l’île où ont été oubliés les Malgaches nauvragés porte le nom du sauveur (blanc) venus les sortir de là, Jacques Marie Boudin de Tromelin de La Nuguy, un navigateur français.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  1. Quel est le titre du livre? Le sous-titre? Qu’évoquent-ils pour toi?
  2. Qu’est-ce que la page couverture de laisse deviner de l’histoire que tu vas lire?
  3. Qui est Robinson Crusoé? Pourquoi a-t-on appelé les naufragés malgaches ainsi?
  4. Après la lecture du premier chapitre: Qui parle? Que lui est-il arrivé? Que peux-tu dire du contexte dans lequel se déroule le récit? Les illustrations te laissent-elles deviner l’époque?
  5. Combien de temps après les événements du récit Tsimiavo raconte-t-elle son histoire?
  6. Que peux-tu dire des illustrations? Pourquoi certaines illustrations sont-elles en couleur et d’autres en noir et blanc?
  7. Apprends-en plus sur la traite négrière. Situe sur une carte l’île Maurice, Madagascar et l’île de Tromelin.
  8. Développe ton empathie: comment aurais-tu réagi si tu avais été à la place de Tsimiavo?
  9. Penses-tu qu’une telle histoire pourrait arriver encore aujourd’hui? Pourquoi ou pourquoi pas?
  10. Fais une recherche à la bibliothèque sur les îles inhabitées du monde.
  11. Fais une recherche à la bibliothèque sur la culture malgache.
  12. Vrai ou Faux? Les Blancs ont promis aux Noirs de les ramener en France s’ils les aident à construire une pirogue.
  13. Fais un résumé de chacun des chapitres. Note et trouve la définition des mots que tu ne comprend pas.
  14. Pourquoi, même sur une île déserte coupée du monde, les Blancs refusent-ils de partager leurs ressources avec les Malgaches? Quelle aurait été un meilleur comportement?
  15. Comment est-ce que le racisme était-il érigé en système à l’époque où le bateau fait naufrage? Pourquoi s’agit-il de racisme? Pourquoi s’agit-il d’un système? Quelles en sont les répercussions?
  16. À la fin du récit, les 8 survivants sont déclarés libres par les Français. À ton avis, qu’est-ce que la liberté? Qui décide qui est libre et qui ne l’est pas? Les naufragés étaient-ils libres sur leur île?
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Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo
AUTEUR(S)
: Alexandrine Civard-Racinais & Aline Bureau
ÉDITION: Belin Jeunesse, 2016 / 2021
ISBN: 9782701198903 
/ 9791035802622
PRIX: 9,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Catfish: le voyage d’un esclave vers la liberté, ou encore Coton Blues, deux albums sur la traite négrière. Essayez aussi Aïna, Lalatiana et Alisoa vivent à Madagascar.

Bintou la casse-cou

Bintou est une petite fille qui adore poursuivre les poules pour les attraper. Un jour, en suivant une volaille dans un arbre, elle tombe et se fait mal au pied. Incapable de courir comme avant, elle trouve un moyen d’attirer les volatiles en semant des graines.

Bintou a un talent particulier. C’est la meilleure de son village pour attraper les poules! Sa soeur Sadia est forte en orthographe, son amie Fatima est rapide pour tresser les cheveux, son frère Bilal est courageux devant les boeufs… Mais Bintou est forte pour attraper les poules, rapide pour attraper les poules et courageuses pour attraper les poules!

Cet album est un véritable plaisir à lire à voix haute: il serait idéal pour l’heure du conte à la bibliothèque. Son grand format et ses illustrations pleine page en font un livre que l’on peut facilement présenter à un groupe. On retrouve un mot haoussa dans le texte, lorsque tout le village somme Bintou de ralentir: « Sannu, sannu! ». L’histoire prend une tournure inattendue à la fin, une belle surprise qui donne le goût de relire à nouveau tout de suite après avoir terminé. Fortement recommandé!

Coup de cœur!

Atinuke est une autrice originaire du Nigéria.

Je remercie les éditions des éléphants de m’avoir offert ce livre.

Bintou la casse-cou
AUTEUR(S) : Atinuke & Angela Brooksbank 
ÉDITION: Éditions des éléphants, 2020
ISBN: 9782372730884
PRIX: 27,95$
3 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Marilou la casse-cou, Bon appétit Jamela! ou Je suis en maternelle: le bobo, trois livres jeunesse dont les personnages principaux sont des enfants un peu (trop?) intrépides.

Je veux le même!

Mbiya et Kabibi sont deux sœurs qui ne cessent de se disputer et veulent à tout prix jouer avec les jouets de l’autre. Même à table, les querelles se poursuivent. Las de voir leurs filles se chamailler, leurs parents proposent un jeu qui devrait changer les choses

Mbiya et Kabibi est vraiment une chouette initiative de deux parents suisses d’origine congolaise qui ont pris conscience que la représentation d’héroïnes et héros noirs dans les livres pour les jeunes est déterminante lorsque leur fille leur a demandé pourquoi il n’y avait pas de personnages marrons dans ses livres préférés. Cette histoire raconte une tranche de vie d’une famille noire, sans que la couleur de peau ne soit au centre du récit. Quelle joie de pouvoir lire ce genre de livre qui normalise l’existence des personnes afro-descendantes!

La relation entre les deux sœurs est authentique et l’autrice parvient à capturer les émotions vives que ressent les enfants en bas âge: la jalousie, la frustration, la tristesse, la joie. C’est donc également un excellent livre si vous recherchez une histoire sur la gestion des émotions ou le développement de compétences sociales. Pour aller plus loin, vous pourriez ajouter ce livre à un réseau de livres sur le partage ou la fratrie.

Les illustrations m’ont beaucoup plu: les couleurs sont vives et l’angle choisi par l’illustratrice met en image le texte de manière directe, permettant à l’enfant de suivre facilement la lecture. Les illustrations sont également suffisamment descriptives et les visages des personnages suffisamment expressifs pour permettre à l’enfant de raconter sa propre histoire. C’est d’ailleurs un exercice intéressant à faire: demandez à votre enfant de vous inventer l’histoire en se basant sur les illustrations avant de lui lire le livre pour la première fois. Vous verrez, il aura beaucoup d’imagination, utilisera ses connaissances antérieures pour donner sens à ce qu’il voit et fera des inférences. Chez les enfants plus vieux (5-6 ans), vous pourrez également constater que les enfants sont capables de construire une trame narrative simple avec un début, un rebondissement et une fin, tout en utilisant des mots comme « il était une fois », « ensuite », « mais », ou « après » pour séquencer ses idées. C’est un exercice utile qui préparera votre enfant à l’entrée à l’école!

Le livre-objet est de qualité, avec une couverture rigide et du papier glacé, et on retrouve un bel équilibre entre le texte et l’image. Le texte est simple, mais pas simpliste; on y retrouve un vocabulaire accessible aux enfants, tout en y incorporant des mots potentiellement nouveaux comme « narquois », « bouder », « couvert » ou « sanglotant ». Lors de la lecture, n’hésitez pas à expliquer les mots que votre enfant ne comprend pas en utilisant un synonyme ou en donnant des exemples.

À la fin du livre, on retrouve un jeu d’association amusant à faire avec les enfants. Je vous conseille vivement ce livre que vous pouvez acheter sur le site de l’autrice. On y retrouve d’ailleurs également des coloriages gratuits mettant en scène Mbiya, Kabibi et leur famille.

Je remercie l’autrice Belotie Nkashama de m’avoir offert ce livre.

Belotie Nkashama est une autrice Suisse d’origine congolaise.

Je veux le même!
AUTEUR(S): Belotie Nkashama & Amélie Buri
Parution: 2020
ISBN: 9782970143901
3 à 6 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Émilie est envieuse, un album sur la gestion des émotions. Essayez aussi J’ai mal à mes cheveux, Little Nappy: quand maman m’aide à m’occuper de mes cheveux, deux livres écrits par des parents d’enfants noirs.