L’alerte au feu

Il fait très chaud dans les modules préfabriqués installés dans la cour, depuis que l’école a fermé pour cause de moisissures. Alors quand l’alarme incendie retentit, les élèves de madame Tzatziki sont bien contents de profiter de l’exercice pour prendre l’air. Seulement voilà, l’incendie était bien réel, et Marie et son ami Mustapha sont convoqués chez le directeur. Qui a déclenché le feu ? Est-ce Marie avec le grille-pain de la cantine ? Ou bien Marin, qui cherchait à éviter le contrôle de maths ? En voulant effacer les preuves du délit, les trois amis vont de surprise en surprise…

J’aime beaucoup le livre Le voleur de sandwich et je le recommande souvent aux enseignants qui visitent ma bibliothèque. L’alerte au feu est la suite tant attendue de ce roman drôle et intriguant, mais rassurez-vous, les deux livres peuvent très bien se lire de manière indépendante. Si vous n’avez pas lu Le voleur de sandwich, vous n’aurez aucun mal à apprécier L’alerte au feu.

On suit Marie et ses deux copains, Marin (dont elle est secrètement amoureuse) et Mustapha. Lorsqu’elle et Mustapha sont convoqués chez le directeur, celui-ci leur fait clairement comprendre qu’il les soupçonne d’avoir mis le feu à l’école. Les deux enfants auront plus tard une conversation à ce sujet dans la cours de récréation: Et s’il étaient soupçonnés seulement parce que Mustapha est noir et que Marie est une fille??

J’ai aimé le personnage de Mustapha: Nerveux, il se ronge les ongles et suit les règles à la lettre. Il est très inquiet à l’idée d’être accusé de pyromanie à cause de sa couleur de peau. Bon ami, il aidera tout de même Marie à accéder à l’école hors des heures de classe, même si c’est interdit. Il pensera même à apporter de l’équipement pour les protéger des champignons dans l’école et dissimuler leurs traces. Il a un rôle important dans l’histoire et sa présence reflète celle des enfants racisés dans les écoles québécoises.

Le livre mélange les genres et passe sans tracas de la bande dessinée à l’album illustré. C’est un livre hybride, à la présentation matérielle de qualité et à l’histoire pleine de suspense. J’ai adoré! Idéal pour les classes de primaires: les élèves adoreront!

Coup de cœur!

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L’alerte au feu
AUTEUR(S)
: André Marois & Célia Marquis
ÉDITIONLa Pastèque, 2020
ISBN: 9782897770938
PRIX: 18,95$
7 à 11 ans

Cours!

Cours! Davide CaliDepuis qu’il est petit, Ray se bat tout le temps. Maintenant qu’il est au collège, la colère continue à le submerger. Jusqu’à l’arrivée d’un nouveau proviseur qui, au lieu de le punir, lui propose de se battre contre lui.

Quoi ne pas aimer de cet album? Il est tout simplement sublime; je l’ai adoré! Je l’ai lu plusieurs fois au cours des dernières années et chaque fois, j’ai la larme à l’œil. L’auteur a un style efficace et poignant. Il maîtrise parfaitement son récit et nous le livre de merveilleuse façon. L’histoire est courte, mais on a suffisamment le temps de connaître et de s’attacher à Ray ainsi qu’à ce qu’il vit. D’ordinaire, je suis plutôt indifférente aux variations typographiques dans les livres jeunesse, mais dans « Cours!« , elles sont utilisées à bon escient et avec parcimonie, toujours pour mettre l’emphase sur une émotion ou un événement important. L’histoire est comme une boucle: le jeune ray aidé par son directeur d’école, trouvera un sens à sa vie et un moyen de canaliser sa colère. Plus tard, il deviendra lui aussi directeur d’école et prendra sous son aile un jeune étudiant qui lui le garçon qu’il était.

« Cours! » traite de racisme, mais sans tomber dans le piège du sauveur blanc. Le directeur, un homme blond ancien boxeur, aidera le jeune Ray à utiliser la tempête qui tourbillonne en lui pour dépasser ses limites plutôt que de donner des coups aux idiots de l’école. Avec son aide, Ray découvrira comment le sport peut l’aider à grandir et que dans la vie, « parfois il faut juste arriver à la fin, même sans gagner ». Rapidement, le directeur d’école s’efface pour donner toute la place au jeune garçon qui trouvera sa propre voie. De plus, on ne remet pas en question le racisme dont Ray est victime. Il est là, il existe, et Ray souhaite simplement qu’on le considère qu’on un être humain à part entière.

Cours davide cali maurizio quarello 2

Les illustrations participent autant que le texte pour nous raconter l’histoire de ce garçon noir victime de racisme et en colère. Par exemple, le livre s’ouvre sur une illustration d’un homme noir cravaté qui se regarde dans le miroir, annonçant ainsi un flashback, sans que ce soit dit explicitement dans le texte. Le coup de crayon est franc et précis. La palette de couleurs aux tons neutres et feutrés donnent l’impression d’être des photographies de générations passées. J’ai été habitée par ce livre longtemps après l’avoir terminé. Vous DEVEZ absolument le lire!

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  • Qui est l’homme de la page 1 qui se regarde dans le miroir? Observe son allure: que peux-tu supposer de lui? De quel milieu social vient-il? Quels sont les membres de sa famille? L’homme dit habiter dans un quartier pauvre. En faisant le lien avec l’illustration, penses-tu que c’est toujours le cas?
  • Quel est le lien entre l’homme de la page 1 et le garçon de la page 2?
  • Comment Ray est-il décrit au début du livre?
  • Quels sont les sentiments qui habitent Ray au début du récit? À la fin du récit?
  • Où se déroule l’histoire? Quels sont les éléments qui te permettent de supposer que l’histoire se déroule aux États-Unis?
  • À quelle époque se déroule l’histoire? Comment peut-on le déduire?
  • Pourquoi penses-tu que le directeur Chapman agit si gentiment avec Ray? T’attendais-tu à cette réaction de sa part?
  • Qui sont Joe louis, Sonny Liston, Joe Frazier, George Foreman et Mohamed Ali? À quelle époque vivaient-ils? Quel rôle est-ce que le sport a joué dans la vie de ces personnes (en termes de mobilité sociale, par exemple et de lutte contre le racisme)?
  • Discutez en classe du concept de transmission des valeurs, de la famille choisie, de la filiation.
  • Effectue une recherche à la bibliothèque sur les boxeurs mentionnés dans le texte et sur le contexte social dans lequel ils ont vécu.
  • Relève dans le texte un champ lexical autour de la course (cours, avoir du souffle, foulée, marathon, la piste de course, entraînement, etc.)

Enseignants, vous pouvez aussi amenez les élèves à faire le lien entre le directeur Chapman et la figure du père manquante dans la vie de Ray. Interrogez vos élèves: Qu’est-ce qui confère à Chapman cette figure paternelle? Je vous garantis que cet album aura du succès auprès de vos élèves. Et puis, c’est toujours très intéressant d’exploiter l’album avec des enfants plus vieux (ils sont habitués aux romans, mais les albums, beaucoup moins. Ils seront étonnés de constater que l’album ne se limite pas aux histoires pour la petite enfance!)

 

Cours davide cali maurizio quarello 3

Coup de cœur! 

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Cours!
AUTEUR(S)
: Davide Cali & Maurizio A.C. Quarello Bouton acheter petit
ÉDITION: Sarbacane, 2016
ISBN: 9782848659015
PRIX: 22,95$
10 ans et plus

 

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nina2    mohamed ali

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Dorothy Counts: Affronter la haine raciale

Dorothy Counts affronter la haine racialeEn 1957, pour la première fois une adolescente noire de 15 ans, Dorothy Counts, s’inscrit dans un lycée ségrégationniste de Caroline du Nord. Il va lui falloir un courage incroyable pour affronter la haine raciale la plus abjecte, les crachats, les insultes, les menaces de mort…Un adolescent, témoin de cette haine, revoit des années plus tard Dorothy et lui dit son admiration : « Dorothy… vous aviez un tel courage… vous étiez magnifique ! Vous avanciez, malgré les coups, les cris, les rires mauvais… »« J’ai essayé de marcher vers vous, j’aurais voulu pousser la méchante femme qui hurlait, qui ordonnait aux filles de vous cracher dessus… Mais j’étais paralysé : je n’arrivais pas à avancer. »

J’ai adoré ce livre. C’est une sorte de docu-fiction car si Dorothy Counts a véritablement existée, l’auteure a choisi d’imaginer ces moments où l’adolescente a été première élève afro descendante d’une école secondaire de l’Amérique ségrégationniste. Je connaissais déjà un peu Élise Fontenaille pour avoir déjà lu son roman Ében ou les yeux de la nuit qui d’ailleurs m’avait beaucoup plu. Quel plaisir de la relire par le biais de la collection Elles ont osé! d’Oskar Éditeur. Ce court roman coup de poing de quelques pages à peine fera réfléchir vos préados et vos ados qui s’éveillent à l’identité raciale et à la complexité du concept de privilège. Il aide aussi à comprendre les blessures profondes d’une Amérique qui encore aujourd’hui n’a pas cicatrisé ses plaies (récemment tristement illustré par la mort de George Floyd, un autre homme noir non armé, aux mains d’un policier blanc au Minnesota en mai 2020). Ils ne seront pas déçus (et vous non plus, car bien sûr, vous devez absolument le lire aussi).  Un livre excellent !

Un livre jeunesse pour souligner le Mois de l’Histoire des Noirs.

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DOROTHY COUNTS : AFFRONTER LA HAINE RACIALEBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Élise Fontenaille
ÉDITION: Oskar éditeur, 2019
ISBN: 9791021406759
PRIX: 19.95$
À PARTIR DE 11 ANS

 

Ce livre vous a plu ?
Vous aimerez peut-être Eben ou les yeux de la nuit, de la même auteur. Essayez aussi Ruby tête haute, un livre sur l’histoire vraie de vraie de Ruby Bridges, l’une des premières enfants noires à intégrer une école pour Blancs aux États-Unis.

Eben-ou-les-yeux-de-la-nuit      Ruby tête haute

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Le souci de Calie

souci de calieCalie adore être Calie. jusqu’au jour où elle découvre un souci. Au début, ce n’est pas un gros souci, alors tout va bien. mais il commence peu à peu à grandir. Il grandit et grandit, et maintenant, Calie se sent triste. Comment la petite fille pourra-t-elle se débarrasser de son souci et commencer à se sentir de nouveau elle-même?

Le personnage principal, Calie, est une petite fille heureuse qui apprécie se balancer très, très haut, manger de la crème glacée les beaux jours d’été, explorer le jardin et lire (j’ai d’ailleurs souri au clin d’œil de l’auteur où on aperçoit Calie lire nul autre que Guerre de Paix et Léon Tolstoï).

Dans le livre, le soucis est un gribouillage jaune éclatant qui grossit de plus en plus, jusqu’à prendre beaucoup trop de place. J’ai aimé que l’auteur ait choisi une telle représentation d’une émotion habituellement associée à la négativité. Un jaune éclatant pour représenter une inquiétude ? Mais oui, pourquoi pas ? Surtout que ça me fatigue toujours à chaque fois qu’un auteur choisi le noir pour illustrer ce qui est négatif. Non pas que le noir soit un mauvais choix, c’est plutôt le fait qu’on ait choisi ce même mot, « Noir », pour qualifier les personnes racisées. Très jeune, vers 8 ou 9 ans, cela m’avait déjà marqué négativement: Pourquoi est-ce que tout ce qui est noir est négatif et mauvais ? me demandais-je. Je SUIS Noire ! Est-ce que ça veut dire que je suis mauvaise aussi ? Que je suis non désirable ? Qu’on se comprenne bien, si on utilisait le mot « Brun » pour désigner les personnes ayant ma couleur de peau, je n’aurais pas faire ce lien dans ma petite tête d’enfant.

souci de calie 2

Les illustrations de Le Souci de Calie  sont magnifiques et rassurantes d’une certaine manière. Les ombrages sont particulièrement réussies et la couleur est significative tout au long de l’histoire. En effet, au début du récit, le monde de Calie est assez coloré: le vert des feuilles du jardin, le turquoise des fleurs des plates-bandes, le orange de ses jouets. Le jaune, en fond, pourrait bien être le soleil qui éclaire le ciel. Mais au fur et à mesure qu’on avance dans notre lecture, on se rend compte que ce jaune ne veut pas dire ce qu’on pensait. Le monde autour de Calie devient lui aussi de plus en plus gris et terne alors que le soucis grossit de plus en plus. Lorsqu’elle rencontrera un garçon ayant lui aussi un soucis (bleu), elle lui demandera ce qui le préoccupe. C’est en discutant et partageant son soucis avec une autre personne que celui-ci finira par disparaître et que le monde retrouvera ses couleurs. Cette histoire touchante, qui a l’avantage de mettre les choses en perspective, est un incontournable pour garnir la bibliothèque des petits et les aider à gérer leurs émotions.  Une belle leçon de vie !

Coup de cœur ! 

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Le souci de CalieBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Tom Percival
ÉDITIONSCHOLASTIC, 2019
ISBN: 9781443174237
PRIX: 11, 99$
À PARTIR DE 3 ANS

 

Ce livre vous a plu ?
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disparais escoffier      J'en ai assez de la première année

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Rêve plus haut que la tour Eiffel !

Rêve plus haut que la tour Eiffel

C’est jeudi. la maîtresse de khadi a prévu d’emmener ses élèves à la tour Eiffel. mais avant, ils passeront leur matinée en classe, à discuter autour d’un thème. Celui proposé aujourd’hui est le mot « rêve ». les élèves parleront de leurs rêves, mais khadi estimera que le sien est sans doute un peu trop grand pour elle….

Rêve plus haut que la tour Eiffel! est le deuxième livre de la série Je suis khadi!. J’ai d’ailleurs lu avec intérêt le premier livre, J’ai mal à mes cheveux. Ici, on retrouve Khadi et sa meilleure amie Lilas alors qu’un débat scolaire sur les rêves éveille en elles un désir de se réaliser. Ce récit du quotidien met en scène une jeune fille noire et constitue un modèle positif pour les lectrices racisées à la recherche de représentation en littérature. Le propos est intelligent et les illustrations m’ont plu, même si l’équilibre entre les deux aurait pu être meilleur. À lire !

Pistes d’exploitation en milieu scolaire ou en famille:

  • Quelle est la différence entre un rêve que l’on fait la nuit et un rêve qu’on entretien toute la vie ?
  • Demande à un adulte de ton entourage qu’elle était son rêve lorsqu’il avait ton âge.
  • Pourquoi dit-on qu’il faut rêver plus haut que la tour Eiffel ? Pour les enfants québécois, on pourrait dire: Rêve plus haut que la tour du stade olympique ! Ou encore rêve plus haut que le Mont-Royal !
  • Quel est ton rêve ? Que pourrais-tu faire pour qu’il se réalise ?
  • Quels sont les rêves des camarades de classe dans le livre ?
  • Fait une recherche à la bibliothèque sur les conditions de vie des enfants du monde. Qu’est-ce qui te distingue d’un écolier belge ? Congolais ? Coréen ? Cubain ? Burkinabé ?
  • Fait une recherche à la bibliothèque sur des gens qui ont changé le monde (y a-t-il un personnage historique qui t’a le plus marqué ? Que tu admires ?)

Je remercie l’auteure Vanessa Yath de m’avoir offert ce livre.

Venessa Yath est une auteure française.

Venessa Yatch

Haneek.s est une illustratrice originaire de la Guadeloupe. Elle vit à Paris.

Haneeks

Auteur(s) / illustrateur(s) : Venessa Yatch & Haneek.s
AutoéditionBouton acheter petit

Année de publication: 2019
ISBN: 9782956770323
Public cible: 9 ans et plus

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Les écoles du bout du monde: Le trésor de Kolgrogogo

Le trésor de KolgrogogoAu village de Kolgrogogo, Boniface se rend à l’école par un sentier de brousse, comme d’habitude. Sauf que ce matin, il trouve une bague en or sur le chemin ! Au cours de la journée, tout va mal pour Boniface et le garçon se demande si le trésor n’est pas la cause de tous ses malheurs. Que peut-il bien faire de cette bague maudite ?

Ce roman lumineux nous plonge dans le quotidien d’un garçon gentil et vif d’esprit au Burkina Faso. Le texte se lit facilement et se présente dans une mise en page aérée et équilibrée, comme les éditions Auzou savent si bien le faire. Les chapitre, d’une dizaine de pages, se terminent toujours sur une note mystérieuse qui nous donne le goût de continuer notre lecture.

Même s’il s’agit du 6ème tome de la série, Le trésor de Kolgrogro se lit très bien de manière indépendante. D’ailleurs, je vous garanti qu’il vous donnera envie de découvrir les autres tomes de la série qui vous verront voyager en Nouvelle-Zélande, en Angleterre, au Viet-Nam, et même à Montréal. Boniface, le personnage principal, vit en région rurale et aide sa mère à aller chercher de l’eau et à s’occuper du bétail. Même si on comprend à la lecture de ce roman que la communauté où vit Boniface n’est pas riche, il se dégage une atmosphère de camaraderie et de positivisme de sa vie au Burkina Faso. Et quel plaisir de comparer sa vie à l’école avec celle de Boniface; la récréation, la salle de classe, la cloche qui signale la reprise des cours, le chemin de l’école, le tableau de classe, les pupitres, etc. Un roman fantastique que je vous conseille vivement pour vos lecteurs autonomes du primaire !

Je remercie les éditions Auzou de m’avoir offert ce livre. 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Didier Dufresne & Caroline Piochon
Maison d’édition: Auzou
Année de publication: 2017Bouton acheter petit
ISBN: 9782733800553
Public cible: 8 ans et plus
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Le crayon et le collier

crayon et le collierFerme un instant les yeux. Tu ne connais pas ton âge, ta vie est toute simple… Tu ne sais pas ce qu’est une école parce qu’il n’y en a jamais eu là où tu habites… Dans ton village, il n’y a pas d’électricité, pas de télé, pas d’eau au robinet, pas de salle de bains, pas de boutiques, pas de médecin… Loin de chez toi, des gens inconnus décident qu’il faut que tu apprennes à lire et à écrire… Le jour de ton entrée à l’école, une dame rousse dépose devant toi un crayon jaune… tu n’as jamais vu ça… Il y a de quoi se poser mille questions, non?

Ce livre peut être utilisé facilement en classe. D’ailleurs, le site québécois Livres Ouverts offre plusieurs pistes de réflexion et d’exploitation par des groupes scolaires de 2ème et 3ème cycle. Le récit s’intéresse à la découverte de la connaissance et à l’importance de l’éducation. Le livre se termine par un « Carnet de Route » où on en apprend davantage sur ce qui a poussé l’auteur à écrire ce livre, sur la faune et les populations humaines d’Afrique et du Kenya, sur les ONG et missions religieuses en Afrique, etc.

Je suis personnellement un peu fatiguée de lire continuellement des livres écrits par des personnes blanches sur d’autres personnes blanches qui débarquent chez une population noire pour les « sauver » ou les « éduquer ». Bien sûr, le monde dans lequel nous vivons facilite dans la réalité cette dynamique. Mais ce qui m’irrite le plus, c’est de constater que même lorsque nous avons l’opportunité d’inventer des récits, nous racontons bien souvent les mêmes histoires et ce, d’une façon réductrice pour les personnes noires. Kouria, le personnage principal est présenté comme si sa vie était incomplète avant l’arrivée de la dame (blanche) venu enseigner dans la nouvelle école de son village. Comme j’aurais aimé connaître davantage sa culture, son quotidien, ses connaissances, les savoirs des membres de son village, ses aspirations, ses rêves. Dommage.

Le livre s’adresse directement aux enfants occidentaux. Il a tout de même le mérite de les placer face à leur propre privilège (celui d’avoir l’opportunité d’aller à l’école tous les jours). À la suite de la lecture de ce livre, pourquoi ne pas entammer une discussion avec les enfants sur le privilège?

Auteur(s) / illustrateur(s) : Angèle Delaunois & Daniela Zékina
Maison d’édition: Éditions Pierre Tisseyre
Année de publication: 2001
ISBN: 2890517748
Public cible: 8 à 11 ans
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Des mensonges dans nos têtes

Des mensonges dans nos têtes1959, en Virginie. C’est l’histoire de deux filles qui croient qu’elles se détestent parce qu’elles n’ont pas la même couleur de peau et qu’elles ne sont pas nées du même côté.
C’est l’histoire de Sarah et Linda qui croient qu’elles se détestent mais c’est aussi l’histoire de l’année où tout va changer parce que les mensonges des autres vont voler en éclats et que les vies, les cœurs de Sarah et Linda vont s’en trouver bouleversés pour toujours…

C’est d’abord le sujet du livre qui m’a interpellé. Une histoire d’amour impossible entre deux adolescentes dans les États-Unis en pleine lutte pour les droits civiques, je n’avais jamais lu quelque chose de semblable auparavant. Le roman débute tout de go lors de la rentrée scolaire. Racisme, insultes lancées à tue-tête, ici scandés par la foule d’élèves blancs (« Un, deux, trois, l’intégration on n’en veut pas ! »), là crachés par des dizaines d’élèves croisant le passage de Sarah, jeune fille noire surdouée intégrant une école pour Blancs. « Sale négresse qui pue! » par-ci, ricanements, dénigrements et déchets lancés par-là… C’est très dur à lire et ça dure près de la moitié du roman. Cela m’a agacé, car même si le contexte historique a permis tant de haine, plutôt que de faire avancer l’histoire, l’auteur consacre plusieurs pages à ses effusions de racisme.

J’ai eu un malaise constant en lisant ce roman. Voilà cette femme américaine, blanche, qui fait parler une personne noire (fictive, mais s’inspirant de personnes ayant réellement existées), et qui semble carburer aux insultes racistes. « Black Twitter », ces afro-américains qui échangent en 140 caractère sur les réseaux sociaux (parfois en étant totalement ignorés par la majorité blanche) n’ont pas manqué de le soulever également. Et ce, pour plusieurs raisons (traduction libre de quelques propos recueillis sur Twitter concernant la version originale du roman, The Lies We Tell Ourselves. Notez que ces propos ne sont pas les miens):

  • Quelqu’un peut-il me dire pour qui a été écrit ce roman ?? V’là 100 pages d’insultes en continu envers les Noirs.

  • Auteurs blancs, écoutez ceci: Quand vous écrivez un livre sur le racisme, votre livre est automatiquement catégorisé comme ayant un « White Gaze » [c’est-à-dire un regard Blanc sur la chose, n’abordant que la vision des Blancs sur le racisme].

  • OH MON DIEU, LADY [c’est-à-dire l’auteure], comment as-tu pu penser que c’était ta place d’écrire ceci ?

  • Je deviens vraiment frustrée lorsque les gens donnent de bonnes critiques à ce livre.

Bref, vous l’aurez compris, les gens étaient plutôt furieux. Que l’on soit d’accord ou pas avec cette colère, cette situation fait réfléchir et mérite qu’on y porte attention. L’idée n’est pas d’interdire les personnes blanches d’écrire sur le racisme ou de créer des personnages noirs dans leurs œuvres. L’idée est pour ces personnes blanches d’être conscientes de leur « blanchitude », de leur regard, de leur privilège. L’idée est aussi de réaliser que pendant que les personnes blanches parlent « pour nous », les médias accordent peu de place aux artistes noirs, et qu’il est difficile de parler pour nous-mêmes. L’idée, enfin, est d’être conscient de trois choses cruciales : QUI parle ? POUR QUI parle-t-on? POURQUOI parle-t-on de ceci ?

L’auteure Robin Talley, ayant eu vent de la controverse entourant son roman, s’est par la suite excusée sur sa page officielle, se disant « reconnaissante à ceux qui ont soulevé ses problématiques » et souhaitant « s’excuser profondemment pour les blessures [qu’elle a] occasionnées ». Elle dit avoir « appris » de cette expérience et prend les points soulevés par ses détracteurs « très, très au sérieux. » Elle ajoute que lorsqu’elle a écrit ce roman en 2010, elle a « fait ses recherches », mais n’a pas « pris un moment de recul pour [se] demander si [elle] devai[t] raconter cette histoire en premier lieu. » Elle semble avoir compris que nonobstant les recherches qu’elle puisse avoir effectuées, son écriture était, par nature, limitée par sa propre expérience.

Oh, well.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Robin Talley
Maison d’édition: Mosaic Bouton acheter petit
Année de publication: 2014
ISBN: 9782280338677
Public cible: Ados

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