Je ne meurs pas avec toi ce soir

Lorsqu’une dispute entre un lycéen noir et un lycéen blanc se transforme en émeute raciale et gagne la ville, Campbell, blanche, et Lena, noire, camarades qui se connaissent à peine, fuient le lycée et traversent la ville ensemble pour aller retrouver le petit ami de Lena. Ces heures angoissantes sont pour elles l’occasion d’apprendre à se connaître et à dépasser leurs préjugés. Premier roman.

J’ai commencé ce roman sans trop d’attentes. Le résumé en quatrième de couverture laissait entrevoir une histoire déjà maintes fois exploitée en littérature jeunesse américaine ces dernières années. La page couverture ne me plait pas particulièrement non plus. Toutefois, j’ai beaucoup aimé ce roman pour son traitement du sujet de manière nouvelle. Plutôt que de s’intéresser aux impacts d’une émeute raciale sur les personnages principaux, les autrices racontent comment se vivent ces événements de l’intérieur. Ainsi, en tout juste 232 pages, c’est un feu roulant qui défile sous nos yeux, des premiers éclats de violence au chaos qui, en une nuit, rapprochera deux jeunes adolescentes que tout oppose et qui devront se faire confiance afin de survivre.

Lena est une jeune fille noire américaine à la mode, qui se soucie avant tout des marques de ses vêtements et de son amoureux. Elle sait qu’un jour, elle sera célèbre. Campbell est une adolescente blanche qui fait tout pour ne pas attirer l’attention. J’ai aimé voir ces deux personnalités se confronter tout au long du roman: La naïveté de Lena et le côté terre-à-terre de Campbell, la conscience raciale de Lena et la manière dont Campbell choisi de ne pas voir ses propres préjugés.

La relation entre Lena et son amoureux pourri, Black, illustre la manière dont on refuse parfois de voir les choses qui sont juste sous notre nez. Ce dernier doit son surnom à sa famille qui le lui a donné, non seulement car il a la peau la plus foncée de la famille, mais aussi parce que enfant, il était toujours d’humeur sombre et calme. À ce sujet, Lena fera le commentaire suivant: « Si Black était une fille, son teint d’un noir intense lui vaudrait des moqueries, et personne ne voudrait sortir avec elle. Toutefois, comme c’est un homme, cette couleur de peau a fait de lui un séducteur. » (p. 28). Ainsi, les autrices n’hésitent pas à aborder un sujet comme le colorisme et le sexisme. On retrouve à plusieurs reprises dans le roman cette conscience raciale, toujours amenée avec doigté.

Tout comme Lena qui s’entête a rester dans une relation amoureuse malsaine alors que son entourage ne cesse de lui dire que quitter Black, Campbell préfère (peut-être inconsciemment) de ne pas voir les tensions raciales, le ghetto, les injustices. Cette nuit d’émeute sera pour les deux adolescentes une manière de s’ouvrir les yeux.

Ce roman à deux voix est écrit par deux autrices américaines: Gilly Segal, blanche, prête sa plume à Campbell, alors que Kim Jones, noire, prête sa voix à Lena. Le roman s’inspire d’un incident qui s’est produit lors des émeutes de Baltimore en 2015. Segal et Jones ont effectué plusieurs recherches afin que ce roman soit le plus proche de la réalité que possible. Elles ont interviewé des agents du SWAT Team pour comprendre les étapes qui suivent les forces armées durant un tel événement. Elles ont aussi rencontré plusieurs survivant.e.s des émeutes de Philadelphia, Los Angeles et Ferguson pour connaître la manière dont ils.elles ont vécu ces événements. Voilà donc un premier roman hautement réussi que je vous conseille vivement!

Kimberly Jones est une autrice américaine. Elle est photographiée ici avec la co-auteure de Je ne meurs pas avec toi ce soir, Gilly Segal.

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Je ne meurs pas avec toi ce soir
AUTEUR(S): Kimberly Jones & Gilly Segal
ÉDITION: Milan, 2020
ISBN: 9782408009274
PRIX: 24,95$
13 ANS ET PLUS

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Signé poète X

Harlem. Xiomara a 15 ans et un corps qui prend plus de place que sa voix : bonnet D et hanches chaloupées. Contre la rumeur, les insultes ou les gestes déplacés, elle laisse parler ses poings. Étouffée par les préceptes de sa mère (pas de petit ami, pas de sorties, pas de vagues), elle se révolte en silence. Personne n’est là pour entendre sa colère et ses désirs. La seule chose qui l’apaise, c’est écrire, écrire et encore écrire. Tout ce qu’elle aimerait dire. Transformer en poèmes-lames toutes ses pensées coupantes. Jusqu’au jour où un club de slam se crée dans son lycée. L’occasion pour Xiomara, enfin, de trouver sa voix.

Ces dernières années, j’ai réalisé que j’aimais beaucoup les romans en vers. Encore plus si ce sont ces romans pour ados et jeunes adultes. Signé poète X est exactement l’un de ces romans. Il est écrit par une femme afro-latina et aborde des thématiques contemporaines telles que l’harcèlement sexuel, la détermination de soi, la religion, les relations entre des parents immigrants et leurs enfants qui ne le sont pas, le consentement et le plaisir des femmes.

Xiomara n’a que 15 ans, mais a des seins bien développés et des hanches chaloupées, ce qui lui attire le regard des hommes et bien des gestes déplacés à son égard. Elle est abordée dans la rue. Des mains baladeuses lui touche les fesses. Des hommes âgées tentent de la ramener chez eux. Elle est insultée lorsqu’elle refuse. Le problème pour Xiomara n’est pas son corps, car elle l’accepte et y est à l’aise. Le problème est le fait qu’on l’hypersexualise, qu’on la réduise à ses formes. Pour sa mère, par contre, ce corps donne à Xiomara accès à une vie sexuelle qu’elle condamne. Car si Xiomara est prête à avoir une relation avec un garçon, sa mère la veut chaste et dévouée à Dieu. Ces positions opposées seront à la source de plusieurs conflits entre l’adolescente et sa mère. Xiomara veut être libre et maître de son corps. Elle se sent prête à explorer ses sentiments amoureux et sa sexualité, mais pas n’importe comment et avec n’importe qui, même si la société lui renvoi sans cesse l’image d’une dévergondée. J’ai trouvé que l’auteure a su bien saisir les enjeux du corps et de la sexualité des femmes et des filles: d’un côté on les réduit à leurs formes, on leur dit qu’elles doivent se soumettre aux fantasmes des autres; de l’autre on les pointe du doigt lorsqu’elles souhaitent avoir une vie amoureuse épanouie.

Un jour, une enseignante de Xiomara diffuse en classe la vidéo d’une femme noire qui slame sur scène et qui parle de « ce que ça fait d’être noire, et d’être une femme, et des critères de beauté selon lesquels elle est pas belle. » (p.85). Pour Xiomara, ce sera comme une révélation: « On est différentes, cette poétesse et moi. On se ressemble pas, on vient pas du même monde. Pourtant on est presque pareilles quand je l’écoute. Comme si elle m’entendait. » (p.85) Xiomara est latina et on retrouve quelques mots ici et là en espagnol. La culture dominicaine est bien présente dans la famille, et les enfants en sont fiers. Toutefois, c’est le côté conservateur de la culture familiale avec lequel ils ont plus de difficulté: Xiomara souhait s’émanciper en tant que femme, alors que son frère jumeau doit cacher son homosexualité. La thématique de la différence est aussi abordée dans la relation entre Xiomara et son amoureux, très talentueux en patins à glace, mais qui n’a jamais pu explorer cette passion car son père considérait que c’était une activité féminine inappropriée pour les garçons. À ce sujet, Xiomara écrira avec beaucoup de sagesse:

Il a un sourire triste. Et je pense à tout ce qu’on pourrait être si on nous disait pas que nos corps sont pas faits pour. (p. 207).

Avec une prodigieuse économie de mots et un ton percutant, Signé poète X est un roman fort qu’on lit d’une traite, en une matinée. Je vous le recommande chaudement.

* Prix National Book Award for Young People’s Literature en 2018.

* Médaille 2019 Carnegie pour le meilleur livre jeunesse publié au Royaume-Uni.

Elizabeth Acevedo est une autrice afro-latina. Elle habite aux États-Unis.

Signé poète X
AUTEUR(S) : Elizabeth Acevedo 
ÉDITIONNathan, 2019
ISBN: 9782092587294
PRIX: 29,95$
14 ANS ET PLUS

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Jem et les Hologrammes (tome 1): Showtime!

L’adaptation de la série animée du Club Dorothée en comics. Jerrica Benton, alias Jem, est la fille du patron de la maison de disque Starlight. A la mort de ce dernier, elle hérite de la moitié des parts et d’une pension pour orphelines qu’elle gère avec sa soeur Kimber. Face à la malhonnêteté de l’ancien associé de son père et des Misfits, ses chanteuses, Jerrica monte son propre groupe pop-rock.

Je suis trop jeune pour avoir écouté la version originale de Jem & The Holograms à la télé dans les années 80. Je connaissais de nom, bien entendu, mais je ne me suis jamais arrêtée pour l’écouter, ni pour regarder le film sorti en 2015. Mais mes amies plus âgées que moi ne cessaient de me dire que, me connaissant, je devrais adorer la franchise. Des filles qui font de la musique dans un univers éclaté et qui écrasent les stéréotypes de genre, ça devrait me plaire! Et elles n’avaient pas tort! (Merci, les amies! 😉 ) J’ai beaucoup aimé l’univers de ces quatre musiciennes qui tentent de percer dans le domaine. Je les ai trouvées vraiment cool avec leurs costumes, leur maquillage extravagant et leur façon d’être totalement libres.

L’histoire est faite de rivalités, de concours musicaux, d’amitié et d’amour. Le groupe de Jem est constitué d’une blanche timide, d’une lesbienne, d’une grosse et d’une noire. Leurs rivales, les Misfits, est un groupe constitué d’une métisse grosse et lesbienne, d’une noire immigrée du Royaume-Uni, et de deux blanches. J’ai aimé cette diversité raciale, corporelle et identitaire que l’on voit trop peu en littérature jeunesse! Tous ces personnages principaux, chacun dans la vingtaine, ont une personnalité différente et tous pourront se reconnaître en elles. L’histoire ne se déroule pas dans les années 80, mais plutôt de nos jours, avec son lot de technologie et de réseaux sociaux. Je ne saurais dire si cette adaptation déplaît aux fans de première heure, mais pour une personne qui ne connaissait pas du tout l’univers, j’ai bien aimé!

J’ai aussi aimé la palette des couleurs pastel utilisée: le rose bonbon, le bleu pâle, le vert électrique, le jaune canari et le mauve sur fond blanc immaculé. Il y a quelques coquilles au niveau de l’encrage ici-et-là, mais un œil non avisé pourrait ne même pas les voir passer. Bref, j’ai vraiment aimé cette bande dessinée et je continuerai sans doute la série!

Connaissez-vous Jem et les Hologrammes? Aviez-vous écouté la série télé originale? Avez-vous lu l’adaptation BD?

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Jem et les Hologrammes, 1: Showtime!
AUTEUR(S): Kelly Thompson, Sophie Campbell & Maria Victoria Robado
ÉDITION: Glénat, 2017
ISBN: 9782344017715
PRIX: 24,95$
13 ANS ET PLUS

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Les chroniques d’Under York (tome 1): La malédiction

Situé dans les profondeurs de New York, l’Under York est un lieu mystérieux où règnent cinq clans de sorciers issus des principales communautés du pays, qui pratiquent une magie aussi puissante que dangereuse. Bannis depuis toujours de la surface, ils influent en secret sur la vie de ses habitants. Alison Walker, jeune peintre prometteuse, a fui cet univers. Mais voilà que le passé la rattrape.

Un scénario prenant, des personnages crédibles et des dessins dignes des canons des univers Marvel et DC Comics, Les Chroniques d’Under York a tout pour plaire. Le scénariste belge Sylvain Runberg y raconte l’histoire d’Alison, une jeune sorcière qui veut oublier d’où elle vient pour se consacrer à sa passion (l’art), le tout dans un style d’Urban Fantasy fascinant. Alison est une fille métisse de 22 ans dont les ancêtres béninois ont été amenés de force aux États-Unis durant la traite négrière au XVIIIe siècle. Sa ville, New York, est celle de personnes venus de partout dans le monde, et on retrouve beaucoup ce côté cosmopolite dans le récit. J’ai été transportée hors de mon quotidien en lisant cette bande dessinée: les sociétés de l’Under York divisées en 5 grands clans, les mythes, la vie sous-terraine des mole people… Tout y est pour faire oublier le quotidien. Le monde créé par Runberg est très riche! Des clans aux codes de vie très stricts, issues des principales communautés du pays (africaine, irlandaise, chinoise, mexicaine et amérindienne), pratiquent une magie aussi puissante que dangereuse.

Alison est fougueuse et courageuse. Elle est aussi très sensible aux enjeux féministes et dénonce le sexisme qui existe dans l’Under York. À travers les pages de son journal, elle se dévoile et nous raconte ses aventures, ses défis et ses problèmes. J’ai aimé pouvoir le lire entre chaque chapitre. D’ailleurs, ce premier tome se termine sur une note plutôt mystérieuse qui donne le goût de continuer la série.

Au dessin, on a l’artiste Mirka Andolfo, connue pour avoir illustré notamment une série de Harley Quinn chez DC comics. Sans surprise, son style ressemble beaucoup à l’esthétique que l’on retrouve énormément en ce moment dans l’univers des comics américains. Andolfo a réussi à créer un univers sombre et glauque qui cadre parfaitement avec l’histoire d’Under York. Et franchement, on ne peut pas passer à côté de la qualité des couleurs et de l’encrage de Piky Hamilton et Carmelo Zagaria: les ombres, les traits et la création d’atmosphère tapent dans le mille à chaque planche. Juste un petit bémol au niveau de la couleur de peau des personnages noirs: de cases en cases, la couleur change parfois beaucoup, tellement qu’il faut un moment pour se dire: « Ah, ouais, en fait, c’est le même personnage que tout à l’heure ». Aussi, les tons de brun et beige utilisés sont parfois blafardes et manquent de punch.

Bref, voilà une bande dessinées pour les ados et jeunes adultes où se côtoient fantasy, diversité, égalité et action. Une série en trois tomes publiée chez Glénat, qui plaira aux ados! À découvrir!

Les chroniques d’Under York: La malédiction
AUTEUR(S):  Sylvain Runberg & Mirka Andolfo
ÉDITION: Glénat, 2019
ISBN: 9782344032299 
PRIX: 27,95$
14 ans et plus

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Ma

Comme tous les jeunes du village, Félix rêve de partir en ville, et même en Europe, quand il sera adulte. Vivre loin de Méfomo et de ses cases perdues dans la forêt africaine !Mais un jour, à la rivière, il surprend une fille en train de se baigner. Elle se fait appeler Magali. Elle est belle et sauvage. D’où vient-elle, avec tous ses secrets ? Le cœur de Félix va vite être accroché…

Un court roman de tout juste 87 pages, tout en sensualité et en finesse. Dès les premières lignes, c’est la plume de Louis Atangana qui m’a charmée. Des phrases courtes et percutantes qui nous tombent dessus comme une tonne de briques.

Ma est un personnage intéressant. Alors que son village croit qu’elle est une sorcière, elle ne veut que garder son fils près d’elle. Il y a peu de péripéties dans l’histoire; c’est avant tout le récit de relations, de personnages qui se croisent, se mêlent, s’aiment ou se détestent.

On retrouve plusieurs références au roman Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez et c’est dans ce livre que Félix tente de puiser connaissance et la clé qui fera de lui un homme. Ma est un roman touchant sur le passage à l’âge adulte.

« Ils se turent un instant. Très loin, dans la brousse, un cri déchira la fin du jour. Félix pensa à la Mamie Wata. Existait-elle vraiment? On disait qu’elle sortait du fond de la rivière, la nuit, lorsque la lune était ronde. Elle chantait pour attirer les hommes. Un chant merveilleux. Savoureux. De miel et de vin de palme. Douceur et ivresse. Il ne fallait pas l’écouter si on ne voulait pas être envoûté. Devenir son esclave. Tous ceux qui avaient succombé à son charme avaient été emportés au fond de la rivière. On avait retrouvé leur corps gonflé. Leur âme était restée dans le royaume de la Mamie Wata. Pour toujours. (p.17)

Ma
AUTEUR(S) : Louis Atangana
ÉDITION: Rouergue Jeunesse, 2012
ISBN: 9782812603075
PRIX: 16,95$
13 ans et plus

Louis Atangana est un auteur d’origine franco-camerounaise.

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Sortir d’ici

Jade aime la vie qu’elle mène dans son quartier, entourée de ses amis et de sa mère. Mais cette dernière veut l’envoyer au lycée situé de l’autre côté de la ville, celui où vont les Blancs, les riches ou les élèves pauvres mais brillants, comme elle. Dans cet établissement où elle n’est pas la bienvenue, Jade découvre un monde dont elle ignore les codes.

Vous allez adorer ce roman si vous aimez les récits réalistes et les personnages bien développés. Je me suis tellement reconnue en Jade, dans son discours, ses expériences et ses questionnements. Pourtant, contrairement à elle, je n’ai pas grandi dans un milieu pauvre, ni dans une communauté majoritairement noire, et je n’ai pas eu de bourses d’études ciblée pour les personnes racisées. Pourtant, plutôt que nos différences, c’est bien nos ressemblances qui ont fait en sorte que je m’identifie à ce personnage. Nous sommes toutes les deux noires, avons toutes les deux eu des amitiés mixtes qui ont été bousculées par l’incompréhension de nos amies blanches face au racisme que nous subissons, et nous avons toutes les deux été discriminées au moment d’être choisie pour un programme scolaire d’envergure. Tout lecteur qui a fait face à des difficultés (peut importe leur nature) ou de la discrimination, ou qui s’est questionné sur le privilège, verra en Jade un certain reflet de lui-même. C’est là toute la puissance de l’écriture de Renée Watson: rendre ses personnages vrais, authentiques et imparfaits.

Même si je n’ai pas été d’accord avec tous les propos de Jade, j’ai pu comprendre son point de vue. J’ai aussi compris le point de vue de ses détracteurs. Car l’autrice Renée Watson prend bien soin de montrer les deux côtés de la médaille à une problématique. Lorsqu’elle parle du racisme subi par Jade et sa frustration face aux Blancs qui minimisent sa douleur et sa colère, elle parle aussi des Blancs qui ne savent pas comment réagir et qui se sentent injustement visés. Plutôt que de présenter la fragilité blanche comme un problème qui ne concerne que les Blancs (« qu’ils s’éduquent! » diront certains), Renée Watson présente le point de vue des personnes blanches dans toute sa complexité, et valide tout autant les expériences des personnes noires que blanches. Ainsi, Sam, l’amie blanche de Jade, aura une voix bien à elle et aura l’opportunité de s’exprimer, par exemple, lors de cet échange entre elle et Jade après que leur amitié ait été ébranlée par une succession de micro-agressions:

— Parfois… je ne sais pas… je suis juste mal à l’aise de parler de ce genre de choses. Et je ne sais pas quoi te dire quand quelque chose d’injuste t’arrive. Comme l’autre jour au centre commercial. Je me suis sentie super mal. Mais j’étais censée faire quoi?
— Tu n’es pas toujours obligée de faire quelque chose. Mais quand tu balaies ce que je dis d’un revers de la main comme si je l’inventais ou si j’exagérais, ça me donne l’impression que tu te fiches de ce que je ressens. (p. 287)

J’ai souvent du mal avec les mauvaises traductions françaises des romans anglophones. Mais j’ai trouvé que « Sortir d’ici » était une excellente adaptation du titre original, « Piecing Me Together ». Car c’est bien ce désir de quitter la prison de verre qui l’entoure qui anime Jade tout au long du roman. Sortir d’ici, ce n’est pas nécessairement de quitter sa communauté afro-américaine pauvre, mais plutôt, quitter cet endroit où les opportunités sont trop peu nombreuses. Jade a souvent l’impression que ses chances d’avancement social sont quasi-nulles sans l’aide de personnes plus fortunées. Elle est intelligente, travaillante, déterminée et polyvalente: alors pourquoi est-ce si difficile? Elle intégrera un programme qui offre aux jeunes filles pauvres l’opportunité d’élargir leurs horizons en allant au musée, au cinéma ou en apprenant à bien se nourrir, par exemple. Au sujet de ce programme, Jade sera agacée par le fait qu’on ne lui montre que des choses extérieures à sa communauté, comme si cette dernière n’avait rien à offrir. Et elle n’hésitera pas à le dire. Jade est une forte tête et j’ai aimé cela d’elle. Elle comprend bien que le monde ne semble pas être fait pour elle, que sa mère a beau être pleine de bonne volonté, que ses voisins soient pleins de rêves ou qu’elle soit tout aussi capable qu’une personne plus fortunée (et, accessoirement, blanche), cela ne semble être jamais suffisant pour l’affronter. À ce sujet, elle dit même: « Parfois, j’ai l’impression de partir de chez moi le matin en un seul morceau, riche des baisers de maman qui a placé ses espoirs en moi. Mais quand je rentre le soir, j’ai l’âme en miette. » (p.107). Car Jade subit de nombreuses micro-agressions, ces petits gestes qui se veulent anodins, mais qui heurtent les personnes racisées, et qu’il est difficile de démontrer qu’il s’agit d’attaques. Jade est aussi grosse, et j’ai apprécié qu’une personne grosse soit le personnage principal d’un roman, sans que ce personnage soit malheureux à cause de son poids.

« Je ne sais pas ce qui est pire. Être maltraitée à cause de la couleur de sa peau, à cause de son poids, ou devoir prouver que c’est vraiment ce qui s’est passé. » (p.166)

J’ai pris des tas de notes sur ce roman, j’ai surligné énormément de passages en me disant « Oh, mon Dieu, c’est tellement bien dit » ou « C’est exactement ça! ». Vous devez absolument lire ce roman et me dire ce que vous en avez pensé. Fortement recommandé!

Renée Watson est une autrice américaine.

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Sortir d’ici
AUTEUR(S) : Renée Watson
ÉDITIONCasterman, 2019
ISBN: 9782203185661
PRIX: 28,95$
13 ans et plus

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Collectif Black Bone : Coltan Song

Après le décès de sa mère, Marie, 18 ans, apprend que celle-ci enquêtait sur une entreprise fabriquant des smartphones. Avec l’aide de Léo, un jeune hackeur, et de sa marraine, une reporter italienne, elle remonte la piste d’un trafic de minerais rares en Afrique. Elle découvre que son père y a été assassiné avant sa naissance et que la mort de sa mère n’était pas probablement pas accidentelle.

« Coltang Song » est le premier volet des aventures du Collectif Blackbone qui porte sur les « minerais du sang » en Afrique: la cassitérite (le minerai de l’étain), le manganèse, la tourmaline, le diamant, etc. Les populations qui exploitent ces minerais, généralement en République Démocratique du Congo, le font au péril de leur vie et de leur santé. À travers une enquête journalistique très fouillée, un enjeu écologique est traité en mode thriller pour faire le plein de frissons. L’une des auteures est d’ailleurs journaliste et on retrouve dans le texte des liens vers des articles de presse sur les enjeux entourant les extractions minière en Afrique.

Le récit a un rythme bien soutenu et ne manque pas d’action. Les auteurs nous font aller du présent au passé à plusieurs reprises et de manière aléatoire. Certains chapitres se déroulent en 2000 en Sierra Leone où on découvre ce qui s’est passé avec Irène, journaliste de guerre tentant de survivre après avoir été témoin du meurtre de son mari. D’autres chapitres se déroulent en 2018 où on suit la fille d’Irène, Marie, qui vient de perdre sa mère dans un accident nébuleux et tente de continuer le travail de sa mère. D’autres chapitres encore se déroulent en 2003 dans l’enfance de Marie, élevée seule par sa mère. Ces allers-retours dans le temps se révèlent assez mélangeants par moments, d’autant plus que le roman est aussi séparé en 3 parties.

Au niveau de la représentation raciale dans ce roman, le personnage principal, Marie, est une adolescente métissée: sa mère est européenne et son père, africain. Elle est issue d’une relation d’amour, quoi qu’éphémère puisque son père a été assasiné avant sa naissance, peu de temps après avoir rencontré Irène. C’est dommage que le père de Marie soit absent de la vie de sa fille car c’est souvent ce genre de représentation qu’on a des hommes noirs: des pères absents, emprisonnés, séparés de leur conjointe, partis à la guerre, drogués, travaillant trop pour participer à la vie familiale ou tout simplement morts. Bien sûr, c’est l’histoire que les auteurs voulaient raconter, mais je n’ai pas pu m’empêcher de me dire « Bon, encore un. » en lisant ce roman. Dommage. Tout au long du roman, on sent bien que Marie souffre de ne pas connaître son héritage noir et de ne pas avoir connu son père. Sa vie n’est pas facile: orpheline avant d’avoir la majorité, elle a aussi perdu sa grand-mère dont elle était très proche.

La première description de Marie, le personnage principal, arrive en page 25 où on écrit qu’elle enviait les « cheveux blonds brillants et doux de sa mère » et que « ses cheveux à elle sont sombres et crépus – héritage de son père » (p.25). Rien de bien positif, donc, car on positionne encore une fois le cheveu blanc comme étant l’idéal à atteindre. Marie a aussi grandi à Bouillac, une minuscule communauté au sud de la France dans laquelle elle était la seule personne non blanche. Sa couleur de peau est donc devenue centrale à son identité et on répète souvent dans le texte que Marie est différente des autres à cause cela:

  • « Elle était la seule métisse de Bouillac » (p. 13);
  • Léo, un hacker qui l’aidera à élucider le mystère de la mort de sa mère, ne croira pas que Marie est la fille d’Irène à cause de sa « peau sombre » et de ses cheveux crépus (p. 56);
  • Marie a subi dans l’enfance les « réflexions désagréables à l’école ou dans la rue […] quand la couleur de sa peau lui attirait des regards curieux, haineux ou méprisants » (p.99).
  • Chaque fois qu’on offre une description de Marie, c’est au sujet de sa « peau sombre » (p. 56, 104) qui « hésite entre l’or et le noir » (p.205), de sa chevelure « épaisse » (p.205), crépue (p.25, 56), ou encore de son métissage (p.207).
  • Marie est perçue comme une « princesse noire » par Léo qui semble tomber amoureux d’elle (pas une princesse ni une princesse courageuse ou intelligente ou drôle ou déterminée. Une princesse noire) (p.214).
  • Elle est même traitée de « sale n*gresse » en p.118.

Bref, Marie semble réduite à son identité raciale, comme si c’était l’élément principal de sa personne. De plus, son héritage métissé et sa couleur de peau ne sont jamais posés comme quelque chose de positif ou normal. C’est toujours une mauvaise chose, ou un trait pas comme les autres, anormal. Même le méchant de l’histoire semble mieux développé que Marie en terme de description physique et de personnalité! Et ce n’est pas que la race de Marie qui est exoticisée. À un moment, alors qu’elle fait le grand ménage dans les affaires de sa mère décédée, elle aperçoit un jeune couple noir en train de fouiller dans ses poubelles:

« Elle porte une robe en wax et de longues boucles d’oreilles en bois. Son mari est vêtu d’une sorte de boubou coloré et d’un pantalon. Un instant, Marie se dit que ce couple à la peau noire détonne un peu dans cette banlieue plutôt chic. Puis, comme toujours, la bêtise de cette pensée la frappe de plein fouet. Toi aussi, tu détonnes! lui lance son cerveau. Et, comme toujours, Marie, métisse élevée dans un milieu très blanc, se mord les lèvres en se demandant à quel bord elle appartient. Elle s’en veut des pensées plus ou moins racistes qui la traversent, comme si elle avait intégré les préjugés du petit village où elle a grandi. Elle se souvient du visage peiné de Franou quand, toute petite, elle avait réclamé pour Noël une poupée « blonde et jolie, pas noire ». Orpheline et sans identité, ironise la petite voix dans sa tête. Quelle tristesse… (p.28-29)

Ainsi donc, même les seuls autres personnages noirs du livre – des personnages tertiaires sans aucune incidence sur l’histoire! – sont posés comme étant des Autres, différents de la normalité. Ils ont l’air davoir immigré récemment (du moins on le suppose par leurs vêtements non occidentaux), et ils se retrouvent dans une communauté de moins de 500 personnes à faire les poubelles… Ugh. Je souligne au passage qu’aucun des quatre auteurs du roman n’est racisé.

Le sujet du livre est vraiment intéressant et j’ai quand même été sensibilisée aux enjeux environnementaux et sociaux entourant l’industrie des cellulaires et autres appareils intelligents que nous avons tous. Mais juste pour la représentation pour le moins maladroite du personnage principal, je ne peux pas en recommander la lecture.

Le deuxième volet des aventures du Collectif Blackbone, intitulé « Fashion victim », porte sur les coulisses de la mode. C’est un thriller qui offre une réflexion sur les nouveaux médias, le rôle des journalistes, et les conditions d’exploitation des ouvriers dans les usines textiles. Il est sorti en librairie en août 2020.

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Collectif Black Bone (tome 1): Coltan song
AUTEUR(S):  Marie Causse, Emmanuelle Urien, Marie Mazas & Maylis Jean-Préau
ÉDITIONNathan, 2020
ISBN: 9782092591086
PRIX: 24,95$
14 ANS ET PLUS

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Noire: la vie méconnue de Claudette Colvin

Noire claudette ColvinNeuf mois avant Rosa Parks, l’histoire de Claudette Colvin, jeune adolescente noire, qui a refusé de se lever dans le bus le 2 mars 1955. Elle était alors âgée de 15 ans. Après avoir été jetée en prison, elle décide d’attaquer la ville et de plaider non coupable. C’est le début d’un itinéraire qui la mènera de la lutte à l’oubli.

Ce roman graphique retrace l’histoire oubliée de Claudette Colvin, une adolescente qui, neuf mois avant Rosa Parks, a osé défier la loi et l’arrogance des hommes. Il dévoile un pan méconnu de la lutte contre la ségrégation raciale et le racisme aux États-Unis: celui du rôle central qu’y ont joué les femmes. On connaît tous Martin Luther King, mais qui connaît Claudette Colvin? Et même si on connaît aussi Rosa Parks, on réalise en lisant ce livre que cette dernière était considérée comme étant plus socialement acceptable (une figure soit-disant plus favorable à la cause) qu’une adolescente enceinte d’un homme blanc dans des circonstances troubles et perçue comme agitée. Oui, parce qu’on montre toujours Rosa Parks comme étant une petite couturière fatiguée et douce, mais même elle était en réalité une militante convaincue et active. On l’a simplement tue afin que parlent les hommes comme Martin Luther King ou E.D Nixon qui ont co-organisé le boycott des bus de Montgomery en 1955. Ceux-ci se sont d’une certaine manière approprié la contestation en tassant les femmes de la sphère publique.

Noire Claudette colvin 2

Les illustrations sont sobres, minimalistes et font usage de peu de couleurs. La mise en page est épurée afin de laisser toute la place aux faits et à l’histoire oubliée de Claudette Colvin.

Noire Claudette colvin 4

À travers ce livre, Émilie plateau invite les lecteurs à se mettre dans la peau d’une personne noire et femme, et à se remémorer les injustices découlant des diverses formes de discrimination. Il met en lumière cette tendance qu’a l’Histoire de ne retenir que ce qui fait son affaire, ainsi que les raisons de l’oubli collectif du rôle qu’a joué Claudette Colvin. Un bijou. Vous devez absolument le lire! Les ados aimeront sans doute!

Noire Claudette colvin 3

« Prenez une profonde inspiration, soufflez, et suivez ma voix, rien que ma voix. Quittez cette salle, quittez la ville, passez les ruisseaux, les fleuves, l’océan, sentez la brise. (…) Désormais, vous êtes noire. » (p.1 à 3)

Un livre pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs.

* Le roman duquel est tiré cette bande dessinée, Noire, écrit par Tania de Montaigne, a reçu le prix littéraire Simone Veil en 2015.

Tania de Montaigne est une auteure française.

Tania de Montaigne

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Noire: La vie méconnue de Claudette ColvinBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Émilie Plateau, d’après Tania de Montaigne
ÉDITION: Dargaud, 2019
ISBN: 9782205079258
PRIX: 31,95$
À partir de 13 ANS

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52 icônes noires qui ont marqué l'histoire      bus de rosa

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Si on était…

Si on était...Depuis la nuit des temps (8 ans), Marie et Nathalie s’adonnent à leur jeu bouche-trou préféré : le Si on était. L’exercice est assez simple ; une personne nomme un sujet – admettons « les fruits » – et les participants doivent ensuite s’imaginer quel fruit ils seraient. Un jeu facile à jouer mais extrêmement difficile à maîtriser, car voyez-vous, si le sujet est nul (comme les fruits) ou si les participants ont des faiblesses au niveau de l’imagination, ce jeu devient rapidement encore plus plate que de fixer le vide. Heureusement, Marie et Nathalie sont des expertes en la matière et même après 8 ans, elles parviennent à se renouveler constamment.

Quelle bande dessinées rafraîchissante! J’ai adoré le format: ces petites scènes du quotidien entre deux meilleures amies, chacune ayant une personnalité totalement opposée de l’autre. Les dessins m’ont beaucoup plu aussi: les expressions faciales sont toujours réussies et la mise en page est dynamique. De la grande BD! Les gags sont efficaces et j’ai lu ce premier tome d’une traite avec un sourire en coin. Même s’il s’agit avant tout de petits moments croqués ça et là, l’auteure a tout de même réussi à développer admirablement ses personnages: Marie gagnera en maturité et Nathalie apprendra à vivre pleinement son homosexualité. Par contre, au bout d’un moment, ça devient répétitif: Le jeu, « si on était » est bien sûr au centre du récit, mais j’ai vraiment eu l’impression que la lecture est beaucoup plus digeste à petite dose, par exemple une fois par semaine en ligne ou bien une fois par mois dans un magazine. Ce n’est pas pour rien: L’auteure a d’abord publié sur son site en ligne les aventures de Nathalie et Marie. Puis, elles ont été publiées dans le magazine québécois pour adolescents Curium mensuellement. Malheureusement, le transfert en format relié est un peu boiteux par moments. Le texte est aussi écrit très petit, ce qui rend la lecture difficile. Dommage.

Dans ce duo de meilleures amies, il y a Marie, une fille noire aux cheveux courts, exubérante, pleine de confiance et impulsive. Axelle Lenoir a très bien campé ses personnages qui nous apparaissent comme étant authentiques. Elles parlent comme on parle ici, avec des québécismes et des tournures de phrases vraiment rigolotes. De la BD québécoise assumée, je dis OUI! Si on était… est une très bonne série à découvrir.

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AUTEUR(S) : Axelle Lenoir
ÉDITION: Front Froid, 2019
ISBN: 9782924455081
Prix: 21,95$
13 ans et plus

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Ghost

Ghost Jason ReynoldsAyant réussi à échapper, avec sa mère, à son père qui leur tirait dessus, Castle, un adolescent, a pris en secret le surnom de Ghost, pour s’être vu tel un fantôme dans les yeux de l’épicier qui les a cachés cette nuit-là. Un jour, en rentrant du collège où ses camarades ont pris l’habitude de le maltraiter, il observe des coureurs s’exercer. L’entraîneur lui propose alors de les rejoindre.

Dès les premières lignes, j’ai su que j’allais adorer ce roman. Castle, le personnage principal, est tellement réaliste qu’on aurait dit un garçon que j’aurais pu croiser au coin de la rue. C’est un personnage imparfait comme je les aime. Il se croit fort, voire meilleur que les autres — surtout à la course à pied (la course à pied, c’est un sport, ça? s’est-il demandé en se bidonnant) — mais il apprendra que ce sport, c’est bien plus que de se mettre à courir. Au départ, Castle accepte de rejoindre l’équipe municipale d’athlétisme simplement pour augmenter ses chances d’intégrer l’équipe de basketball l’année suivante. Et, vous le devinez, cela ne se passera pas exactement comme il l’avait prévu.

Au niveau de la représentation, Castle est un adolescent noir qui habite dans un quartier pauvre des États-Unis, juste à côté d’un quartier plus riche. Cette proximité territoriale ne fait qu’exacerber les différences sociales entre les deux quartiers. Son père est en prison depuis le soir où, totalement soûl, il a tiré sur sa femme et son fils. Castle se bat à l’école pour se défendre contre les élèves qui se moquent de ses vêtements sans marques, de sa nourriture de faible qualité ou de son odeur (car il marche tous les jours pour se rendre à l’école sous un soleil de plomb). Ses matières préférées, même s’il ne le dirait probablement pas, sont l’anglais (il recommande d’ailleurs le roman Sa majesté des mouches) et l’éducation physique. Il ne s’intéresse pas particulièrement aux filles qu’il trouve un peu immatures à vouloir être plus jolies qu’intelligentes. Castle craint sa mère et la respecte beaucoup. Il souhaite la protéger, surtout depuis l’incident dramatique impliquant son père que j’ai mentionné plus tôt. Castle est un adolescent qui apprend vite, et qui est impatient de vivre pleinement sa vie sans porter le fardeau de tous les privilèges qu’il n’a pas: être noir, pauvre, et enfant de prisonnier lui donne une grande maturité. Il est un personnage bien développé et le Castle du début du roman n’est pas le même que celui de la fin. Extrait:

     Le coach m’a regardé de nouveau, droit dans les yeux.
– Ça peut t’aider à comprendre que si tu peux pas fuir qui tu es, tu peux courir vers celui que tu as envie de devenir.
J’ai laissé ses paroles faire leur chemin dans ma tête. J’étais qui, moi? J’étais Castle Cranshaw le gamin de Glass Manor avec un lourd secret. Celui avec un père en prison et une mère qui bossait comme une dingue pour moi, qui me coupait les cheveux, achetait des chaussures de sous-marque et des vêtements assez grands pour que je puisse les portes le plus longtemps possible. J’étais celui qui criait sur les profs et qui cognait sur les crétins qui parlaient trop. Celui qui se sentait… différent. Et vénère. Et triste. J’étais le gamin avec tous ces hurlements à l’intérieur.
Mais qui est-ce que je voulais être? Ça, c’était plus difficile à dire. Pourtant, il y avait un truc dont j’étais sûr, c’était que je voulais faire partie des Grands de ce monde. (p.162-163)

La traduction est un peu trop européenne par moments: On retrouve beaucoup de verlan avec des mots comme zarbi, chelou, teubé, relou, teuhon, etc. et le système d’éducation est français (CM1, troisième, quatrième, etc.), même si l’histoire se passe aux États-Unis. Il faut donc « retraduire » dans sa tête zarbi = bizarre, troisième = secondaire 2, etc. J’aurais préféré une traduction canadienne ou plus internationale. N’empêche! Ce livre vaut le détour. J’ai tellement adoré que je m’en suis acheté une copie pour ma bibliothèque personnelle. Ne passez pas à côté!

 

* Finaliste du National Book Award

Coup de cœur! 

Jason Reynolds est un auteur américain. 

Jason reynolds

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Ghost
AUTEUR(S)
: Jason Reynolds Bouton acheter petit
ÉDITION: Milan, 2019
ISBN: 9782745995032
PRIX: 22,95$
13 ans et plus

 

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uppercut Ahmed      Sako     Cours! Davide Cali

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