La fille des manifs

Barbara s’engage pour le climat et la force de son engagement lui vaut de devenir le visage de la contestation. Une interview qui tourne mal et son refus d’accepter une invitation de la présidente lui attire les foudres des médias qui l’avaient autrefois adulée. Pour traverser cette épreuve, elle écrit un journal destiné à Annie, sa grand-mère au destin tragique.

J’ai adoré ce roman. Il raconte l’histoire d’une jeune adolescente qui s’engage avec courage et sincérité pour le climat, et qui va se retrouver presque malgré elle sur le devant de la scène. Sa lutte illustre la pression qu’on met aux femmes qui parlent fort et s’expriment, ainsi que la manière dont on ne prend pas au sérieux la parole des femmes racisées. À ce sujet, elle dit:

« Je reçois régulièrement des messages d’insultes dans ma boîte mail et sur les réseaux. Surtout depuis que ma tête passe en boucle sur les écrans. Là, c’est le grand défouloir. Chacun se permet d’avoir un avis sur mon physique, mes fringues et ma façon de parler. Des journalistes ne manquent pas de mentionner que je suis métisse et que je ne suis pas spécialement une première de la classe mais une lycéenne qui passe un bac pro, sous-entendant que je suis bête et que j’ai du temps à perdre. (p.21) »

L’intersectionnalité entre son statut de métisse et de femme se constate aussi lorsqu’on remarque que la société ne semble pas prête à faire une place aux femmes qui manifestent. À celles qui veulent faire changer les choses. Celles qui osent dire NON. L’autrice aborde de front le double standard qui existe dans le milieu du militantisme: Les hommes sont perçus comme étant lucides et valeureux, alors que les femmes sont perçues comme hystériques et immatures. À cause de son jeune âge, et de son genre aussi peut-être, Barbara se remet beaucoup en question:

« Me voir et m’entendre parler est une épreuve. Je n’aime pas ma tête. Je ne supporte pas ma voix non plus. On dirait que j’aboie. Et mes cheveux qui tirebouchonnent dans tous les sens m’insupportent. Et les mots que je choisis, est-ce que je n’aurais pas dû en prendre d’autres? Les agencer autrement? Est-ce que je suis assez percutante, assez claire? […] J’avoue Annie, que je ne comprend pas vraiment ce qui chose les gens. Pourquoi est-ce qu’ils s’étonne de mon NON à la présidente? Pourquoi est-ce que ce NON les interpelle, les sidère? […] Mon engagement pour la planète ne fait pas de moi une héroïne. Je ne suis pas Rosa Parks qui se battait contre la ségrégation raciale aux États-Unis ni Sophie Scholl qui luttait contre le nazisme en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale ni Wangari Muta Maathai qui s’acharnait à replanter des arbres dans son pays, le Kenya, ravagé par la désertification. Je suis une adolescente comme les autres, une fille qui attend des adultes qu’ils se montrent un peu moins égoïstes et un peu plus matures. » (p.50-51)

Barbara ne manquera pas de faire l’expérience du sexisme. Trop souvent réduite à son genre, perçue comme un objet sexuel sans faculté de réflexion, sa lutte contre le climat éveillera aussi sa lutte pour le droit et le respect des femmes sur la place publique. À travers les mots qu’elle écrit pour sa grand-mère décédée, elle réalisera que la lutte menée par son ancêtre doit être continuée: « Tu es née après la Seconde Guerre et moi bien après l’euro. Je pensais jusqu’ici que des vies comme la tienne nous avaient servie à avancer, que ton existence avait éclairé nos consciences, que les filles étaient désormais comme les garçons, des êtres humains de chair, de sang et de réflexion, et qu’il était révolu le temps où on les considérait comme des petites choses jolies, d’autant plus jolies qu’elles se taisaient. Et, pourtant, je m’aperçois que ce n’est pas tout à fait vrai. » (p. 110)

Le roman, presque trop court, est extrêmement bien mené et porté par une écriture limpide où l’autrice s’efface derrière son personnage, lui laissant tout l’espace nécessaire pour exister. J’ai adoré!

Coup de cœur!

La fille des manifs
AUTEUR(S): Isabelle Collombat
ÉDITION: Syros, 2020
ISBN: 9782748527001
PRIX: 29.95$
13 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Sortir d’ici et Signé Poète X, deux romans pour adolescents avec des héroïnes aux prises avec du sexisme ordinaire. Essayez aussi Je ne meurs pas avec toi ce soir, qui raconte une histoire de manifestation pour la justice.

Tiny Pretty Things

Gigi, Bette et June sont danseuses dans la prestigieuse école du Ballet de New York où elles ont du mal à résister à la pression. Gigi, seule Noire de sa classe, est choisie pour le premier rôle, ce qui la met face à la jalousie de ses camarades. Bette doit être la meilleure pour ne pas décevoir sa mère et June se bat pour ne plus être l’éternelle doublure. Roman à l’origine de la série télévisée.

Après avoir lu Les Belles, je voulais absolument donner une nouvelle chance à l’autrice afro-américaine Dhonielle Clayton. Je crois qu’à la base, cette autrice, même si j’aime sa plume, raconte des histoires qui se déroulent dans dans des milieux qui ne m’intéressent pas vraiment. Les concours de beauté ou les écoles de ballet, ce n’est pas ce qui captent le plus mon attention. Cela dit, j’admet sans difficulté que Dhonielle Clayton parvient toujours à amener une dimension sociale qui va au-delà de la superficialité dans ses histoires. Dans Les Belles, c’était un sous-texte politique qui critique le monde capitaliste et dans Tiny Pretty Things, ce sont les enjeux de représentation par des artistes d’une couleur de peau différente du personnage d’un œuvre.

Gigi, danseuse noire, a étudié la danse dans un quartier majoritairement afro-américain dans lequel on ne se souciait pas de la couleur de peau des ballerines; toutes pouvaient jouer des héroïnes pouvant avoir n’importe quelles caractéristiques physiques. Il n’était jamais question de savoir ce qui « rendrait mieux » sur scène. Il n’était jamais question de morphologie (p.24). Lorsqu’elle intègre la nouvelle école dans un quartier beaucoup plus blanc, elle frappe un mur: On la ramènera toujours à sa couleur de peau, on lui refusera des rôles pour cela. Mais quand elle obtiendra le rôle de danseuse étoile pour un spectacle, elle attisera la jalousie des autres élèves.

Le roman est portée par quatre voix et chaque chapitre nous fait lire le récit d’une nouvelle narratrice à tour de rôle. Gigi est décrite comme ayant des « cheveux crépus », une « peau d’un brun clair », des « adorables taches de rousseur » et une attitude nonchalante qui trahit ses origines californiennes. (p.71). Elle s’inquiète parfois que ses cheveux soient poisseux à cause des produits capillaires qu’elle utilise (p.122) ou qu’ils soient rêches au toucher contrairement à ceux de ses camarades blanches. Gigi n’est pas la seule danseuse racisée et June, métissée blanche et asiatique, aura aussi un peu de mal à s’intégrer au groupe des coréennes. À ce sujet, elle mentionnera « Ça n’est pas tellement plus facile d’être la seule danseuse à moitié asiatique. Je ne trouve jamais ma place nulle part. C’est dur. Et Monsieur L. est tellement prévisible… Il attribue toujours les danses folkloriques aux danseurs issus des minorités. La bande de Coréennes interprétera sans le moindre doute la danse chinoise. Mes traits asiatiques ne sont pas suffisamment marqués pour que je me joigne à elles. » (p. 32)

Si vous avez aimé la série Gossip Girl, Quatre filles et un jean, ou, plus récemment, La Sélection de Kiera Cass, vous allez adorer Tiny Pretty Things. Parfait pour le lectorat adolescent! À noter que le roman a été adapté à la télévision par Netflix!

Dhonielle Clayton est une autrice noire américaine.

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Tiny Pretty Things
AUTEUR(S) : Sona Charaipotra & Dhonielle Clayton
ÉDITION: Hachette, 2020
ISBN: 9782016285251
PRIX: 29.95$
13 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Les Belles (pour la rivalité entre les personnages), Les pointes noires (pour la place des danseuses noires dans la danse classique) ou L’enceinte 9 (pour le personnage principal fort).

Le cercle de providence (tome 1): L’appel

Francis est un adolescent comme les autres qui vit dans la petite ville de Providence. Avec son ami Howard, ils trainent et multiplient les ennuis. Mais l’arrivée d’Atonia, une mystérieuse jeune fille, semble tout bousculer. Quel est donc ce monstre qui l’obsède ? En quoi est-ce lié aux cultes anciens que son grand-père a étudiés ? Francis plonge peu à peu, au cœur du mystère…

Une histoire librement inspirée de L’Appel de Cthuluh, le chef-d’œuvre de H. P. Lovecraft, cette bande dessinée a tout pour plaire. Avec un design de personnages réaliste et « cartoony » à la fois, et des environnements détaillés, chaque planche offre un équilibre certain. Et pouvons-nous parler de Attonia Wilcox en particulier? Cette fille est tellement badass! Super design pour ses cheveux (vous savez comme c’est important pour moi que les personnages noirs aient des coiffures qui correspondent à leur identité): Un genre de mohawk vert fluo, rasé sur les côté, avec un long lock à la nuque. À 16 ans, j’aurais voulu avoir la même coupe! 😀

Mention spéciale aussi pour le graphisme et la palette de couleurs choisie: tantôt plus fade lors des séquences de notre réalité ennuyeuse, tantôt fluo et glauque à la fois lorsque les forces démoniaques apparaissent. La créature maléfique, gigantesque et tentaculaire, moitié seiche et moitié humanoïde donne froid dans le dos. Frissons assurés! D’ailleurs, les auteurs donnent au récit une montée en tension maîtrisée et un rythme soutenu. L’histoire fait vivre beaucoup d’émotions, avec une mise en bouche déjà assez intense, une succession de péripéties limite stressantes et un dénouement qui appelle une suite.

Bref, je conseille vivement aux jeunes préados et ados qui carburent aux histoires fantastiques qui font frissonner! Une belle rencontre avec l’univers de H. P. Lovecraft pour le lectorat jeunesse. Hâte de lire la suite! C’est drôle, je suis à nouveau agréablement surprise par la nouvelle qualité des éditions Jungle: une plus grande variété de récits, des personnages forts et un choix de bédéistes talentueux. Eh ben, dites donc, les éditions Jungle est à surveiller ces temps-ci…

Le cercle de providence, 1: L’appel
AUTEUR(S): Sébastien Viozat & Anne-Catherine Ott
ÉDITION: Jungle, 2020
ISBN: 9782822229869
PRIX: 26,95$
14 ANS et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Les Chroniques d’Under York, Les Omniscients, ou encore Légendes Zurbaines, trois bandes dessinées fantastiques pour le lectorat jeunesse.

Zee

Depuis qu’elle est née, Zee a un talent, ou bien une intelligence particulière. Elle perçoit des choses que personne d’autre ne perçoit. Zee entend ce que les gens pensent, ressent ce que les gens ressentent. À travers leur regard, Zee se voit elle-même, et cette vision la transforme. Parfois, Zee est la fille précoce de ses quatre adultes. Des fois Zee est un ado voyou de Brooklyn, New-York, un ado qui joue du basket et s’attire des ennuis. Ses quatre adultes s’inquiètent, lui font passer des tests, mais Zee anticipe leurs craintes, et les déjoue. Petit à petit, Zee apprend à grandir et à se mouler aux attentes de la société et du regard des autres, au risque de se perdre elle-même.

J’ai été agréablement surprise par ce roman. Zee est une histoire tout à fait singulière, tant au niveau de la manière dont le récit est raconté qu’au niveau de l’histoire elle-même.

Au départ, Zee est un personnage difficile à comprendre. On ne sait pas trop si ce qu’elle perçoit est réel ou pas, on ne parvient pas trop à la cerner. Puis, on se rend compte que c’est exactement ainsi que Zee est. Unique, inclassable. Elle ne nous laisse voir que ce qu’on veut bien voir. Et malgré tout, Zee se développe, prend en maturité, change tout au long du récit. Un tour de force de l’autrice!

Ce roman donne à voir une famille multi-parentale et aborde des thématiques telles que l’identité de genre et l’homoparentalité. Très, très bon!

Je remercie les éditions Bouton d’Or Acadie de m’avoir offert ce livre.

Zee
AUTEUR(S) : Su J. Sokol 
ÉDITION: Bouton d’or Acadie, 2020
ISBN: 9782897502003
PRIX: 14,95$
14 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Ma, un roman pour les adolescents. Essayez aussi Si on était… et Oublier Camille, deux livres pour ados avec des personnages LGBTQ+.

L’enceinte 9

Chassée par une pandémie meurtrière, l’humanité a fui le monde. Les habitants de l’Enceinte 9 vivent depuis un siècle repliés derrière leurs murailles. Ils ont perdu le contact avec les autres Enceintes, et la Gestion, le logiciel chargé de répondre aux besoins de chacun, ne suffit plus à empêcher les ressources de s’épuiser peu à peu.Ysa est une jeune surnuméraire : née sans bon de naissance, elle doit travailler pour la collectivité dès ses dix-huit ans. Ses premières missions dans la police la confrontent à de nombreux incidents : des suicides de masse, des vols de nourriture. Y aurait-il un lien avec le collectif Fin du Monde, qui souhaite la mort de l’espèce humaine et a déjà anéanti des Enceintes ? La rencontre d’Ysa avec l’ombre, la population non gérée, va tout précipiter. Comment sauver l’Enceinte avant qu’il ne soit trop tard ?

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas plongée dans un bon roman de science-fiction. Je me suis régalée avec L’enceinte 9, qui raconte une histoire dont l’univers inquiétant et technologiquement avancé met la table pour une aventure passionnante dès les premières pages. Cette petite brique de plus de 500 pages contient de l’action, des personnages forts mais imparfaits, des moments tragiques et j’ai été surprise plus d’une fois par la tournure des événements!

Le personnage principal, Ysa, est une grande fille noire, au corps long et solide, qui porte les cheveux naturels et qui ne passe pas inaperçue. Elle connait peu ses origines puisqu’elle a été abandonnée à la naissance. Toutefois, elle entretient un lien très fort avec sa mère d’adoption, celle qui l’a sauvée et a joué le rôle de parent dans sa vie. Son identité noire se révèle au-delà des descriptions physiques sur sa couleur de peau ou sur la forme des traits de son visage: elle est présente lorsqu’elle doit, par exemple, refaire ses tresses pendant une demi-journée immobilisée sur une chaise (p.269), ou lorsqu’elle doit rechercher quelqu’un capable de coiffer les cheveux crépus (p.202). Ces petits passages normalise sont identité et la rendent plus crédible à mes yeux.

J’aurais aimé en savoir plus sur l’univers post-apocalyptique où se déroule l’histoire. Au final, on en sait très peu sur ce qui s’est passé pour que la civilisation se retrouve cloisonnée dans des bulles indépendantes l’une de l’autre, ainsi que sur les autres enceintes (1 à 8). La fin de l’histoire ne laisse malheureusement pas présager une suite, alors que plusieurs questions restent sans réponses. J’aurais tellement voulu que soit explorée davantage l’idée de pirater les implants oculaires comme celui doté d’une intelligence artificielle que porte Ysa, ou encore connaître les événements qui ont mené au monde tel qui est devenu. J’ai refermé ce livre avec la sensation d’avoir été témoin d’un futur sombre, et j’ai apprécié suivre Ysa alors qu’elle navigue comme elle peut dans ce monde. Un très bon roman que je recommande aux amateurs de science-fiction ou de fantasy!

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L’enceinte 9
AUTEUR(S) : Ophélie Bruneau
ÉDITION: Lynks, 2019
ISBN: 9791097434342
35,95$
13 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Akata Witch ou Entre Chiens et loups, deux romans de science-fiction pour adolescents et jeunes adultes. Essayez aussi Les chroniques d’Under York, une bande dessinée d’urban fantasy.

Je ne meurs pas avec toi ce soir

Lorsqu’une dispute entre un lycéen noir et un lycéen blanc se transforme en émeute raciale et gagne la ville, Campbell, blanche, et Lena, noire, camarades qui se connaissent à peine, fuient le lycée et traversent la ville ensemble pour aller retrouver le petit ami de Lena. Ces heures angoissantes sont pour elles l’occasion d’apprendre à se connaître et à dépasser leurs préjugés. Premier roman.

J’ai commencé ce roman sans trop d’attentes. Le résumé en quatrième de couverture laissait entrevoir une histoire déjà maintes fois exploitée en littérature jeunesse américaine ces dernières années. La page couverture ne me plait pas particulièrement non plus. Toutefois, j’ai beaucoup aimé ce roman pour son traitement du sujet de manière nouvelle. Plutôt que de s’intéresser aux impacts d’une émeute raciale sur les personnages principaux, les autrices racontent comment se vivent ces événements de l’intérieur. Ainsi, en tout juste 232 pages, c’est un feu roulant qui défile sous nos yeux, des premiers éclats de violence au chaos qui, en une nuit, rapprochera deux jeunes adolescentes que tout oppose et qui devront se faire confiance afin de survivre.

Lena est une jeune fille noire américaine à la mode, qui se soucie avant tout des marques de ses vêtements et de son amoureux. Elle sait qu’un jour, elle sera célèbre. Campbell est une adolescente blanche qui fait tout pour ne pas attirer l’attention. J’ai aimé voir ces deux personnalités se confronter tout au long du roman: La naïveté de Lena et le côté terre-à-terre de Campbell, la conscience raciale de Lena et la manière dont Campbell choisi de ne pas voir ses propres préjugés.

La relation entre Lena et son amoureux pourri, Black, illustre la manière dont on refuse parfois de voir les choses qui sont juste sous notre nez. Ce dernier doit son surnom à sa famille qui le lui a donné, non seulement car il a la peau la plus foncée de la famille, mais aussi parce que enfant, il était toujours d’humeur sombre et calme. À ce sujet, Lena fera le commentaire suivant: « Si Black était une fille, son teint d’un noir intense lui vaudrait des moqueries, et personne ne voudrait sortir avec elle. Toutefois, comme c’est un homme, cette couleur de peau a fait de lui un séducteur. » (p. 28). Ainsi, les autrices n’hésitent pas à aborder un sujet comme le colorisme et le sexisme. On retrouve à plusieurs reprises dans le roman cette conscience raciale, toujours amenée avec doigté.

Tout comme Lena qui s’entête a rester dans une relation amoureuse malsaine alors que son entourage ne cesse de lui dire que quitter Black, Campbell préfère (peut-être inconsciemment) de ne pas voir les tensions raciales, le ghetto, les injustices. Cette nuit d’émeute sera pour les deux adolescentes une manière de s’ouvrir les yeux.

Ce roman à deux voix est écrit par deux autrices américaines: Gilly Segal, blanche, prête sa plume à Campbell, alors que Kim Jones, noire, prête sa voix à Lena. Le roman s’inspire d’un incident qui s’est produit lors des émeutes de Baltimore en 2015. Segal et Jones ont effectué plusieurs recherches afin que ce roman soit le plus proche de la réalité que possible. Elles ont interviewé des agents du SWAT Team pour comprendre les étapes qui suivent les forces armées durant un tel événement. Elles ont aussi rencontré plusieurs survivant.e.s des émeutes de Philadelphia, Los Angeles et Ferguson pour connaître la manière dont ils.elles ont vécu ces événements. Voilà donc un premier roman hautement réussi que je vous conseille vivement!

Kimberly Jones est une autrice américaine. Elle est photographiée ici avec la co-auteure de Je ne meurs pas avec toi ce soir, Gilly Segal.

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Je ne meurs pas avec toi ce soir
AUTEUR(S): Kimberly Jones & Gilly Segal
ÉDITION: Milan, 2020
ISBN: 9782408009274
PRIX: 24,95$
13 ANS ET PLUS

Ce livres vous a plu?
Vous aimerez peut-être Tyler Johnson était là (publié précédemment sous le titre VF My life matters), ou La Haine qu’on donne, deux romans pour adolescents sur le mouvement Black Lives Matter. Essayez aussi Entre Chiens et loups de Malorie Blackman, une série fantastique pour adolescents dans lequel les Noirs détiennent le pouvoir et les Blancs sont opprimés.

Signé poète X

Harlem. Xiomara a 15 ans et un corps qui prend plus de place que sa voix : bonnet D et hanches chaloupées. Contre la rumeur, les insultes ou les gestes déplacés, elle laisse parler ses poings. Étouffée par les préceptes de sa mère (pas de petit ami, pas de sorties, pas de vagues), elle se révolte en silence. Personne n’est là pour entendre sa colère et ses désirs. La seule chose qui l’apaise, c’est écrire, écrire et encore écrire. Tout ce qu’elle aimerait dire. Transformer en poèmes-lames toutes ses pensées coupantes. Jusqu’au jour où un club de slam se crée dans son lycée. L’occasion pour Xiomara, enfin, de trouver sa voix.

Ces dernières années, j’ai réalisé que j’aimais beaucoup les romans en vers. Encore plus si ce sont ces romans pour ados et jeunes adultes. Signé poète X est exactement l’un de ces romans. Il est écrit par une femme afro-latina et aborde des thématiques contemporaines telles que l’harcèlement sexuel, la détermination de soi, la religion, les relations entre des parents immigrants et leurs enfants qui ne le sont pas, le consentement et le plaisir des femmes.

Xiomara n’a que 15 ans, mais a des seins bien développés et des hanches chaloupées, ce qui lui attire le regard des hommes et bien des gestes déplacés à son égard. Elle est abordée dans la rue. Des mains baladeuses lui touche les fesses. Des hommes âgées tentent de la ramener chez eux. Elle est insultée lorsqu’elle refuse. Le problème pour Xiomara n’est pas son corps, car elle l’accepte et y est à l’aise. Le problème est le fait qu’on l’hypersexualise, qu’on la réduise à ses formes. Pour sa mère, par contre, ce corps donne à Xiomara accès à une vie sexuelle qu’elle condamne. Car si Xiomara est prête à avoir une relation avec un garçon, sa mère la veut chaste et dévouée à Dieu. Ces positions opposées seront à la source de plusieurs conflits entre l’adolescente et sa mère. Xiomara veut être libre et maître de son corps. Elle se sent prête à explorer ses sentiments amoureux et sa sexualité, mais pas n’importe comment et avec n’importe qui, même si la société lui renvoi sans cesse l’image d’une dévergondée. J’ai trouvé que l’auteure a su bien saisir les enjeux du corps et de la sexualité des femmes et des filles: d’un côté on les réduit à leurs formes, on leur dit qu’elles doivent se soumettre aux fantasmes des autres; de l’autre on les pointe du doigt lorsqu’elles souhaitent avoir une vie amoureuse épanouie.

Un jour, une enseignante de Xiomara diffuse en classe la vidéo d’une femme noire qui slame sur scène et qui parle de « ce que ça fait d’être noire, et d’être une femme, et des critères de beauté selon lesquels elle est pas belle. » (p.85). Pour Xiomara, ce sera comme une révélation: « On est différentes, cette poétesse et moi. On se ressemble pas, on vient pas du même monde. Pourtant on est presque pareilles quand je l’écoute. Comme si elle m’entendait. » (p.85) Xiomara est latina et on retrouve quelques mots ici et là en espagnol. La culture dominicaine est bien présente dans la famille, et les enfants en sont fiers. Toutefois, c’est le côté conservateur de la culture familiale avec lequel ils ont plus de difficulté: Xiomara souhait s’émanciper en tant que femme, alors que son frère jumeau doit cacher son homosexualité. La thématique de la différence est aussi abordée dans la relation entre Xiomara et son amoureux, très talentueux en patins à glace, mais qui n’a jamais pu explorer cette passion car son père considérait que c’était une activité féminine inappropriée pour les garçons. À ce sujet, Xiomara écrira avec beaucoup de sagesse:

Il a un sourire triste. Et je pense à tout ce qu’on pourrait être si on nous disait pas que nos corps sont pas faits pour. (p. 207).

Avec une prodigieuse économie de mots et un ton percutant, Signé poète X est un roman fort qu’on lit d’une traite, en une matinée. Je vous le recommande chaudement.

* Prix National Book Award for Young People’s Literature en 2018.

* Médaille 2019 Carnegie pour le meilleur livre jeunesse publié au Royaume-Uni.

Elizabeth Acevedo est une autrice afro-latina. Elle habite aux États-Unis.

Signé poète X
AUTEUR(S) : Elizabeth Acevedo 
ÉDITIONNathan, 2019
ISBN: 9782092587294
PRIX: 29,95$
14 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Frères, un roman pour adolescents écrit en vers. Essayez aussi My life matters et Sortir d’ici.

Jem et les Hologrammes (tome 1): Showtime!

L’adaptation de la série animée du Club Dorothée en comics. Jerrica Benton, alias Jem, est la fille du patron de la maison de disque Starlight. A la mort de ce dernier, elle hérite de la moitié des parts et d’une pension pour orphelines qu’elle gère avec sa soeur Kimber. Face à la malhonnêteté de l’ancien associé de son père et des Misfits, ses chanteuses, Jerrica monte son propre groupe pop-rock.

Je suis trop jeune pour avoir écouté la version originale de Jem & The Holograms à la télé dans les années 80. Je connaissais de nom, bien entendu, mais je ne me suis jamais arrêtée pour l’écouter, ni pour regarder le film sorti en 2015. Mais mes amies plus âgées que moi ne cessaient de me dire que, me connaissant, je devrais adorer la franchise. Des filles qui font de la musique dans un univers éclaté et qui écrasent les stéréotypes de genre, ça devrait me plaire! Et elles n’avaient pas tort! (Merci, les amies! 😉 ) J’ai beaucoup aimé l’univers de ces quatre musiciennes qui tentent de percer dans le domaine. Je les ai trouvées vraiment cool avec leurs costumes, leur maquillage extravagant et leur façon d’être totalement libres.

L’histoire est faite de rivalités, de concours musicaux, d’amitié et d’amour. Le groupe de Jem est constitué d’une blanche timide, d’une lesbienne, d’une grosse et d’une noire. Leurs rivales, les Misfits, est un groupe constitué d’une métisse grosse et lesbienne, d’une noire immigrée du Royaume-Uni, et de deux blanches. J’ai aimé cette diversité raciale, corporelle et identitaire que l’on voit trop peu en littérature jeunesse! Tous ces personnages principaux, chacun dans la vingtaine, ont une personnalité différente et tous pourront se reconnaître en elles. L’histoire ne se déroule pas dans les années 80, mais plutôt de nos jours, avec son lot de technologie et de réseaux sociaux. Je ne saurais dire si cette adaptation déplaît aux fans de première heure, mais pour une personne qui ne connaissait pas du tout l’univers, j’ai bien aimé!

J’ai aussi aimé la palette des couleurs pastel utilisée: le rose bonbon, le bleu pâle, le vert électrique, le jaune canari et le mauve sur fond blanc immaculé. Il y a quelques coquilles au niveau de l’encrage ici-et-là, mais un œil non avisé pourrait ne même pas les voir passer. Bref, j’ai vraiment aimé cette bande dessinée et je continuerai sans doute la série!

Connaissez-vous Jem et les Hologrammes? Aviez-vous écouté la série télé originale? Avez-vous lu l’adaptation BD?

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Jem et les Hologrammes, 1: Showtime!
AUTEUR(S): Kelly Thompson, Sophie Campbell & Maria Victoria Robado
ÉDITION: Glénat, 2017
ISBN: 9782344017715
PRIX: 24,95$
13 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être le tome 2 de la série intitulé En route pour la gloire. Essayez aussi J’adore ce passage ou Si on était…, deux bandes dessinées avec des personnages lesbiennes et racisées.

Les chroniques d’Under York (tome 1): La malédiction

Situé dans les profondeurs de New York, l’Under York est un lieu mystérieux où règnent cinq clans de sorciers issus des principales communautés du pays, qui pratiquent une magie aussi puissante que dangereuse. Bannis depuis toujours de la surface, ils influent en secret sur la vie de ses habitants. Alison Walker, jeune peintre prometteuse, a fui cet univers. Mais voilà que le passé la rattrape.

Un scénario prenant, des personnages crédibles et des dessins dignes des canons des univers Marvel et DC Comics, Les Chroniques d’Under York a tout pour plaire. Le scénariste belge Sylvain Runberg y raconte l’histoire d’Alison, une jeune sorcière qui veut oublier d’où elle vient pour se consacrer à sa passion (l’art), le tout dans un style d’Urban Fantasy fascinant. Alison est une fille métisse de 22 ans dont les ancêtres béninois ont été amenés de force aux États-Unis durant la traite négrière au XVIIIe siècle. Sa ville, New York, est celle de personnes venus de partout dans le monde, et on retrouve beaucoup ce côté cosmopolite dans le récit. J’ai été transportée hors de mon quotidien en lisant cette bande dessinée: les sociétés de l’Under York divisées en 5 grands clans, les mythes, la vie sous-terraine des mole people… Tout y est pour faire oublier le quotidien. Le monde créé par Runberg est très riche! Des clans aux codes de vie très stricts, issues des principales communautés du pays (africaine, irlandaise, chinoise, mexicaine et amérindienne), pratiquent une magie aussi puissante que dangereuse.

Alison est fougueuse et courageuse. Elle est aussi très sensible aux enjeux féministes et dénonce le sexisme qui existe dans l’Under York. À travers les pages de son journal, elle se dévoile et nous raconte ses aventures, ses défis et ses problèmes. J’ai aimé pouvoir le lire entre chaque chapitre. D’ailleurs, ce premier tome se termine sur une note plutôt mystérieuse qui donne le goût de continuer la série.

Au dessin, on a l’artiste Mirka Andolfo, connue pour avoir illustré notamment une série de Harley Quinn chez DC comics. Sans surprise, son style ressemble beaucoup à l’esthétique que l’on retrouve énormément en ce moment dans l’univers des comics américains. Andolfo a réussi à créer un univers sombre et glauque qui cadre parfaitement avec l’histoire d’Under York. Et franchement, on ne peut pas passer à côté de la qualité des couleurs et de l’encrage de Piky Hamilton et Carmelo Zagaria: les ombres, les traits et la création d’atmosphère tapent dans le mille à chaque planche. Juste un petit bémol au niveau de la couleur de peau des personnages noirs: de cases en cases, la couleur change parfois beaucoup, tellement qu’il faut un moment pour se dire: « Ah, ouais, en fait, c’est le même personnage que tout à l’heure ». Aussi, les tons de brun et beige utilisés sont parfois blafardes et manquent de punch.

Bref, voilà une bande dessinées pour les ados et jeunes adultes où se côtoient fantasy, diversité, égalité et action. Une série en trois tomes publiée chez Glénat, qui plaira aux ados! À découvrir!

Les chroniques d’Under York: La malédiction
AUTEUR(S):  Sylvain Runberg & Mirka Andolfo
ÉDITION: Glénat, 2019
ISBN: 9782344032299 
PRIX: 27,95$
14 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être le deuxième tome de cette trilogie, intitulé Possession. Essayez aussi Si on était… et Les quatre soeur March, deux bandes dessinées pour les adolescents avec des personnages issus de la diversité raciale.

Ma

Comme tous les jeunes du village, Félix rêve de partir en ville, et même en Europe, quand il sera adulte. Vivre loin de Méfomo et de ses cases perdues dans la forêt africaine !Mais un jour, à la rivière, il surprend une fille en train de se baigner. Elle se fait appeler Magali. Elle est belle et sauvage. D’où vient-elle, avec tous ses secrets ? Le cœur de Félix va vite être accroché…

Un court roman de tout juste 87 pages, tout en sensualité et en finesse. Dès les premières lignes, c’est la plume de Louis Atangana qui m’a charmée. Des phrases courtes et percutantes qui nous tombent dessus comme une tonne de briques.

Ma est un personnage intéressant. Alors que son village croit qu’elle est une sorcière, elle ne veut que garder son fils près d’elle. Il y a peu de péripéties dans l’histoire; c’est avant tout le récit de relations, de personnages qui se croisent, se mêlent, s’aiment ou se détestent.

On retrouve plusieurs références au roman Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez et c’est dans ce livre que Félix tente de puiser connaissance et la clé qui fera de lui un homme. Ma est un roman touchant sur le passage à l’âge adulte.

« Ils se turent un instant. Très loin, dans la brousse, un cri déchira la fin du jour. Félix pensa à la Mamie Wata. Existait-elle vraiment? On disait qu’elle sortait du fond de la rivière, la nuit, lorsque la lune était ronde. Elle chantait pour attirer les hommes. Un chant merveilleux. Savoureux. De miel et de vin de palme. Douceur et ivresse. Il ne fallait pas l’écouter si on ne voulait pas être envoûté. Devenir son esclave. Tous ceux qui avaient succombé à son charme avaient été emportés au fond de la rivière. On avait retrouvé leur corps gonflé. Leur âme était restée dans le royaume de la Mamie Wata. Pour toujours. (p.17)

Ma
AUTEUR(S) : Louis Atangana
ÉDITION: Rouergue Jeunesse, 2012
ISBN: 9782812603075
PRIX: 16,95$
13 ans et plus

Louis Atangana est un auteur d’origine franco-camerounaise.

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