Noire: la vie méconnue de Claudette Colvin

Noire claudette ColvinNeuf mois avant Rosa Parks, l’histoire de Claudette Colvin, jeune adolescente noire, qui a refusé de se lever dans le bus le 2 mars 1955. Elle était alors âgée de 15 ans. Après avoir été jetée en prison, elle décide d’attaquer la ville et de plaider non coupable. C’est le début d’un itinéraire qui la mènera de la lutte à l’oubli.

Ce roman graphique retrace l’histoire oubliée de Claudette Colvin, une adolescente qui, neuf mois avant Rosa Parks, a osé défier la loi et l’arrogance des hommes. Il dévoile un pan méconnu de la lutte contre la ségrégation raciale et le racisme aux États-Unis: celui du rôle central qu’y ont joué les femmes. On connaît tous Martin Luther King, mais qui connaît Claudette Colvin? Et même si on connaît aussi Rosa Parks, on réalise en lisant ce livre que cette dernière était considérée comme étant plus socialement acceptable (une figure soit-disant plus favorable à la cause) qu’une adolescente enceinte d’un homme blanc dans des circonstances troubles et perçue comme agitée. Oui, parce qu’on montre toujours Rosa Parks comme étant une petite couturière fatiguée et douce, mais même elle était en réalité une militante convaincue et active. On l’a simplement tue afin que parlent les hommes comme Martin Luther King ou E.D Nixon qui ont co-organisé le boycott des bus de Montgomery en 1955. Ceux-ci se sont d’une certaine manière approprié la contestation en tassant les femmes de la sphère publique.

Noire Claudette colvin 2

Les illustrations sont sobres, minimalistes et font usage de peu de couleurs. La mise en page est épurée afin de laisser toute la place aux faits et à l’histoire oubliée de Claudette Colvin.

Noire Claudette colvin 4

À travers ce livre, Émilie plateau invite les lecteurs à se mettre dans la peau d’une personne noire et femme, et à se remémorer les injustices découlant des diverses formes de discrimination. Il met en lumière cette tendance qu’a l’Histoire de ne retenir que ce qui fait son affaire, ainsi que les raisons de l’oubli collectif du rôle qu’a joué Claudette Colvin. Un bijou. Vous devez absolument le lire! Les ados aimeront sans doute!

Noire Claudette colvin 3

« Prenez une profonde inspiration, soufflez, et suivez ma voix, rien que ma voix. Quittez cette salle, quittez la ville, passez les ruisseaux, les fleuves, l’océan, sentez la brise. (…) Désormais, vous êtes noire. » (p.1 à 3)

Un livre pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs.

* Le roman duquel est tiré cette bande dessinée, Noire, écrit par Tania de Montaigne, a reçu le prix littéraire Simone Veil en 2015.

Tania de Montaigne est une auteure française.

Tania de Montaigne

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Noire: La vie méconnue de Claudette ColvinBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Émilie Plateau, d’après Tania de Montaigne
ÉDITION: Dargaud, 2019
ISBN: 9782205079258
PRIX: 31,95$
À partir de 13 ANS

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52 icônes noires qui ont marqué l'histoire      bus de rosa

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Si on était…

Si on était...Depuis la nuit des temps (8 ans), Marie et Nathalie s’adonnent à leur jeu bouche-trou préféré : le Si on était. L’exercice est assez simple ; une personne nomme un sujet – admettons « les fruits » – et les participants doivent ensuite s’imaginer quel fruit ils seraient. Un jeu facile à jouer mais extrêmement difficile à maîtriser, car voyez-vous, si le sujet est nul (comme les fruits) ou si les participants ont des faiblesses au niveau de l’imagination, ce jeu devient rapidement encore plus plate que de fixer le vide. Heureusement, Marie et Nathalie sont des expertes en la matière et même après 8 ans, elles parviennent à se renouveler constamment.

Quelle bande dessinées rafraîchissante! J’ai adoré le format: ces petites scènes du quotidien entre deux meilleures amies, chacune ayant une personnalité totalement opposée de l’autre. Les dessins m’ont beaucoup plu aussi: les expressions faciales sont toujours réussies et la mise en page est dynamique. De la grande BD! Les gags sont efficaces et j’ai lu ce premier tome d’une traite avec un sourire en coin. Même s’il s’agit avant tout de petits moments croqués ça et là, l’auteure a tout de même réussi à développer admirablement ses personnages: Marie gagnera en maturité et Nathalie apprendra à vivre pleinement son homosexualité. Par contre, au bout d’un moment, ça devient répétitif: Le jeu, « si on était » est bien sûr au centre du récit, mais j’ai vraiment eu l’impression que la lecture est beaucoup plus digeste à petite dose, par exemple une fois par semaine en ligne ou bien une fois par mois dans un magazine. Ce n’est pas pour rien: L’auteure a d’abord publié sur son site en ligne les aventures de Nathalie et Marie. Puis, elles ont été publiées dans le magazine québécois pour adolescents Curium mensuellement. Malheureusement, le transfert en format relié est un peu boiteux par moments. Le texte est aussi écrit très petit, ce qui rend la lecture difficile. Dommage.

Dans ce duo de meilleures amies, il y a Marie, une fille noire aux cheveux courts, exubérante, pleine de confiance et impulsive. Axelle Lenoir a très bien campé ses personnages qui nous apparaissent comme étant authentiques. Elles parlent comme on parle ici, avec des québécismes et des tournures de phrases vraiment rigolotes. De la BD québécoise assumée, je dis OUI! Si on était… est une très bonne série à découvrir.

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Si on était…Bouton acheter petit
AUTEUR(S) : Axelle Lenoir
ÉDITION: Front Froid, 2019
ISBN: 9782924455081
Prix: 21,95$
13 ans et plus

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petite suceuse    boondocks

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Ghost

Ghost Jason ReynoldsAyant réussi à échapper, avec sa mère, à son père qui leur tirait dessus, Castle, un adolescent, a pris en secret le surnom de Ghost, pour s’être vu tel un fantôme dans les yeux de l’épicier qui les a cachés cette nuit-là. Un jour, en rentrant du collège où ses camarades ont pris l’habitude de le maltraiter, il observe des coureurs s’exercer. L’entraîneur lui propose alors de les rejoindre.

Dès les premières lignes, j’ai su que j’allais adorer ce roman. Castle, le personnage principal, est tellement réaliste qu’on aurait dit un garçon que j’aurais pu croiser au coin de la rue. C’est un personnage imparfait comme je les aime. Il se croit fort, voire meilleur que les autres — surtout à la course à pied (la course à pied, c’est un sport, ça? s’est-il demandé en se bidonnant) — mais il apprendra que ce sport, c’est bien plus que de se mettre à courir. Au départ, Castle accepte de rejoindre l’équipe municipale d’athlétisme simplement pour augmenter ses chances d’intégrer l’équipe de basketball l’année suivante. Et, vous le devinez, cela ne se passera pas exactement comme il l’avait prévu.

Au niveau de la représentation, Castle est un adolescent noir qui habite dans un quartier pauvre des États-Unis, juste à côté d’un quartier plus riche. Cette proximité territoriale ne fait qu’exacerber les différences sociales entre les deux quartiers. Son père est en prison depuis le soir où, totalement soûl, il a tiré sur sa femme et son fils. Castle se bat à l’école pour se défendre contre les élèves qui se moquent de ses vêtements sans marques, de sa nourriture de faible qualité ou de son odeur (car il marche tous les jours pour se rendre à l’école sous un soleil de plomb). Ses matières préférées, même s’il ne le dirait probablement pas, sont l’anglais (il recommande d’ailleurs le roman Sa majesté des mouches) et l’éducation physique. Il ne s’intéresse pas particulièrement aux filles qu’il trouve un peu immatures à vouloir être plus jolies qu’intelligentes. Castle craint sa mère et la respecte beaucoup. Il souhaite la protéger, surtout depuis l’incident dramatique impliquant son père que j’ai mentionné plus tôt. Castle est un adolescent qui apprend vite, et qui est impatient de vivre pleinement sa vie sans porter le fardeau de tous les privilèges qu’il n’a pas: être noir, pauvre, et enfant de prisonnier lui donne une grande maturité. Il est un personnage bien développé et le Castle du début du roman n’est pas le même que celui de la fin. Extrait:

     Le coach m’a regardé de nouveau, droit dans les yeux.
– Ça peut t’aider à comprendre que si tu peux pas fuir qui tu es, tu peux courir vers celui que tu as envie de devenir.
J’ai laissé ses paroles faire leur chemin dans ma tête. J’étais qui, moi? J’étais Castle Cranshaw le gamin de Glass Manor avec un lourd secret. Celui avec un père en prison et une mère qui bossait comme une dingue pour moi, qui me coupait les cheveux, achetait des chaussures de sous-marque et des vêtements assez grands pour que je puisse les portes le plus longtemps possible. J’étais celui qui criait sur les profs et qui cognait sur les crétins qui parlaient trop. Celui qui se sentait… différent. Et vénère. Et triste. J’étais le gamin avec tous ces hurlements à l’intérieur.
Mais qui est-ce que je voulais être? Ça, c’était plus difficile à dire. Pourtant, il y avait un truc dont j’étais sûr, c’était que je voulais faire partie des Grands de ce monde. (p.162-163)

La traduction est un peu trop européenne par moments: On retrouve beaucoup de verlan avec des mots comme zarbi, chelou, teubé, relou, teuhon, etc. et le système d’éducation est français (CM1, troisième, quatrième, etc.), même si l’histoire se passe aux États-Unis. Il faut donc « retraduire » dans sa tête zarbi = bizarre, troisième = secondaire 2, etc. J’aurais préféré une traduction canadienne ou plus internationale. N’empêche! Ce livre vaut le détour. J’ai tellement adoré que je m’en suis acheté une copie pour ma bibliothèque personnelle. Ne passez pas à côté!

 

* Finaliste du National Book Award

Coup de cœur! 

Jason Reynolds est un auteur américain. 

Jason reynolds

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Ghost
AUTEUR(S)
: Jason Reynolds Bouton acheter petit
ÉDITION: Milan, 2019
ISBN: 9782745995032
PRIX: 22,95$
13 ans et plus

 

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uppercut Ahmed      Sako     Cours! Davide Cali

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My life matters

my life matters

Marvin et Tyler Johnson sont des jumeaux noirs américains de 17 ans. Tyler se rend à une fête organisée par un gang et Marvin l’accompagne pour veiller sur lui. Une descente de police soudaine durant la fête sépare les deux frères. Au matin, Marvin apprend la mort de Tyler mais une vidéo sur Internet montre qu’il a été abattu par la police alors qu’il rentrait chez lui. Premier roman.

Avant même de donner mon appréciation de ce roman, il faut absolument que je dise que son titre m’a beaucoup agacé. Le roman original a été publié sous le titre « Tyler Johnson was here » : il me semble qu’il s’agit d’un titre beaucoup plus approprié qu’on aurait pu simplement traduire par « Tyler Johnson était ici ». Pourquoi donc se casser la tête ? J’imagine que l’éditeur voulait faire un clin d’oeil au mouvement Black Lives Matter dont il est question dans le roman. Le résultat se révèle assez maladroit puisque « My life matters » (et ses variations telles que « All Lives Matter » ou « White Lives Matter ») est une phrase souvent répétée et un hashtag utilisé par des personnes blanches pour décrédibiliser le mouvement ou pour souligner qu’ils ne « voient pas la couleur », une manière insidieuse de nier les inégalités raciales. Après tout, on ne peut pas régler un problème (i.e. le racisme) si on décide de ne pas reconnaître son existence. De plus, une personne noire utiliserait simplement « Black Lives Matter », même pour parler de sa propre existence, et non « My Life Matters » puisqu’elle se sent naturellement comme faisant partie d’un mouvement plus large qui touche des personnes partageant le même héritage qu’elle. D’ailleurs, le titre français m’a agacé au point qu’il est la raison première pour laquelle ce roman a attiré mon attention sur l’étagère de ma bibliothèque municipale. Niveau marketing, l’éditeur a plutôt bien fait ! 🤷🏿

 

my life matters tyler johnson was here
Version originale américaine du roman de Jay Coles.

 

Voilà, c’est dit. Il fallait que ça sorte. Bon, après, j’ai bien aimé ce roman ! Qui de mieux pour raconter l’histoire d’un jeune américain noir qu’un jeune américain noir ? En effet, l’auteur Jay Coles a écrit ce roman avant d’atteindre l’âge de 25 ans. Les personnages parlent et se racontent d’une manière toute naturelle. #OwnVoices. Je me suis beaucoup attachée à Marvin et à son histoire. Son désir de réussite, de vivre une vie normale et sa capacité à faire face aux difficultés m’ont beaucoup touchée. J’ai ressenti toute sa frustration face au racisme ordinaire, aux micro-agressions et aux inégalités raciales. Je n’ai pas lu énormément de romans pour ados ayant un personnage principal baptiste, noir et geek. De plus, les meilleurs amis de Marvin sont une métisse ouvertement lesbienne et un latino originaire de la Colombie, ce qui n’est pas sans ajouter un mirroir intéressant pour les personnes racisées et issues de la diversité sexuelle qui elles aussi peinent à trouver des livres qui leur offrent une représentation positive d’elles-mêmes. Bravo !

Au ton de sa voix, je sais déjà de quoi il s’agit. Pas de roses et des choux-fleurs, non. Ce soir, on aura droit au sermon, LE sermon. Celui qu’on a déjà entendu si souvent mais jamais assez. Le sermon que toutes les mères et les pères noirs dispensent à leur progéniture au moins une fois par mois. Le sermon « tu-vis-dans-un-monde-de-Blancs-alors-sois-prudent ». Mama le veut encore plus après ce qui s’est passé hier soir. (p.29)

Dans le roman, on retrouve plusieurs allusions à la culture noire américaine comme le rappeur Tupac, l’autrice Toni Morrison et l’auteur Langston Hughes. J’aurais aimé une traduction canadienne car la traductrice de chez Hachette a opté pour un langage familier que j’imagine parisien, qui parfois clashait avec le contexte américain lorsqu’il était trop appuyé. Un « mec » ou « barge », ça passe, mais les « relou » et « ouf » m’ont fait décrocher à quelques reprises. L’histoire se lit sans difficultés, et m’a fait vivre toute une gamme d’émotions : la colère face à l’assassinat par des policiers de gamins noirs pour avoir « joué de la musique trop fort et perturbé la tranquilité » (p.91), l’exaspération face à l’absence du père condamné pour un crime qu’il n’a pas commis, la tristesse à la suite de la disparition de Tyler, la douleur d’une mère monoparentale ayant perdu un de ses fils, l’espoir lorsque Marvin sera enfin accepté à l’université de son choix. Même si l’histoire n’est pas très originale (il existe plusieurs romans sur la brutalité policière envers les afro-américains sur le marché qui suivent la même trame narrative), et que j’avais une vague impression de déjà-lu en lisant ce roman, j’ai tout de même bien apprécié ma lecture!

Y a aussi tellement de #AllLivesMatter débiles que ça me fout la tremblote. Tous ces gens qui ignorent que les Noirs n’ont jamais été inclus dans le All. All-American veut dire Blanc. All-inclusive veut dire Blanc. All lives veut dire vies de Blancs. Du pipeau tout ça. Les Blancs ne se soucient que d’eux-mêmes, ça me rend dingue qu’ils camouflent leur haine derrière ces posts. (…) Le venin anonyme des réseaux sociaux. (p.147).

Jay Coles est un auteur américain.

Jay Coles

 

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My life matters
Auteur(s)
: Jay Coles Bouton acheter petit
Édition: Hachette, 2018
ISBN: 9782016270158
Prix: 22,95$
À partir de 13 ans

 

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La haine qu'on donne         Frères Kwame Alexander

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Entre ici et là-bas

Entre ici et là-bas Michèle MatteauPas facile d’être le bourgeon d’un arbre déraciné… C’est ce que pense et vit Ganaëlle, dix-sept ans. Émigrée d’Afrique subsaharienne et au pays depuis bientôt trois ans, elle tente de devenir une Canadienne à part entière, mais se heurte à l’attitude négative de ses parents. Des parents qui ne lui semblent plus les mêmes depuis que la famille s’est réfugiée à Ottawa. Sa mère, surtout, a changé. De femme autonome, aimante et pleine d’humour, elle est devenue dépendante, renfermée et la colère qui la ronge la porte parfois jusqu’à la violence. Ganaëlle n’a personne à qui se confier. Elle se sent terriblement seule. C’est sur les pages lignées de cahiers d’école qu’elle raconte son désarroi, sa rage et la solitude qui la tenaille.

J’ai énormément aimé ce roman. La plume de Michèle Matteau m’a complètement plongé dans la peau du personnage de Ganaëlle, une adolescente arrivée au Canada depuis trois ans et qui cherche toujours à s’intégrer. Son style d’écriture est efficace, réaliste et empreint d’un respect pour le vécu des personnes immigrantes dont elle raconte l’histoire. L’auteure étant blanche et n’ayant pas vécu un tel parcours migratoire (on ne peut comparer une immigration interprovinciale à une immigration internationale), le risque était de s’approprier ces récits qui ne sont pas les siens. Une petite recherche m’indique que l’auteure a pris soin de rencontrer des personnes immigrantes et a longuement travaillé avec elles. Elle mentionne d’ailleurs dans ses remerciements qu’auprès d’elles, « [elle] a pris conscience des profondes difficultées d’une intégration réussie à un pays d’adoption et [elle] a pu constater le courage, la détermination et la résilience que cela exige. » (p.159) Les thèmes de l’immigration sont rarement exploités en littérature jeunesse avec autant de doigté et de profondeur dans les récits de fiction. Franchement, chapeau !

Michèle Matteau a choisi de ne pas identifier le pays duquel Ganaëlle provient, par souci de pérennité de son histoire. J’ai aimé cette approche. L’histoire de Ganaëlle aurait aussi bien pu être la mienne ou celle de gens de mon entourage. De plus, le fait que l’histoire soit racontée par une adolescente à un moment charnière de sa vie rend le récit encore plus fort. L’adolescence vient avec une série de questionnements, mais aussi la sensation de pouvoir tout faire, tout accomplir. Malgré toutes les difficultés rencontrées, Ganaëlle a la vie devant elle et l’histoire porte en elle ce souffle d’espoir. Je recommande vivement ce roman ! Contexte canadien.

Je remercie les éditions David de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Michèle Matteau
Maison d’édition: Éditions David Bouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782895977117
Public cible: Ados
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Les races, ça existe ou pas ?

A59956_philo_races_COUV.inddOn pense, on vit, on agit comme si les races existaient vraiment. Le nier, c’est refuser de voir qu’elles organisent réellement le monde qui nous entoure, alors que les identités sont multiples, faites de multiples brins, tissant ainsi cet écheveau dont on ne maîtrise rien, et qu’on appelle… l’humanité. C’est cette réalité qu’il faut transformer, pour combattre les discriminations raciales et le racisme.

Ce livre débute tout de go en soulevant la polémique qui a secoué les États-Unis en 2015 autour de Rachel Dolezal, cette américaine qui s’auto-identifie comme noire malgré le fait que ses deux parents biologiques soient blancs et qui a été présidente de la NAACP alors qu’elle prétendait être noire. À partir de cette affaire, l’auteure questionne se que signifie être d’une race ou d’une autre, qui décide de quelle race sont les êtres humains et si cette catégorisation a lieu d’être ou pas. L’affaire Rachel Dolezal est présentée de manière somme tout assez simple; on ne s’attarde pas sur qui a raison et qui à tort. Plutôt, on se questionne sur la raison d’être et les origines des catégories raciales. On aborde de concepts tels que la « règle de la goutte unique » (One drop rule), la transracialité et le racisme. Par contre, l’entrée en la matière par le biais de l’affaire Rachel Dolezal et la manière dont elle est abordée laisse supposer que c’est elle qui a d’abord remis en question l’objectivité et la légitimité des catégories raciales, alors qu’on sait qu’évidement ce n’est pas le cas. À maintes reprises dans l’histoire américaine, il y a eu ce débat, Rachel Dolezal n’a rien inventé ! Et même si plus loin, on parle du « passing » (la capacité d’une personne à être considérée en un seul coup d’œil comme membre d’un groupe social autre que le sien propre, comme par exemple la race), j’ai trouvé qu’on accordait beaucoup trop d’importance à Rachel Dolezal.

Somme toute, l’auteur s’attarde beaucoup au contexte américain, même si elle n’oublie pas d’aborder au passage d’autres contextes historiques et sociaux. C’est dommage que lorsque la race est abordée, parler des États-Unis semble être un passage obligé, comme si les races et le racisme existaient d’abord et de manière plus forte dans ce pays. J’aurais aimé que l’auteur aborde le concept de races tel qu’il est perçu dans d’autres sociétés, du colorisme aux Antilles ou en Asie, par exemple.

Les races, ça existe ou pas livre jeunesse

L’auteur vulgarise pour un public adolescent des concepts complexes tels que la race et son origine historique.

… C’est ainsi qu’est née l’idée que les races étaient naturelles, qu’elles pouvait être étudiées par la biologie, la physiologie, la craniologie ou d’autres « sciences naturelles ». Elles ont été créées ou construites de toutes pièces par les hommes, mais légitimées dans la référence à la nature. Or l’histoire ne s’arrête pas là: le concept de race est utilisé pour hiérarchiser ces groupes. Dans le discours raciste en train de s’élaborer, les différences visibles sont surtout les signes des véritables différences internes: morales, émotionnelles, intellectuelles, culturelles. (p.24)

À la lecture de ce livre très intéressant, nous croisons les noms de W.E.B. Dubois, de Frantz Fanon, de François Bernier, de Kwame Anthony Appiah, de Ian Hacking, de Claude Lévi-Strauss, etc. Plusieurs questions sont posées pour inciter le lecteur à réfléchir : « Peut-on ‘passer’ à travers la ‘ligne de couleur’? », « Pourquoi l’homme a-t-il créé des catégories raciales? », « Les races se transmettent-elles? », ou « Peut-on penser un racisme sans races? ». Au final, l’auteur explique qu’on ne voit que ce qu’on a appris a percevoir dans des circonstances particulières (ça aurait bien pu être la couleur des yeux ou des cheveux ou la forme des oreilles!). Car ce n’est pas la race qui fonde le racisme, c’est plutôt le racisme qui créé les races. Ce livre de Magalie Bessone illustré par Alfred constitue une lecture très intéressante pour les adolescents.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Magali Bessone & Alfred
Maison d’édition: Gallimard jeunesseBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782070599561
Lectorat cible: Ados
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Antonin

Antonin Samuel ChampagneS’ils savaient… Cette phrase, c’est toute ma vie. Il y a beaucoup de choses que les gens ignorent à mon sujet. J’ai une famille qui m’aime, des amis, je suis bon à l’école. On dit aussi de moi que je suis un grand artiste. Mon existence est parfaite, semble-t-il. Mais j’en ai eu une autre, avant, avec des parents biologiques qui sont restés dans ma tête, même après mon adoption. Je songe sans cesse à mon père, en colère par ma faute. À ma mère, partie m’acheter un cadeau sans jamais revenir. À ces journées que j’ai passées seul, dans l’appartement, à l’attendre du haut de mes six ans. Je pense à la chance que j’ai eue qu’on ait bien voulu de moi et à tout ce que je dois faire pour qu’on ne m’abandonne pas de nouveau. C’est pourquoi je cache ma douleur. Pour que personne ne sache que je fais des crises de panique ou des cauchemars, parfois même éveillé. Ni ces parents qui me sont tombés du ciel, ni mon frère, ni mes amis. Et surtout pas William, le gars que j’aime, le seul avec qui j’arrive à oublier. Il faut que je garde la tête haute et le passé à l’intérieur. Mais les souvenirs refont toujours surface, et je commence à manquer de force pour les affronter.

Ce roman a été une montagne russe d’émotions ! Antonin, le personnage principal est attachant et on se soucie de lui, de ce qui lui arrive et de sa vie. Il a l’air si réel qu’on a l’impression qu’on pourrait le rencontrer dans la vie réelle; l’auteur se fait totalement oublier pour laisser toute la place à son personnage aux multiples facettes. J’ai adoré ! J’ai eu peur pour Antonin, je me suis inquiétée, j’ai été touchée et j’ai même eu les larmes aux yeux à deux reprises pendant ma lecture. Franchement, chapeau à l’auteur Samuel Champagne, qui d’ailleurs vient de publier son troisième roman dans la même collection, Kaléidoscope, qui se spécialise en littérature LGBT+ (évidement, je vais tous les lire 🙂 ).

Dans le roman, Antonin tombe amoureux de William, un adolescent noir plus âgé que lui. Leur amour se développe tout naturellement. Alors qu’Antonin craint la réaction de ses parents face à son homosexualité, William l’assume totalement. Il vit seul malgré son jeune âge (18 ans) car ses parents n’ont plus voulu de lui après qu’il ait admis son attirance pour les garçons. On décrit William d’abord comme ayant des « cheveux courts, frisés », une « peau foncée » et des « épaules carrées », et Antonin ne manque pas de souligner qu’il est « tellement beau. » (p.35) Cela dit, tout au long du roman, l’auteur donne plus d’information sur le caractère de son personnage plutôt que sur son physique. On sait par exemple qu’il est fan de l’univers Disney, qu’il est débrouillard, qu’il aime le pop art, etc. Tous ces détails donnent de la profondeur à ses personnages. Petite maladresse lorsque l’auteur écrit que William « a les joues rosées malgré sa peau foncée » lors d’un moment intime entre les deux garçons (on se rapelle bien que les personnes noires ne rougissent pas ??!) Cette erreur est courante et me dérange à chaque fois.

Le meilleur ami d’Antonin, Yohan, est aussi noir. Même si on dit en page 36 que la peau de William est « plus foncée que celle de Yohan », on ne découvrira son origine ethnique qu’à la page 311 où Antonin raconte un événement raciste dont a été victime son ami: « Yohan est le seul Noir de l’école et j’aime pas quand les gens disent des mots méchants à cause de la couleur de sa peau. » Non seulement l’auteur n’est pas tombé dans le piège de définir son personnage secondaire dès le début que par sa différence raciale (ce qui est franchement surfait en littérature jeunesse), mais il laisse le temps au lecteur d’apprendre à connaître Yohan, de l’imaginer et de s’attacher à lui, avant de mentionner au passage qu’il est racisé. Et au final, on se dit « Ah, ben tiens ! » et on continue sa lecture, car non, le fait que Yohan soit noir ne change rien au récit. Yohan est noir parce que les personnes noires existent dans la vraie vie et ont des vies normales (Oh ! Scandale ! …*)

* Avez-vous senti mon sarcasme ? 😉

Antonin est un roman fort, réussi, qu’on a du mal à refermer et qui nous habite longtemps après l’avoir terminé.

Coup de coeur !

Je remercie les éditions de Mortagne de m’avoir offert ce livre. 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Samuel Champagne
Maison d’édition: Éditions de MortagneBouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782896628537
Public cible: Ados.

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Nola forever

Nola Forever fabien fernandezCette histoire a été racontée mille fois. On a le sentiment de la connaître depuis si longtemps. Shakespeare se l’est appropriée, le cinéma l’a popularisée et encore aujourd’hui, on se demande si Roméo et Juliette est un mythe ou une réalité. Oui, je vous parle bien de la pièce de théâtre et non du drame qui s’est déroulé à New Orleans.La Nouvelle-Orléans danse au rythme de Mardi Gras, quand vibrent les premières notes d’un drame amoureux : lui, poète et cuisinier tout juste sorti de prison ; elle, étudiante brillante issue des quartiers riches. Un regard, un mot, et leurs coeurs sont emportés par la passion. Ni les articles des magazines people, ni même la haine entre leurs familles ne les séparent. Et peu importe la manière dont ils sont morts, ce qui compte est de savoir comment ils se sont véritablement aimés.Moi, Dakota, dépositaire de leurs témoignages vidéo, je fais tomber les masques pour révéler au monde cette vérité.

Dans cette version moderne du classique du théâtre anglais, Roméo et Juliette, une journaliste tente de reconstituer ce qui est arrivé à deux jeunes adultes issus de familles qui se détestent et qui tombent amoureux. Le couple aussi raconte son histoire par le biais des vidéos de Julian, et c’est donc un récit à trois voix que se dévoile au lecteur, créant un rythme qui lui sert bien. L’histoire se passe en Louisiane et on est plongé dans cette ville cosmopolite avec sa culture et sa gastronomie. Le style de Fabien Fernandez est musical et recherché. J’ai bien aimé ce roman !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Fabien Fernandez
Maison d’édition: Gulf streamBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782354886219
Lectorat cible: Ados.
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Vingt petit pas vers Maria

vingt petits pas vers maria« Tout à coup, elle se mit à fredonner un air, une mélodie qui, de manière étrange, semblait éveiller en moi comme un écho. Sans trop savoir où mes pas me conduiraient, je me mis à la suivre. » C’est ainsi qu’une écrivaine s’est intéressée au destin d’une étrangère… pourtant si proche.

Aujourd’hui, j’ai été faire un tour à ma bibliothèque de quartier avec la ferme intention de mettre la main sur les livres de Marie-Célie Agnant. Heureusement, Vingt petits pas vers Maria et L’Enfant gazelle étaient disponibles pour le prêt. J’ai tout de suite lu Vingt petits pas vers Maria en arrivant à la maison. La prémisse du roman m’intriguait: le texte est né du malaise ressenti par Agnant lorsque son fils âgé de sept ou huit ans lui demande, alors qu’il sont en chemin vers l’école dans un quartier huppé du Grand Montréal, « Pourquoi, ici, c’est des femmes noires qui promènent les bébés blancs ? » Les « vingts petits pas », se sont ceux qui nous séparent de l’Autre, souvent ignoré, mais au final si proche de nous. Par exemple, les employées de maisons, les sans-abris ou simplement le voisin d’à-côté. Ce roman réfléchi ouvre les horizons du lecteur et le pousse à ouvrir ses yeux et son cœur à ceux qui l’entourent. Le roman se termine par un « dossier plus » où l’on retrouve des questions de compréhension de texte, des entrevues avec l’auteure et des pistes de réflexion. Idéal pour une exploitation en milieu scolaire !

Marie-Célie Agnant est une auteure, enseignante, traductrice et interprète canadienne née en Haïti. Elle vit à Montréal.

marie célie agnant

Auteur(s) / illustrateur(s) : Marie-Célie Agnant & Normand Cousineau
Maison d’édition: Hurtubise
Année de publication: 2001
ISBN: 2894285396
Public cible: Ados
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The Sun is also a star

The sun is also a star Nicola Yoon

Daniel, 18 ans, est fils de Coréens immigrés à New York. L’année prochaine, il intégrera certainement la prestigieuse université d’Harvard. Natasha, 17 ans, est arrivée de la Jamaïque dix ans auparavant. Ce soir, elle quittera peut-être les États-Unis pour toujours. Il croit à la poésie et à l’amour. Elle croit à la science et aux faits explicables. Ils ont 12 heures pour se rencontrer, se connaître, et s’aimer. Au-delà des différences.

Ce roman m’a fait vivre toute sorte d’émotions : la joie, la peine, l’indignation, l’espoir, la mélancolie. Je me suis souvent retrouvée accrochée à mon livre, les orteils crispés, à crier dans ma tête : « NON, DANIEL, NE FAIT PAS ÇA!! », ou encore « NON, MAIS À QUOI AS-TU PENSÉ, NATASHA ??! ». J’ai aimé les personnages, vrais et authentiques, que j’imaginais facilement croiser par hasard dans les rues de Montréal. Natasha est d’origine jamaïcaine et Daniel, d’origine coréenne. Natasha a l’esprit cartésien et scientifique, alors que Daniel est artiste et romantique. Leur relation, fulgurante et tumultueuse, n’aura duré qu’une journée. Elle sera façonnée par les différences, mais ce sont leurs ressemblances qui feront d’eux un couple gagnant. Et, comme dans la vraie vie, les relations ne sont pas toujours faciles ou heureuses; l’histoire de Natasha et de Daniel aussi. Ce roman nous amène avec lui dans un univers beau et dur à la fois et l’histoire nous est racontée par divers points de vue : celui de Natasha et de Daniel, mais aussi celui de l’avocat chargé du dossier de déportation de la famille Natasha, celui d’une agente d’aéroport ayant des idées suicidaire, celui du père de Natasha, et enfin celui d’un narrateur omniscient qui nous éclaire sur des sujets tels que l’histoire des cheveux au sein des populations noires ou encore l’histoire d’une famille coréenne ayant immigrer aux États-Unis. Un petit bijou de littérature pour jeunes adultes (Young adult fiction), pour ceux qui aiment les récits réalistes, romantiques (mais pas trop) doublés d’une critique sociale. Fabuleux ! J’ai hâte de voir le film. Voici un court extrait du roman signé Nicola Yoon :

Les êtres humains ne sont pas des créatures raisonnables. Au lieu d’être gouvernés par la logique, nous sommes gouvernés par les émotions. Si c’était le contraire, les gens sur cette Terre seraient plus heureux. Par exemple, à cause d’un simple coup de téléphone, j’ai commencé à espérer un miracle.
Je ne crois même pas en Dieu. (p.65)

Nicola Yoon est une auteure américaine née en Jamaïque. 

Nicola Yoon

Auteur(s) / illustrateur(s) : Nicola Yoon
Maison d’édition
: Le livre de poche Bouton acheter petit
Année de publication: 2016
ISBN: 9782017052111
Public cible: Ados
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