Spiderman: La chasse aux araignées

Spider-Man/Peter Parker, l’autre Spider-Man/Miles Morales et Ghost-Spider/Gwen Stacy font désormais équipe et rien ne peut les arrêter ! Excepté peut-être Kraven le Chasseur qui élimine ses proies les unes après les autres… Parviendront-ils à battre ce terrible adversaire? Rien n’est moins sûr!

Ce récit de l’univers Marvel fait suite au film Spiderman: Dans le spider Verse sorti au cinéma en 2018. Pour ceux et celles qui ont du mal à savoir par quel livre commencer une série de comics américain, La chasse aux araignées est une bonne porte d’entrée. Le récit se lit bien en lui même, sans avoir lu d’autres comics de Spiderman. Bon, il faut minimalement savoir que Miles Morales est le nouveau Spiderman et que Peter Parker est le premier Spiderman; mais c’est bien connu en général. Dans le livre, on retrouve aussi Gwen Stacy qui était aussi présente dans le film. Mais ne vous inquiétez pas, si vous n’avez pas vu le film, les 2-3 premières pages vous feront un résumé rapide de ce que vous avez manqué.

On a donc une histoire de super-héros avec un Spider-man afro-latino, Miles Morales, sur ses années d’adolescence. La collection Marvel Action s’adresse a un lectorat jeunesse, on n’entre pas dans la politique ou les conflits mondiaux comme c’est le cas dans les séries Marvel pour adultes. On se contente de poser un récit assez simple du bien contre le mal, avec un antagoniste bien méchant et des héros valeureux. Le récit se déroule dans une école secondaire, avec son lot d’adolescents et de téléphones cellulaires. Parlant de téléphones cellulaires, on retrouve des échanges de messages textes dans le texte, fautes d’orthographes incluses. On peut donc lire un glorieux « Ah, 6 jpouvais thwipper d’un coin à l’autre kom certains » (p.6) ou encore « vrmen t pire k mon père » (p.7). Avec l’argot parisien en plus, ça devient vite assez lourd. Toutefois, l’histoire offre un bon moment de divertissement, qui plaira aux amateurs de super-héros. Peut plaire.

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Marvel action Spiderman: La chasse aux araignées
AUTEUR(S): Erik Burnham & Christopher Jones
ÉDITION: Panini, 2020
ISBN: 9782809488326
PRIX: 16,95$
8 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
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Derrière les yeux de Billy

Billy a peur de tout perdre, alors elle perd tout. C’est plus fort qu’elle. Elle se dit que le jour où elle perdra quelque chose qu’elle aime plus que tout au monde, elle sera bien préparée. Mais, malgré son entraînement intensif pour s’endurcir contre le pire, le jour où son papi a fermé ses yeux pour toujours, Billy n’était pas prête.

Quel bel album qui aborde la thématique du deuil du point de vue d’une enfant avec beaucoup de poésie. Perdre un être cher, est-ce que c’est comme perdre un objet? Est-ce qu’on le retrouve au printemps, quand la neige a fondu? Est-ce que si on se pratique a perdre des choses, est-ce que cela fait moins mal lorsque quelqu’un qu’on aime meurt?

Billy est une enfant qui tente de donner un sens à la disparition de son grand-père. Elle vit beaucoup de frustration car personne ne semble avoir les mots pour lui expliquer la mort, le deuil. Si son papi s’est « endormi », c’est qu’il se réveillera? S’il s’est « envolé », c’est qu’il peut retomber? Grâce au soutien de son oncle, Billy trouvera une manière d’apaiser sa peine: faire une place dans son coeur et ses souvenirs pour son grand-papa. Ne jamais l’oublier. Puis, quand Billy grandira, elle pourra ajouter d’autres souvenirs, mais celui de son grand-père sera toujours là si elle le chéri.

Le texte et est fort et beau. Sur le site de Radio-Canada, on peut écouter une version audio du livre.

Au niveau de la représentation, on a un personnage principal métissé dont le père est noir et la mère, blanche. Elle vit une vie tout à fait ordinaire: Elle fait du sport, va au camp de vacances, se fait des amis, tombe amoureuse d’une fille dans sa classe et fonde une famille avec elle. J’ai adoré cet album sur la vie, sur la mort, sur la filiation et la transmission. Un livre excellent!

* Prix Espiègle 2019.

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Derrière les yeux de Billy
AUTEUR(S) : Vincent Bolduc & Chloloula
ÉDITION: Dent-de-lion, 2018
ISBN: 9782924926000
PRIX: 22,50$
8 à 11 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Dans mon coeur ou Ma soeur-étoile, deux albums jeunesse sur le deuil. Essayez aussi La princesse Nina, un livre dans lequel le personnage principal est aussi lesbienne.

Le club des licornes: La licorne noire

C’est la rentrée. Après les vacances d’été, le club des Licornes reprend ses activités. Les retrouvailles sont joyeuses. À la première récré, le club fait le point sur les profs et les nouveaux : dans l’une des classe, il y a une nouvelle très spéciale : une licorne noire. Qui est-elle ? Pourquoi est-elle noire ? Est-elle sympa ou pas ? Autant de questions qui alimentent les conversation et les fantasmes au sein du club. Petit à petit, les licornes du club apprendront à connaitre la nouvelle et à accepter sa différence. Mais de là à l’accueillir au sein du club… c’est une autre affaire ! 

Edna, la licorne noire, se présente assez tard dans le récit. C’est d’abord l’annonce de sa venue qui inquiète les autres licornes: elles auraient voulu savoir qui allait être la nouvelle élève et choisir elles-mêmes de l’accepter ou pas. Elles n’ont jamais entendu parler de licornes noires… est-ce que ça existe vraiment? C’est bizarre! Si ça se trouve, elle a des pouvoirs maléfiques! Lorsqu’Edna arrive enfin, au chapitre 4, la direction du club des licornes l’accueille en grandes pompes. Il est temps de mettre fin aux rumeurs. La directrice affirme dans un discours solennel:

« Edna vient d’un pays où une race de chevaux belliqueux a pris le pouvoir et accuse les licornes de sorcellerie. Ces cheveux brutaux ont décidé que toutes les activités sont désormais interdites aux licornes. Les licornes sont pourchassées et enfermées dans des enclos. Il leur est interdit de galoper, de trotter et de se regrouper. […] Par chance, Edna et sa mère ont réussi à s’échapper. Elles ont traversé deux fleuves, une chaîne de montagnes, quelques plateaux, de nombreuses prairies et sont arrivées ici, dans la plaine, où elles se sont installées. […] Edna ne s’exprime pas encore très bien dans notre langue mais elle apprend et elle progresse. Elle parlera bientôt comme nous. Je compte sur vous pour l’aider chaque jour dans cet apprentissage difficile: vous comprendre et se faire comprendre. » (p.43-44)

Même si les personnages ne sont pas humains, on fait clairement un parallèle avec les nouveaux arrivants et les réfugiés en occident. Edna a le pelage noir et la crinière tressée alors que les autres licornes sont pâles et leur crinière, raide ou légèrement ondulée. Le roman véhicule un message de tolérance, car même Émile, un Shetland souhaitant intégrer le club des licornes, finira par y être accueilli (un garçon dans un club de licorne… ce n’est pas commun! Mais Cerise, une licorne sympathique, lui fera sentir comme un membre à part entière du club). Car le club des licornes est un lieu qui « rassemble autour de l’amitié, du partage, de l’Entraide, de l’écoute… Je ne vois pas pourquoi ces choses-là doivent être réservées aux licornes. Le Club des licornes, c’est notre nom. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas partager, aider ou écouter d’autres races équines. Au contraire. » (p. 64-65).

Si certaines licornes se méfient beaucoup d’Edna à cause de sa différence, plusieurs licornes ne comprennent pas pourquoi l’arrivée d’Edna pose un quelconque problème, n’y voyant que des bienfaits: un nouveau groupe, de nouveaux projets… c’est réjouissant! Suzanne, la présidente du club, se montre assez raciste et fait tout pour éviter d’inclure Edna dans le groupe. C’est Ninon qui prendra sa défense et ira même jusqu’à remettre Suzanne à sa place: Non, elle ne gère pas bien le club. Oui, elle fait de la discrimination. Non, Edna ne s’appelle pas simplement « La nouvelle », elle a un prénom et il est temps de l’utiliser! Non, on ne peut pas juger une personne avant de la connaître.

La majeure partie de l’histoire se concentre sur la manière dont les licornes perçoivent l’arrivée d’Edna. Edna est en fait absente de presque toutes les discussions. Le club se réunit pour savoir si oui ou non Edna a le droit d’en faire partie, si oui ou non elle est maléfique, si oui ou non Suzanne est une mauvaise présidente, etc. J’étais en train de me dire que ça ressemble de plus en plus au stéréotype du sauveur blanc quand Edna s’interpose en page 83 pour signifier qu’elle est capable de faire une demande d’adhésion au club en bonne et du forme et que s’il y a des questions la concernant, c’est à elle qui faut le demander plutôt que de faire des supposition et partir des rumeurs. Et elle ajoute, comme une tonne de roche sur les licornes honteuse de leur étroitesse d’esprit: « Dans mon pays, nous sommes persécutées parce que nous sommes des licornes. ce serait un comble d’être rejetée ici parce que vous considérez que je n’en suis pas une! » (p.84).

Je regrette que les personnages ne soient pas davantage développés. Edna se résume à sa différence: On ne sait pas ce qu’elle aime, on ne connait pas sa famille, on ignore ses forces et ses aspirations. On mentionne que dans son pays il n’y a pas d’hiver, mais pas, par exemple, quels sont talents ou ses défauts. On mentionne que pour le concours de beauté, elle sera « apprêtée selon des techniques traditionnelles de brossage et de tressage de son pays » (p.110), la plaçant de nouveau comme étant une Autre, différente des autres. Ceci ne s’accompagne pas de passage où la personnalité d’Edna se dévoile, ou encore de passage où on souligne les ressemblances avec les licornes pâles. Et donc, Edna est assez unidimensionnelle: C’est la « Nouvelle », la « Différente ». Le récit se termine sur le point de vue des licornes pâles: ce qu’elles ont appris avec l’arrivée d’Edna (il faut s’ouvrir pour découvrir plutôt que se méfier et résister), et ce qu’elles vont changer au sein du club (changement de présidence et ouverture aux différences). Décevant.

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Le club des licornes, 1: La licorne noire
AUTEUR(S): Maxime Poisot & Emmanuelle Teyras Victoria Robado
ÉDITION: Fleurus, 2020
ISBN: 9782215174295
PRIX: 15,95$
8 à 10 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être L’école des licornes: Ariana et murmure, un roman que j’ai préféré à La licorne noire. Vous aimerez peut-être Ça va faire des histoires et Léonie: Vétérinaire pour vrai, deux romans pour les préadolescent.e.s.

Maman-dlo

Cécette, sur son île, attend. Elle attend sa mère partie en métropole. Soudain, l’horizon semble bouger en un point minuscule. Cécette se lève. Son coeur bat très fort. Le point se rapproche…

Quel beau texte! Dès les premières lignes, on comprend qu’on s’apprête à lire une histoire unique. Il faut aussi le lire à voix haute, car il y a beaucoup de musicalité et de rythme au style d’Alex Godard. Le livre fait voyager dans les îles, en Haïti, et on sent presque le soleil brûlant sur sa peau en lisant l’histoire de Cécette. Je recommande ce livre pour une exploitation en classe, plusieurs possibilités s’offrent aux enseignants de français ou d’univers social.

Pour ceux et celles qui sont familiers avec Mami-wata, cette divinité aquatique d’origine africaine, c’est bien d’elle dont il s’agit dans ce récit. Ces croyances ont été répandues dans la diaspora africaine et les caraïbes. Dans plusieurs pays francophones, on l’appelle Maman-dlo ou Manman-dlo la « mère de l’eau ».

Les illustrations très réalistes sont magnifiques. Ce livre, malheureusement épuisé, peut être commandé dans certaines libraires, dépendamment de la disponibilité chez le fournisseur. Autrement, direction bibliothèque publique! Espérons qu’il sera rééditer prochainement. Ne passez pas à côté de ce livre!

Alex Godard est un auteur et illustrateur marie-galantais.

Maman-dLo
AUTEUR(S):  Alex Godard 
ÉDITION: Albin Michel, 2014
ISBN: 9782226255402
PRIX: 8,95$
8 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Mbéla et la perle de Mamiwater, Vodou, et À l’eau Mariétou, trios livres dont il est question de Mamiwata ou Maman-dlo.

Mon corps est génial ! Ses échanges avec l’extérieur

Un documentaire sur les relations entre le corps humain et son environnement, avec des volets à soulever, expliquant comment il utilise ses sens pour appréhender l’extérieur, comment il communique par le langage avec ses semblables ou encore comment la peau le protège.

Un super documentaire très complet, qui explique à hauteur d’enfant la manière dont le corps fonctionne et ses relations avec l’extérieur. Une table des matières en début d’ouvrage facilite le repérage de l’information. On retrouve également un sous-sommaire dans chacune des sections. Plusieurs sujets y sont abordés: Le rire, les cinq sens, le langage, les poils et les cheveux, ou encore le hoquet et la respiration. 

Dans la section sur l’enveloppe, on aborde le sujet de la peau. Au-delà de sa couleur, la peau sert surtout à agir comme une barrière défensive. Peut importe sa couleur, au soleil on doit vite protéger une peau claire, alors qu’une peau foncée peut être exposée plus longtemps sans brûler. On mentionne aussi que la couleur de peau est simplement le résultat de l’endroit où sont nés nos ancêtres. J’ai aimé que les couleurs de peau ne soient pas classés comme noir/blanc, mais plutôt comme une variété de teintes comme marron, brun foncé, brun-rouge, beige foncé, rosé, ou beige. Fortement recommandé! Idéal pour une bibliothèque de classe au primaire!

Mon corps est génial ! Ses échanges avec l’extérieur
AUTEUR(S) : Cristina Junyent & Cristina Losantos 
ÉDITION: Quatre fleuves, 2020
ISBN: 9791026403098
PRIX: 23,95$
8 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Pain-doré et Violette, deux albums jeunesse sur l’acceptation de sa couleur de peau. Essayez aussi Et moi voilà!, un livre sur la manière dont nous héritons des caractéristiques physiques de nos ancêtres.

Sorcière vaudou

Morane est intriguée par l’arrivée de sa nouvelle voisine haïtienne. Une aura de mystère semble l’entourer, car des phénomènes étranges ont lieu en sa présence. Elle la soupçonne d’être une sorcière, prête à leur jeter des mauvais sorts.

Ouf. Par où commencer? Avant même d’ouvrir le livre, déjà, le titre: « Sorcière vaudou ». J’ai beaucoup de mal avec cette association commune entre vaudou et sorcellerie. Toute religion est faite de croyances et de gestes qui échappent à toute explication scientifique. Ça n’en fait pas des formes de sorcellerie. Les personnes qui pratiquent le vaudou sont appelées vaudouisantes, pas sorcières. Ensuite, la page couverture ne fait qu’en ajouter une couche en montrant une personne en contre-jour qui semble évoquer un démon ou je ne sais quoi. Deux personnes, blanches, ont l’air effrayées. Le livre est publié dans la collection Frissons chez l’éditeur, Héritage Jeunesse: Oui, parce que le vaudou, c’est un truc de récits d’horreur. Eh, misère… 🤦🏿‍♀️

J’avais déjà lu quelques romans de l’autrice afro-québécoise Dïana Bélice et j’avais chaque fois pu relever des passages et représentations problématiques dans ses livres. J’ai tout de même tenté d’entamer ma lecture de Sorcière vaudou avec un esprit ouvert. Le personnage principal de l’histoire est Amandine, une petite fille noire que l’on rencontre pour la première fois en page 4 où elle est décrit comme étant coiffée d’énormes lulus qui « ressemblent à d’énormes nuages noirs ». C’est une nouvelle élève venue d’Haïti et elle est donc sujette à l’attention et la curiosité de ses camarades. C’est normal. Et même s’il est clair qu’il s’agit d’une petite fille noire, ce n’est pas la couleur de sa peau qui attise les regards, mais simplement le fait qu’elle soit nouvelle. Sauf que dès la page 5, elle monte dans l’autobus scolaire, salue le chauffeur et regarde autour d’elle les passagers déjà installés, et on dit qu’il s’agit d’une attitude étrange (!). Par la suite, des choses tout à faits banales et normales (des sourires, des paroles anodines, des jeux, de la nourriture, une invitation à une fête) seront qualifiés d’étranges, effrayants, mystérieux, surnaturels, maléfiques ou suspects, et ce, sans aucune raison apparente. L’autrice surfe sur le fait qu’Amandine soit différente des autres (immigrante, nouvelle) pour créer une aura effrayante autour d’elle tout au long du roman. Pourtant, c’est bien la base de la xénophobie: ce qui est étranger et différent fait peur. J’ai trouvé ça vraiment maladroit qu’on utilise la différence ethnique et raciale pour en faire un récit d’horreur.

Après, j’ai vraiment senti que l’autrice ne s’adressait pas à moi en tant que lectrice noire. Ce qui est supposé faire peur est en réalité pour moi des choses familières. Par exemple, du riz collé accompagné de lambi, un délicieux plat haïtien, est comparé à des vers de terre pour faire peur au lecteur. On dit d’Amandine et de sa famille qu’ils pratiquent de la magie noire alors qu’ils sont simplement vaudouisants. Les vieux grands-parents d’Amandine, parce qu’ils ont le teint sombre et sont âgés, sont comparés à des zombies effrayants. Un membre de la famille d’Amandine, « aussi foncé que la nuit » sourit de ses dents blanches et les deux camarades blancs d’Amandine frissonnent (p.34). Dans quel monde est-ce que des personnes normales qui ressemblent aux membres de ma famille doivent-ils me faire peur?? J’ai vraiment senti que ce roman était écrit d’abord et avant tout pour le lectorat blanc.

Au milieu de l’histoire, les deux camarades blancs d’Amandine vont faire des recherches sur la magie noire et, bien sûr, vont tomber sur le vaudou. Ils en concluront que la famille d’Amandine sont « des sorciers vaudous! Comme dans les films d’horreur! » (p. 63). Et on aura bien sûr droit au passage sur la poupée utilisée pour jeter des sorts maléfiques.

À la fin de l’histoire, les deux camarades blancs d’Amandine confronteront cette dernière et elle leur expliquera tout ce qu’ils avaient mal interprété. Ses jeux dans la cours d’école étaient en réalité une célébration pour remercier la vie de ses bienfaits; les os dans sa boîte à lunch étaient simplement les restes de son repas; les « zombies » chez elle étaient ses grands-parents; et il n’y avait aucun lien entre la poupée aux cheveux coupés et la nouvelle coiffure d’une élève de l’école. Mais même si on mentionne que « lorsque les gens ne connaiss[ent] pas quelque chose, ça fait peur […], quelques fois ils s’inventent des histoires auxquelles ils préfèrent croire au lieu de s’informer. » (p.93), ce n’est pas suffisant pour passer sous silence les 92 pages précédentes bourrées de clichés et de stéréotypes. Dommage. Je n’ai vraiment pas aimé ce roman.

Dïana Bélice est une autrice québécoise d’origine haïtienne.

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Sorcière Vaudou
AUTEUR(S): Dïana Bélice
ÉDITION: Héritage jeunesse, 2020
ISBN: 9782898121845
PRIX: 10,95$
8 ANS ET PLUS

Voici trois autres livres avec des représentations problématiques de personnages noirs: F pour fille: Emma, Zoé: Championne de cas ratés, et Il faut sauver Nikili!

Les super six du hockey: Mise au jeu glaciale

Hockey et superpouvoirs : deux thèmes qui vont plutôt bien ensemble, n’est-ce pas? Eh bien, détrompez-vous! Lorsque vous ajoutez à cela un scientifique maléfique, les choses peuvent rapidement se compliquer. Heureusement pour eux, les super six ne sont pas seulement talentueux sur la glace! Ces six coéquipiers seront-ils en mesure d’utiliser leurs superpouvoirs afin de combattre le méchant scientifique? Ou devront-ils se rendre en prolongation? Kevin Sylvester, auteur du roman L’équipe épique quasi héroïque : Mission Morve, propose aux jeunes lecteurs une toute nouvelle série de livres basés sur l’humour, l’aventure et le sport!

Déjanté! Éclaté! Deux mots pour décrire ce roman qui sort de l’ordinaire. De la mise en page dynamique au récit loufoque, tout y est pour surprendre, amuser et faire rire. Il y a d’ailleurs beaucoup d’humour dans cette histoire rocambolesque qui mélange hockey, monstres, science, BD, amitié et esprit d’équipe.

L’un des personnages principaux est Karl, un garçon noir qui adore être le centre de l’attention. Gentil et bon ami, il est une personne sur laquelle on peut compter et tente toujours de trouver un compromis pour créer une bonne entente. Sa mère, Pauline Patinage (aussi appelée PM PP😆) est la première ministre du pays! Elle est aussi la cheffe secrète du Conseil Ultrasecret en Matière de Préparation aux Menaces et Périls Mondiaux Incontestés (CUPMPM pour faire court – le I est muet. 😂)

Petite déception en page 155 où on mentionne que Karl, pris en train de faire une bêtise, « a les joues rouges », alors qu’il est clairement un garçon noir. Un bon roman tout de même pour les enfants qui n’aiment pas particulièrement lire, ou pour les amateurs d’histoires drôles et loufoques pleines d’action.

Les super six hockey : Mise au jeu glaciale
AUTEUR(S):  Kevin Sylvester
ÉDITION: Scholastic, 2020
ISBN: 9781443163507
PRIX: 11,99$
8 à 12 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Willie O’ree, La street: en mode détente, Cours!, trois livres jeunesse sur le sport.

Zoé: Championne des cas ratés

Rien ne résiste à Zoé. Surtout quand elle a une idée en tête. Aujourd’hui, elle a décidé d’organiser un anniversaire surprise à sa maman. Mais quand tu es sans un sou et que tu ne comptes que sur tes idées, pas certain que ça soit une bonne idée. Les catastrophes vont se succéder, sans jamais arrêter Zoé !

La lecture de ce roman m’a été pénible!! 😬 J’ai hésité à le lire parce qu’en général, je n’aime pas les romans jeunesse en gros caractères. Et en le feuilletant vite-fait une première fois, je suis tombée sur un passage dans lequel on parle de « tous les chauffeurs de taxi haïtiens » (p.26). Sur le coup, je n’avais pas pu m’empêcher de lever les yeux aux ciel. Encore le cliché des chauffeurs de taxi haïtiens montréalais. Comme s’il fallait justifier la présence des hommes noirs à Montréal, du style « ah, oui, ben ce sont des chauffeurs de taxi! » ou qu’on ne les retrouve pas dans d’autres sphères du monde du travail.

Mais bon. Je n’arrêtais pas de le voir à la bibliothèque, donc finalement, je me suis lancée. Le personnage principal, Zoé, est une petite fille métissée dont le père est noir et la mère, blanche. Elle décrit sa famille ainsi:

« J’ai une drôle de famille multicolore. Papa est comme le café noir et maman, comme le pot de lait. Moi, je suis un mélange des deux. La petite tasse de café au lait. » (p.28)

J’en ai un peu marre de ce genre de description de la couleur de peau des personnes noires avec de la nourriture. Du chocolat, du café, du café au lait… Jamais on ne décrit les personnages blancs de cette manière, genre « J’ai la peau couleur guimauve » ou encore « j’ai une drôle de famille blanche: ma mère et mon père sont blancs! ». 🙄 Parce que les peaux blanches sont perçues comme la norme, la base, ne nécessitant pas de description particulière. Au fond, peut-être que cette analogie avec le café au lait ne m’aurait pas autant dérangée s’il n’y avait pas tous ces autres passages problématiques dans le roman. Continuons.

Revenons au père de Zoé un petit moment. Ce n’est pas dit explicitement dans le texte, mais plusieurs éléments nous laissent supposer qu’il est haïtien: son garage est fréquenté par la communauté (même si ce n’est quand même pas un prérequis), il écoute des chansons haïtiennes et il parle créole. Sauf que le créole dans le texte ne fait AUCUN SENS. En page 88: « Pas rim neux » est traduit par « ne ris pas de moi ». Pourtant, ça ne veut absolument rien dire en créole haïtien. En p.123, on peut lire les paroles d’une chanson en « créole »: « Mé té a libewté, ja pran tan résilié. Haitie Chérie, la vi pas fini ». Déjà, Haïti en créole s’écrit Ayiti et le « e » à la fin du nom du pays, je sais pas ce qu’il vient faire là. Après, le reste, c’est carrément du charabia. Je devine qu’on a voulu en faire une chanson sur la liberté et la résilience, mais, seigneur, l’auteure aurait dû faire l’effort demander à un créolophone de relire son texte. De plus, on retrouve çà et là dans le texte quelques interjections et mots créoles utilisés très maladroitement par le père de Zoé. Ça sonnait très faux parce que ce n’est pas comme ça qu’une personne haïtienne utiliserait ces interjections et ces mots. Vers la fin du roman, une bannière de fête est installée à l’envers par accident et l’amie (blanche) de Zoé lui demande si c’est du créole. 🤦🏿‍♀️ Bref. Est-ce que quelqu’un a effectué une relecture de ce roman pour s’assurer que ce genre de représentation problématique ne se retrouve pas sur les tablettes de nos librairies??

Ce n’est pas tout. L’une des gaffes de Zoé est de maquiller son père en clown alors qu’il dort, car elle prépare l’anniversaire de sa mère. Elle lui met un « grand sourire jaune jusqu’aux oreilles, un nez blanc et de grands triangles verts et orange autour des yeux » (p.128). Une fois terminé, voici ce qu’on peut lire et voir dans le roman (attention, ça va faire mal):

Ça, c’est une femme blanche (l’auteure) qui associe cheveux crépus à chevelure de clown. Si j’ai bien compris, les cheveux crépus sont des cheveux de clowns. C’est bien ça? 😬 Ce genre de représentation me rend en colère et me blesse. Sait-elle que des personnes dans la vraie vie ont naturellement les cheveux crépus? Comment sommes-nous sensés nous sentir en tombant sur ce passage dans son livre?

Parenthèse: La grande sœur de Zoé a été adoptée de Chine avant sa naissance. En p. 270, alors que l’anniversaire de la mère a finalement lieu, Zoé souligne que « même [sa] Chinoise de sœur a eu envie de participer. » Sauf qu’elle n’est pas Chinoise, elle est Canadienne. Quel manque de délicatesse.

Le texte, plutôt insipide, utilise le langage familier. On y retrouve même le mot « bordel » (dans le sens de « désordre »). D’accord, les gens utilisent beaucoup ce mot en langage familier, mais c’est quand même assez vulgaire. Je n’aurais pas mis ça dans un livre pour enfants.

Dernière chose. Sur leur site, les éditions La Bagnole présentent le livre comme « une série pour jeunes filles avec beaucoup d’action et encore plus de catastrophes ». C’est quoi ce besoin de genrer les lectures??? Les livres « pour filles », les livres « pour garçons »… c’est agaçant. Un garçon ne peut-il pas lire et aimer un roman dans lequel le personnage principal est une fille? Franchement… 🤦🏿‍♀️ Ne perdez pas votre temps avec ce livre. Non recommandé.

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Zoé: Championne des cas ratés
AUTEUR(S): Catherine Girouard & Vannara Ty
ÉDITION: La Bagnole, 2018
ISBN: 9782897142384
PRIX: 14,95$
8 à 11 ANS

Voici d’autres livres jeunesse avec des représentations raciales problématiques:
Un été au chalet (éditions Les Malins), Il faut sauver Nikili! (Oskar éditeur) et Des mensonges dans nos têtes (Mosaïc éditeur).

Ariana et Murmure

Aujourd’hui, Ariana a découvert une araignée rouge et un lézard vert émeraude dans le dortoir Diamant ! Mais bientôt, d’autres animaux envahissent l’école des Licornes. Pourquoi quittent-ils la forêt ? Ariana et ses amies doivent vite trouver une solution pour leur venir en aide !

En commençant ma lecture de ce roman publié dans la collection La Bibliothèque Rose de chez Hachette, je m’attendais à une histoire hyper-genrée et de mauvaise qualité, mais en fait, c’était plutôt sympa comme lecture. Alors, oui, l’académie que fréquente l’héroïne s’appelle « Diamant » (il fallait bien que ça brille quelque part!). Mais après, une fois qu’on décide de se laisser porter par l’histoire, c’est plutôt chouette! Et les licornes, c’est vraiment cool (oui, j’ai parfois encore 9 ans dans ma tête)! La licorne d’Ariana, Murmure, est en apprentissage et il deviendra très proche d’elle au cours de l’histoire. D’ailleurs, une mèche de cheveux d’Ariana deviendra de la même couleur que la crinière de Murmure lorsqu’ils deviendront enfin connectés. La symbolique autour de la mèche de cheveux m’a plu.

Plutôt que d’apprendre aux filles à être fragiles et mignonnes, le roman Ariana et Murmure montre aux lectrices (et aux lecteurs!) qu’il ne faut pas avoir peur de se salir et de partir à l’aventure. D’ailleurs, Ariana vaincra sa peur de se salir pour aider les animaux en danger. Un jour, elle se sentira vexée qu’une camarade de l’académie ait dessiné un portrait d’elle se moquant gentiment de sa peur des araignées. Déjà qu’elle avait du mal à s’intégrer au groupe, cela l’affectera beaucoup. Puis, vers la fin de l’histoire, elle comprendra que les taquineries n’étaient pas destinées à vexer. C’est un bel apprentissage.

La couleur de la peau d’Ariana ne change absolument rien au récit et sa présence offre une belle représentation d’une fille noire en littérature jeunesse. J’ai aussi aimé qu’Ariana ait le teint très foncé, car on voit encore trop peu de personnages au teint foncé en littérature jeunesse. Souvent, on privilégie les peaux brunes et métisses plutôt que marron. Chapeau! 

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les tomes 1 à 7 de L’école des licornes pour lire ce huitième tome. Chaque roman de la série peut se lire de manière indépendante. À découvrir!

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L’école des licornes, 8: Ariana et Murmure
AUTEUR(S):  Jessica Love 
ÉDITION: École des loisirs, 2020
ISBN: 9782017105060
PRIX: 8,95$
8 à 10 ans

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Ça va faire des histoires

Fanta est en vacances et ça ne va pas du tout. Elle se dispute avec son frère et sa sœur, ses parents sont fatigués. Par chance, elle peut aller quelques jours chez sa marraine Sylvie. Elle sera un peu forcée de lire le soir, mais à part ça elle adore.En plus, elle va pouvoir jouer avec la fille d’une voisine. Tout devrait donc se passer parfaitement. Sauf que les bêtises, ça arrive. Des fois exprès, des fois pas trop. Et Fanta, en ce moment, ça lui arrive souvent…

Ce petit roman de tout juste 76 pages se croque et se savoure. Fanta, le personnage principal, aime raconter des histoires. Du coup, elle ment parfois. Celui la mènera dans des situations inconfortables. J’ai un peu été surprise par la facilité et le calme avec lesquelles elle mentait aux adultes, alors que le lecteur sait pertinemment que ce qu’elle dit est faux. Chaque fois qu’elle fait une bêtise, elle finit par écrire un mot pour avouer son tort et s’excuser. Mais c’est trop facile… Suffit-il de quelques mots griffonnés et glissé sous la porte et tout est oublié? Oubliée la bêtise, oublié le mensonge? Et si elle apprenait plutôt à ne pas faire les bêtises du tout? Grâce à sa gardienne, elle apprendra que la vérité peut être encore plus amusante et valorisante que les mensonges.

Fanta aime les histoires, mais pas les livres! Elle a de la difficulté à déchiffrer les lettres et se décourage facilement lorsqu’elle lit. Elle invente des mots, coupe les coins ronds. Elle est aussi très jeune: elle mouille encore son lit. Ses origines sont musulmanes et tant sa religion que sa couleur de peau sont totalement normalisés dans le texte. À découvrir. Contexte français.

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Ça va faire des histoires
AUTEUR(S): Marie Desplechin & Glen Chapron
ÉDITION: L’école des loisirs, 2018
ISBN: 9782211236775
PRIX: 14,95$
8 ans et plus

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