Derrière les yeux de Billy

Billy a peur de tout perdre, alors elle perd tout. C’est plus fort qu’elle. Elle se dit que le jour où elle perdra quelque chose qu’elle aime plus que tout au monde, elle sera bien préparée. Mais, malgré son entraînement intensif pour s’endurcir contre le pire, le jour où son papi a fermé ses yeux pour toujours, Billy n’était pas prête.

Quel bel album qui aborde la thématique du deuil du point de vue d’une enfant avec beaucoup de poésie. Perdre un être cher, est-ce que c’est comme perdre un objet? Est-ce qu’on le retrouve au printemps, quand la neige a fondu? Est-ce que si on se pratique a perdre des choses, est-ce que cela fait moins mal lorsque quelqu’un qu’on aime meurt?

Billy est une enfant qui tente de donner un sens à la disparition de son grand-père. Elle vit beaucoup de frustration car personne ne semble avoir les mots pour lui expliquer la mort, le deuil. Si son papi s’est « endormi », c’est qu’il se réveillera? S’il s’est « envolé », c’est qu’il peut retomber? Grâce au soutien de son oncle, Billy trouvera une manière d’apaiser sa peine: faire une place dans son coeur et ses souvenirs pour son grand-papa. Ne jamais l’oublier. Puis, quand Billy grandira, elle pourra ajouter d’autres souvenirs, mais celui de son grand-père sera toujours là si elle le chéri.

Le texte et est fort et beau. Sur le site de Radio-Canada, on peut écouter une version audio du livre.

Au niveau de la représentation, on a un personnage principal métissé dont le père est noir et la mère, blanche. Elle vit une vie tout à fait ordinaire: Elle fait du sport, va au camp de vacances, se fait des amis, tombe amoureuse d’une fille dans sa classe et fonde une famille avec elle. J’ai adoré cet album sur la vie, sur la mort, sur la filiation et la transmission. Un livre excellent!

* Prix Espiègle 2019.

Pour commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Derrière les yeux de Billy
AUTEUR(S) : Vincent Bolduc & Chloloula
ÉDITION: Dent-de-lion, 2018
ISBN: 9782924926000
PRIX: 22,50$
8 à 11 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Dans mon coeur ou Ma soeur-étoile, deux albums jeunesse sur le deuil. Essayez aussi La princesse Nina, un livre dans lequel le personnage principal est aussi lesbienne.

Et si on se parlait?

Coucou  ! Nous nous appelons Thomas, Noémie, Jade et Sam… Nous avons à peu près ton âge et nous aimerions partager avec toi des petites expériences de vie. Cela te permettra d’en parler avec les adultes qui s’occupent de toi, d’exprimer tes émotions, de raconter à ton tour ce que tu vis à l’école ou à la maison…

Ces trois petits livres sont super pour amener les enfants à parler de tout, sans tabou. Le ton est adapté au lectorat, puisque le premier livre s’adresse aux 3-6 ans, le deuxième, aux 7-10 ans, et le troisième, aux 11 ans et plus. Si vos enfants se questionnent sur des sujets délicats, ces livres les aideront à exprimer leurs émotions, à trouver les mots pour discuter de toutes sortes de sujets et aussi constater qu’ils ne sont pas seuls à vivre certaines expériences de la vie.

Les réponses données aux questionnements des enfants sont réfléchies et accessibles pour leur âge. Par exemple, dans le tome deux (pour les 7-10 ans), on rencontre Hakim, 10 ans (presque 11!) qui parle de ce qui lui est arrivé à l’école avec son copain David: ils ont été harcelés et été victimes de racisme. Ils ont été traités de moches parce qu’ils ont la peau foncée et se sont fait traiter de tous les noms. Hakim et son ami n’aiment pas la violence et ils ne comprennent pas pourquoi certaines personnes (même des adultes!) les insultent. 


J’ai aussi bien aimé qu’on invite les lecteurs à prendre un dictionnaire pour chercher la définition des mots qu’il pourraient ne pas comprendre totalement, comme « Racisme » ou « Harcèlement ».

Dans le troisième livre (celui pour les 11 ans et plus), on parle d’homosexualité avec Julia, de consentement avec Fatou, de cyberharcèlement avec Tony, de puberté avec Sarah et de violence sur Internet avec Cyril.

Malheureusement, le contexte est français: on parle de SMS, de collège, de maître d’école ou on suggère de composer le 3020 pour faire un signalement. À ce niveau-là, ils sont donc peu adaptés au lectorat québécois. Malgré tout, ils peuvent être intéressant pour amener les enfants à aborder certains sujets tabou ou difficiles.

Ces livres vous ont plu?
Vous aimerez peut-être Les races, ça existe ou pas?, Les mots indispensables pour parler du racisme, ou encore C’est ta vie! L’encyclopédie qui parle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants, trois livres documentaires pour la jeunesse.

J’adore ce passage

Une histoire d’amour simple et bouleversante entre deux adolescentes d’une petite ville américaine. Elisabeth et Rae semblent tout partager: leurs balades en montagne, leur goût pour la musique, leurs rires et leurs doutes. Au fil de leurs échanges, elles se découvrent, se racontent l’une l’autre, s’aiment, se débattent avec l’intensité de leurs sentiments. Par la jeune prodige Tillie Walden, autrice de Spinning (Prix Eisner, 2018) et de Dans un rayon de soleil.

J’ai adoré Spinning et Dans un rayon de soleil, alors quand j’ai vu que l’un des personnages du dernier Tillie Walden était noir, je me suis dit « Yes! Je vais enfin pouvoir en parler sur Mistikrak! » 🙂 Tillie Walden est sans doute mon autrice préférée de bandes dessinées ces temps-ci. J’aime comment elle aborde les thématiques queer, ainsi que son style d’illustration. J’adore les titres parus lors de la vague belge-japonaise nouvelle manga d’il y a quelques années et Tillie Walden a un peu de ce style et de cette sensibilité-là.

L’histoire se raconte par le biais de courts moments croqués çà et là: on apperçoit les adolescentes allongées sur le gazon dans la cour d’une maison de campagne, debout sur le littoral, faisant leurs devoirs dans une chambre, discutant lors d’une froide journée d’hiver, etc. Chaque page agit comme une photographie capturant une idée, une émotion, un échange entre les deux amoureuses. Tillie Walden joue avec la perspective, la grosseur et la hauteur relative entre ses personnages et leur environnement. Ainsi, elles sont allongées sur une montagne, telles des déesses, ou assises sur des maisons comme des géantes.

Avec peu de mots et peu de cases, l’autrice parvient a bien développer ses personnages et à capturer l’éveil du sentiment amoureux entre deux adolescentes lesbiennes. Leur amour se développe timidement et lentement. Elles s’aiment mais ne savent pas comment en parler au monde. On assiste à leurs premiers rapprochements, leurs premières disputes. On n’a pas les détails, mais on n’en a pas besoin non plus. 

Voici ce qu’on sait de l’adolescente noire de l’histoire: Elle déteste sa belle-mère et elle sait qu’elle la déteste aussi. Elle se trouve moche. Elle aime cuisiner. Elle aime beaucoup la musique et est musicienne. Elle est un personnage complexe et imparfait, plein de mystère. C’est elle qui brisera la relation en premier, disant ne plus pouvoir continuer, ne pas être « comme ça », que c’est mal. Et on sent toute sa détresse et sa peine dans ses larmes. Les adolescentes se quitteront et se rapprocheront de nouveau, ne sachant pas comment gérer ses émotions qui les submergent.

J’adore ce passage est une très belle histoire faite de silences, de pauses, de soupirs. Tillie Walden, prodige de la bande dessinée américaine, saisit ici la vérité d’un amour adolescent.

Coup de CŒUR!  

* Lauréat du Prix Ignatz Award for Promising New Talent 2016

J’adore ce passage
AUTEUR(S): Tillie Walden
ÉDITION: Gallimard jeunesse, 2019
ISBN: 9782075129718
PRIX: 24,95$
12 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Les quatre soeurs March, Roller Girl ou Si on était…, 3 bandes dessinées pour préados et ados avec un contenu queer.

Les quatre soeurs March

Les quatre soeurs march ray terciero bre indigoLes quatre soeurs March Meg, Jo, Beth et Amy passent une année difficile. Non seulement leur père est parti à l’autre bout du monde et leur mère se tue à la tâche pour boucler les fins de mois, mais en plus chaque sœur doit affronter ses propres problèmes. Histoires à l’école, soucis de santé, ennuis avec les garçons ou sentiment d’être perdue, les filles March ont toutes besoin de la même chose : se soutenir les unes les autres. En restant unies, ces quatre jeunes femmes trouvent le courage d’être elles-mêmes…

Alerte coup de cœur!!! Je vous le dis d’emblée, ma critique contient de nombreux SPOILERS. Vous êtes averti.e.s! 😉 Ce roman graphique est tout simplement sublime. Les personnages sont bien développés et l’histoire bien ficelée. Chacune des soeurs March a sa propre personnalité, sa passion, ses intérêts et fait face à ses propres difficultés. Meg est l’aînée et la fille biologique de Mr. March. Si elle s’intéresse à l’univers de la mode au début du récit (elle voudra même épouser un riche garçon afin que l’argent ne soit plus jamais un soucis pour elle), elle restera longtemps gênée par la pauvreté de sa famille. Son origine modeste et le fait d’avoir grandi à Brooklyn finira par devenir une fierté et, à la fin du récit, elle annoncera vouloir entamer des études de droit pour pouvoir aider les familles démunies. Tout au long de l’histoire, on voit Meg porter diverses coupes de cheveux: des tresses avec des rallonges, des perruques, un afro, des twists (vanilles), des tresses courtes, un brushing, des fauxlocs, des updos, un TWA, etc. Cela représente bien la manière dont les femmes noires portent leurs cheveux dans la vraie vie.

Jo est la fille biologique de Mme March. Elle a été adopté par Mr. March à son grand bonheur. Passionnée de littérature, elle lit du Toni Morrison, du Jennifer Egan, du Alice Walker ou du Michael Cunningham. Même si elle est blanche, elle est très au fait des problématiques touchant les communautés noires et n’hésite pas à manifester pour défendre leurs droits ou celui des femmes. Elle se découvrira lesbienne et apprendra à s’accepter telle qu’elle est. On découvrira aussi que sa tante célibataire l’est aussi et n’a jamais eu de relation amoureuse par évitement car elle n’accepte pas son homosexualité. Les deux femmes, malgré des débuts rocailleux, finiront par être très proches.

quatre soeurs march 3

Beth et Amy sont les deux filles biologiques de Mr. et Mme March. Beth s’intéresse à la musique et sa chanteuse préférée est Nina Simone. D’abord timide, elle surmontera sa peur et trouvera le courage de chanter en public après avoir vaincu le cancer. Elle ne s’entend pas toujours avec sa petite sœur qui n’apprécie pas devoir partager sa chambre avec elle. Beth est très studieuse et travaillante. Son diagnostic de cancer tombera comme une tonne de pierres sur la famille. Par solidarité, ses trois sœurs se raseront les cheveux lorsque la chimiothérapie lui fera perdre les siens.

Amy est la petite dernière, mais elle ne manque pas de personnalité. Même si elle adore se chamailler, ses dehors un peu brusques cachent un cœur vulnérable qui se fait du souci pour sa famille. D’abord égoïste, elle apprendra à développer son empathie et à relativiser les choses. Elle est une pure geek: elle apprécie les super-héros, les jeux vidéo, le dessin, les couleurs pastels et les arcs-en-ciel. Et même si on se moque d’elle, elle demeurera persuadée d’être la plus cool. Bravo pour elle! Cela dit, elle sera tout de même très blessée par l’intimidation qu’elle subit à l’école. À un moment du récit, son enseignante la surprendra en train de dessiner durant son cours d’histoire. Elle sera grondée et l’enseignante dira que les « gens comme elle » doivent travailler encore plus. Amy sera dévastée et humiliée par ce qu’elle pense être du racisme. Par « les gens comme elle », faisait-elle référence aux personnes noires?? Elle découvrira plutôt que son enseignante, impressionnée par son talent en dessins, voulait plutôt dire que si Amy veut travailler dans le domaine des arts, il faudra travailler très dur, et ça commence par être attentive en classe. Par « les gens comme elle », elle voulait plutôt dire « les artistes ». L’enseignante l’encouragera à poursuivre ses rêves de devenir bédéiste.

quatre soeur march 4

Mr. March est un militaire déployé au Moyen-Orient. C’est un père aimant et aimé qui sera blessé à la guerre. Il manque beaucoup à toutes les filles et femmes de sa famille, et elles lui écrivent souvent des courriels et des lettres. La bande dessinée est d’ailleurs entrecoupée de ces messages retranscrits tels qu’on les voit sur un écran d’ordinateur ou sur une feuille de papier. Il y a aussi le journal intime de Jo dans lequel elle se confie, et le carnet de pensées de Meg. Le récit garde un bon rythme tout au long de l’histoire qui se déroule sur plusieurs mois. J’ai aussi aimé que la bande dessinée de Rey Terciero aborde la thématique queer, ce qui ne se fait pas souvent en littérature jeunesse. Points bonis pour la présence d’une belle diversité corporelle parmi les personnages du livre: on y voit des corps grands et élancés, petits et trapus, maigres ou gros. Vous devez absolument lire cette bande dessinée. Elle plaira aux préados, aux ados et aux jeunes adultes. Un tour de force. Sublime!

Coup de cœur!

Bre Indigo est une illustratrice noire américaine et queer.

Bre indigo

POUR VOUS PROCURER CE LIVRE, CLIQUEZ SUR LE BOUTON CI-DESSOUS:
Les quatre soeurs MarchBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Rey Terciero & Bre Indigo
ÉDITION: Jungle, 2019
ISBN: 9782822228060
28,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu ?
Vous aimerez peut-être Roller Girl, ou encore Le Garçon sorcière, deux bandes dessinées jeunesse avec des personnages queer. Essayez aussi La grande aventure de Concombre.

rollergirl    Garçon sorcière    grande aventure de concombre royaume du donut

SUIVEZ MISTIKRAK! SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

logo livreaddict logo facebook

Mes deux mamans à moi

Mes deux mamans à moiCette semaine, c’est la fête des Mères et moi, je suis chanceux, car j’en ai deux. « Madame Luce, pourquoi on dit tout le temps que ça prend un papa et une maman pour faire des bébés? Isaac, lui, il a deux mamans et il a été un bébé. » Madame Luce regarde Layla. Elle tourne la tête de droite à gauche et fait une moue en levant les yeux au ciel. Elle plisse le front. Elle ouvre la bouche puis la referme. Elle se gratte la tête. « D’accord, écoutez bien, les enfants… »

Il existe peu de livres jeunesse qui abordent positivement et dans un langage accessible aux enfants le thème de l’homoparentalité. Mes deux mamans à moi, publié aux éditions Boomerang, réussit à expliquer simplement comment deux femmes peuvent avoir un enfant en utilisant une analogie entourant les animaux. L’auteure ne craint pas de nommer les choses: utérus, spermatozoïde, ovule. À travers les questions des enfants, l’enseignante de l’histoire parvient à normaliser la famille homoparentale d’Isaac:

  • Avoir deux mamans, est-ce que cela veut dire avoir aussi deux papas?
  • C’est comment, avoir deux mamans? (C’est comme avoir une maman, deux fois. Tout simplement!).
  • Isaac était-il dans les deux ventres de ses mamans en même temps?
  • Pourquoi on dit tout le temps qu’il faut un papa et une maman pour faire des bébés?
  • Comment ça marche, quand c’est deux papas?

L’une des mamans de l’histoire a le teint brun, mais sa couleur de peau n’est pas importante dans l’histoire. J’aurais aimé retrouver un dossier pour outiller les adultes accompagnateurs sur comment aborder l’homoparentalité avec les enfants en fin d’album. La présentation matérielle est assez fragile: le livre est tout simplement broché en son centre. Intéressant et pertinent tout de même. À lire!

POUR VOUS PROCURER CE LIVRE, CLIQUEZ SUR LE BOUTON CI-DESSOUS:
Mes deux mamans à moiBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Brigitte Marleau
ÉDITIONBoomerang, 2020
ISBN: 9782897093891
Prix: 9,95$
3 à 6 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Jason et la tortue des bois, un roman jeunesse dans lequel un garçon a deux mamans. Essayez aussi C’est ta vie! L’encyclopédie qui parle d’amour, d’amitié et de sexe aux enfants.

jason tortue des bois    C'est ta vie encyclopédie amour amitié sexe

SUIVEZ MISTIKRAK! SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

logo livreaddict  logo facebook

Si on était…

Si on était...Depuis la nuit des temps (8 ans), Marie et Nathalie s’adonnent à leur jeu bouche-trou préféré : le Si on était. L’exercice est assez simple ; une personne nomme un sujet – admettons « les fruits » – et les participants doivent ensuite s’imaginer quel fruit ils seraient. Un jeu facile à jouer mais extrêmement difficile à maîtriser, car voyez-vous, si le sujet est nul (comme les fruits) ou si les participants ont des faiblesses au niveau de l’imagination, ce jeu devient rapidement encore plus plate que de fixer le vide. Heureusement, Marie et Nathalie sont des expertes en la matière et même après 8 ans, elles parviennent à se renouveler constamment.

Quelle bande dessinées rafraîchissante! J’ai adoré le format: ces petites scènes du quotidien entre deux meilleures amies, chacune ayant une personnalité totalement opposée de l’autre. Les dessins m’ont beaucoup plu aussi: les expressions faciales sont toujours réussies et la mise en page est dynamique. De la grande BD! Les gags sont efficaces et j’ai lu ce premier tome d’une traite avec un sourire en coin. Même s’il s’agit avant tout de petits moments croqués ça et là, l’auteure a tout de même réussi à développer admirablement ses personnages: Marie gagnera en maturité et Nathalie apprendra à vivre pleinement son homosexualité. Par contre, au bout d’un moment, ça devient répétitif: Le jeu, « si on était » est bien sûr au centre du récit, mais j’ai vraiment eu l’impression que la lecture est beaucoup plus digeste à petite dose, par exemple une fois par semaine en ligne ou bien une fois par mois dans un magazine. Ce n’est pas pour rien: L’auteure a d’abord publié sur son site en ligne les aventures de Nathalie et Marie. Puis, elles ont été publiées dans le magazine québécois pour adolescents Curium mensuellement. Malheureusement, le transfert en format relié est un peu boiteux par moments. Le texte est aussi écrit très petit, ce qui rend la lecture difficile. Dommage.

Dans ce duo de meilleures amies, il y a Marie, une fille noire aux cheveux courts, exubérante, pleine de confiance et impulsive. Axelle Lenoir a très bien campé ses personnages qui nous apparaissent comme étant authentiques. Elles parlent comme on parle ici, avec des québécismes et des tournures de phrases vraiment rigolotes. De la BD québécoise assumée, je dis OUI! Si on était… est une très bonne série à découvrir.

Si on était 3
si on était 2
POUR VOUS PROCURER CE LIVRE, CLIQUEZ SUR LE BOUTON CI-DESSOUS:
Si on était…Bouton acheter petit
AUTEUR(S) : Axelle Lenoir
ÉDITION: Front Froid, 2019
ISBN: 9782924455081
Prix: 21,95$
13 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être La petite suceuse ou encore The Boondocks: Parce que je sais que tu ne lis pas le journal… deux bandes dessinées écrites par des auteurs noirs.

petite suceuse    boondocks

SUIVEZ MISTIKRAK! SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

logo livreaddict logo facebook

La promesse du fleuve

La promesse du fleuveOdilon rêve de trouver Terre promise, une île dont lui parlait sa mère autrefois, et où il pourrait vivre en paix avec sa sœur Babette. Pour échapper à la guerre contre les hommes-oiseaux, ils embarquent tous les deux sur le radeau d’un poète qui descend le fleuve en quête d’aventure. Ils découvrent ensemble des lieux merveilleux et effrayants et des compagnons différents et victimes d’exclusion.

Quelle belle découverte! J’ai été transportée dans l’univers d’Odilon et Babette dès les premières pages. J’ai aimé le voyage des personnages principaux, les rencontres qu’ils ont faites en cours de route et les diverses populations rencontrées. Très tôt dans l’histoire, les deux enfants feront la connaissance de Dammal, un poète à la recherche de nouveauté et d’inspiration dans sa vie. Alors que Dammal part à la recherche de quelque chose, Odilon et Babette fuient quelque chose. Cet état de fait fera d’eux de bons compagnons de voyage alors qu’ils se déplacent sur le fleuve. L’eau est d’ailleurs omniprésente dans le récit et nous accompagne jusqu’à la fin.

L’un des premiers endroits où s’arrêteront les protagonistes sera une ville assez étrange qui n’accueille pas bien les étrangers. La première description de Dammal arrive d’ailleurs en page 33 alors qu’ils doivent demander un permis pour pouvoir circuler librement dans cette ville à une employée responsable de l’émission desdits permis. Celle-ci n’a pas de problème à émettre une demande d’intégration pour Odilon et Babette (deux enfants blancs), mais voit d’un mauvais œil que l’homme veuille s’installer ici:

Elle regarde Dammal en haussant un sourcil. Il est trop grand, trop maigre, avec des pommettes trop saillantes. Sans parler de ses cheveux crépus qui forment une boule autour de sa tête. Paule n’en a jamais vu de pareils. Mais, surtout, le noir de sa peau contraste avec cette ville si blanche. (p.33)

L’employée (Paule), sera d’ailleurs soulagée d’apprendre que Dammal ne veut que visiter la ville et non pas s’y établir. Cette situation est annonciatrice du climat toxique et raciste qui sévit dans la ville, alors qu’on fera la rencontre de deux jeunes filles amoureuses que les citadins lapident en pleine rue à cause de leur orientation sexuelle. Babette, Odilon et Dammal ne s’attarderont pas plus que nécessaire dans cette ville inhospitalière et amèneront les amoureuses avec eux dans leur périple.

C’est donc l’histoire d’un voyage, mais la finalité de celui-ci est plutôt flou au début. Je me suis demandée à une ou deux reprises où est-ce que l’auteure s’en allait avec tout ça. Heureusement, le récit se resserre assez rapidement et la galerie de personnages attachants rend la lecture somme toute agréable. Par contre, aucun personnage ne se démarque vraiment. Des les premières lignes, ont suit Dammal, mais dès l’arrivée de Babette et Odilon, il s’efface derrière les deux enfants. J’aurais voulu qu’il soit plus affirmé et garde son statu de personnage principal.

Le récit véhicule des valeurs de tolérance à la différence et l’importance d’apprendre à connaître une personne avant de la juger. Le rythme est bien soutenu et on n’a pas du tout le temps de s’ennuyer en lisant ce livre. Celui-ci plaira aux amateurs de quêtes, de récits de voyage et d’histoires fantastiques. À découvrir!

POUR VOUS PROCURER CE LIVRE, CLIQUEZ SUR LE BOUTON CI-DESSOUS:
La promesse du fleuveBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Annie Bacon
ÉDITION: Castelmore, 2019
ISBN: 9782075123761
Prix: 9,99$
11 à 15 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être L’attaque des cubes ou encore Horizon: L’écrasement, deux romans d’aventure pour les bons lecteurs.

L'attaque des cubes Marine Carteron    Horizon 1 L'écrasement

SUIVEZ MISTIKRAK! SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

logo livreaddict logo facebook

Antonin

Antonin Samuel ChampagneS’ils savaient… Cette phrase, c’est toute ma vie. Il y a beaucoup de choses que les gens ignorent à mon sujet. J’ai une famille qui m’aime, des amis, je suis bon à l’école. On dit aussi de moi que je suis un grand artiste. Mon existence est parfaite, semble-t-il. Mais j’en ai eu une autre, avant, avec des parents biologiques qui sont restés dans ma tête, même après mon adoption. Je songe sans cesse à mon père, en colère par ma faute. À ma mère, partie m’acheter un cadeau sans jamais revenir. À ces journées que j’ai passées seul, dans l’appartement, à l’attendre du haut de mes six ans. Je pense à la chance que j’ai eue qu’on ait bien voulu de moi et à tout ce que je dois faire pour qu’on ne m’abandonne pas de nouveau. C’est pourquoi je cache ma douleur. Pour que personne ne sache que je fais des crises de panique ou des cauchemars, parfois même éveillé. Ni ces parents qui me sont tombés du ciel, ni mon frère, ni mes amis. Et surtout pas William, le gars que j’aime, le seul avec qui j’arrive à oublier. Il faut que je garde la tête haute et le passé à l’intérieur. Mais les souvenirs refont toujours surface, et je commence à manquer de force pour les affronter.

Ce roman a été une montagne russe d’émotions ! Antonin, le personnage principal est attachant et on se soucie de lui, de ce qui lui arrive et de sa vie. Il a l’air si réel qu’on a l’impression qu’on pourrait le rencontrer dans la vie réelle; l’auteur se fait totalement oublier pour laisser toute la place à son personnage aux multiples facettes. J’ai adoré ! J’ai eu peur pour Antonin, je me suis inquiétée, j’ai été touchée et j’ai même eu les larmes aux yeux à deux reprises pendant ma lecture. Franchement, chapeau à l’auteur Samuel Champagne, qui d’ailleurs vient de publier son troisième roman dans la même collection, Kaléidoscope, qui se spécialise en littérature LGBT+ (évidement, je vais tous les lire 🙂 ).

Dans le roman, Antonin tombe amoureux de William, un adolescent noir plus âgé que lui. Leur amour se développe tout naturellement. Alors qu’Antonin craint la réaction de ses parents face à son homosexualité, William l’assume totalement. Il vit seul malgré son jeune âge (18 ans) car ses parents n’ont plus voulu de lui après qu’il ait admis son attirance pour les garçons. On décrit William d’abord comme ayant des « cheveux courts, frisés », une « peau foncée » et des « épaules carrées », et Antonin ne manque pas de souligner qu’il est « tellement beau. » (p.35) Cela dit, tout au long du roman, l’auteur donne plus d’information sur le caractère de son personnage plutôt que sur son physique. On sait par exemple qu’il est fan de l’univers Disney, qu’il est débrouillard, qu’il aime le pop art, etc. Tous ces détails donnent de la profondeur à ses personnages. Petite maladresse lorsque l’auteur écrit que William « a les joues rosées malgré sa peau foncée » lors d’un moment intime entre les deux garçons (on se rapelle bien que les personnes noires ne rougissent pas ??!) Cette erreur est courante et me dérange à chaque fois.

Le meilleur ami d’Antonin, Yohan, est aussi noir. Même si on dit en page 36 que la peau de William est « plus foncée que celle de Yohan », on ne découvrira son origine ethnique qu’à la page 311 où Antonin raconte un événement raciste dont a été victime son ami: « Yohan est le seul Noir de l’école et j’aime pas quand les gens disent des mots méchants à cause de la couleur de sa peau. » Non seulement l’auteur n’est pas tombé dans le piège de définir son personnage secondaire dès le début que par sa différence raciale (ce qui est franchement surfait en littérature jeunesse), mais il laisse le temps au lecteur d’apprendre à connaître Yohan, de l’imaginer et de s’attacher à lui, avant de mentionner au passage qu’il est racisé. Et au final, on se dit « Ah, ben tiens ! » et on continue sa lecture, car non, le fait que Yohan soit noir ne change rien au récit. Yohan est noir parce que les personnes noires existent dans la vraie vie et ont des vies normales (Oh ! Scandale ! …*)

* Avez-vous senti mon sarcasme ? 😉

Antonin est un roman fort, réussi, qu’on a du mal à refermer et qui nous habite longtemps après l’avoir terminé.

Coup de coeur !

Je remercie les éditions de Mortagne de m’avoir offert ce livre. 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Samuel Champagne
Maison d’édition: Éditions de MortagneBouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782896628537
Public cible: Ados.

Vous aimerez peut-être: Oublier Camille, un court roman pour ados où le personnage principal, un garçon noir, questionne sa sexualité.

SUIVEZ MISTIKRAK! SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

logo livreaddict  logo facebook

C’est ta vie ! : L’encyclopédie qui parle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants

C'est ta vie encyclopédie amour amitié sexe

Documentaire pour découvrir les relations amoureuses et la procréation. Cet ouvrage aborde également les différentes formes d’unions (parents de couleurs ou d’origines différentes) et les divers types de sexualité et de rapports humains (couples homosexuels ou hétérosexuels, recours à l’adoption, etc.).

Il y a ces livres qui, à peine entammés, nous charment déjà et nous surprennent. C’est ta vie! est l’un de ceux-là. On y parle d’amitié, d’amour et de sexe à un lectorat jeunesse de manière franche et toujours sous l’angle des liens, de la communication et de l’envie (ou pas) de s’unir aux autres. Enfin ! Un livre pour enfants sur le sujet qui n’est ni moralisateur, ni condescendant.

On retrouve 5 chapitres: les liens (homosexualité, hérétosexualité, vie commune, les relations, etc.), les contacts (quand les corps se touchent, les relations sexuelles, les gestes, etc.), les interdits (les lois, l’internet), les corps (les filles et les garçons, le sexe, la puberté, etc.), et enfin le bébé (l’envie d’être parent… ou pas, de l’embryon à l’être humain, la naissance, etc.).

Le livre laisse beaucoup de place à l’autodétermination, à la liberté et à la pluralité. Tout n’est pas noir ou blanc, et tout n’est pas figé dans le temps. Le ton employé est rassurant, les mots sont simples et bien choisis. Les illustrations donnent à voir toute la diversité du monde: des couples mixtes, des amoureuses, et une grande variété de couleurs de peau.

Les homophobes croient qu’être homosexuels, c’est mal, ou que c’est une maladie. Ils ne savent pas u’homosexuel, c’est comme hétérosexuel: c’est normal. Dans la vie, il n’y a pas qu’une seule façon d’être normal, il y en a beaucoup ! Dans la vie, on n’est pas tous pareils et c’est pour ça que la vie, c’est agréable. C’est idiot d’avoir peur de ça, surtout quand on devient méchant parce qu’on a peur. (p.15)

À noter que certaines choses ne sont pas abordées dans le livre, ou encore le sont de manière incomplète. Par exemple, en page 63, on dit que l’envie d’être parent se produit lorsqu’un homme et une femme commencent à en rêver et en parler, mais on ne dit pas que cela se produit aussi entre deux femmes ou deux hommes et qu’alors, le proccessus de fécondation se fait différemment (il faudra se rendre en page 19 où on dit que deux adultes peuvent avoir envir d’être parent, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels). J’aurais aimé que ces deux sections soient abordées ensemble, dans un même chapitre. On ne parle pas non plus du genre, de transidentité ou de transsexualité. On parle de filles et de garçons comme deux entités opposées, plutôt que comme un continuum sur lequel chacun peut se positioner à une multitude d’endroits. Le livre offre tout de même des explications claires et nuancées qui vont bien au-delà de la majorité des livres jeunesse sur la sexualité que j’ai lus et c’est très bien !

Ce titre, C’est ta vie! rappelle l’idée transversale du livre: Nous somme ici car il y a eu rencontre, et notre vie sera faite de multiples autres rencontres. Entre les deux, un tas de choses arrivent, changent, se transforment et se développent. Et chacun a le droit de faire pour lui-même comme il a envie, comme il décide, tout en respectant les autres et les lois. Les enfants ont beaucoup de questions à ce sujet. Et ce livre offre des réponses. On retrouve d’ailleurs une section bonus sous forme de question-réponse à la fin du livre. Petit bémol: le contexte est très européen (notamment lorsqu’on parle des lois françaises, ou de composer le 119 en cas d’urgence), mais cela ne mine pas la compréhension pour les lecteurs non français. Fortement recommandé !

* Prix Sorcières 2014 (documentaire).

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Je remercie l’auteur Thierry Lenain de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Thierry Lenain & Benoît Morel
Maison d’édition: Oskar éditeur

Bouton acheter petit

Année de publication: 2013
ISBN: 9791021403895
Public cible: À partir de 10 ans
Vous aimerez peut-être: Les règles, quelle aventure !, un livre qui parle de menstruations.

SUIVEZ MISTIKRAK! SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

logo livreaddict logo facebook

Le garçon sorcière

Garçon sorcièreDans la culture du jeune Aster, treize ans, toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières et les garçons, des métamorphes. Toute personne qui ose contrevenir à cette tradition est exclue. Malheureusement pour Aster, il demeure incapable de se métamorphoser… et il est toujours aussi fasciné par la sorcellerie, bien qu’elle lui soit formellement interdite. Lorsqu’un danger mystérieux menace les autres garçons, Aster sait qu’il peut aider… avec la sorcellerie. Avec les encouragements d’une nouvelle amie excentrique, Charlie, Aster se laisse enfin convaincre d’exercer ses talents de sorcière. Mais il aura besoin d’encore plus de courage pour sauver sa famille… et en réalité, se sauver lui-même.

C’est d’abord le titre qui m’a interpellé lorsque j’ai aperçu ce livre sur une étagère de ma bibliothèque de quartier. Le « garçon sorcière » ? N’est-ce pas simplement un sorcier ? Puis, les illustrations m’ont beaucoup plu et j’adore les bandes dessinées à tome unique. J’ai commencé ma lecture dès que je suis arrivée à la maison et je n’ai pas pu m’arrêter avant d’avoir terminé ! L’histoire est fascinante. Il s’agit d’un monde différent du nôtre, mais en même temps, assez semblable. Du fantastique, de la magie, du suspense ! Tous les ingrédients sont là pour me plaire. Au début du livre, il y a un arbre généalogique où ont découvre la famille d’Aster. Son père est noir et sa mère, blanche. Sa tante a marié une femme. Son grand-père est absent de l’arbre généalogique et à la lecture de la bande dessinée, ont découvrira pourquoi.

Le garçon sorcière 2

Dans l’histoire, on ne remet pas en question le métissage d’Aster, ni l’homosexualité de sa tante. Toutes ces différences sont normalisées. Toutefois, la différence d’Aster (à savoir qu’il s’intéresse à la magie malgré le fait qu’il soit un garçon) est au centre de l’histoire. C’était intéressant de voir cette dualité de point de vue. La normalité est bien relative !

AsterLe garçon sorcière witch boy 3 fera très tôt dans l’histoire la connaissance de Charlie, une voisine humaine. Elle est noire, a les cheveux crépus ornés de perles, et s’intéresse au basketball et au baseball. Or, son école vient de séparer les activités de gars et de filles. Du coup, les garçons font beaucoup plus de sport que les filles et elle ne pourra sans doute pas jouer cette année, alors que c’est le sport que Charlie aime faire ! Ainsi, Aster et Charlie créeront des liens sur leurs frustrations et leur conviction que tous devraient avoir le droit de faire les choses dans lesquelles ils sont doués. Car Aster est doué pour la magie. Il n’est pas bon dans les « activités de garçons » (c’est-à-dire la métamorphose), mais est persuadé que son don pour la magie pourra aider à élucider le mystère de la disparition de son cousin. Il prendra d’ailleurs confiance en lui lorsqu’il parviendra avec succès à guérir la jambe cassé de Charlie à l’aide de la magie.

Bref, c’était absolument rafraîchissant de voir autant de diversité raciale et sexuelle dans une bande dessinée adressée aux enfants et aux adolescents. Molly Knox Ostertag est une bédéiste à surveiller ! Le garçon sorcière est sa première bande dessinée en tant qu’auteur-illustratrice.

Coup de cœur !

Auteur(s) / Illustrateur(s) : Molly Knox Ostertag
Maison d’édition : Éditions Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication : 2018
ISBN : 9781443168809
Lectorat cible : 10 à 17 ans

Vous aimerez peut-être : Roller Girl, une bande dessinée en un tome avec un personnage noir fort quoique secondaire.

Suivez Mistikrak! sur les réseaux sociaux

logo livreaddict  logo facebook