Mes deux mamans à moi

Mes deux mamans à moiCette semaine, c’est la fête des Mères et moi, je suis chanceux, car j’en ai deux. « Madame Luce, pourquoi on dit tout le temps que ça prend un papa et une maman pour faire des bébés? Isaac, lui, il a deux mamans et il a été un bébé. » Madame Luce regarde Layla. Elle tourne la tête de droite à gauche et fait une moue en levant les yeux au ciel. Elle plisse le front. Elle ouvre la bouche puis la referme. Elle se gratte la tête. « D’accord, écoutez bien, les enfants… »

Il existe peu de livres jeunesse qui abordent positivement et dans un langage accessible aux enfants le thème de l’homoparentalité. Mes deux mamans à moi, publié aux éditions Boomerang, réussit à expliquer simplement comment deux femmes peuvent avoir un enfant en utilisant une analogie entourant les animaux. L’auteure ne craint pas de nommer les choses: utérus, spermatozoïde, ovule. À travers les questions des enfants, l’enseignante de l’histoire parvient à normaliser la famille homoparentale d’Isaac:

  • Avoir deux mamans, est-ce que cela veut dire avoir aussi deux papas?
  • C’est comment, avoir deux mamans? (C’est comme avoir une maman, deux fois. Tout simplement!).
  • Isaac était-il dans les deux ventres de ses mamans en même temps?
  • Pourquoi on dit tout le temps qu’il faut un papa et une maman pour faire des bébés?
  • Comment ça marche, quand c’est deux papas?

L’une des mamans de l’histoire a le teint brun, mais sa couleur de peau n’est pas importante dans l’histoire. J’aurais aimé retrouver un dossier pour outiller les adultes accompagnateurs sur comment aborder l’homoparentalité avec les enfants en fin d’album. La présentation matérielle est assez fragile: le livre est tout simplement broché en son centre. Intéressant et pertinent tout de même. À lire!

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Mes deux mamans à moiBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Brigitte Marleau
ÉDITIONBoomerang, 2020
ISBN: 9782897093891
Prix: 9,95$
3 à 6 ANS

Ce livre vous a plu?
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Antonin

Antonin Samuel ChampagneS’ils savaient… Cette phrase, c’est toute ma vie. Il y a beaucoup de choses que les gens ignorent à mon sujet. J’ai une famille qui m’aime, des amis, je suis bon à l’école. On dit aussi de moi que je suis un grand artiste. Mon existence est parfaite, semble-t-il. Mais j’en ai eu une autre, avant, avec des parents biologiques qui sont restés dans ma tête, même après mon adoption. Je songe sans cesse à mon père, en colère par ma faute. À ma mère, partie m’acheter un cadeau sans jamais revenir. À ces journées que j’ai passées seul, dans l’appartement, à l’attendre du haut de mes six ans. Je pense à la chance que j’ai eue qu’on ait bien voulu de moi et à tout ce que je dois faire pour qu’on ne m’abandonne pas de nouveau. C’est pourquoi je cache ma douleur. Pour que personne ne sache que je fais des crises de panique ou des cauchemars, parfois même éveillé. Ni ces parents qui me sont tombés du ciel, ni mon frère, ni mes amis. Et surtout pas William, le gars que j’aime, le seul avec qui j’arrive à oublier. Il faut que je garde la tête haute et le passé à l’intérieur. Mais les souvenirs refont toujours surface, et je commence à manquer de force pour les affronter.

Ce roman a été une montagne russe d’émotions ! Antonin, le personnage principal est attachant et on se soucie de lui, de ce qui lui arrive et de sa vie. Il a l’air si réel qu’on a l’impression qu’on pourrait le rencontrer dans la vie réelle; l’auteur se fait totalement oublier pour laisser toute la place à son personnage aux multiples facettes. J’ai adoré ! J’ai eu peur pour Antonin, je me suis inquiétée, j’ai été touchée et j’ai même eu les larmes aux yeux à deux reprises pendant ma lecture. Franchement, chapeau à l’auteur Samuel Champagne, qui d’ailleurs vient de publier son troisième roman dans la même collection, Kaléidoscope, qui se spécialise en littérature LGBT+ (évidement, je vais tous les lire 🙂 ).

Dans le roman, Antonin tombe amoureux de William, un adolescent noir plus âgé que lui. Leur amour se développe tout naturellement. Alors qu’Antonin craint la réaction de ses parents face à son homosexualité, William l’assume totalement. Il vit seul malgré son jeune âge (18 ans) car ses parents n’ont plus voulu de lui après qu’il ait admis son attirance pour les garçons. On décrit William d’abord comme ayant des « cheveux courts, frisés », une « peau foncée » et des « épaules carrées », et Antonin ne manque pas de souligner qu’il est « tellement beau. » (p.35) Cela dit, tout au long du roman, l’auteur donne plus d’information sur le caractère de son personnage plutôt que sur son physique. On sait par exemple qu’il est fan de l’univers Disney, qu’il est débrouillard, qu’il aime le pop art, etc. Tous ces détails donnent de la profondeur à ses personnages. Petite maladresse lorsque l’auteur écrit que William « a les joues rosées malgré sa peau foncée » lors d’un moment intime entre les deux garçons (on se rapelle bien que les personnes noires ne rougissent pas ??!) Cette erreur est courante et me dérange à chaque fois.

Le meilleur ami d’Antonin, Yohan, est aussi noir. Même si on dit en page 36 que la peau de William est « plus foncée que celle de Yohan », on ne découvrira son origine ethnique qu’à la page 311 où Antonin raconte un événement raciste dont a été victime son ami: « Yohan est le seul Noir de l’école et j’aime pas quand les gens disent des mots méchants à cause de la couleur de sa peau. » Non seulement l’auteur n’est pas tombé dans le piège de définir son personnage secondaire dès le début que par sa différence raciale (ce qui est franchement surfait en littérature jeunesse), mais il laisse le temps au lecteur d’apprendre à connaître Yohan, de l’imaginer et de s’attacher à lui, avant de mentionner au passage qu’il est racisé. Et au final, on se dit « Ah, ben tiens ! » et on continue sa lecture, car non, le fait que Yohan soit noir ne change rien au récit. Yohan est noir parce que les personnes noires existent dans la vraie vie et ont des vies normales (Oh ! Scandale ! …*)

* Avez-vous senti mon sarcasme ? 😉

Antonin est un roman fort, réussi, qu’on a du mal à refermer et qui nous habite longtemps après l’avoir terminé.

Coup de coeur !

Je remercie les éditions de Mortagne de m’avoir offert ce livre. 

Auteur(s) / illustrateur(s) : Samuel Champagne
Maison d’édition: Éditions de MortagneBouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782896628537
Public cible: Ados.

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C’est ta vie ! : L’encyclopédie qui parle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants

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Documentaire pour découvrir les relations amoureuses et la procréation. Cet ouvrage aborde également les différentes formes d’unions (parents de couleurs ou d’origines différentes) et les divers types de sexualité et de rapports humains (couples homosexuels ou hétérosexuels, recours à l’adoption, etc.).

Il y a ces livres qui, à peine entammés, nous charment déjà et nous surprennent. C’est ta vie! est l’un de ceux-là. On y parle d’amitié, d’amour et de sexe à un lectorat jeunesse de manière franche et toujours sous l’angle des liens, de la communication et de l’envie (ou pas) de s’unir aux autres. Enfin ! Un livre pour enfants sur le sujet qui n’est ni moralisateur, ni condescendant.

On retrouve 5 chapitres: les liens (homosexualité, hérétosexualité, vie commune, les relations, etc.), les contacts (quand les corps se touchent, les relations sexuelles, les gestes, etc.), les interdits (les lois, l’internet), les corps (les filles et les garçons, le sexe, la puberté, etc.), et enfin le bébé (l’envie d’être parent… ou pas, de l’embryon à l’être humain, la naissance, etc.).

Le livre laisse beaucoup de place à l’autodétermination, à la liberté et à la pluralité. Tout n’est pas noir ou blanc, et tout n’est pas figé dans le temps. Le ton employé est rassurant, les mots sont simples et bien choisis. Les illustrations donnent à voir toute la diversité du monde: des couples mixtes, des amoureuses, et une grande variété de couleurs de peau.

Les homophobes croient qu’être homosexuels, c’est mal, ou que c’est une maladie. Ils ne savent pas u’homosexuel, c’est comme hétérosexuel: c’est normal. Dans la vie, il n’y a pas qu’une seule façon d’être normal, il y en a beaucoup ! Dans la vie, on n’est pas tous pareils et c’est pour ça que la vie, c’est agréable. C’est idiot d’avoir peur de ça, surtout quand on devient méchant parce qu’on a peur. (p.15)

À noter que certaines choses ne sont pas abordées dans le livre, ou encore le sont de manière incomplète. Par exemple, en page 63, on dit que l’envie d’être parent se produit lorsqu’un homme et une femme commencent à en rêver et en parler, mais on ne dit pas que cela se produit aussi entre deux femmes ou deux hommes et qu’alors, le proccessus de fécondation se fait différemment (il faudra se rendre en page 19 où on dit que deux adultes peuvent avoir envir d’être parent, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels). J’aurais aimé que ces deux sections soient abordées ensemble, dans un même chapitre. On ne parle pas non plus du genre, de transidentité ou de transsexualité. On parle de filles et de garçons comme deux entités opposées, plutôt que comme un continuum sur lequel chacun peut se positioner à une multitude d’endroits. Le livre offre tout de même des explications claires et nuancées qui vont bien au-delà de la majorité des livres jeunesse sur la sexualité que j’ai lus et c’est très bien !

Ce titre, C’est ta vie! rappelle l’idée transversale du livre: Nous somme ici car il y a eu rencontre, et notre vie sera faite de multiples autres rencontres. Entre les deux, un tas de choses arrivent, changent, se transforment et se développent. Et chacun a le droit de faire pour lui-même comme il a envie, comme il décide, tout en respectant les autres et les lois. Les enfants ont beaucoup de questions à ce sujet. Et ce livre offre des réponses. On retrouve d’ailleurs une section bonus sous forme de question-réponse à la fin du livre. Petit bémol: le contexte est très européen (notamment lorsqu’on parle des lois françaises, ou de composer le 119 en cas d’urgence), mais cela ne mine pas la compréhension pour les lecteurs non français. Fortement recommandé !

* Prix Sorcières 2014 (documentaire).

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Je remercie l’auteur Thierry Lenain de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Thierry Lenain & Benoît Morel
Maison d’édition: Oskar éditeur

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Année de publication: 2013
ISBN: 9791021403895
Public cible: À partir de 10 ans
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Sur les traces de Loubaye Dantor

loubaye dantorEntre les jokes à l’école et les explications sur mes origines haïtiennes, j’ai l’impression d’être un alien. Mes parents auraient vraiment pu trouver mieux. C’est bien simple, je déteste ce prénom. Je supporte encore moins tout ce qu’il représente. Il me condamne à ne jamais m’éloigner de mes racines, alors que je suis avant tout Québécois. Je refuse d’être enfermé dans une culture, dont j’ignore presque tout. C’est un pays associé à la misère et aux catastrophes naturelles. Mais si cette île avait bien plus à m’offrir?

La littérature jeunesse manque bien souvent de diversité ethnique et raciale. Quel vent de fraîcheur que de lire ce livre dont le personnage principal, né au Québec (Canada), est d’origine haïtienne. Une rareté dans le paysage de l’édition adressée aux enfants. Les questionnements de Loubaye sur son identité (est-il québécois ou haïtien?), le rejet de ses origines haïtiennes tout en ayant le sentiment de ne pas être totalement québécois… plusieurs ados de la deuxième génération d’immigration pourront s’y identifier. On en apprend un peu sur Haïti et sur sa richesse. Très court, ce livre est un « mini-roman pour adolescents », de petits livres de moins de 100 pages, à la mise en page aérée (on aime ou pas), qu’on lit en un trajet aller-retour en autobus ou en métro. Ce format plaira aux lecteurs récalcitrants. Le ton est parfois un peu trop calculé et les dialogues, peu naturels, rendant le récit mécanique. Quelques passages invraisemblables au niveau du récit. Malgré tout, voilà un livre à lire, si ce n’est pour montrer aux ados racisés qu’il existe des romans dont les personnages principaux les ressemblent, et qui se posent les mêmes questions qu’eux sur leur identité et sur leur place dans le monde. Certains passages sexistes. Quelques passages créoles (traduits en bas de page). Contexte québécois.

Je n’aime pas qu’on m’enferme dans une identité. Je me sens comme dans une cellule de prison. Ou une camisole de force. Je suis Haïtien d’origine, mais aussi un Québécois d’un genre nouveau. Je suis né ici. J’aime le rap, le hip-hop et le slam. On me considère comme un Noir. Je crois plutôt que je suis black. Voilà qui je suis vraiment. J’ai bien dit black! Noir, pour moi, c’est négatif et réducteur. Ça fait appel à la couleur de la peau.  Être black, c’est plus qu’une couleur. C’est un style de vie, une façon d’habiter le monde. (p.26)

Jean Fils-Aimé est un auteur et essayiste canadien.

jean fils aimé

Auteur(s) / illustrateur(s) : Jean Fils-Aimé
Maison d’édition: Bayard Canada Bouton acheter
Année de publication: 2015
ISBN: 9782895796671
Public cible: À partir de 13 ans

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