Le club des licornes: La licorne noire

C’est la rentrée. Après les vacances d’été, le club des Licornes reprend ses activités. Les retrouvailles sont joyeuses. À la première récré, le club fait le point sur les profs et les nouveaux : dans l’une des classe, il y a une nouvelle très spéciale : une licorne noire. Qui est-elle ? Pourquoi est-elle noire ? Est-elle sympa ou pas ? Autant de questions qui alimentent les conversation et les fantasmes au sein du club. Petit à petit, les licornes du club apprendront à connaitre la nouvelle et à accepter sa différence. Mais de là à l’accueillir au sein du club… c’est une autre affaire ! 

Edna, la licorne noire, se présente assez tard dans le récit. C’est d’abord l’annonce de sa venue qui inquiète les autres licornes: elles auraient voulu savoir qui allait être la nouvelle élève et choisir elles-mêmes de l’accepter ou pas. Elles n’ont jamais entendu parler de licornes noires… est-ce que ça existe vraiment? C’est bizarre! Si ça se trouve, elle a des pouvoirs maléfiques! Lorsqu’Edna arrive enfin, au chapitre 4, la direction du club des licornes l’accueille en grandes pompes. Il est temps de mettre fin aux rumeurs. La directrice affirme dans un discours solennel:

« Edna vient d’un pays où une race de chevaux belliqueux a pris le pouvoir et accuse les licornes de sorcellerie. Ces cheveux brutaux ont décidé que toutes les activités sont désormais interdites aux licornes. Les licornes sont pourchassées et enfermées dans des enclos. Il leur est interdit de galoper, de trotter et de se regrouper. […] Par chance, Edna et sa mère ont réussi à s’échapper. Elles ont traversé deux fleuves, une chaîne de montagnes, quelques plateaux, de nombreuses prairies et sont arrivées ici, dans la plaine, où elles se sont installées. […] Edna ne s’exprime pas encore très bien dans notre langue mais elle apprend et elle progresse. Elle parlera bientôt comme nous. Je compte sur vous pour l’aider chaque jour dans cet apprentissage difficile: vous comprendre et se faire comprendre. » (p.43-44)

Même si les personnages ne sont pas humains, on fait clairement un parallèle avec les nouveaux arrivants et les réfugiés en occident. Edna a le pelage noir et la crinière tressée alors que les autres licornes sont pâles et leur crinière, raide ou légèrement ondulée. Le roman véhicule un message de tolérance, car même Émile, un Shetland souhaitant intégrer le club des licornes, finira par y être accueilli (un garçon dans un club de licorne… ce n’est pas commun! Mais Cerise, une licorne sympathique, lui fera sentir comme un membre à part entière du club). Car le club des licornes est un lieu qui « rassemble autour de l’amitié, du partage, de l’Entraide, de l’écoute… Je ne vois pas pourquoi ces choses-là doivent être réservées aux licornes. Le Club des licornes, c’est notre nom. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas partager, aider ou écouter d’autres races équines. Au contraire. » (p. 64-65).

Si certaines licornes se méfient beaucoup d’Edna à cause de sa différence, plusieurs licornes ne comprennent pas pourquoi l’arrivée d’Edna pose un quelconque problème, n’y voyant que des bienfaits: un nouveau groupe, de nouveaux projets… c’est réjouissant! Suzanne, la présidente du club, se montre assez raciste et fait tout pour éviter d’inclure Edna dans le groupe. C’est Ninon qui prendra sa défense et ira même jusqu’à remettre Suzanne à sa place: Non, elle ne gère pas bien le club. Oui, elle fait de la discrimination. Non, Edna ne s’appelle pas simplement « La nouvelle », elle a un prénom et il est temps de l’utiliser! Non, on ne peut pas juger une personne avant de la connaître.

La majeure partie de l’histoire se concentre sur la manière dont les licornes perçoivent l’arrivée d’Edna. Edna est en fait absente de presque toutes les discussions. Le club se réunit pour savoir si oui ou non Edna a le droit d’en faire partie, si oui ou non elle est maléfique, si oui ou non Suzanne est une mauvaise présidente, etc. J’étais en train de me dire que ça ressemble de plus en plus au stéréotype du sauveur blanc quand Edna s’interpose en page 83 pour signifier qu’elle est capable de faire une demande d’adhésion au club en bonne et du forme et que s’il y a des questions la concernant, c’est à elle qui faut le demander plutôt que de faire des supposition et partir des rumeurs. Et elle ajoute, comme une tonne de roche sur les licornes honteuse de leur étroitesse d’esprit: « Dans mon pays, nous sommes persécutées parce que nous sommes des licornes. ce serait un comble d’être rejetée ici parce que vous considérez que je n’en suis pas une! » (p.84).

Je regrette que les personnages ne soient pas davantage développés. Edna se résume à sa différence: On ne sait pas ce qu’elle aime, on ne connait pas sa famille, on ignore ses forces et ses aspirations. On mentionne que dans son pays il n’y a pas d’hiver, mais pas, par exemple, quels sont talents ou ses défauts. On mentionne que pour le concours de beauté, elle sera « apprêtée selon des techniques traditionnelles de brossage et de tressage de son pays » (p.110), la plaçant de nouveau comme étant une Autre, différente des autres. Ceci ne s’accompagne pas de passage où la personnalité d’Edna se dévoile, ou encore de passage où on souligne les ressemblances avec les licornes pâles. Et donc, Edna est assez unidimensionnelle: C’est la « Nouvelle », la « Différente ». Le récit se termine sur le point de vue des licornes pâles: ce qu’elles ont appris avec l’arrivée d’Edna (il faut s’ouvrir pour découvrir plutôt que se méfier et résister), et ce qu’elles vont changer au sein du club (changement de présidence et ouverture aux différences). Décevant.

Pour commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Le club des licornes, 1: La licorne noire
AUTEUR(S): Maxime Poisot & Emmanuelle Teyras Victoria Robado
ÉDITION: Fleurus, 2020
ISBN: 9782215174295
PRIX: 15,95$
8 à 10 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être L’école des licornes: Ariana et murmure, un roman que j’ai préféré à La licorne noire. Vous aimerez peut-être Ça va faire des histoires et Léonie: Vétérinaire pour vrai, deux romans pour les préadolescent.e.s.

Maman-dlo

Cécette, sur son île, attend. Elle attend sa mère partie en métropole. Soudain, l’horizon semble bouger en un point minuscule. Cécette se lève. Son coeur bat très fort. Le point se rapproche…

Quel beau texte! Dès les premières lignes, on comprend qu’on s’apprête à lire une histoire unique. Il faut aussi le lire à voix haute, car il y a beaucoup de musicalité et de rythme au style d’Alex Godard. Le livre fait voyager dans les îles, en Haïti, et on sent presque le soleil brûlant sur sa peau en lisant l’histoire de Cécette. Je recommande ce livre pour une exploitation en classe, plusieurs possibilités s’offrent aux enseignants de français ou d’univers social.

Pour ceux et celles qui sont familiers avec Mami-wata, cette divinité aquatique d’origine africaine, c’est bien d’elle dont il s’agit dans ce récit. Ces croyances ont été répandues dans la diaspora africaine et les caraïbes. Dans plusieurs pays francophones, on l’appelle Maman-dlo ou Manman-dlo la « mère de l’eau ».

Les illustrations très réalistes sont magnifiques. Ce livre, malheureusement épuisé, peut être commandé dans certaines libraires, dépendamment de la disponibilité chez le fournisseur. Autrement, direction bibliothèque publique! Espérons qu’il sera rééditer prochainement. Ne passez pas à côté de ce livre!

Alex Godard est un auteur et illustrateur marie-galantais.

Maman-dLo
AUTEUR(S):  Alex Godard 
ÉDITION: Albin Michel, 2014
ISBN: 9782226255402
PRIX: 8,95$
8 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Mbéla et la perle de Mamiwater, Vodou, et À l’eau Mariétou, trios livres dont il est question de Mamiwata ou Maman-dlo.

Toussaint Louverture: L’arbre noir de la liberté

Histoire de l’homme qui, né esclave, devint le premier général noir de l’armée française, avant d’être la figure emblématique de la révolution haïtienne. Toussaint Louverture est un catholique fervent qui souhaite la libération de ses frères de race. Son courage et ses luttes permirent, quelques mois après sa mort en janvier 1804, en Haïti de devenir une république noire indépendante.

Ce roman raconte l’histoire de Toussaint Louverture. Le texte est assez complexe pour les plus jeunes, je recommande donc une lecture pour les 9-10 ans et plus. L’histoire s’intéresse beaucoup au contexte politique et social d’Haïti, et c’est surtout dans le dossier documentaire, très fourni, que l’on retrouve plus d’information sur la vie de Louverture. Le dossier documentaire, d’ailleurs, occupe près de la moitié du livre et présente le Code noir, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la proclamation de Sonthonax abolissant l’esclavage à Saint-Domingue et quelques curiosités littéraires autour de Toussaint Louverture.

J’ai été dérangée par l’utilisation répétée du mot n*gre comme synonyme de noir, ou encore utilisé de manière très désinvolte tout au long du roman, surtout que l’auteur est un homme blanc. Dans le livre, on ne parle pas de la portée de ce mot, ni de sa charge raciste. Pour lecteurs avertis. Aussi, on utilise les mots Indiens et Amérindiens pour parler de la première nation haïtienne, les Taïnos. Peut plaire.

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être
T’étais qui, toi? Toussaint Louverture, un livre humoristique sur Toussaint Louverture. Essayez aussi Aimé Césaire: Non à l’humiliation et Le retour du petit mousse.

Toussaint Louverture: L’arbre noir de la liberté
AUTEUR(S) : Yves Pinguilly 
ÉDITION: Oskar Éditeur
ISBN: 9782350009995
PRIX: 21,95$
9 ans et plus

Magic Charly (tome 1): L’apprenti

On peut avoir un chat doué de capacités hors du commun et tout ignorer de l’existence des magiciers. C’est le cas de Charly Vernier, jusqu’à ce qu’il découvre que sa grand-mère pourrait être un membre éminent de cette société.Mais elle court un grave danger. S’il veut la sauver – et se sauver lui-même -, Charly n’a pas le choix, il lui faut devenir apprenti magicier. Bienvenue dans le monde ensorcelant de magic Charly !

Beignets de prédiction, grimoires volants, serpillière enchantée et pilleur d’âmes… Le monde merveilleux créé par Audrey Alwett est riche et complètement imprévisible. Le personnage principal est Charly, un garçon noir, dont la grand-mère est atteinte d’une mystérieuse et soudaine amnésie. Pour la sauver et lui venir en aide, Charly découvrira le monde magique situé juste à la lisière du nôtre.

La représentation de ce personnage principal noir est positive puisque Charly est un garçon qui n’est pas réduit à sa couleur de peau. On le mentionne au passage, comme on mentionnerai toute autre description physique, en page 14: « Il passa une main incertaine dans ses cheveux crépus et mouilla ses yeux pour donne l’impression qu’ils étaient réveillés. Puis il redressa la tête et tenta un sourire dynamique. Ce fut plutôt efficace, mais uniquement parce qu’il était expert en sourire. » Charly n’est pas malheureux de son identité raciale et dans le roman, cette identité ne rend pas son existence difficile. Toutefois, l’autrice (blanche) fait preuve d’une sensibilité raciale lorsqu’elle mentionne tout de même qu’être noir amène son lot de racisme ordinaire, comme lors de ce passage où son amie Sapotille reproche à Charly de manquer d’autorité alors que ce dernière avait du mal à se montrer ferme en face de serpillières enchantées:

– C’est pas permis de manque d’autorité à ce point! Avec tous les avantages que tu as… je veux dire, tu es super grand, super musclé et tu te laisses faire commme une chiffe. Et même par une chiffe, ce qui est encore pire!
Charly était lassé de sa propre médiocrité, mais il n’était pas prêt à tout laisser passer:
– Je suis un grand Noir costaud alors je suis supposé être une brute, c’est ça?
– Non, ce n’est pas ce que je…
– Au cas où personne ne l’aurait remarqué, ça ne me plaît pas d’impressionner les gens! Je n’aime pas le regard méfiant qu’on me lance quand je passe à moins d’un mètre de quelque’un comme si j’allais lui cogner dessus. Je n’aime pas que la fille que j’ai failli percuter me regarde comme si je l’avais fait exprès. Ou qu’elle simagine que je lui ai tiré les cheveux, juste parce que ses préjugés lui disent que c’est forcément moi le coupable! La violence, ce n’est pas mon truc. L’autorité non plu. je n’aime pas… forcer les gens à faire des choses contre leur gré. Et les serpillières non plus, d’accord? » (p.161)

Ce roman de plus de 400 pages plaira aux bons lecteurs amateurs de récits fantastiques!

Magic Charly, 1: L’apprenti
AUTEUR(S) : Audrey Alwett 
ÉDITION: Gallimard Jeunesse, 2019
ISBN: 9782075121453
PRIX: 27,95$
11 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être le deuxième tome de la série, Bienvenue à Saint-Fouettard. Essayez aussi Akata Witch, un roman fantastique, ou Entre Chiens et loups, un roman de science-fiction pour adolescents.

Blue Pearl

1860. Lizzie vit avec sa mère Abigail, esclave dans une plantation de coton au sud de la Virginie. Cuisinière des propriétaires, elle bénéficie d’une situation plus enviable que celle des esclaves des champs. Pour les 10 ans de sa fille, elle lui confectionne une poupée noire en tissu qui attise la convoitise et la jalousie de Laura-May, la fille des maîtres.

J’ai franchement bien aimé ce roman! Il s’agit d’un livre jeunesse, mais tant la richesse du contexte choisi que le développement des personnages est effectué avec soin. Il consitue une belle porte d’entrée pour les jeunes lecteurs et lectrices qui veulent explorer le sujet de l’esclavage. L’histoire relate le quotidien très dur des esclaves aux États-Unis. Il y a aussi, en filigrane, l’histoire de Blue Pearl, cette petite poupée qui semble représenter ce qui a de plus humain dans un monde violent et haineux. L’autrice fait usage d’un vocabulaire riche et recherché. Attention, il y a une scène de viol dans ce roman, ainsi qu’un meurtre (impuni) d’enfant. Pour lecteurs avertis.

Un livre pour souligner le mois de l’histoire des Noirs.

Blue Pearl
AUTEUR(S) : Paula Jacques 
ÉDITIONGallimard Jeunesse, 2020
ISBN: 9782075127875
PRIX: 23,95$
12 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu? Vous aimerez peut-être Alma: Le vent se lève, La case de l’oncle Tom ou Catfish, trois livres pour la jeunesse sur le sujet de l’esclavage.

Sorcière vaudou

Morane est intriguée par l’arrivée de sa nouvelle voisine haïtienne. Une aura de mystère semble l’entourer, car des phénomènes étranges ont lieu en sa présence. Elle la soupçonne d’être une sorcière, prête à leur jeter des mauvais sorts.

Ouf. Par où commencer? Avant même d’ouvrir le livre, déjà, le titre: « Sorcière vaudou ». J’ai beaucoup de mal avec cette association commune entre vaudou et sorcellerie. Toute religion est faite de croyances et de gestes qui échappent à toute explication scientifique. Ça n’en fait pas des formes de sorcellerie. Les personnes qui pratiquent le vaudou sont appelées vaudouisantes, pas sorcières. Ensuite, la page couverture ne fait qu’en ajouter une couche en montrant une personne en contre-jour qui semble évoquer un démon ou je ne sais quoi. Deux personnes, blanches, ont l’air effrayées. Le livre est publié dans la collection Frissons chez l’éditeur, Héritage Jeunesse: Oui, parce que le vaudou, c’est un truc de récits d’horreur. Eh, misère… 🤦🏿‍♀️

J’avais déjà lu quelques romans de l’autrice afro-québécoise Dïana Bélice et j’avais chaque fois pu relever des passages et représentations problématiques dans ses livres. J’ai tout de même tenté d’entamer ma lecture de Sorcière vaudou avec un esprit ouvert. Le personnage principal de l’histoire est Amandine, une petite fille noire que l’on rencontre pour la première fois en page 4 où elle est décrit comme étant coiffée d’énormes lulus qui « ressemblent à d’énormes nuages noirs ». C’est une nouvelle élève venue d’Haïti et elle est donc sujette à l’attention et la curiosité de ses camarades. C’est normal. Et même s’il est clair qu’il s’agit d’une petite fille noire, ce n’est pas la couleur de sa peau qui attise les regards, mais simplement le fait qu’elle soit nouvelle. Sauf que dès la page 5, elle monte dans l’autobus scolaire, salue le chauffeur et regarde autour d’elle les passagers déjà installés, et on dit qu’il s’agit d’une attitude étrange (!). Par la suite, des choses tout à faits banales et normales (des sourires, des paroles anodines, des jeux, de la nourriture, une invitation à une fête) seront qualifiés d’étranges, effrayants, mystérieux, surnaturels, maléfiques ou suspects, et ce, sans aucune raison apparente. L’autrice surfe sur le fait qu’Amandine soit différente des autres (immigrante, nouvelle) pour créer une aura effrayante autour d’elle tout au long du roman. Pourtant, c’est bien la base de la xénophobie: ce qui est étranger et différent fait peur. J’ai trouvé ça vraiment maladroit qu’on utilise la différence ethnique et raciale pour en faire un récit d’horreur.

Après, j’ai vraiment senti que l’autrice ne s’adressait pas à moi en tant que lectrice noire. Ce qui est supposé faire peur est en réalité pour moi des choses familières. Par exemple, du riz collé accompagné de lambi, un délicieux plat haïtien, est comparé à des vers de terre pour faire peur au lecteur. On dit d’Amandine et de sa famille qu’ils pratiquent de la magie noire alors qu’ils sont simplement vaudouisants. Les vieux grands-parents d’Amandine, parce qu’ils ont le teint sombre et sont âgés, sont comparés à des zombies effrayants. Un membre de la famille d’Amandine, « aussi foncé que la nuit » sourit de ses dents blanches et les deux camarades blancs d’Amandine frissonnent (p.34). Dans quel monde est-ce que des personnes normales qui ressemblent aux membres de ma famille doivent-ils me faire peur?? J’ai vraiment senti que ce roman était écrit d’abord et avant tout pour le lectorat blanc.

Au milieu de l’histoire, les deux camarades blancs d’Amandine vont faire des recherches sur la magie noire et, bien sûr, vont tomber sur le vaudou. Ils en concluront que la famille d’Amandine sont « des sorciers vaudous! Comme dans les films d’horreur! » (p. 63). Et on aura bien sûr droit au passage sur la poupée utilisée pour jeter des sorts maléfiques.

À la fin de l’histoire, les deux camarades blancs d’Amandine confronteront cette dernière et elle leur expliquera tout ce qu’ils avaient mal interprété. Ses jeux dans la cours d’école étaient en réalité une célébration pour remercier la vie de ses bienfaits; les os dans sa boîte à lunch étaient simplement les restes de son repas; les « zombies » chez elle étaient ses grands-parents; et il n’y avait aucun lien entre la poupée aux cheveux coupés et la nouvelle coiffure d’une élève de l’école. Mais même si on mentionne que « lorsque les gens ne connaiss[ent] pas quelque chose, ça fait peur […], quelques fois ils s’inventent des histoires auxquelles ils préfèrent croire au lieu de s’informer. » (p.93), ce n’est pas suffisant pour passer sous silence les 92 pages précédentes bourrées de clichés et de stéréotypes. Dommage. Je n’ai vraiment pas aimé ce roman.

Dïana Bélice est une autrice québécoise d’origine haïtienne.

Pour commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Sorcière Vaudou
AUTEUR(S): Dïana Bélice
ÉDITION: Héritage jeunesse, 2020
ISBN: 9782898121845
PRIX: 10,95$
8 ANS ET PLUS

Voici trois autres livres avec des représentations problématiques de personnages noirs: F pour fille: Emma, Zoé: Championne de cas ratés, et Il faut sauver Nikili!

Les super six du hockey: Mise au jeu glaciale

Hockey et superpouvoirs : deux thèmes qui vont plutôt bien ensemble, n’est-ce pas? Eh bien, détrompez-vous! Lorsque vous ajoutez à cela un scientifique maléfique, les choses peuvent rapidement se compliquer. Heureusement pour eux, les super six ne sont pas seulement talentueux sur la glace! Ces six coéquipiers seront-ils en mesure d’utiliser leurs superpouvoirs afin de combattre le méchant scientifique? Ou devront-ils se rendre en prolongation? Kevin Sylvester, auteur du roman L’équipe épique quasi héroïque : Mission Morve, propose aux jeunes lecteurs une toute nouvelle série de livres basés sur l’humour, l’aventure et le sport!

Déjanté! Éclaté! Deux mots pour décrire ce roman qui sort de l’ordinaire. De la mise en page dynamique au récit loufoque, tout y est pour surprendre, amuser et faire rire. Il y a d’ailleurs beaucoup d’humour dans cette histoire rocambolesque qui mélange hockey, monstres, science, BD, amitié et esprit d’équipe.

L’un des personnages principaux est Karl, un garçon noir qui adore être le centre de l’attention. Gentil et bon ami, il est une personne sur laquelle on peut compter et tente toujours de trouver un compromis pour créer une bonne entente. Sa mère, Pauline Patinage (aussi appelée PM PP😆) est la première ministre du pays! Elle est aussi la cheffe secrète du Conseil Ultrasecret en Matière de Préparation aux Menaces et Périls Mondiaux Incontestés (CUPMPM pour faire court – le I est muet. 😂)

Petite déception en page 155 où on mentionne que Karl, pris en train de faire une bêtise, « a les joues rouges », alors qu’il est clairement un garçon noir. Un bon roman tout de même pour les enfants qui n’aiment pas particulièrement lire, ou pour les amateurs d’histoires drôles et loufoques pleines d’action.

Les super six hockey : Mise au jeu glaciale
AUTEUR(S):  Kevin Sylvester
ÉDITION: Scholastic, 2020
ISBN: 9781443163507
PRIX: 11,99$
8 à 12 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Willie O’ree, La street: en mode détente, Cours!, trois livres jeunesse sur le sport.

Mathieu Da Costa: Premier interprète d’origine africaine en Nouvelle-France

Plusieurs pans de la vie de Mateus Da Costa demeurent un mystère. Son nom revient à quelques reprises dans les archives, puis, vers la fin de sa vie, les historiens perdent complètement sa trace. Samuel de Champlain a francisé son nom et l’appelle Mathieu de Coste. Une chose cependant est sure : Da Costa est le premier navigateur et interprète d’origine africaine à avoir foulé le sol de notre pays.

Voilà un très bon roman pour lecteurs débutants avec tout juste 58 pages illustrées en noir et blanc. L’autrice, Diane Groulx, a dédié ce livre à ses enfants, Jhonatan et Luisa, « pour qu’ils soient fiers de leurs origines africaines ». Elle a aussi consulté l’historien A. J. B. Johnston qui l’a conseillée dans l’écriture et la vérification de faits historiques sur la vie de Mathieu Da Costa.

Le livre se lit comme une histoire; ainsi, les lecteurs et lectrices en apprennent beaucoup sur la vie de Mathieu Da Costa et la colonisation du Canada dans cette biographie romancée. J’ai beaucoup aimé! Il existe peu de livres sur la contribution des personnes noires à l’histoire du Canada, et ce roman en est un très bon. Enseignants, ce livre sera un bel ajout à votre bibliothèque de classe. Ce livre est presque épuisé; commandez-le vite avant qu’il ne soit trop tard!

Mathieu Da Costa: Premier interprète d’origine africaine en Nouvelle-France
AUTEUR(S): Diane Groulx & Jocelyn Jalette
ÉDITION: Éditions du soleil de minuit, 2013
ISBN: 9782924279021
PRIX: 9,95$
7 À 11 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Un petit grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada, À la découverte du Canada: L’héritage noir ou Les enfants de la Nouvelle-France, trois livres jeunesse traitant de la présence noire au Canada, de la colonisation à nos jours.

Je ne meurs pas avec toi ce soir

Lorsqu’une dispute entre un lycéen noir et un lycéen blanc se transforme en émeute raciale et gagne la ville, Campbell, blanche, et Lena, noire, camarades qui se connaissent à peine, fuient le lycée et traversent la ville ensemble pour aller retrouver le petit ami de Lena. Ces heures angoissantes sont pour elles l’occasion d’apprendre à se connaître et à dépasser leurs préjugés. Premier roman.

J’ai commencé ce roman sans trop d’attentes. Le résumé en quatrième de couverture laissait entrevoir une histoire déjà maintes fois exploitée en littérature jeunesse américaine ces dernières années. La page couverture ne me plait pas particulièrement non plus. Toutefois, j’ai beaucoup aimé ce roman pour son traitement du sujet de manière nouvelle. Plutôt que de s’intéresser aux impacts d’une émeute raciale sur les personnages principaux, les autrices racontent comment se vivent ces événements de l’intérieur. Ainsi, en tout juste 232 pages, c’est un feu roulant qui défile sous nos yeux, des premiers éclats de violence au chaos qui, en une nuit, rapprochera deux jeunes adolescentes que tout oppose et qui devront se faire confiance afin de survivre.

Lena est une jeune fille noire américaine à la mode, qui se soucie avant tout des marques de ses vêtements et de son amoureux. Elle sait qu’un jour, elle sera célèbre. Campbell est une adolescente blanche qui fait tout pour ne pas attirer l’attention. J’ai aimé voir ces deux personnalités se confronter tout au long du roman: La naïveté de Lena et le côté terre-à-terre de Campbell, la conscience raciale de Lena et la manière dont Campbell choisi de ne pas voir ses propres préjugés.

La relation entre Lena et son amoureux pourri, Black, illustre la manière dont on refuse parfois de voir les choses qui sont juste sous notre nez. Ce dernier doit son surnom à sa famille qui le lui a donné, non seulement car il a la peau la plus foncée de la famille, mais aussi parce que enfant, il était toujours d’humeur sombre et calme. À ce sujet, Lena fera le commentaire suivant: « Si Black était une fille, son teint d’un noir intense lui vaudrait des moqueries, et personne ne voudrait sortir avec elle. Toutefois, comme c’est un homme, cette couleur de peau a fait de lui un séducteur. » (p. 28). Ainsi, les autrices n’hésitent pas à aborder un sujet comme le colorisme et le sexisme. On retrouve à plusieurs reprises dans le roman cette conscience raciale, toujours amenée avec doigté.

Tout comme Lena qui s’entête a rester dans une relation amoureuse malsaine alors que son entourage ne cesse de lui dire que quitter Black, Campbell préfère (peut-être inconsciemment) de ne pas voir les tensions raciales, le ghetto, les injustices. Cette nuit d’émeute sera pour les deux adolescentes une manière de s’ouvrir les yeux.

Ce roman à deux voix est écrit par deux autrices américaines: Gilly Segal, blanche, prête sa plume à Campbell, alors que Kim Jones, noire, prête sa voix à Lena. Le roman s’inspire d’un incident qui s’est produit lors des émeutes de Baltimore en 2015. Segal et Jones ont effectué plusieurs recherches afin que ce roman soit le plus proche de la réalité que possible. Elles ont interviewé des agents du SWAT Team pour comprendre les étapes qui suivent les forces armées durant un tel événement. Elles ont aussi rencontré plusieurs survivant.e.s des émeutes de Philadelphia, Los Angeles et Ferguson pour connaître la manière dont ils.elles ont vécu ces événements. Voilà donc un premier roman hautement réussi que je vous conseille vivement!

Kimberly Jones est une autrice américaine. Elle est photographiée ici avec la co-auteure de Je ne meurs pas avec toi ce soir, Gilly Segal.

Pour commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Je ne meurs pas avec toi ce soir
AUTEUR(S): Kimberly Jones & Gilly Segal
ÉDITION: Milan, 2020
ISBN: 9782408009274
PRIX: 24,95$
13 ANS ET PLUS

Ce livres vous a plu?
Vous aimerez peut-être Tyler Johnson était là (publié précédemment sous le titre VF My life matters), ou La Haine qu’on donne, deux romans pour adolescents sur le mouvement Black Lives Matter. Essayez aussi Entre Chiens et loups de Malorie Blackman, une série fantastique pour adolescents dans lequel les Noirs détiennent le pouvoir et les Blancs sont opprimés.

Ku Klux Klan: Des ombres dans la nuit

KKK des ombres dans la nuit romanBilly Caldwell mène une enfance paisible en ce début des années 50 dans l’Etat du Mississippi, entouré de l’affection de son père et de ses amis. Jusqu’au jour où il découvre l’existence du Ku Klux Klan et le racisme dont sont victimes les Noirs. Révoltés par cette violence, les Caldwell vont alors procéder à des choix, quitte à mettre leur vie en péril.

Ce roman se lit d’une traite, sans interruption. Le premier chapitre pose les bases du récit qui suivra. Un garçon rencontre son grand-père qui reçoit la Médaille d’honneur, la plus grande distinction qui peut être accordée à un civil au États-Unis. Le deuxième et dernier chapitre sera constitué des souvenirs du vieil homme et des questionnement de son petit fils.

Les Caldwell sont une famille blanche qui a dénoncé le racisme et les violences dont sont victimes les Noirs du Sud. Ils feront face à la colère de leur compatriotes blancs qui les traiteront de traites et de « lèche-négro », entre autres. Ils recevront des menaces pour avoir publié un journal dénonçant le racisme et seront boycottés. Malgré toutes ses attaques, ils demeureront convaincus que Noirs et Blancs sont égaux et n’ont pas à recevoir un traitement différent dans la société: tous ont droit au respect. 

Je regrette tout de même qu’on s’intéresse à une famille blanche alors qu’on sait qu’une vaste majorité des américains blancs du sud étaient racistes ou complices dans le maintien des lois Jim Crow. Même s’il peut être intéressant de lire sur l’expérience de Blancs qui se sont levés pour dénoncer la ségrégation, ça fait un peu « sauveur blanc », en mode regardez-cette-gentille-famille-qui-a-aidé-des noirs-durant-ces-moments-difficiles!

Certains passages de ce livre sont particulièrement difficiles. Pour lecteurs avertis. Le roman est assorti d’un dossier documentaire d’une trentaine de pages où on en apprend plus sur la société secrète ultra-violence nommée KKK, sur les liens qu’avait l’organisation avec le FBI, avec la politique américaine (en particulier les démocrates, beaucoup plus à droite sur l’échiquier politique à l’époque), sur les lois Jim Crow, sur l’assassinat d’Abraham Lincoln, et sur la ségrégation. On y apprend aussi comment la renaissance du KKK en 1915 était liée à l’immigration de millions d’Anglo-Saxons, d’Allemands, de Russes, de Slaves et d’Italiens entre 1878 et 1914. Bref, voilà un livre complet pour en apprendre davantage sur un pan sombre de l’histoire américaine.

POUR VOUS PROCURER CE LIVRE, CLIQUEZ SUR LE BOUTON CI-DESSOUS:
Ku Klux Klan: Des ombres dans la nuit
AUTEUR(S)
: Roger Martin Bouton acheter petit
ÉDITION: Oskar, 2011
ISBN: 9782350007236
PRIX: 19,95$
12 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plus ?
Vous aimerez peut-être L‘arbre aux fruits amers, un docu-fiction issu de la même collection chez Oskar Éditeur. Des blanches et des noires: Pas de pause pour la ségrégation pourrait aussi vous plaire.

arbre-aux-fruits-amers    Des blanches et des noires pas de pause pour la ségrégation Isabelle Wlodarczyk

SUIVEZ MISTIKRAK! SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

logo livreaddict  logo facebook