Sur le vif

Résumé : Emoni, 17 ans, rêve de devenir cheffe dans un restaurant. Mais elle a aussi une petite fille de 2 ans, des cours au lycée et travaille le soir pour aider sa grand-mère à payer ses factures. Convaincue qu’elle ne pourra jamais réaliser son projet, l’ouverture dans son lycée d’un nouveau cours d’arts culinaires pourrait toutefois lui donner l’opportunité de montrer ses talents.

Lectorat cible : 13 ans et plus

Autrice : Elizabeth Acevedo

Édition : Nathan, 2021

ISBN : 9782092593981

Prix : 29,95$

Appréciation : J’ai fait l’erreur de lire ce roman sur le chemin du retour après le travail, alors qu’il me tardait de rentrer pour souper dans le confort de mon chez-moi. Erreur et naïveté! Car Sur le vif met l’eau à la bouche avec ses descriptions alléchantes de plats et de saveurs. J’ai adoré! Elizabeth Acevedo a encore une fois (après Signé Poète X) créé un personnage féminin fort, afro-latina, qui se développe et trouve sa voie dans la vie. J’ai aimé suivre Emoni dans son parcours vers l’atteinte de ses rêves, et j’ai admiré sa force de caractère et sa résilience. Emoni doit naviguer dans le monde en tant que femme, en tant que mère-adolescente, en tant que latina, et en voulant percer dans un milieu traditionnellement masculin. Elle aura la force de terminer ses études normalement malgré la naissance de sa fille, elle aura la force d’élever sa fille malgré ses relations tendues avec le père de cette dernière, et elle aura l’envie de suivre sa passion plutôt qu’une voie plus « facile » qui lui apportera plus de stabilité.

À propos de son identité afro-latina, on peut lire plusieurs passage où Emoni nous livre ses réflexions sur le racisme ordinaire qu’elle subit ou encore les difficultés rencontrées à cause de la couleur de sa peau, par exemple lorsqu’elle dit fièrement à une passante que ce bébé est le sien:

« Le sourire s’efface du visage de la dame mais le mien reste fermement en place. J’ai déjà rencontré des femmes de ce genre. Le genre à avoir des idées très strictes sur ce qui rend certaines personnes respectables. Le genre à prendre un air constipé en entendant que Babygirl est ma fille, mais qui aurait de l’empathie si elle était un peu plus pâle. Le genre à voir les cheveux multicolore d’Angelica [son amie lesbienne] et à la traiter de racaille en douce, mais à trouver charmante et créative une ado blanche avec des tresses violettes. Le genre à couper un stéréotype en deux, et à en garder la moitié pour les jeunes Blancs et la moitié pour les jeunes Noirs. Et peut-être que je la caricature, moi aussi. À m’imaginer que je sais très bien quel genre de femme elle est, juste parce qu’il y a des femmes comme ça qui nous donnent de la haine, à moi, à Angelica, à toutes les filles noires ou basanées du quartier, qui remuent la tête et font tss, tss, en nous voyant passer, qui nous rappellent qu’on n’est pas les bienvenues de leur côté de la ville, de leur côté du bus, de leur côté du monde. » (p.380-381).

Emoni jongle avec sa double identité (Noire et Latina) avec l’aisance d’une personne à qui on a demandé depuis toujours de quelle race elle est. Sa grand-mère se revendique noire, même si ces traits sont plutôt typés espagnols et qu’elle parle mieux l’espagnol que l’anglais. Son père ne manque pas une occasion pour lui parler de l’histoire de son île, Porto Rico, et de l’impact négatif qu’a eu la colonisation sur son peuple. Et comme Emoni le dit si bien, « c’est pas parce qu’être noir, chez nous, ça vient avec de la bomba et du mofongo, que ça compte pas. » (p.75) Un livre excellent que vous devez lire si vous voulez vous plonger d’une histoire réfléchie pleine d’espoir. 

À propos de l’autrice : Elizabeth Acevedo est une autrice, poète et slameuse dominicaine-américaine. Elle écrit des romans pour adolescents et jeunes adultes. Elle est née de parents dominicains et a grandi à New York, aux États-Unis. Elle s’identifie comme afro-latina et enseigne au secondaire.

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Le vilain petit canard (ou presque)

Résumé : Dans la nouvelle école d’Omar, les autres élèves se moquent de lui. Mais Omar a un plan pour se faire des amis !

Lectorat cible : 6 à 8 ans

Auteurs : René Guichoux & Rémi Saillard

Édition : Nathan, 2017

ISBN : 9782092570302

Prix : 9,95$

Appréciation : Dans Le vilain petit canard (ou presque), on réinvente ce conte traditionnel avec un garçon noir pour personnage principal nommé Omar Canard. Dans la cours de récréation, on se moque d’abord de son nouveau manteau imperméable tout neuf, jugé trop délicat pour un garçon. Puis, on se moque de son nom. Lorsqu’on lui propose une partie de soccer, Omar refuse car il préfère la danse. Ce sera une nouvelle raison de se moquer de lui. Heureusement, Omar trouvera un certain réconfort à l’idée d’aller regarder les cygnes danser sur le lac, et de danser avec elles. Sa maman l’encourage beaucoup dans sa passion pour la danse. À la fin de l’histoire, les camarades de classe d’Omar le verront danser sur le lac avec les cygnes et seront épatés par sa prestation. Il deviendra un héro et fera de la danse classique son métier. 

J’ai bien aimé cette version du vilain petit canard, surtout le fait que sa couleur de peau ne soit pas l’une des raisons qu’on se moque de lui. Ce livre ravira les enfant en apprentissage de la lecture. Tous les dialogues sont dans des phylactères, ce qui facilite la lecture à deux: l’adulte lit le texte principal et l’enfant lit ce qui est écrit dans les bulles!

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Mon coffret premières lectures Montessori : Tom photographe

On retrouve Suzi et Tom dans 3 histoires tendres et pleines d’humour : Tom photographe (le son « ph »), Devine qui je suis (le son « qu »), Vive l’Espagne (le son « gn »). Fidèles à la pédagogie originale Montessori, ces histoires utilisent des mots entièrement phonétiques et des phrases courtes pour que l’enfant prenne confiance et puisse dire : « je sais lire tout seul ! ».

Tom photographe est un excellent livre pour les lecteurs débutants et les enfants en apprentissage de la lecture! On le retrouve en librairie dans un coffret de trois petits livres pour apprendre à lire avec la méthode Montessori. Il y a à la fin plusieurs conseils à l’attention des parents sur la manière de lire ce livre avec son enfant. On suggère par exemple qu’il faut être conscient que la lecture demande un gros effort de la part de l’enfant, qui peut parvenir à déchiffrer une phrase et ne pas se souvenir de ce qu’il a lu: c’est une étape parfaitement normale.

Dans le texte, les lettres muettes sont grisées et le son étudié apparaît en rose. Le livre est abondamment illustré et on retrouve une seule phrase par page. Tout est fait pour faciliter la lecture. Tom, le personnage principal, est un garçon noir. La couleur de sa peau ne change rien au récit. On retrouve également une belle diversité dans les personnages secondaires de l’histoire. À découvrir! 

Tom photographe
AUTRICE: Chantal Bouvÿ, Sabine Hofmann & Amandine Meyer
ÉDITION: Nathan, 2020
ISBN: 9782092789605
PRIX: 13,95$
6 À 8 ANS

Ce livre vous a plu?
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Ma journée à l’école maternelle

Un imagier photos pour que le tout-petit découvre en douceur l’univers de l’école maternelle. Classe, récré, cantine, sieste, animaux, travail manuel… tous les grands rendez-vous de l’école sur 11 photos originales.

Un livre tout carton qui montre, en photographies, les différentes étapes d’une journée typique à l’école maternelle: Le jeu dans la cour, se mettre en rang, écouter une histoire dans la classe, dessiner et peindre, manger à la cantine, faire la sieste, etc. Le ton est rassurant et montre aux tout-petits (oups, pardon: aux grands ;)) qui entreront à la maternelle ce à quoi ils peuvent s’attendre. Parfait pour un enfant anxieux qui constatera qu’en fait, la maternelle, c’est vraiment chouette! 

Des enfants de plusieurs origines différentes sont photographiés, dont certains sont noirs. À découvrir!

Pour commander ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Ma journée à l’école maternelle
AUTrice: Anne-Sophie Bost
ÉDITION: Nathan, 2019
ISBN: 9782092589434
PRIX: 18,95$
2 à 5 ANS

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Signé poète X

Harlem. Xiomara a 15 ans et un corps qui prend plus de place que sa voix : bonnet D et hanches chaloupées. Contre la rumeur, les insultes ou les gestes déplacés, elle laisse parler ses poings. Étouffée par les préceptes de sa mère (pas de petit ami, pas de sorties, pas de vagues), elle se révolte en silence. Personne n’est là pour entendre sa colère et ses désirs. La seule chose qui l’apaise, c’est écrire, écrire et encore écrire. Tout ce qu’elle aimerait dire. Transformer en poèmes-lames toutes ses pensées coupantes. Jusqu’au jour où un club de slam se crée dans son lycée. L’occasion pour Xiomara, enfin, de trouver sa voix.

Ces dernières années, j’ai réalisé que j’aimais beaucoup les romans en vers. Encore plus si ce sont ces romans pour ados et jeunes adultes. Signé poète X est exactement l’un de ces romans. Il est écrit par une femme afro-latina et aborde des thématiques contemporaines telles que l’harcèlement sexuel, la détermination de soi, la religion, les relations entre des parents immigrants et leurs enfants qui ne le sont pas, le consentement et le plaisir des femmes.

Xiomara n’a que 15 ans, mais a des seins bien développés et des hanches chaloupées, ce qui lui attire le regard des hommes et bien des gestes déplacés à son égard. Elle est abordée dans la rue. Des mains baladeuses lui touche les fesses. Des hommes âgées tentent de la ramener chez eux. Elle est insultée lorsqu’elle refuse. Le problème pour Xiomara n’est pas son corps, car elle l’accepte et y est à l’aise. Le problème est le fait qu’on l’hypersexualise, qu’on la réduise à ses formes. Pour sa mère, par contre, ce corps donne à Xiomara accès à une vie sexuelle qu’elle condamne. Car si Xiomara est prête à avoir une relation avec un garçon, sa mère la veut chaste et dévouée à Dieu. Ces positions opposées seront à la source de plusieurs conflits entre l’adolescente et sa mère. Xiomara veut être libre et maître de son corps. Elle se sent prête à explorer ses sentiments amoureux et sa sexualité, mais pas n’importe comment et avec n’importe qui, même si la société lui renvoi sans cesse l’image d’une dévergondée. J’ai trouvé que l’auteure a su bien saisir les enjeux du corps et de la sexualité des femmes et des filles: d’un côté on les réduit à leurs formes, on leur dit qu’elles doivent se soumettre aux fantasmes des autres; de l’autre on les pointe du doigt lorsqu’elles souhaitent avoir une vie amoureuse épanouie.

Un jour, une enseignante de Xiomara diffuse en classe la vidéo d’une femme noire qui slame sur scène et qui parle de « ce que ça fait d’être noire, et d’être une femme, et des critères de beauté selon lesquels elle est pas belle. » (p.85). Pour Xiomara, ce sera comme une révélation: « On est différentes, cette poétesse et moi. On se ressemble pas, on vient pas du même monde. Pourtant on est presque pareilles quand je l’écoute. Comme si elle m’entendait. » (p.85) Xiomara est latina et on retrouve quelques mots ici et là en espagnol. La culture dominicaine est bien présente dans la famille, et les enfants en sont fiers. Toutefois, c’est le côté conservateur de la culture familiale avec lequel ils ont plus de difficulté: Xiomara souhait s’émanciper en tant que femme, alors que son frère jumeau doit cacher son homosexualité. La thématique de la différence est aussi abordée dans la relation entre Xiomara et son amoureux, très talentueux en patins à glace, mais qui n’a jamais pu explorer cette passion car son père considérait que c’était une activité féminine inappropriée pour les garçons. À ce sujet, Xiomara écrira avec beaucoup de sagesse:

Il a un sourire triste. Et je pense à tout ce qu’on pourrait être si on nous disait pas que nos corps sont pas faits pour. (p. 207).

Avec une prodigieuse économie de mots et un ton percutant, Signé poète X est un roman fort qu’on lit d’une traite, en une matinée. Je vous le recommande chaudement.

* Prix National Book Award for Young People’s Literature en 2018.

* Médaille 2019 Carnegie pour le meilleur livre jeunesse publié au Royaume-Uni.

Elizabeth Acevedo est une autrice afro-latina. Elle habite aux États-Unis.

Signé poète X
AUTEUR(S) : Elizabeth Acevedo 
ÉDITIONNathan, 2019
ISBN: 9782092587294
PRIX: 29,95$
14 ANS ET PLUS

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Collectif Black Bone : Coltan Song

Après le décès de sa mère, Marie, 18 ans, apprend que celle-ci enquêtait sur une entreprise fabriquant des smartphones. Avec l’aide de Léo, un jeune hackeur, et de sa marraine, une reporter italienne, elle remonte la piste d’un trafic de minerais rares en Afrique. Elle découvre que son père y a été assassiné avant sa naissance et que la mort de sa mère n’était pas probablement pas accidentelle.

« Coltang Song » est le premier volet des aventures du Collectif Blackbone qui porte sur les « minerais du sang » en Afrique: la cassitérite (le minerai de l’étain), le manganèse, la tourmaline, le diamant, etc. Les populations qui exploitent ces minerais, généralement en République Démocratique du Congo, le font au péril de leur vie et de leur santé. À travers une enquête journalistique très fouillée, un enjeu écologique est traité en mode thriller pour faire le plein de frissons. L’une des auteures est d’ailleurs journaliste et on retrouve dans le texte des liens vers des articles de presse sur les enjeux entourant les extractions minière en Afrique.

Le récit a un rythme bien soutenu et ne manque pas d’action. Les auteurs nous font aller du présent au passé à plusieurs reprises et de manière aléatoire. Certains chapitres se déroulent en 2000 en Sierra Leone où on découvre ce qui s’est passé avec Irène, journaliste de guerre tentant de survivre après avoir été témoin du meurtre de son mari. D’autres chapitres se déroulent en 2018 où on suit la fille d’Irène, Marie, qui vient de perdre sa mère dans un accident nébuleux et tente de continuer le travail de sa mère. D’autres chapitres encore se déroulent en 2003 dans l’enfance de Marie, élevée seule par sa mère. Ces allers-retours dans le temps se révèlent assez mélangeants par moments, d’autant plus que le roman est aussi séparé en 3 parties.

Au niveau de la représentation raciale dans ce roman, le personnage principal, Marie, est une adolescente métissée: sa mère est européenne et son père, africain. Elle est issue d’une relation d’amour, quoi qu’éphémère puisque son père a été assasiné avant sa naissance, peu de temps après avoir rencontré Irène. C’est dommage que le père de Marie soit absent de la vie de sa fille car c’est souvent ce genre de représentation qu’on a des hommes noirs: des pères absents, emprisonnés, séparés de leur conjointe, partis à la guerre, drogués, travaillant trop pour participer à la vie familiale ou tout simplement morts. Bien sûr, c’est l’histoire que les auteurs voulaient raconter, mais je n’ai pas pu m’empêcher de me dire « Bon, encore un. » en lisant ce roman. Dommage. Tout au long du roman, on sent bien que Marie souffre de ne pas connaître son héritage noir et de ne pas avoir connu son père. Sa vie n’est pas facile: orpheline avant d’avoir la majorité, elle a aussi perdu sa grand-mère dont elle était très proche.

La première description de Marie, le personnage principal, arrive en page 25 où on écrit qu’elle enviait les « cheveux blonds brillants et doux de sa mère » et que « ses cheveux à elle sont sombres et crépus – héritage de son père » (p.25). Rien de bien positif, donc, car on positionne encore une fois le cheveu blanc comme étant l’idéal à atteindre. Marie a aussi grandi à Bouillac, une minuscule communauté au sud de la France dans laquelle elle était la seule personne non blanche. Sa couleur de peau est donc devenue centrale à son identité et on répète souvent dans le texte que Marie est différente des autres à cause cela:

  • « Elle était la seule métisse de Bouillac » (p. 13);
  • Léo, un hacker qui l’aidera à élucider le mystère de la mort de sa mère, ne croira pas que Marie est la fille d’Irène à cause de sa « peau sombre » et de ses cheveux crépus (p. 56);
  • Marie a subi dans l’enfance les « réflexions désagréables à l’école ou dans la rue […] quand la couleur de sa peau lui attirait des regards curieux, haineux ou méprisants » (p.99).
  • Chaque fois qu’on offre une description de Marie, c’est au sujet de sa « peau sombre » (p. 56, 104) qui « hésite entre l’or et le noir » (p.205), de sa chevelure « épaisse » (p.205), crépue (p.25, 56), ou encore de son métissage (p.207).
  • Marie est perçue comme une « princesse noire » par Léo qui semble tomber amoureux d’elle (pas une princesse ni une princesse courageuse ou intelligente ou drôle ou déterminée. Une princesse noire) (p.214).
  • Elle est même traitée de « sale n*gresse » en p.118.

Bref, Marie semble réduite à son identité raciale, comme si c’était l’élément principal de sa personne. De plus, son héritage métissé et sa couleur de peau ne sont jamais posés comme quelque chose de positif ou normal. C’est toujours une mauvaise chose, ou un trait pas comme les autres, anormal. Même le méchant de l’histoire semble mieux développé que Marie en terme de description physique et de personnalité! Et ce n’est pas que la race de Marie qui est exoticisée. À un moment, alors qu’elle fait le grand ménage dans les affaires de sa mère décédée, elle aperçoit un jeune couple noir en train de fouiller dans ses poubelles:

« Elle porte une robe en wax et de longues boucles d’oreilles en bois. Son mari est vêtu d’une sorte de boubou coloré et d’un pantalon. Un instant, Marie se dit que ce couple à la peau noire détonne un peu dans cette banlieue plutôt chic. Puis, comme toujours, la bêtise de cette pensée la frappe de plein fouet. Toi aussi, tu détonnes! lui lance son cerveau. Et, comme toujours, Marie, métisse élevée dans un milieu très blanc, se mord les lèvres en se demandant à quel bord elle appartient. Elle s’en veut des pensées plus ou moins racistes qui la traversent, comme si elle avait intégré les préjugés du petit village où elle a grandi. Elle se souvient du visage peiné de Franou quand, toute petite, elle avait réclamé pour Noël une poupée « blonde et jolie, pas noire ». Orpheline et sans identité, ironise la petite voix dans sa tête. Quelle tristesse… (p.28-29)

Ainsi donc, même les seuls autres personnages noirs du livre – des personnages tertiaires sans aucune incidence sur l’histoire! – sont posés comme étant des Autres, différents de la normalité. Ils ont l’air davoir immigré récemment (du moins on le suppose par leurs vêtements non occidentaux), et ils se retrouvent dans une communauté de moins de 500 personnes à faire les poubelles… Ugh. Je souligne au passage qu’aucun des quatre auteurs du roman n’est racisé.

Le sujet du livre est vraiment intéressant et j’ai quand même été sensibilisée aux enjeux environnementaux et sociaux entourant l’industrie des cellulaires et autres appareils intelligents que nous avons tous. Mais juste pour la représentation pour le moins maladroite du personnage principal, je ne peux pas en recommander la lecture.

Le deuxième volet des aventures du Collectif Blackbone, intitulé « Fashion victim », porte sur les coulisses de la mode. C’est un thriller qui offre une réflexion sur les nouveaux médias, le rôle des journalistes, et les conditions d’exploitation des ouvriers dans les usines textiles. Il est sorti en librairie en août 2020.

Pour vous procurer ce livre, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Collectif Black Bone (tome 1): Coltan song
AUTEUR(S):  Marie Causse, Emmanuelle Urien, Marie Mazas & Maylis Jean-Préau
ÉDITIONNathan, 2020
ISBN: 9782092591086
PRIX: 24,95$
14 ANS ET PLUS

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La science est dans… l’œuf

La science est dans l'oeuf NathanPourquoi l’œuf flotte-t-il quand il est vieux ? La mayonnaise est-elle une émulsion ? Quel principe permet de faire des œufs en neige ? Comment faire rebondir un œuf sans le casser ?… 10 expériences faciles et étonnantes pour découvrir de grands principes scientifiques grâce à… un œuf !

Plusieurs personnages racisés sont illustrés dans ce livre documentaire pour la jeunesse. Déjà en page couverture, mais aussi régulièrement au fil des pages. En fait, sur les 29 pages, une seul ne contient aucun personnage racisé. C’est très bien!

Dès les première pages, le lecteur fait la connaissance avec son œuf, notamment en tentant de le décrire par sa forme, sa couleur, sa texture et son poids. Il y a une foule d’information à découvrir dans le livre, notamment que la couleur des œufs varie selon les races des poules et ce qu’elles mangent. Les explications sont très claires: les auteurs réussissent à simplifier la poussée d’Archimède, la force d’inertie, les états de la matière ou la dissolution du calcaire par un acide afin que ces concepts soient compréhensibles pour les petits d’âge pré-scolaire. Ainsi, chaque double page aborde un concept scientifique à expérimenter à la maison. J’ai adoré! Points bonus pour les pages de garde avec les petits œufs qui sourient! Très mignon!

 

La science est dans l'oeuf nathan 2

 

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La science est dans l’œufBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Cécile Jugla & Jack Guichard
ÉDITION: Nathan, 2019
ISBN: 9782092587942
Prix: 12,95$
4 ANS ET PLUS

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« Croque la vie ! » : Les livres avec Samira

La collection Croque la vie ! met en scène plusieurs enfants que l’on suit dans leur quotidien et qui font face à des problèmes et de nouvelles situations d’apprentissage. À noter que les livres issus de cette collection utilisent plusieurs procédés narratifs et intègrent plusieurs éléments propres à la bande dessinée. Il est donc recommandé aux enfants exposés à la littérature dès leur plus jeune âge et ayant déjà lus une multitude de livres d’images. En effet, le sens de lecture n’est pas quelque chose qui va de soit: pas si facile de comprendre que les images se « lisent » de haut en bas, de gauche à droite et de savoir quelles images lire en premier ! Recommandé aux 3 à 6 ans, oui, mais surtout à ceux qui sont de bons lecteurs.

Samira s’habille toute seule

Samira s'habille toute seuleLa petite Samira est très heureuse d’aller à la piscine avec sa classe aujourd’hui. Sa maman l’aide à s’habiller avant de partir et à enfiler ses chaussures, même si Samira sait le faire elle-même. Après tout, elle a bien trop hâte d’aller à la piscine pour le faire elle-même! Samira étant top excitée d’aller se baigner, elle n’écoute pas les consignes et ne range pas ses vêtements sur le banc du vestiaire. Ainsi, non seulement elle doit chercher ses vêtements à la fin de la journée, mais elle n’arrive pas à s’habiller seule. Au bout d’un moment, tout le monde est prêt, sauf elle. Cette courte histoire sur l’apprentissage de l’autonomie a pour personnage principal une petite fille noire aux cheveux crépus. Sa mère a également des cheveux naturels. Il est assez rare de voir des personnages de fiction noirs coiffés de plusieurs petites tresses. Or, plusieurs petites filles noires portent cette coiffure au quotidien. La lecture de ce livre contribue donc à offrir à toutes les fillettes noires une représentation positive et réaliste d’elles-mêmes.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Christian Lamblin, Régis Faller & Charlotte Roederer
Maison d’édition: Nathan
Année de publication: 2002
ISBN: 209211056X
Lectorat cible: 3 à 6 ans


Samira fête son anniversaire

Samira fête son anniversaireDans ce livre, Samira invite toute sa classe à son anniversaire car elle ne souhaite pas décevoir ses camarades, même si les places sont limitées. J’ai trouvé le ton vraiment moralisateur dans ce livre et limite sexiste. Lorsque Samira déballe ses cadeaux, on insiste sur le fait qu’un robot n’est pas un cadeau approprié pour une petite fille alors que des colliers et des bijoux, oui. Ugh.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Christian Lamblin, Régis Faller & Charlotte Roederer
Maison d’édition: Nathan
Année de publication: 2002
ISBN: 2092110535
Lectorat cible: 3 à 6 ans


Samira se moque des gros

Samira se moque des gros Ce livre aborde le thème de l’intimidation. Samira se montre très méchante avec son camarade de classe, Elvis, qui a un surplus de poids. C’est sa sœur qui lui fera réaliser qu’elle aussi a une différence: elle est noire et pourrait elle aussi être la cible de moqueries ! Sa mère lui explique qu’on peut ne pas aimer quelqu’un, mais qu’on n’a pas le droit de se moquer de lui parce qu’il est différent. À l’issue de l’histoire, Samira ne s’excuse pas auprès d’Elvis même si elle préfère désormais jouer avec lui, comme pour se faire pardonner. Il y a un livret à la fin du livre à l’attention des parents et qui explique assez bien pourquoi les enfants sont si dérangés par les différences. J’ai eu un gros malaise à la lecture de cette phrase, par contre: « Le « gros », c’est un « bon vivant », mais aussi quelqu’un qui compense en général un besoin d’affection insatisfait. Aussi essaie-t-il de plaire aux copains: c’est un enfant serviable, qui fait beaucoup d’efforts pour être accepté. » Franchement, niveau préjugés, on ne fait pas vraiment mieux. On mentionne tout de même que chaque enfant doit tirer fierté de sa différence et qu’il faut toujours la valoriser.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Christian Lamblin, Régis Faller & Charlotte Roederer
Maison d’édition: Nathan
Année de publication: 2003
ISBN: 2092111760
Lectorat cible: 3 à 6 ans

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Mon château

mon châteauAvec toute la poésie de l’imagination enfantine, un enfant construit son château…

Le personnage de cette histoire aurait pu ne pas être noir et cela n’aurait absolument rien changé. Quelle bouffée de fraîcheur de retrouver un livre ayant un héros noir dans une situation du quotidien et loin des clichés habituels (racisme, esclavage, pauvreté, immigration, etc.) ! Jouer aux blocs, c’est si familier aux enfants. Le fond blanc laisse toute la place aux mots et aux illustrations, qui d’ailleurs sont superbes. Ce livre aux pages cartonnées apprend au passage aux enfants le côté éphémère des choses: ce n’est pas si grave si ce qu’on construit se défait. On recommence et cela fait aussi partie du jeu ! D’ailleurs, la première et la dernière phrase du livre est la même: « Je vais faire un château. » Ainsi, c’est une boucle qui se referme sur elle-même. Encooooore !

Coup de coeur !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Illya Green
Maison d’édition: Nathan Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782092572245
Lectorat cible: Bébés
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La haine qu’on donne

La haine qu'on donneLa jeune noire Starr Carter, 16 ans, vit entre deux mondes : le quartier pauvre où elle habite et le lycée blanc situé dans une banlieue chic qu’elle fréquente. Cet équilibre difficile est brisé quand Starr voit son meilleur ami d’enfance, Khalil, tué par un policier trop nerveux. Son quartier s’embrase, Khalil devient un symbole national. Starr doit apprendre à surmonter son deuil et sa colère.

Ouf. Quelle lecture intense ! Résolument ancré dans son époque, La Haine qu’on donne (version française de The Hate You Give) m’a tenu en haleine du début à la fin. Les personnages sont authentiques et attachants, si bien qu’on a l’impression de pouvoir les rencontrer dans la vraie vie. Je me suis énormément reconnue dans le vécu de Starr qui doit jongler entre son identité noire et sa vie dans un système scolaire majoritairement blanc. Selon elle, « pour les Blancs, être noir c’est la classe jusqu’au jour où ça devient un problème » (p.18). Il est difficile pour elle  de jumeler ses deux univers qu’elle tient à garder séparés car autrement, elle ignore quelle Starr elle est censée être. Puis le racisme ordinaire, elle connaît, par exemple lorsque tout le monde s’attend à ce qu’elle sorte avec Ryan, le seul autre Noir en onzième année. Ou encore lorsque tout le monde suppose que son ami Khalil était un dealer parce qu’il était noir. Ou encore la croyance que la violence envers les Noirs ne concerne que les Noirs.

La star de Williamson ne parle pas en slang — tout ce qu’un rappeur dirait, elle évite, même si ses copains blancs l’utilisent. L’argot, ça leur donne l’air cool. À elle, ça lui donne l’air de sortir d’un quartier mal famé. La Starr de Williamson tient sa langue quand les gens l’énervent pour que personne ne la voie comme une « Noire en colère ». La starr de Williamson est accessible. Pas de sales regards ni de regards en coin — rien. La Starr de Williamson ne fait pas de vagues. En gros, la Starr de Williamson ne donne à personne des raisons de penser qu’elle sort d’un ghetto. Je me déteste d’agir comme ça, mais je le fais quand même (p.82)

 

Face au racisme d’une amie, Starr décide de mettre son pied à terre et de la rayer de sa vie. Pour se donner du courage, elle forme même une « Alliance des minorités » avec Maya, son amie d’origine chinoise. Angie Thomas a écrit ce roman sur une communauté noire américaine et ne fait pas d’excuses: elle dit les choses telles qu’elles sont et avec beaucoup de doigté. Une Noire qui écrit au sujet des Noirs, moi, ça me fait du bien. Un peu moins rythmée, la troisième partie m’a cependant moins plu et la finale m’a semblée racoleuse. Malgré tout, je suis sortie de la lecture de ce roman avec toute sorte d’émotions et le sentiment d’avoir lu quelque chose d’important, de beau et de nécessaire. Par rapport à la violence policière envers les Noirs et ces policiers Blancs qui souhaitent « faire une différence dans la vie des [gens du ghetto] », Starr dit:

C’est drôle. Les esclavagistes eux aussi pensaient qu’ils faisaient une différence dans la vie des Noirs. Qu’ils les sauvaient de leurs « manières africaines ». Autre siècle, même logique. J’aimerais que les gens comme eux arrêtent de penser que les gens comme moi ont besoin d’être sauvés. (p.272)

À noter que la version que j’ai lu a été traduite de l’anglais par Nathalie Bru et adaptée pour le Canada par Rachel Martinez. On y trouve une poignée de québécismes (« kétaine », « J’ai-tu l’air de… », « ma blonde », « c’est plate », « pourquoi que », etc.), mais l’adaptation est somme toute très réussie. Un roman incontournable à mettre entre toutes les mains. Ce roman a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2018. #OwnVoices.

Angie Thomas est une auteure américaine.

Angie Thomas

Auteur(s) / illustrateur(s) : Angie Thomas
Maison d’édition: Nathan Bouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782092589274
Public cible: Ados
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