Ça va faire des histoires

Fanta est en vacances et ça ne va pas du tout. Elle se dispute avec son frère et sa sœur, ses parents sont fatigués. Par chance, elle peut aller quelques jours chez sa marraine Sylvie. Elle sera un peu forcée de lire le soir, mais à part ça elle adore.En plus, elle va pouvoir jouer avec la fille d’une voisine. Tout devrait donc se passer parfaitement. Sauf que les bêtises, ça arrive. Des fois exprès, des fois pas trop. Et Fanta, en ce moment, ça lui arrive souvent…

Ce petit roman de tout juste 76 pages se croque et se savoure. Fanta, le personnage principal, aime raconter des histoires. Du coup, elle ment parfois. Celui la mènera dans des situations inconfortables. J’ai un peu été surprise par la facilité et le calme avec lesquelles elle mentait aux adultes, alors que le lecteur sait pertinemment que ce qu’elle dit est faux. Chaque fois qu’elle fait une bêtise, elle finit par écrire un mot pour avouer son tort et s’excuser. Mais c’est trop facile… Suffit-il de quelques mots griffonnés et glissé sous la porte et tout est oublié? Oubliée la bêtise, oublié le mensonge? Et si elle apprenait plutôt à ne pas faire les bêtises du tout? Grâce à sa gardienne, elle apprendra que la vérité peut être encore plus amusante et valorisante que les mensonges.

Fanta aime les histoires, mais pas les livres! Elle a de la difficulté à déchiffrer les lettres et se décourage facilement lorsqu’elle lit. Elle invente des mots, coupe les coins ronds. Elle est aussi très jeune: elle mouille encore son lit. Ses origines sont musulmanes et tant sa religion que sa couleur de peau sont totalement normalisés dans le texte. À découvrir. Contexte français.

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Ça va faire des histoires
AUTEUR(S): Marie Desplechin & Glen Chapron
ÉDITION: L’école des loisirs, 2018
ISBN: 9782211236775
PRIX: 14,95$
8 ans et plus

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Mes p’tits pourquoi: L’alimentation

Pour le petit déjeuner, Tess prend des tartines beurrées alors que son petit frère, lui, ne boit que du lait. Car on ne mange pas de la même façon à tous les âges. Et d’ailleurs, à quoi ça sert de manger ? Quelle est la différence entre l’acide et le sucré ? Et pourquoi on n’a pas tous les mêmes goûts ? Que signifie être « végétarien » ? Et être « allergique » ? Un « P’tit pourquoi » pour répondre à toutes les curiosités sur un vaste sujet !

Élaboré avec les conseils d’un pédiatre, ce livre documentaire est issu de la collection « Mes P’tits pourquoi » aux éditions Milan. Il traite de divers thèmes liés à l’alimentation : l’éveil au goût, les heures des repas, les allergies alimentaires ou encore le véganisme. Pour ce faire, on suit Tess, une petite fille métissée dont la mère est blanche et le père, noir. Elle a aussi un petit frère. La famille vit une vie ordinaire et occidentale: elle va faire l’épicerie, les enfants vont à la garderie, le papa travaille dans la construction et la famille élargie se réunit ponctuellement autour d’un bon repas. Milan étant une maison d’édition française, on retrouve un vocabulaire européen: par exemple on parle du « petit déjeuner », « déjeuner », « dîner » et « goûter » plutôt que du déjeuner, dîner, souper et collation. Tess va à la « cantine » plutôt qu’à la cafétéria.

Le livre aborde l’alimentation dans sa globalité, incluant même une section sur le gaspillage alimentaire ou le flexitarisme. Très bon!

Mes p’tits pourquoi: L’alimentation
AUTEUR(S)
: Claire Garoux & Anne Rouquette
ÉDITIONMilan, 2020
ISBN: 9782408016203
PRIX: 12,95$
4 ANS ET PLUS

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Francette top secrète: Drôle de momie !

drôle de momie francette top secrèteFrancette visite le Musée du Louvre avec sa classe. Mais c’est la stupeur : on a volé la Joconde. Alors qu’elle mène l’enquête, Francette fait la rencontre d’une momie vivante. Grâce aux inventions de sa grand-mère, elle va réussir à démasquer les voleurs et retrouver le tableau.

Ce livre s’inscrit dans la collection Premières lectures Ratus Poche chez Hatier, où l’on retrouve des petits romans de  3 niveaux différents : les six-sept ans, les sept-neuf ans et les neuf-douze ans.  Drôle de momie ! s’adresse aux lecteurs débutants du premier cycle du primaire. Un glossaire regroupant les mots difficiles est présent à la fin du livre et à chaque chapitre, il y a des questions illustrées de dessins humoristiques dans le but d’assurer une bonne compréhension de la part des jeunes lecteurs. Tous les personnages sont présentés en amont, ce qui est aussi très pratique !

C’est donc l’histoire de Francette, une jeune métisse dont le papa est noir et la maman, blanche. Sa représentation est positive et offre un miroir dans lequel plusieurs enfants racisés pourront se reconnaître. Un excellent roman, idéal pour les enfants qui souhaitent améliorer leur compréhension de texte, et pour les amateurs d’enquêtes !

Empruntez ce livre gratuitement à votre bibliothèque municipale !
Francette top secrète: Drôle de momie !
AUTEUR(S)
 : TOM PERCIVAL
ÉDITIONSCHOLASTIC, 2019
ISBN: 9782218753398
À PARTIR DE 7 ANS

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fancette quatre pattes     enquête betty

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Lulu et Nelson (tome 1): Cap sur l’Afrique

La vie ne prend pas toujours le chemin le plus court pour nous mener là où elle doit nous mener. Elle aime les détours. Et ceux-ci regorgent d émotions inconnues, d’expériences inédites et de rencontres magiques… Dans un pays en proie aux inégalités, Lulu – italienne intrépide – et Nelson – sud-africain, plein d’espoir -, que tout tend à séparer, se retrouvent unis autour d’un même combat : la quête de la liberté. Laissez-vous conter l’un des plus beaux détours de leur vie…

J’ai adoré la série La Balade de Yaya de Girard et Omont, ainsi que Les Carnets de Cerise. Alors quand j’ai su que ces deux auteurs collaboraient à nouveau pour une nouvelle série, j’ai tout de suite voulu la lire. Et je n’ai pas du tout été déçue!

Je vais débuter cette critique en soulignant la qualité des illustrations car c’est vraiment ce qui attire l’œil au premier abord. Avez-vous vu cette page couverture sublime? On retrouvera ce même mouvement, cette même profondeur et cette même luminosité tout au long de la bande dessinée. D’ailleurs, la luminosité des illustrations contraste avec le récit assez sombre qui aborde la thématique de la mort, du deuil, du racisme et de la famille. Car oui, dès les premières pages, on assiste à la mort de la mère de Lulu sous les griffes d’un lion en plein spectacle de cirque auquel sa propre fille assistait (heureusement, les auteurs nous ont épargné les détails… vive l’ellipse!). Puis, très rapidement, il y a la mort des lions du cirque dans un incendie. Lulu sera dévastée car malgré les circonstances entourant le décès de sa mère, elle est restée très attachée aux fauves et veut elle aussi devenir dompteuse de lions. C’est ainsi qu’elle s’est mis dans la tête d’aller en Afrique du sud pour y acheter de nouveaux lions et sauver le cirque familial dont le père ne veut plus s’occuper.

Elle se retrouvera donc à des kilomètres de son Italie natale, en pleine manifestation contre l’Apartheid avec son père, ne comprenant pas trop ce qui se passe. Sa vie, c’était le cirque et c’est tout (elle n’a d’ailleurs jamais vraiment aimé l’école, surtout depuis que sa mère ne peut plus lui faire réviser ses leçons). Témoin d’un acte de racisme contre un jeune garçon (Nelson), le père de Lulu tentera de le défendre et se retrouvera en prison pour voies de fait sur un officier de police. Seule, Lulu suivra Nelson qui l’aidera à retrouver son père et, elle l’espère, trouver des lions à ramener chez elle pour réaliser son rêve.

Lulu ne sait rien des inégalités raciales, mais se positionne très rapidement contre cette idée d’apartheid et refuse de traiter les Noirs différemment des Blancs. Dans un train en compagnie de Nelson, elle refusera même de changer de wagon lorsqu’un employé lui suggérera de s’installer dans un wagon pour Blancs. Elle était très bien là où elle était et enverrait promener l’employé qui ne manquera pas de l’insulter au passage.

Nelson est un personnage intéressant, mais assez peu développé dans ce premier tome. On en sait assez peu de lui, surtout parce qu’il arrive vers la fin de l’histoire. J’espère que les prochains tomes permettront aux auteurs de lui donner un peu plus de substance. Mais à première vue, c’est un garçon vif d’esprit qui ne s’apitoie pas sur son sort. Il comprend très bien que sa couleur de peau fait de lui un citoyen de seconde zone dans l’Afrique du sud des années 1950. Mais il ne se méfie pas non plus systématiquement des personnes blanches et se liera d’amitié assez rapidement avec Lulu.

Cette bande dessinée plaira tant aux 9-10 ans et plus qu’aux ados. Déjà parce que les personnages sont assez jeunes, mais aussi parce que le traitement des sujets comme les droits des animaux ou la ségrégation raciale est assez mature pour allumer les lecteurs plus âgés. Les personnages adultes sont également bien présents: Nelson et Lulu évoluent dans un monde au final assez loin de leur univers d’enfants, et la vie ne leur fait pas de cadeau. Je précise au passage que les adultes sont parfois assez durs avec nos deux héros, tels qu’ils le sont parfois dans la vraie vie: Par exemple, préfet de police ne démontrera aucune sympathie pour cette petite fille blanche venue voir et libérer son père de prison. Autre exemple: le père de Lulu, excédé par l’obsession de sa fille pour les lions du cirque et son refus d’aller au pensionnat, lui sortira un « Mais qu’est-ce que tu as dans la tête, bordel! » plein de colère. Rien de bien grave, mais je suggère quand même de lire en duo avec les plus jeunes de 9 ans pour pouvoir discuter de cette lecture.

Bref, on sent bien que ce premier tome sert surtout à mettre les bases du récit: on y rencontre les personnages, on apprend à les connaître, on se situe dans le temps et l’espace. Mais il ne s’y passe pas grand chose. C’est la petite fille de Lulu qui reçoit une lettre de sa grand-mère et nous dévoilera son histoire. Les mots de la lettres de Lulu livrent ainsi tout au long du livre son ressenti et offre un regard rétrospectif sur son voyage en Afrique du Sud. Cap sur l’Afrique se termine toutefois sur une note qui donne le goût de continuer la série. Je sens que les prochains mois d’attente vont être très long! J’ai trop hâte de retrouver Lulu et Nelson dans le tome 2! J’ai eu un coup de coeur pour ce premier tome, mais cela pourrait changer à la lecture des tomes à venir. J’ai quand même quelques attentes:

  • Le personnage de Nelson sera-t-il plus développé ? Après tout, le titre est « Lulu et Nelson », pas « Lulu (et un garçon qui s’appelle Nelson à côté) ». Croisons les doigts!
  • Le contexte dans lequel se déroule l’histoire est intéressant. J’espère qu’une plus grande place sera accordée à la situation politique d’Afrique du Sud durant les luttes pour mettre fin à l’apartheid. Je suis curieuse de voir comment le personnage de Lulu et de son père agiront face à ces luttes. J’espère que les Sud Africains seront maîtres de leur destin et que Nelson, en particulier, aura une certaine autonomie, qu’il pourra prendre en maturité de manière indépendante de Lulu. À suivre.
  • Les animaux au cirque, c’est aujourd’hui dépassé. Leur présence dans le livre ne m’a pas dérangée car je remets l’histoire dans son contexte historique. Ce serait injuste de dénoncer la maltraitance envers les animaux dans ce cas-ci. Mais justement, j’ai hâte de voir si les auteurs vont aborder ce sujet, et surtout, comment.

Bref, cette bande dessinée à été un coup de cœur pour moi, mais j’espère que la suite ne me décevra pas!

Coup de cœur!

Lulu et Nelson (tome 1): Cap sur l’Afrique
AUTEUR(S) : Charlotte Girard, Jean-Marie Omont & Aurélie Neyret
ÉDITIONSoleil, 2020
ISBN: 9782302078963
PRIX: 24,95$
9 ans et plus

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Alma: Le vent se lève

En 1786, Alma, 13 ans, quitte la vallée d’Afrique qui la protège du reste du monde pour partir seule à la recherche de son petit frère disparu. Pendant ce temps, à La Rochelle, le jeune Joseph Mars embarque clandestinement sur La Douce Amélie, l’imposant navire de traite du cruel capitaine Gardel. Il est en quête d’un immense trésor mais c’est Alma qu’il découvre.

On attendait le nouveau Timothée de Fombelle en jeunesse depuis plusieurs années déjà et l’auteur de Tobie Lolness ne déçoit pas avec ce nouveau roman historique. On y rencontre Alma, jeune africaine qui ne subit pas l’esclavage mais qui le découvre lorsqu’elle sortira de sa petite communauté coupée du monde à la recherche de son petit frère. À travers ses yeux d’enfant, on nous montre esclavage et sa cruauté. Au-delà d’Alma qui est bien entendu le personnage principal, l’histoire nous est racontée par une galerie d’autres personnages: son petit frère qui a disparu, leur père qui recherche sa fille, un négrier, un jeune garçon travaillant sur un bateau négrier, etc. Bien entendu, toutes ces histoires finissent par converger vers un point commun et se relier au courant du récit, mais par moments, j’ai trouvé que ce va-et-vient entre les point de vue des différents personnages brisait le rythme du roman. J’aurais préféré ne suivre qu’Alma dans ses aventures, ou à la limite que 2 ou 3 personnages. Là, il y en avait trop. Juste quand ça devenait intéressant avec un personnage et qu’on finisse par s’y attacher, Timothée de Fombelle nous oblige à continuer de découvrir l’histoire avec un autre personnage. Une fois qu’on s’habitue à cette narration quelque peu saccadée, on est happé par l’histoire poignante de ce roman criant d’humanité et de sensibilité.

Les illustrations détaillées en noir et blanc de François Place sont magnifiques et se déploient en de grandes fresques en pleine page. Plutôt que de brimer l’imagination du lecteur, elles décuplent le pouvoir évocateur de l’écriture de Timothée de Fombelle.

Controverse

Plusieurs personnes se sont levées pour dénoncer la décision de l’éditeur de mettre en marché ce livre en tant que « roman d’aventures »: La traite négrière n’est pas une aventure. L’esclavage n’a pas été une aventure. Pour ma part, je trouve que oui, c’est assez maladroit. « Roman historique » aurait été plus approprié, même si les personnages sont fictifs.

Et avez-vous entendu l’auteur se vanter qu’il est l’un des premiers auteurs a écrire un roman jeunesse sur l’esclavage? Timothée de Fombelle a évoqué le fait que de nombreux jeunes lecteurs seront privés de cette histoire, d’autant que « rien ou presque n’a jamais été écrit sur l’esclavage en littérature jeunesse ». C’est « le plus absurde » dénonce-t-il. 

Et voilà, ça y est. Bonjour la condescendance. 🙄 De penser qu’un homme Blanc du XXIe siècle est l’un des premiers à avoir écrit un livre jeunesse sur l’esclavage, c’est complètement complaisant. Il s’imagine peut-être qu’il nous fait une faveur en racontant nos histoires? Est-ce que sa voix, son joli texte sur les tablettes des librairies francophones, est plus légitime que nos souvenirs, que nos mémoires, que les histoires que nous nous racontons de générations en générations? Franchement…

Accusations d’appropriation culturelle

Alma: le vent se lève ne sera pas édité aux États-Unis et en Angleterre pour cause d’appropriation culturelle: on remet en effet en cause la légitimité d’un homme blanc d’évoquer des sujets tels que l’esclavage et le combat pour l’abolition. Le milieu de l’édition anglophone n’a pas non plus accepté qu’un homme blanc fasse parler et se glisse dans la peau d’une jeune fille noire.

Je dois admettre que je suis assez d’accord avec cette accusation d’appropriation culturelle. L’appropriation culturelle suppose que des gestes, des choses ou des paroles soient célébrées et acceptées lorsqu’une personne privilégiée ou faisant partie du groupe dominant dans la société les utilise, mais que ces mêmes gestes, choses ou paroles stigmatisent les personnages racisées, alors que se sont elles les premières concernées ou qui les ont créées! Par exemple: on dira d’une personne blanche avec des tresses plaquées qu’elle est avant-gardiste, cool et jolie, alors que sur une personne noire, on dira que c’est laid, inapproprié pour le milieu du travail ou associé au monde carcéral. De plus, les personnes blanches qui portent ce genre de coiffures ignorent souvent tout de la signification des cheveux naturels chez les communautés noires, et encore moins de l’utilité des tresses plaquées aujourd’hui, ou de leur histoire.

J’entend déjà les gens me dire: « Oui, mais dans le cas de Timothée de Fombelle, on a plutôt un homme blanc qui s’est documenté sur la traite négrière, qui en comprend les enjeux, et qui raconte une histoire pour le public jeunesse avec respect dans le but de faire découvrir aux enfants cette histoire trop souvent oubliée. C’est tout le contraire de l’appropriation culturelle! » Ouais. Sauf que pendant que Timothée de Fombelle publie son roman et que toute une machine médiatrice est mise en place pour le faire connaître et en faire mousser la vente, qu’en est-il des auteur.e.s racisé.e.s? Vous en voyez beaucoup de livres jeunesse écrits par des personnes racisées qui racontent leus propres expériences et qui privilégient de la même couverture médiatique? Nope. Les auteur.e.s racisé.e.s rencontrent beaucoup plus d’obstacles au moment de faire publier leurs livres! « Oh, ça ne se vendra pas. » « Les gens ne se reconnaîtront pas dans votre histoire. » « Pourriez-vous utiliser une langue plus québécoise? On entend votre accent à l’écrit. » « J’ai déjà atteint mon quota de livres sur le racisme cette année. »

#OwnVoices

Et puis, on sait bien que les personnes racisées écrivent moins car elles sont plus susceptibles d’être nées dans des milieux défavorisés en plus de faire face au racisme systémique dans la société et aux répercussions de l’Histoire esclavagiste de notre monde (qui, soit dit en passant, blessent encore les descendants d’esclaves et les populations noires aujourd’hui). On sait aussi que les personnes racisées ont plus de mal à faire publier leurs romans dans des maisons d’éditions réputées. Et lorsqu’elles y parviennent, les romans sont moins publicisés et moins mis de l’avant que ceux écrits par des personnes blanches. Pendant que Timothée de Fombelle parle sur un stade d’or avec un micro de diamants, des auteur.e.s racisé.e.s peinent à faire entendre leurs voix. Et combien d’auteur.e.s noir.e.s se sont vu refuser la publication de leur livre sur l’esclavage (ou sur tout autre sujet entourant les enjeux raciaux) car le milieu de l’édition ne souhaite pas « heurter la sensibilité blanche », ou se sont fait dire de reformuler leurs propos pour ne pas que les personnes blanches soient mal à l’aise?

Je ne sais pas quoi vous dire… C’est pas que le roman de Timothée de Fombelle n’est pas bon. C’est juste que parfois, j’aimerais bien qu’une plus grande place soit accordée aux auteur.e.s racisé.e.s de parler pour eux-mêmes et elles-mêmes.

* Prix Gulli du roman 2020

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Alma: Le vent se lève
AUTEUR(S): Timothée de Fombelle & François Place
ÉDITIONGallimard Jeunesse, 2020
ISBN: 9782075139106
PRIX: 31,95$
11 ans et plus

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Vous aimerez peut-être La case de l’oncle Tom, Du désespoir à la liberté: Julia May Jackson sur le chemin de fer clandestin ou encore Marche à l’étoile, trois livres qui aborde la thématique du commerce triangulaire et de l’esclavage.

La street (tome 3): En mode détente

La suite des aventures de vos trois héros préférés ! Tout va pour le mieux dans la street : le trio inaugure officiellement « La Planque », le nouveau centre de street art et de sport urbain, sponsorisé par le célèbre rappeur RCK. Entre la glisse et le collège, ils n’ont pas le temps de s’ennuyer ! Et tout irait pour le mieux si Clarisse, la peste de l’école, ne s’était pas mis à les harceler pour rencontrer RCK. Quand ce dernier leur propose de les accompagner dans sa tournée en Ardèche, c’est la libération ! Loin de la street, Carl, Orel et miel vont prendre l’air… en mode détente !

Ce roman m’a fait retrouver le plaisir que j’avais de lire des romans dans ma jeunesse. D’un coup, j’étais replongée dans ma peau d’enfant, savourant chaque page, admirant longuement les illustrations et imaginant les personnages comme de bons amis à moi.

Je n’ai pas lu les deux premiers tomes de la série, mais je n’ai eu aucun mal à suivre le récit de « En mode détente »: Les personnages sont bien présentés en amont et l’histoire se tient bien seule. Cela dit, la lecture de ce troisième tome m’a absolument donné le goût de lire les deux premiers, ne serait-ce que pour rencontrer à nouveau Carl et sa bande au skate park!

L’auteure Cécile Alix sait raconter une histoire captivante avec des personnages réalistes et attachants. Elle démontre une belle maîtrise de la langue et fait usage d’un vocabulaire riche. Certaines des images qu’elle est parvenue à créer m’ont bien fait sourire.

La mise en page est aérée et la typographie, variée. Les illustrations de Dimitri Zegboro ne font pas qu’illustrer le texte, elles racontent elles aussi l’histoire en y intégrant un contenu nouveau. J’ai adoré son style, très vif et humoristique, proche de la bande dessinée. On sent bien que l’auteure et l’illustrateur ont travaillé ensemble.

J’ai aimé que les personnages soient diversifiés et imparfaits. Le fauteuil roulant de Carl est son super bolide et ça, j’ai trouvé ça vraiment cool. Être à mobilité réduite ne l’empêche pas du tout de faire du sport, d’aller s’amuser au skate park et de s’épanouir autant que ses amis.

J’ai adoré ce roman et je vous le conseil vivement! Cette histoire pleine d’humour plaira aux lecteurs de 8-9 ans et plus! Contexte européen.

Dimitri Zegboro est un illustrateur français.

Je remercie les éditions Magnard Jeunesse de m’avoir offert ce livre.

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La Street (tome 3): En mode détente
AUTEUR(S) : Cécile Alix & Dimitri Zegboro
ÉDITIONMagnard Jeunesse, 2020
ISBN: 9782210968400
PRIX: 20,95$
8 à 12 ans

Ce roman vous a plu? Vous aimerez peut-être les premiers tomes de la série, ou encore Pars, Cours! Bernadette, un roman pour les jeunes lecteurs dans lequel le sport a une place importante.

Alabama Blues

Alabama bluesLou se sent délaissé et incompris par sa mère, son beau-père et ses petites sœurs. Alors qu’il erre un soir avant de rentrer chez lui, il fait la rencontre de Dexter La Cie, musicien de rue. Qui est-il? C’est ce que se demande Lou en écoutant, un soir, le vieux mendiant de la place jouer du saxo. Est-il un SDF égaré, un musicien usé ? Les Chics Types comprennent vite, eux, qu’ils ont beaucoup à apprendre de ce jazzman aussi mystérieux que virtuose. Grâce à Dexter, grâce à la musique et au blues, Lou va réussir à ouvrir son cœur. Alors, lis et écoute, et laisse-toi séduire aussi, lecteur.

Voilà un petit livre de 170 pages bien sympathique. Les personnages sont attachants et bien développés. Le texte est bien rythmé, mais on y retrouve de l’argot lyonnais qui m’était parfois inconnu. Rien pour miner la compréhension, toutefois. Tout au long de la lecture de ce roman musical, on retrouve des codes QR qui renvoient à diverses chansons des Chics Types qu’on peut écouter pour accompagner l’histoire. Le livre se lit très bien sans, mais j’ai quand même beaucoup apprécié l’expérience complète incluant les notes de blues fournies par l’éditeur en fond sonore. On retrouve d’ailleurs la totalité des chansons auxquelles ont fait référence dans le livre sur le site du livre.

Dexter est un musicien noir vivant dans la rue. D’abord méfiant, le personnage principal hésite à l’approcher malgré son grand talent musical et ira même jusqu’à le dénoncer à de (faux) policiers alors que Dexter n’a rien fait de mal, l’accusant de voler des instruments pour les revendre. Au fil des pages, les deux personnages apprendront à s’apprivoiser.

Dans le roman, on raconte l’histoire de la musique blues en parallèle à l’histoire esclavagiste des États-Unis:

Dans les grandes plantations de coton, les esclaves étaient traités pire que le bétail. Ils avaient été arrachés à leur terre d’Afrique et vendus aux riches Blancs. Les mères étaient séparées de leurs enfants, les maris de leurs femmes. Battus, exploités, violentés, ils n’avaient que la musique pour soulager leur peine. Alors, tout au long de leurs longues journées de travail, ils se donnaient du courage en scandant de la voix les gestes du labeur. Et les chants qui s’élevaient le soir dans les baraquements exprimaient la nostalgie du pays perdu, des amours déchirés. Ainsi naquit le blues. […] Comment vous faire comprendre ça à vous, enfants de la patrie des Droits de l’Homme? (p.158-159)

La Louisiane et la Nouvelle-Orléans ont une belle place également dans l’histoire, et on y fait également référence à l’ouragan Katrina qui a dévasté la région en 2005. Bref, voilà un bon roman qui plaira aux amateurs de musique, d’histoire et qui s’intéressent à la psychologie des personnages. À découvrir!

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Alabama BluesBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Maryvonne Rippert
ÉDITION: OSKAR, 2014
ISBN: 9791021402836
Prix: 23,95$
12 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Little Lou: La route du sud ou encore Un air de liberté à Congo Square, un roman dont l’histoire se déroule en Louisiane.

Little Lou 2 Route Sud    Nola Forever fabien fernandez

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Ailleurs

Ailleurs amnesty international talents hautsUn album sur les drames, les déracinements et les espoirs des enfants du monde qui rêvent d’un ailleurs. En douze doubles pages, les mots poétiques de David Guyon et les images puissantes d’Hélène Crochemore mettent au jour les drames, les déracinements mais aussi les espoirs qui habitent tous les enfants du monde qui rêvent, où qu’ils soient, d’un ailleurs.

Chaque double page de cet album sur les inégalités sociales met en opposition un enfant d’un pays où la vie est difficile (qu’on imagine comme étant des pays pauvres ou en voie de développement) et un enfant où la vie est facile (qu’on imagine comme étant l’occident). Par exemple: « Dans mon pays, les enfants sont des petits soldats » VS « Dans mon pays, les enfants ont des petits soldats » (jouets avec lesquels jouer).

L’album aborde en faisant usage d’une singulière économie de mots des concepts complexes tels que le privilège, la fracture numérique, la guerre, le travail des enfants, le droit du sol, la nationalité, les inégalités, la pauvreté et la structure familiale. Bien entendu, les personnes qui sont illustrées dans le livre viennent de différents pays: ceux venant de pays non occidentaux ne sont pas toujours noirs et ceux venant de pays riches ne sont pas toujours blancs. De plus, la pauvreté n’est pas toujours là où on le pense: les auteurs ont bien mis en lumière la pauvreté qui existe aussi dans les pays riches.

Chaque double page requiert ainsi qu’on s’y attarde et demande réflexion. Les illustrations offrent un autre niveau de lecture et contextualisent le texte de manière poétique. J’ai beaucoup aimé cet album et il m’a habité plusieurs jours après l’avoir terminé.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  • T’identifies-tu plus aux expériences racontées sur les pages de droites ou de gauche? Pourquoi?
  • À la page huit, pourquoi dit-on que « dans ton pays, les nuits sont blanches »?
  • Que dit de notre société la manière dont nous traitons nos pauvres?
  • Aux pages 20-21, on peut lire « Dans mon pays, quand je regarde la mer, je vois la terre. dans ton pays, quand tu regardes la mer, tu vois la mer. » D’après-toi, qu’est-ce que cela signifie?

 

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AUTEUR(S) : David Guyon & Hélène Crochemore
ÉDITION: Talents Hauts et Amnesty International, 2019
ISBN: 9782362662744
27,95$
11 ANS et plus

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Vous aimerez peut-être D’un monde à l’autre, ou encore Lily, deux albums pour la jeunesse sur la immigration. Essayez aussi Moi, Dieu merci qui vis ici.

d'un monde a l'autre    lily    moi dieu merci qui vis ici

 

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Lettres timbrées au Père Noël

Tu as reçu un cadeau raté ? Cassé ? Pas pour ton âge ? Personne n’est parfait, pas même le père Noël ! Mais on peut lui écrire des lettres de réclamation toute l’année !

Dans ce livre hilarant, des enfants écrivent des lettres pour dire au Père Noël qu’il a mal choisi leur cadeau. Qu’ils viennent de France, de Belgique, de la Martinique ou de Suisse, c’est un véritable bureau des réclamations qui se déploie dans ce livre, avec des demandes loufoques, inventives et rigolotes. Par exemple, Emma, 8 ans, écrit que ce n’est pas parce qu’elle est une fille qu’il faut lui offrir de des trucs de ménage! Même si les enfants de ce livre vivent parfois des choses difficiles pour leur âge, ils sont lucides et intelligents. Certains ont connu le divorce des parents, le départ d’un père dans l’armée, le décès d’un grand-parent ou encore vivent dans un hôpital pour combattre une maladie.

lettres timbrées

La demande de réclamation de la petite Régina en particulier m’intéresse. Âgé de 7 ans et trois-quart, elle vit à l’Île de La Réunion. Elle a reçu pour Noël « un baigneur blond avec un zizi » alors qu’elle avait demandé « une poupée FILLE NOIRE avec des cheveux pour apprendre à faire des tresses. » Déçue, elle demande au Père Noël de lui apporter une poupée noire car c’est sa couleur de peau et, ajoute-t-elle, elle espère qu’il n’est pas raciste. Cette lettre si criante de vérité m’a profondément touchée et je me suis facilement reconnue en la petite Regina qui recherche dans ses jouets une représentation d’elle-même. De plus, malgré son jeune âge, elle semble très consciente des significations associées à la race. Elle en parle franchement dans sa lettre, et sans détour. Franchement, bravo !

Bouton acheter petit

Auteur(s) : Elisabeth Brami & Estelle Billon-Spagnol
Maison d’édition: Talents hauts 
Année de publication: 2017
ISBN: 9782362661853
Lectorat cible: À partir de 6 ans
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Ma cabane du bout du monde

Ma cabane du bout du monde agrumePas facile de choisir où et comment construire la cabane de ses rêves, dans laquelle il fera bon habiter… Avant de commencer son projet, Lucile décide de partir chercher des idées autour du monde. C’est ainsi qu’elle rencontre Erik qui vit bien au chaud dans sa cabane de bois dans une fôret de Suède, Ana et son perroquet, hauts perchés dans leur cabane nichée à la cime d’un arbre au Costa Rica, Antonio et sa cabane sur l’eau, Victor et sa cabane de pierre sur les hautes montagnes, l’igloo de Sakari, la petite isba d’Aliocha, la yourte de Gantulga… Riche de toutes ses découvertes, Lucile sait maintenant ce qu’il y aura dans sa cabane : une corde pour y monter, un téléscope, un coffre à trésor, une cheminée, un passage secret, un atlas, une guitare et beaucoup de place pour les amis…

On se régale des illustrations dxe Sarah Loulendo riches en détails et lumineuses. Le personnage principal, une petite fille noire aux cheveux crépus, aurait pu être éclipsée par le catalogue de maisons du monde qu’elle visite. Au contraire, nous savons qu’elle s’appelle Lucie et au fur et à mesure que notre lecture avance, on se rend compte qu’on n’aurait voulu faire cette tournée des cabanes du monde avec personne d’autre qu’avec elle. Chaque double page révèle un paysage magnifique qu’on ne se tanne jamais d’admirer. J’ai adoré la musicalité du texte, qui décrit bien chaque maison en peu de mots. J’ai adoré !

Coup de cœur !

Sarah Loulendo est une illustratrice française. 

Sarah Loulendo

Auteur(s) / illustrateur(s) : Emmanuelle Mardesson & Sarah Loulendo
Maison d’édition: L’AgrumeBouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9791090743915
Public cible: À partir de 5 ans
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Belle maison Sarbacane Brunet

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