Sortir d’ici

Jade aime la vie qu’elle mène dans son quartier, entourée de ses amis et de sa mère. Mais cette dernière veut l’envoyer au lycée situé de l’autre côté de la ville, celui où vont les Blancs, les riches ou les élèves pauvres mais brillants, comme elle. Dans cet établissement où elle n’est pas la bienvenue, Jade découvre un monde dont elle ignore les codes.

Vous allez adorer ce roman si vous aimez les récits réalistes et les personnages bien développés. Je me suis tellement reconnue en Jade, dans son discours, ses expériences et ses questionnements. Pourtant, contrairement à elle, je n’ai pas grandi dans un milieu pauvre, ni dans une communauté majoritairement noire, et je n’ai pas eu de bourses d’études ciblée pour les personnes racisées. Pourtant, plutôt que nos différences, c’est bien nos ressemblances qui ont fait en sorte que je m’identifie à ce personnage. Nous sommes toutes les deux noires, avons toutes les deux eu des amitiés mixtes qui ont été bousculées par l’incompréhension de nos amies blanches face au racisme que nous subissons, et nous avons toutes les deux été discriminées au moment d’être choisie pour un programme scolaire d’envergure. Tout lecteur qui a fait face à des difficultés (peut importe leur nature) ou de la discrimination, ou qui s’est questionné sur le privilège, verra en Jade un certain reflet de lui-même. C’est là toute la puissance de l’écriture de Renée Watson: rendre ses personnages vrais, authentiques et imparfaits.

Même si je n’ai pas été d’accord avec tous les propos de Jade, j’ai pu comprendre son point de vue. J’ai aussi compris le point de vue de ses détracteurs. Car l’autrice Renée Watson prend bien soin de montrer les deux côtés de la médaille à une problématique. Lorsqu’elle parle du racisme subi par Jade et sa frustration face aux Blancs qui minimisent sa douleur et sa colère, elle parle aussi des Blancs qui ne savent pas comment réagir et qui se sentent injustement visés. Plutôt que de présenter la fragilité blanche comme un problème qui ne concerne que les Blancs (« qu’ils s’éduquent! » diront certains), Renée Watson présente le point de vue des personnes blanches dans toute sa complexité, et valide tout autant les expériences des personnes noires que blanches. Ainsi, Sam, l’amie blanche de Jade, aura une voix bien à elle et aura l’opportunité de s’exprimer, par exemple, lors de cet échange entre elle et Jade après que leur amitié ait été ébranlée par une succession de micro-agressions:

— Parfois… je ne sais pas… je suis juste mal à l’aise de parler de ce genre de choses. Et je ne sais pas quoi te dire quand quelque chose d’injuste t’arrive. Comme l’autre jour au centre commercial. Je me suis sentie super mal. Mais j’étais censée faire quoi?
— Tu n’es pas toujours obligée de faire quelque chose. Mais quand tu balaies ce que je dis d’un revers de la main comme si je l’inventais ou si j’exagérais, ça me donne l’impression que tu te fiches de ce que je ressens. (p. 287)

J’ai souvent du mal avec les mauvaises traductions françaises des romans anglophones. Mais j’ai trouvé que « Sortir d’ici » était une excellente adaptation du titre original, « Piecing Me Together ». Car c’est bien ce désir de quitter la prison de verre qui l’entoure qui anime Jade tout au long du roman. Sortir d’ici, ce n’est pas nécessairement de quitter sa communauté afro-américaine pauvre, mais plutôt, quitter cet endroit où les opportunités sont trop peu nombreuses. Jade a souvent l’impression que ses chances d’avancement social sont quasi-nulles sans l’aide de personnes plus fortunées. Elle est intelligente, travaillante, déterminée et polyvalente: alors pourquoi est-ce si difficile? Elle intégrera un programme qui offre aux jeunes filles pauvres l’opportunité d’élargir leurs horizons en allant au musée, au cinéma ou en apprenant à bien se nourrir, par exemple. Au sujet de ce programme, Jade sera agacée par le fait qu’on ne lui montre que des choses extérieures à sa communauté, comme si cette dernière n’avait rien à offrir. Et elle n’hésitera pas à le dire. Jade est une forte tête et j’ai aimé cela d’elle. Elle comprend bien que le monde ne semble pas être fait pour elle, que sa mère a beau être pleine de bonne volonté, que ses voisins soient pleins de rêves ou qu’elle soit tout aussi capable qu’une personne plus fortunée (et, accessoirement, blanche), cela ne semble être jamais suffisant pour l’affronter. À ce sujet, elle dit même: « Parfois, j’ai l’impression de partir de chez moi le matin en un seul morceau, riche des baisers de maman qui a placé ses espoirs en moi. Mais quand je rentre le soir, j’ai l’âme en miette. » (p.107). Car Jade subit de nombreuses micro-agressions, ces petits gestes qui se veulent anodins, mais qui heurtent les personnes racisées, et qu’il est difficile de démontrer qu’il s’agit d’attaques. Jade est aussi grosse, et j’ai apprécié qu’une personne grosse soit le personnage principal d’un roman, sans que ce personnage soit malheureux à cause de son poids.

« Je ne sais pas ce qui est pire. Être maltraitée à cause de la couleur de sa peau, à cause de son poids, ou devoir prouver que c’est vraiment ce qui s’est passé. » (p.166)

J’ai pris des tas de notes sur ce roman, j’ai surligné énormément de passages en me disant « Oh, mon Dieu, c’est tellement bien dit » ou « C’est exactement ça! ». Vous devez absolument lire ce roman et me dire ce que vous en avez pensé. Fortement recommandé!

Renée Watson est une autrice américaine.

Pour vous procurer ce roman, cliquez sur le bouton ci-dessous:

Sortir d’ici
AUTEUR(S) : Renée Watson
ÉDITIONCasterman, 2019
ISBN: 9782203185661
PRIX: 28,95$
13 ans et plus

Ce livre vous a plu? Vous aimerez peut-être Le garçon qui n’était pas noir, La haine qu’on donne ou encore My life matters, trois romans pour adolescents dans lesquels un personnage doit aller à l’école dans un quartier homogène qui n’est pas le sien.

Un jour, tu découvriras…

Un jour tu découvrirasPlusieurs raisons expliquent pourquoi certaines personnes se sentent différentes des autres. Peut-être est-ce à cause de leur apparence physique ou de leur façon de parler, de leur nourriture ou de n’importe quel autre détail. Dans tous les cas, il n’est pas toujours facile de faire ses premiers pas dans un environnement où l’on ne connaît personne, et pourtant, c’est bien nécessaire…

Le texte percutant de Jacqueline Woodson et les somptueuses illustrations de Rafael Lopez démontrent avec brio que tout le monde se sent parfois étranger et qu’il faut du courage pour continuer son chemin malgré ce sentiment. Cet album prouve également que de bonnes choses peuvent arriver lorsque l’on ose enfin s’ouvrir aux autres!

Des les premières lignes, je me suis sentie interpelée par cette histoire: « Il y aura des jours où tu entreras dans une pièce et tu verras que personne n’est tout à fait comme toi »  peut-on lire. Les enfants issus des minorités visibles se reconnaîtront sans doute en ces quelques lignes. Mais pas que ! Car la différence peut bien sûr être celle de la couleur de la peau ou de la texture des cheveux, mais elle peut aussi être celle des vêtements portés ou de la langue parlée. L’auteure décrit avec des mots simples et porteurs de sens toute la détresse qu’un enfant peut ressentir lorsque ses petits camarades de classe rient de lui à cause de sa différence, quelle qu’elle soit. C’est une belle occasion pour questionner votre enfant (ou vos élèves!) sur leur vécu afin qu’ils puissent partager ces moments difficiles et s’exprimer sur la manière dont cela les a fait sentir. Ce livre est tout indiqué pour développer l’empathie chez vos élèves de première ou deuxième année du primaire.

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Les illustrations de Rafael Lopez accompagnent à merveille le texte tout en poésie de Jacqueline Woodson. J’ai aimé que ce livre soit écrit par des personnes racisées. #OwnVoices. Ils racontent toutes sortes de situations où on peut se sentir différent: Manger une nourriture inhabituelle aux yeux des autres, être resté tout l’été à la maison à lire et à jouer avec sa petite soeur alors que ses camarades de classes ont tous voyagé dans un pays ou un autre, avoir du mal à s’intégrer à un groupe de jeu dans la cours de récréation. C’est donc avec originalité que le thème de la différence est abordé.

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Dans Un jour, tu découvriras…, les livres ont une place importance. Lorsqu’une petite fille noire se sent embarassée d’avoir passé des vacances plutôt tranquilles à la maison en comparaison aux autres, elle réalisera qu’elle aussi a vécu de folles aventures à travers les histoires qu’elle a lues. Lorsqu’un garçon blanc ne trouvera pas le courage de jouer sur la grande échelle du parc avec les autres, il se réfugiera dans un livre qui le réconfortera. Cela démontre bien la manière dont les livres nous accompagnent tout au long de la vie. Parce qu’un jour, tous découvriront la joie de partager leurs histoires. Car les livres permettent aussi d’entrer en relation avec les autres et de s’ouvrir à eux. Et que malgré nos différences, il y a toujours quelque chose qui nous rend semblables. Bref, ce livre témoigne du courage nécessaire pour aller de l’avant quand on se sent différent.

Coup de coeur !

Jacqueline Woodson est une auteure américaine.

Jacqueline woodson 2

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Un jour, tu découvriras…
AUTEUR(S)
: Jacqueline Woodson & Rafael LopezBouton acheter petit
ÉDITIONScholastic, 2019
ISBN: 9781443176415
PRIX: 11,99$
5 à 9 ans

 

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Vous aimerez peut-être The Other Side, un album de la même auteure, Jacqueline Woodson. Interdit aux éléphants, un album pour enfants sur l’acceptation des différences.

Interdit aux éléphants      Othersidepicturebook

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Bien fait pour le diable !

Bien fait pour le diableIl était une fois un homme qui portait un nom bizarre. On l’appelait El Bizarron. Le chapeau de paille vissé sur la tête, ce gars-là avait une carrure impressionnante et n’avait peur de rien ni de personne. Quand le diable lui-même lui proposa de travailler pour lui, en enfer, il accepta sans sourciller. Dans cette histoire, le plus effrayant n’est peut-être pas celui qu’on croit…

J’ai grandement apprécié la lecture et l’écoute de ce livre audio. J’y ai découvert la musique cubaine avec délectation. Étrangement, j’ai mieux aimé la narration de Bloch que dans La dernière colère de Sarabuga, de la même auteure. Le bruitage et la musique rend vivant le récit sur le CD d’accompagnement. Chaque plage du CD est indiquée en bas de page de l’album. On retrouve une carte de la région cubaine ainsi qu’un dossier très complet sur la musique de ce pays à la fin du livre, notamment afro-cubaine. À découvrir !

Coup de cœur !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Muriel Bloch & Bertran Bataille
Maison d’édition: Gallimard Jeunesse
Année de publication: 2007
ISBN: 9782070611355
Public cible: À partir de 7 ans
Vous aimerez peut-être: La dernière colère de Sarabuga, un livre audio aussi signé et raconté par Muriel Bloch.

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