Les quatre soeurs March

Les quatre soeurs march ray terciero bre indigoLes quatre soeurs March Meg, Jo, Beth et Amy passent une année difficile. Non seulement leur père est parti à l’autre bout du monde et leur mère se tue à la tâche pour boucler les fins de mois, mais en plus chaque sœur doit affronter ses propres problèmes. Histoires à l’école, soucis de santé, ennuis avec les garçons ou sentiment d’être perdue, les filles March ont toutes besoin de la même chose : se soutenir les unes les autres. En restant unies, ces quatre jeunes femmes trouvent le courage d’être elles-mêmes…

Alerte coup de cœur!!! Je vous le dis d’emblée, ma critique contient de nombreux SPOILERS. Vous êtes averti.e.s! 😉 Ce roman graphique est tout simplement sublime. Les personnages sont bien développés et l’histoire bien ficelée. Chacune des soeurs March a sa propre personnalité, sa passion, ses intérêts et fait face à ses propres difficultés. Meg est l’aînée et la fille biologique de Mr. March. Si elle s’intéresse à l’univers de la mode au début du récit (elle voudra même épouser un riche garçon afin que l’argent ne soit plus jamais un soucis pour elle), elle restera longtemps gênée par la pauvreté de sa famille. Son origine modeste et le fait d’avoir grandi à Brooklyn finira par devenir une fierté et, à la fin du récit, elle annoncera vouloir entamer des études de droit pour pouvoir aider les familles démunies. Tout au long de l’histoire, on voit Meg porter diverses coupes de cheveux: des tresses avec des rallonges, des perruques, un afro, des twists (vanilles), des tresses courtes, un brushing, des fauxlocs, des updos, un TWA, etc. Cela représente bien la manière dont les femmes noires portent leurs cheveux dans la vraie vie.

Jo est la fille biologique de Mme March. Elle a été adopté par Mr. March à son grand bonheur. Passionnée de littérature, elle lit du Toni Morrison, du Jennifer Egan, du Alice Walker ou du Michael Cunningham. Même si elle est blanche, elle est très au fait des problématiques touchant les communautés noires et n’hésite pas à manifester pour défendre leurs droits ou celui des femmes. Elle se découvrira lesbienne et apprendra à s’accepter telle qu’elle est. On découvrira aussi que sa tante célibataire l’est aussi et n’a jamais eu de relation amoureuse par évitement car elle n’accepte pas son homosexualité. Les deux femmes, malgré des débuts rocailleux, finiront par être très proches.

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Beth et Amy sont les deux filles biologiques de Mr. et Mme March. Beth s’intéresse à la musique et sa chanteuse préférée est Nina Simone. D’abord timide, elle surmontera sa peur et trouvera le courage de chanter en public après avoir vaincu le cancer. Elle ne s’entend pas toujours avec sa petite sœur qui n’apprécie pas devoir partager sa chambre avec elle. Beth est très studieuse et travaillante. Son diagnostic de cancer tombera comme une tonne de pierres sur la famille. Par solidarité, ses trois sœurs se raseront les cheveux lorsque la chimiothérapie lui fera perdre les siens.

Amy est la petite dernière, mais elle ne manque pas de personnalité. Même si elle adore se chamailler, ses dehors un peu brusques cachent un cœur vulnérable qui se fait du souci pour sa famille. D’abord égoïste, elle apprendra à développer son empathie et à relativiser les choses. Elle est une pure geek: elle apprécie les super-héros, les jeux vidéo, le dessin, les couleurs pastels et les arcs-en-ciel. Et même si on se moque d’elle, elle demeurera persuadée d’être la plus cool. Bravo pour elle! Cela dit, elle sera tout de même très blessée par l’intimidation qu’elle subit à l’école. À un moment du récit, son enseignante la surprendra en train de dessiner durant son cours d’histoire. Elle sera grondée et l’enseignante dira que les « gens comme elle » doivent travailler encore plus. Amy sera dévastée et humiliée par ce qu’elle pense être du racisme. Par « les gens comme elle », faisait-elle référence aux personnes noires?? Elle découvrira plutôt que son enseignante, impressionnée par son talent en dessins, voulait plutôt dire que si Amy veut travailler dans le domaine des arts, il faudra travailler très dur, et ça commence par être attentive en classe. Par « les gens comme elle », elle voulait plutôt dire « les artistes ». L’enseignante l’encouragera à poursuivre ses rêves de devenir bédéiste.

quatre soeur march 4

Mr. March est un militaire déployé au Moyen-Orient. C’est un père aimant et aimé qui sera blessé à la guerre. Il manque beaucoup à toutes les filles et femmes de sa famille, et elles lui écrivent souvent des courriels et des lettres. La bande dessinée est d’ailleurs entrecoupée de ces messages retranscrits tels qu’on les voit sur un écran d’ordinateur ou sur une feuille de papier. Il y a aussi le journal intime de Jo dans lequel elle se confie, et le carnet de pensées de Meg. Le récit garde un bon rythme tout au long de l’histoire qui se déroule sur plusieurs années. J’ai aussi aimé que la bande dessinée de Rey Terciero aborde la thématique queer, ce qui ne se fait pas souvent en littérature jeunesse. Points boni pour la présence d’une belle diversité corporelle parmi les personnages du livre: on y voit des corps grands et élancés, petits et trapus, maigres ou gros. Vous devez absolument lire cette bande dessinée. Elle plaira aux préados, aux ados et aux jeunes adultes. Un tour de force. Sublime!

Coup de cœur!

Bre Indigo est une illustratrice noire américaine et queer.

Bre indigo

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Les quatre soeurs MarchBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Rey Terciero & Bre Indigo
ÉDITION: Jungle, 2019
ISBN: 9782822228060
28,95$
10 ANS ET PLUS

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Cours!

Cours! Davide CaliDepuis qu’il est petit, Ray se bat tout le temps. Maintenant qu’il est au collège, la colère continue à le submerger. Jusqu’à l’arrivée d’un nouveau proviseur qui, au lieu de le punir, lui propose de se battre contre lui.

Quoi ne pas aimer de cet album? Il est tout simplement sublime; je l’ai adoré! Je l’ai lu plusieurs fois au cours des dernières années et chaque fois, j’ai la larme à l’œil. L’auteur a un style efficace et poignant. Il maîtrise parfaitement son récit et nous le livre de merveilleuse façon. L’histoire est courte, mais on a suffisamment le temps de connaître et de s’attacher à Ray ainsi qu’à ce qu’il vit. D’ordinaire, je suis plutôt indifférente aux variations typographiques dans les livres jeunesse, mais dans « Cours!« , elles sont utilisées à bon escient et avec parcimonie, toujours pour mettre l’emphase sur une émotion ou un événement important. L’histoire est comme une boucle: le jeune ray aidé par son directeur d’école, trouvera un sens à sa vie et un moyen de canaliser sa colère. Plus tard, il deviendra lui aussi directeur d’école et prendra sous son aile un jeune étudiant qui lui le garçon qu’il était.

« Cours! » traite de racisme, mais sans tomber dans le piège du sauveur blanc. Le directeur, un homme blond ancien boxeur, aidera le jeune Ray à utiliser la tempête qui tourbillonne en lui pour dépasser ses limites plutôt que de donner des coups aux idiots de l’école. Avec son aide, Ray découvrira comment le sport peut l’aider à grandir et que dans la vie, « parfois il faut juste arriver à la fin, même sans gagner ». Rapidement, le directeur d’école s’efface pour donner toute la place au jeune garçon qui trouvera sa propre voie. De plus, on ne remet pas en question le racisme dont Ray est victime. Il est là, il existe, et Ray souhaite simplement qu’on le considère qu’on un être humain à part entière.

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Les illustrations participent autant que le texte pour nous raconter l’histoire de ce garçon noir victime de racisme et en colère. Par exemple, le livre s’ouvre sur une illustration d’un homme noir cravaté qui se regarde dans le miroir, annonçant ainsi un flashback, sans que ce soit dit explicitement dans le texte. Le coup de crayon est franc et précis. La palette de couleurs aux tons neutres et feutrés donnent l’impression d’être des photographies de générations passées. J’ai été habitée par ce livre longtemps après l’avoir terminé. Vous DEVEZ absolument le lire!

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  • Qui est l’homme de la page 1 qui se regarde dans le miroir? Observe son allure: que peux-tu supposer de lui? De quel milieu social vient-il? Quels sont les membres de sa famille? L’homme dit habiter dans un quartier pauvre. En faisant le lien avec l’illustration, penses-tu que c’est toujours le cas?
  • Quel est le lien entre l’homme de la page 1 et le garçon de la page 2?
  • Comment Ray est-il décrit au début du livre?
  • Quels sont les sentiments qui habitent Ray au début du récit? À la fin du récit?
  • Où se déroule l’histoire? Quels sont les éléments qui te permettent de supposer que l’histoire se déroule aux États-Unis?
  • À quelle époque se déroule l’histoire? Comment peut-on le déduire?
  • Pourquoi penses-tu que le directeur Chapman agit si gentiment avec Ray? T’attendais-tu à cette réaction de sa part?
  • Qui sont Joe louis, Sonny Liston, Joe Frazier, George Foreman et Mohamed Ali? À quelle époque vivaient-ils? Quel rôle est-ce que le sport a joué dans la vie de ces personnes (en termes de mobilité sociale, par exemple et de lutte contre le racisme)?
  • Discutez en classe du concept de transmission des valeurs, de la famille choisie, de la filiation.
  • Effectue une recherche à la bibliothèque sur les boxeurs mentionnés dans le texte et sur le contexte social dans lequel ils ont vécu.
  • Relève dans le texte un champ lexical autour de la course (cours, avoir du souffle, foulée, marathon, la piste de course, entraînement, etc.)

Enseignants, vous pouvez aussi amenez les élèves à faire le lien entre le directeur Chapman et la figure du père manquante dans la vie de Ray. Interrogez vos élèves: Qu’est-ce qui confère à Chapman cette figure paternelle? Je vous garantis que cet album aura du succès auprès de vos élèves. Et puis, c’est toujours très intéressant d’exploiter l’album avec des enfants plus vieux (ils sont habitués aux romans, mais les albums, beaucoup moins. Ils seront étonnés de constater que l’album ne se limite pas aux histoires pour la petite enfance!)

 

Cours davide cali maurizio quarello 3

Coup de cœur! 

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Cours!
AUTEUR(S)
: Davide Cali & Maurizio A.C. Quarello Bouton acheter petit
ÉDITION: Sarbacane, 2016
ISBN: 9782848659015
PRIX: 22,95$
10 ans et plus

 

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Vodou

Vodou éditions père fouettard

Loin des clichés effrayants, ce documentaire illustré propose aux enfants et aux plus grands une première approche du vodou, de son histoire stupéfiante, ses dieux et ses esprits fascinants, ses rituels et ses croyants, sa culture sans frontière. De l’Afrique à l’Amérique, des masques rituels aux zombies, des anciens royaumes jusqu’aux danses contemporaines !

Ce qu’on retient de la lecture de cet album, c’est qu’il y a de nombreuses manières de croire au Vodou et de prier ses Dieux et Esprits, différentes selon les pays et les gens. Il existe peu de livre pour enfants qui aborde la thématique du Vaudou d’une manière informative. Les représentations de ces croyances en littérature jeunesse est souvent limitée à la poupée qu’on pique pour faire du mal. Ici, on parle plutôt du vodou sans jugement occidental mal placé. Car si le vodou a effrayé les premiers Européens venus en Afrique car ils pensaient qu’ils ressemblaient au Diable, le vodou en soit n’est ni bon, ni mauvais: ce sont plutôt les croyants qui l’utilisent pour faire des choses bonnes ou mauvaises, comme dans toute religion. Au cours de notre lecture de ce livre, on apprend notamment que les vodou sont des esprits invisibles et que pour avoir une vie meilleure, les humains peuvent demander leur aide en communiquant avec eux de différentes manières. On apprend aussi que le vodou est une religion, un ensemble de pratiques magiques, une façon de vivre et de penser, une philosophie.

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Dans ce livre, les auteurs ont choisi la transcription des noms vodou rencontrée le plus communément dans le golfe du Bénin, tout en mentionnant bien qu’elle varie dans d’autres régions du monde. Mais on découvre tout même comment deux déesses peuvent être représentées et appelées différemment d’un pays à l’autre, comme Mami Wata au Bénin et Yemaya à Cuba (et j’ajouterais Iemanja au Brésil!). Le tout est expliqué avec des mots accessibles d’un point de vue historique et sociologique. Les enfants comprendront le lien entre le vodou et l’esclavage, ou celui entre les bocios (sortes de barrages installés devant les villages, les maisons ou les champs) et la poésie, ou encore l’importance du culte des ancêtres. En conclusion, on mentionne que des nouveaux vodou sont créés encore aujourd’hui et on présente certains éléments originaires du vodou (comme les zombies haïtiens). On retrouve aussi un lexique en fin d’ouvrage.

Mes recherches m’indiquent qu’aucune personne afrodescendante n’a participé à la réalisation de cet album (!), qui pourtant concerne et parle des personnes racisées et de leur rapport au monde. Quelle occasion ratée de donner une voix aux personnes opprimées et de leur donner le loisir de parler pour elles-mêmes. Dommage.

Petit bémol pour la présence de certaines tournures de phrase à l’européenne, dont l’utilisation du mot « hommes » pour parler de l’humanité toute entière, ou encore de la locution « à Haïti » plutôt que « en Haïti ». Rien de très grave tout de même, et certainement pas assez pour que vous passiez à côté de cet album extrêmement intéressant. Voilà donc un très beau livre réussi, vachement bien réalisé en partenariat avec le Château Musée Vodou qui en a assuré l’exactitude scientifique.

vodou fouettard 3

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VodouBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Camille Tisserand (illustratrice), sous la direction de Florent Grandin et Gaïa Mugler
ÉDITION: Père Fouettard, 2019
ISBN: 9782371650459
PRIX: 25, 95$
À PARTIR DE 10 ANS

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ou es tu iemanja     sanza

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Cher corps, je t’aime

Cher corps je t'aimeEt si la clé était d’aimer son corps avec tous ses petits « défauts » et d’accepter être parfaitement imparfaite ? Cher corps, je t’aime invite les jeunes filles à apprécier et à célébrer leur corps, et tout ce dont il est capable.

Ce charmant petit ouvrage encourage les filles à voir au-delà de leur enveloppe corporelle et à s’accepter telles qu’elles sont. On y retrouve des conseils pratiques et simples pour développer et renforcer une image corporelle positive: Dresser une liste de toutes les choses que ton corps te permet de faire (écouter de la musique; créer avec tes mains) ; Prendre soins de ton corps et de ton esprit (faire une promenade en nature; prendre des photos) ; Être à l’écoute de ton corps (quand manger; quand te reposer). Il faut enseigner très tôt aux jeunes filles que le plus important est d’être à l’aise avec soi-même.

Au niveau de la représentation, on retrouve dans cet album plusieurs filles noires: l’une pirate, l’une aux cheveux crépus, l’une atteinte de Vitiligo, l’une qui ne craint pas de montrer ses vergetures, l’une portant un TWA (très petit afro), l’une qui peint, l’une qui joue au volleyball, l’une en fauteuil roulant car elle n’a pas de jambes et l’une queer. J’ai adoré ce livre aux illustrations douces et rassurantes qui donnent à voir des corps normaux, comme celui que nous avons tous, mais qui n’est jamais ouvertement montré dans les médias. Franchement, chapeau ! 

Coup de coeur !

Cher corps je t'aime 2

Auteur(s) / illustrateur(s) : Jessica Sanders & Carol Rossetti
Maison d’édition: Crackboom!  Bouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782898021121
Public cible: 10 ans et plus
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règles quelle aventure

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Pars, cours ! Bernadette

Pars Cours BernadetteEn juin, j’irai au bal des finissants avec Lenny. C’est décidé ! Rien ni personne ne pourra m’en empêcher, même pas lui ! Pour le séduire, j’ai besoin :
– de noix et de raisins secs;
– de billes;
– de ficelles et de bouts de tissu;
– de ma salive (beurk !);
– de quelques-uns de ses cheveux châtains-trop-parfaits-qui-sentent-si-bon !
Pourquoi ? Pour faire de la magie vaudou. C’est ma grand-mère qui me l’enseigne ! Le vaudou, c’est la sorcellerie LA PLUS PUISSANTE du monde. À moi le beau Lenny! Et adieu, les mauvais coups d’Alexis! Rien ne m’arrêtera! (Même s’il faut que je me promène avec une crotte de chien dans mon sac d’école.)

Bernadette est le sixième livre paru dans la série Pars, cours !, des romans pour enfants écrits en gros caractères peuvent être lus dans n’importe quel ordre. Ce roman a maintenu mon intérêt jusqu’à la toute fin et j’ai trouvé que Bernadette était très attachante. Québécoise d’origine haïtienne, elle est très attachée à la culture de ses parents et entretient avec sa grand-mère qui vit à Port-au-Prince un lien étroit. Toutes deux sont très proches malgré la distance qui les séparent et Bernadette n’hésite jamais à lui demander conseil. Elle porte ses cheveux tressés qu’elle adore ornementer de perles multicolores. À 11 ans, Bernadette est amoureuse de Lenny, un garçon blanc de sa classe qui n’est pas très populaire. Elle est intéressée par son intelligence et son honnêteté; elle se fiche bien qu’il soit un souffre-douleur plutôt mauvais en sport !

Bref, Bernadette est une fille drôle, débrouillarde et gentille. Elle se passionne pour le tricot et admire l’athlète haïtien Sylvio Cator. Elle ne se comporte pas en victime et n’est pas non plus la cible de racisme dans le récit. Au contraire, ses camarades de classe la perçoivent comme l’une des leurs, par exemple, lorsqu’elle mentionne à son enseignante qu’elle veut faire son projet scolaire sur un pont qu’elle a vu « dans son pays », un garçon lui dit « Bernadette, tu n’es même pas haïtienne. T’es née au Québec! » (p.139). Malgré tout, il arrive un moment dans l’histoire où elle se demande si Lenny ne l’aime pas à cause de sa couleur de peau ou de ses cheveux frisés (p.282). La jeune fille se montre très intéressée par le vaudou, qu’elle espère utiliser pour faire un charme d’amour pour Lenny. Son enseignante lui expliquera alors que l’amour ne peut pas être provoqué. La grand-mère de Bernadette lui parle souvent de cette religion, qu’elle décrit comme « l’art de la grande sorcellerie » (p. 15). Elle lui parle des offrandes, des esprits (par exemple: papa Legba, Ogoun Zobla, etc.) et des croyances vaudous (par exemple le fait qu’il ne peut pas être utilisé pour faire le mal). L’auteure fait preuve d’une sensibilité ethnique et raciale qui personnellement m’a fait du bien en tant que lectrice noire. À un moment, Bernadette mentionne qu’elle arrive difficilement à faire entrer tous ses cheveux dans son bonnet de bain (p.93) et cela m’a fait sourire car c’est une situation très courante chez les personnes ayant les cheveux crépus ou très frisés. Aussi, pour rendre compte du sentiment amoureux et de la gêne de Bernadette face à Lenny qui lui plait beaucoup, l’auteure a choisi d’écrire de manière non hégémonique « mes joues brûlent » (p.188) plutôt que de mettre l’accent sur la couleur des joues. Chapeau !

Le texte et la mise en page est très dynamique: certains mots ont une typographie variée pour mettre l’accent sur certains mots. Les illustrations sont réussies et j’ai adoré les retrouver ici et là dans le livre. L’auteure Nadine Poirier a également écrit Lenny, dans la même série, et j’ai franchement envie de le lire ! Fortement recommandé !

Je remercie les éditions de Mortagne de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Nadine Poirier
Maison d’éditionÉditions de MortagneBouton acheter petit
Année de publication: 2019
ISBN: 9782897920005
Public cible: 10 à 12 ans.

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Yatandou

yatandouChaque jour, à l’ombre du baobab, Yatandou pile le mil avec les femmes de son village. Toutes ensemble, elles rêvent d’une vie meilleure…

Ce sont d’abord les illustrations qui m’ont marqué à la lecture de cet album. Faites de coups de peintures et de couleurs chaudes, elles sont pleines de reliefs et de détails. Le texte comprend quelques mots en bambara. Ce livre d’images s’adresse aux enfants âgés de 10 ans et plus qui lisent déjà de bons romans. Les femmes occupent une place centrale dans le récit. Elles s’organisent pour faire de leur existence une vie meilleure. Un livre excellent !

Auteur(s) / illustrateur(s) : Gloria Whelan & Peter Sylvada
Maison d’édition: Le Sorbier
Année de publication: 2008
ISBN: 9782732039190
Lectorat cible: 10 ans et plus

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C’est ta vie ! : L’encyclopédie qui parle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants

C'est ta vie encyclopédie amour amitié sexe

Documentaire pour découvrir les relations amoureuses et la procréation. Cet ouvrage aborde également les différentes formes d’unions (parents de couleurs ou d’origines différentes) et les divers types de sexualité et de rapports humains (couples homosexuels ou hétérosexuels, recours à l’adoption, etc.).

Il y a ces livres qui, à peine entammés, nous charment déjà et nous surprennent. C’est ta vie! est l’un de ceux-là. On y parle d’amitié, d’amour et de sexe à un lectorat jeunesse de manière franche et toujours sous l’angle des liens, de la communication et de l’envie (ou pas) de s’unir aux autres. Enfin ! Un livre pour enfants sur le sujet qui n’est ni moralisateur, ni condescendant.

On retrouve 5 chapitres: les liens (homosexualité, hérétosexualité, vie commune, les relations, etc.), les contacts (quand les corps se touchent, les relations sexuelles, les gestes, etc.), les interdits (les lois, l’internet), les corps (les filles et les garçons, le sexe, la puberté, etc.), et enfin le bébé (l’envie d’être parent… ou pas, de l’embryon à l’être humain, la naissance, etc.).

Le livre laisse beaucoup de place à l’autodétermination, à la liberté et à la pluralité. Tout n’est pas noir ou blanc, et tout n’est pas figé dans le temps. Le ton employé est rassurant, les mots sont simples et bien choisis. Les illustrations donnent à voir toute la diversité du monde: des couples mixtes, des amoureuses, et une grande variété de couleurs de peau.

Les homophobes croient qu’être homosexuels, c’est mal, ou que c’est une maladie. Ils ne savent pas u’homosexuel, c’est comme hétérosexuel: c’est normal. Dans la vie, il n’y a pas qu’une seule façon d’être normal, il y en a beaucoup ! Dans la vie, on n’est pas tous pareils et c’est pour ça que la vie, c’est agréable. C’est idiot d’avoir peur de ça, surtout quand on devient méchant parce qu’on a peur. (p.15)

À noter que certaines choses ne sont pas abordées dans le livre, ou encore le sont de manière incomplète. Par exemple, en page 63, on dit que l’envie d’être parent se produit lorsqu’un homme et une femme commencent à en rêver et en parler, mais on ne dit pas que cela se produit aussi entre deux femmes ou deux hommes et qu’alors, le proccessus de fécondation se fait différemment (il faudra se rendre en page 19 où on dit que deux adultes peuvent avoir envir d’être parent, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels). J’aurais aimé que ces deux sections soient abordées ensemble, dans un même chapitre. On ne parle pas non plus du genre, de transidentité ou de transsexualité. On parle de filles et de garçons comme deux entités opposées, plutôt que comme un continuum sur lequel chacun peut se positioner à une multitude d’endroits. Le livre offre tout de même des explications claires et nuancées qui vont bien au-delà de la majorité des livres jeunesse sur la sexualité que j’ai lus et c’est très bien !

Ce titre, C’est ta vie! rappelle l’idée transversale du livre: Nous somme ici car il y a eu rencontre, et notre vie sera faite de multiples autres rencontres. Entre les deux, un tas de choses arrivent, changent, se transforment et se développent. Et chacun a le droit de faire pour lui-même comme il a envie, comme il décide, tout en respectant les autres et les lois. Les enfants ont beaucoup de questions à ce sujet. Et ce livre offre des réponses. On retrouve d’ailleurs une section bonus sous forme de question-réponse à la fin du livre. Petit bémol: le contexte est très européen (notamment lorsqu’on parle des lois françaises, ou de composer le 119 en cas d’urgence), mais cela ne mine pas la compréhension pour les lecteurs non français. Fortement recommandé !

* Prix Sorcières 2014 (documentaire).

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Je remercie l’auteur Thierry Lenain de m’avoir offert ce livre.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Thierry Lenain & Benoît Morel
Maison d’édition: Oskar éditeur

Bouton acheter petit

Année de publication: 2013
ISBN: 9791021403895
Public cible: À partir de 10 ans
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Unis par le jeu : Comment le soccer peut changer le monde

unis par le jeuSéparé de sa famille, Deo vit dans un camp de réfugiés au nord-ouest de la Tanzanie. Il adore jouer au soccer, mais il n’a pas de ballon. Grâce à son ingéniosité, il en fabrique un avec des feuilles de bananier. Un jour, un entraîneur arrive au camp et rassemble les enfants pour une partie de soccer. Deo n’est pas rassuré, car il y a un intimidateur dans son équipe, celui qui s’en prend toujours à lui. Mais le plaisir du jeu et l’esprit d’équipe viendront à bout des tensions, et de cette joie partagée naîtra un sentiment d’appartenance réconfortant et réconciliateur. Inspiré d’une histoire vraie, le récit de Katie Smith Milway démontre comment le jeu peut unir les jeunes et les aider à s’accepter les uns les autres. Ce récit est un excellent point de départ pour aborder le thème de la justice sociale dans le monde.

Au départ, on s’inquiète et on craint pour la vie de Déo. La vie au camp de réfugiés est aussi très dure ! Puis, l’arrivée d’un mystérieux entraîneur de soccer vient illuminer le récit et soudain, ce ne sont que des enfants qui jouent et apprennent le travail d’équipe. D’ailleurs, ce virage vers l’optimiste se remarque aussi dans les illustrations qui deviennent soudain plus lumineuses et colorés qu’au début du récit. Au fil des matchs et des échanges, les orphelins qui autrefois se craignaient, en viennent à rire ensemble et à se faire confiance. Unis par le jeu est une très belle histoire brillamment racontée. Par contre, la mise en page est un peu faible parfois, notamment par l’utilisation d’une typographie si petite et sur un fond trop sombre, si bien que la lisibilités en est affectée. Très bon quand même. Ce termine par un reportage photo et un dossier sur celui qui a inspiré cette histoire et sur le contexte politique qui a donné naissance aux camps de réfugiés au Burundi. Il y a aussi une présentation de sept jeux développés par Right To Play, une organisation dont la mission est de protéger, éduquer et développer l’autonomisation (« empowerment ») des enfants afin qu’ils puissent faire face à l’adversité en utilisant le pouvoir du jeu.

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Katie Smith Milway & Shane W. Evans
Maison d’édition: Scholastic Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9781443159647
Public cible: À partir de 10 ans.
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Grand-père Mandela

Grand-père Mandela Sean Qualls Rue du mondeL’arrière-grand-père de Zazi et Ziwelene s’apple Nelson Mandela…Leur grand-mère, Zindzi Mandela, répond à toutes les questions des deux enfants. Ils apprennent ainsi que Nelson Mandela a été un infatigable combattant pour la liberté, un grand président pour l’Afrique du Sud et qu’il a reçu le prix Nobel de la paix. Au fil de cet échange, Zazi et Ziwelene comprennent aussi qu’ils peuvent poursuivre son oeuvre dès aujourd’hui… Pour que tous les enfants sachent qui était Nelson Mandela

La mémoire. Collective, familliale et individuelle. Comment aborder ce sujet avec les enfants ? Comment leur parler de l’Histoire du monde et du rôle qu’à jouer le racisme, l’esclavage et la ségrégation ? Cet album publié chez Rue du Monde offre une belle porte d’entrée pour répondre à ces questions. On y rencontre deux enfants qui découvrent une photo de leur grand-père, le très connu et admiré Nelson Mandela qui s’est battu pour mettre fin à la ségrégation dans son pays, l’Afrique du Sud. L’histoire se lit comme une conversation, par un jeu de questions posées par les enfants auxquelles leur grand-mère a toujours une réponse appropriée et juste. « Pourquoi [Nelson Mandela] a-t-il été emprisonné? », « Pourquois les Blancs ont-ils rendu si triste la vie de tout le monde? »,  « C’est quoi la justice? », « Pourquoi le gouvernement a laissé Grand-père en prison si longtemps? » sont quelques uns des questions posées par les enfants. Elle n’hésite pas à dire les choses telles quelles sont, sans détour, même si la réalité est laide parfois. Par le biais de leur histoire familiale, on découvre non seulement Mandela, l’homme politique, le militant, le leader, mais aussi Mandela le mari, le père et le grand-père.

Les illustrations texturées de Sean Qualls donnent du relief au récit. Ses cadrages sont bien choisis et participent autant que le texte à la construction de cet album. J’apprécie beaucoup son travail d’artiste et la manière dont il fait usage de techniques mixtes pour illustrer les textes d’auteurs avec qui il collabore. Ce livre se lit dès l’âge de 10 ans, mais je recommande vivement un accompagnement avec un adulte qui saura soutenir le jeune lecteur dans la découverte de l’Histoire sud-africaine, et dans la construction de son identité. Prenez le temps de parler à votre enfant du racisme dont il a été témoin ou victime dans son quotidien afin qu’il puisse faire des liens avec ce qu’il lit. Vous pouvez aussi fouiller dans vos albums photos de famille et parler de vos ancêtres. N’oubliez pas; lire ouvre toutes sortes de portes qui ne se referment pas une fois le livre lu.

Un livre pour souligner le mois de l’histoire des Noirs.

Sean Qualls est un illustrateur américain.

Sean-Qualls

Auteur(s) / illustrateur(s) : Zindzi Mandela , Zazi Mandela , Ziwelene Mandela , Sean Qualls
Maison d’édition: Rue du MondeBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782355045288
Public cible: 10 ans et plus
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Sako

SakoPrès d’un pavillon coquet, des caravanes déglinguées sur un terrain vague où vivent des sans-papiers. La vieille Mado n’attend plus rien de la vie lorsque Sako pointe sa jeune frimousse à travers la haie de son jardin. Tout les sépare: l’âge, la couleur, la tradition. Tout, sauf… la solitude. Et les voilà qui, peu à peu, s’apprivoisent. Pour le meilleur et pour le pire ?

Ce roman m’a beaucoup plu et touché ! La plume de Martine Pouchain est claire, limpide, spontanée et nous transporte sans difficulté dans le discours intérieur de chacun de ses personnages. Tout au long du roman, Mado, Sako et sa mère Niouma partagent avec nous le temps de courts chapitres leurs pensées intérieures. Pouchain aborde avec beaucoup de finesse la condition des sans-papiers et la fragilité des relations humaines. Sako est Malienne d’origine bambara et l’auteure a pris le soin de se renseigner sur la culture de ce pays avant d’écrire son roman. Agoutis, froufrous, koré, la ville de Kayes, le tô, et Mousso Koroni ponctuent le récit sans toutefois le rendre trop lourd et cliché. Sako est un très beau roman qu’il faut lire absolument.

Coup de cœur !

Auteur(s) / Illustrateur(s) :  Martine Pouchain
Maison d’édition : Oskar éditeur
Année de publication : 2011
ISBN : 9782350007151
Public cible : À partir de 10 ans

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