Cluedo: Madame Leblanc

Lutter contre le crime est ta spécialité ? Parfait, car cette fois-ci, tes aptitudes vont être mises à rude épreuve ! Dans la peau de Madame Leblanc, bloquée sur une île en compagnie d’un meurtrier, tu vas devoir faire appel à ton sens de l’observation et de la déduction pour découvrir qui, parmi les cinq invités du Docteur Lenoir, te cache la vérité. Et prends garde ! Si le meurtrier a frappé une fois, rien ne dit qu’il ne recommencera pas sous peu…

Tu es prêt ? À toi de jouer !

Ce roman du type « Livre dont vous êtes le héros » est le 6e de la série Cluedo publiée dans la bibliothèque verte chez Hachette. Chaque tome peut toutefois se lire indépendamment des autres et dans le désordre. J’ai commencé mon incursion dans l’univers du manoir du docteur Lenoir avec Mademoiselle Rose que j’avais lu avec ma nièce de 10 ans à l’époque. On a vraiment aimé l’histoire et la difficulté des choix! J’avais personnellement trouvé mademoiselle Rose un peu superficielle, et certaines scènes un peu matures (comme la fois où Mademoiselle Rose tente d’utiliser ses attributs physiques pour arriver à ses fins), mais le roman était sympa malgré tout.

Dans Madame Leblanc, le personnage principal est beaucoup plus affirmée et débrouillarde. Avocate, Mme Leblanc fait preuve d’un grand esprit de déduction et d’observation. Elle n’hésite pas à prendre sa place. J’ai aimé découvrir ce personnage plus près de mes valeurs que celui de Mademoiselle Rose. J’ai relu l’aventure plusieurs fois en faisant des choix différents et chaque fois, Madame Leblanc reste authentique, intelligente et affirmée.

Le texte est étonnamment bien écrit, avec un vocabulaire recherché et des tournures de phrases assez complexes et satisfaisantes pour les enfants de 10-11-12 ans. Un très bon livre pour initier les enfants aux romans policier! Recommandé!

Cluedo: Madame Leblanc
AUTEUR(S):  Michel Leydier 
ÉDITION: Hachette, 2014
ISBN: 9782012044272
PRIX: 8,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être L’attaque des cubes, un roman pour les amateurs de jeux vidéo ou encore Fatou Diallo: détective, un roman pour les enfants. Essayez aussi Braquage sous haute tension, un livre dont tu es le héros.

Le tigre de porcelaine

Le concert qui permettrait à Clara d’entrer au Conservatoire va commencer quand ses parents, assis au premier rang, sont soudain chassés de leurs places par le couple Smith. Choquée, Clara est incapable de jouer. Dans son esprit, tout s’emmêle. Les bombes du FLQ ; la Ville, qui projette de raser son quartier, menaçant l’imprimerie familiale ; le courage de Rosa Parks qui a su dire non au Blanc revendiquant sa place dans l’autobus ; les efforts des derniers mois, surtout, à s’exercer sous le regard du tigre de porcelaine. Clara n’a pas fait tous ces sacrifices pour rien. Ce concert est le sien. Les Smith n’ont pas le droit de lui gâcher ce moment. Elle doit se faire respecter. Maintenant !

Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est le contexte historique qui mélange Québec et États-Unis : on y parle du FLQ et de Rosa Parks, d’Oscar Peterson et et du mouvement des droits civiques, de la fermeture du canal Lachine et de Martin Luther King. Ce roman constitue une belle porte d’entrée vers l’Histoire des Noirs, au Canada et chez nos voisins du sud, sur fond de musique classique et jazz. Le texte est assez simple et les 98 pages se lisent d’une traite. Certains jeunes lecteurs auront peut-être besoin d’accompagnement pour accéder au sens et aux références historiques. Un bon candidat, donc, pour une lecture à deux avec vos grands de 10-11 ans!

Le personnage principal, Clara, est issue d’une famille modeste, mais a le privilège d’avoir un piano droit à la maison et de pouvoir suivre des cours avec une voisine, beaucoup plus nantie qu’elle. Cette différence sociale la met parfois mal à l’aise, comme dans ce passage où elle va chez les Smith qui ont un grand piano à queue qu’il lui est interdit de toucher. Soudainement, elle ne se sent « plus la fée musique qui se déplace avec légèreté; mais une va-nu-pieds, lourde, gauche. Une misérable qui traîne. » (p.61)

J’ai été heureuse de lire un passage dans lequel Clara se souvient d’un moment où sa famille, attablée autour d’un bon repas, discute du racisme présent au Québec. On y fait notamment référence à Frederick Phillips, diplômé en droit de l’Université McGill qui, en 1956, réussit l’examen du Barreau et devient ainsi le premier avocat noir au Québec. Par contre, on ne mentionne pas le nom de Phillips dans le texte, et comme on ne sait pas exactement en quelle année se déroule le récit, le lecteur a donc bien peu d’information sur le sujet. Une belle occasion ratée de souligner l’apport de personnes noires au Canada!

À table, Elijah se réjouit qu’un Noir accède enfin au Barreau du Québec. Son propre père, Kyle Dillon, n’avait pu pratiquer le droit au termes de ses études, alors qu’il s’était installé à Montréal pour cela. […] Enfin, après des décennies d’attente, le Barreau du Québec compte un avocat noir. Elijah voit là une preuve que la patience paie. Au lieu de se réjouir avec tout le monde, Brandon explose.
– Ils en ont mis, du temps! Ça fait un bail que les universitaires noirs ne trouvent pas de travail ici et se résignent à gagner leur vie comme concierges, portiers, domestiques. C’est scandaleux!
[…] Elijah plaide qu’il faut du temps pour que les mentalités évoluent.
– Ça demande aussi des gestes concrets et du courage!
(p. 45-46)

Un bon roman sur la persévérance malgré tout, avec de belles illustrations en noir et blanc.

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Le tigre de porcelaine
AUTEUR(S): Danielle Marcotte & Jean-Luc Trudel
ÉDITION: Soulières, 2019
ISBN: 9782896074679
PRIX: 10,95$
10 à 12 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Des blanches et des noires: Pas de pause pour la ségrégation, un album pour les grands dont le récit est similaire à celui de Le tigre de porcelaine. Essayez aussi Nina ou Mathieu Da Costa: premier interprète d’origine africaine en Nouvelle-France.

Les Omniscients (tome 1): Phénomènes

Un jour, cinq jeunes New-Yorkais se réveillent dotés du savoir absolu, grâce à l’intervention de créatures divines. L’information se diffuse rapidement et le groupe de génies est mis à l’abri par le FBI. Mais une organisation gouvernementale secrète a pour ambition de les capturer. De leur côté, ils cherchent à comprendre d’où viennent leurs facultés surnaturelles.

Ces derniers temps, j’ai lu pas mal de BD d’urban fantasty: Des récits qui se déroulent dans une grande ville et où il se produit des phénomènes surnaturels. Le genre me plait toujours autant que Les Omniscients de fait pas exception! L’un des protagonistes de l’histoire est un garçon noir qui se prénomme Albert. Vif d’esprit, gentil, toujours un sourire au lèvres, j’ai beaucoup aimé ce personnage tout aussi intelligent que naïf. Il arrive tôt dans le récit (dès la page 8), et demeure actif tout au long de se premier tome. On est bien loin du « je-vais-mettre-un-personnage-noir-pour-faire-joli-et-puis-comme-ça-tout-le-monde-est-content ». Au contraire, Albert est un personnage développé avec un backstory. On sait par exemple que ses parents sont des avocats parmi les plus réputés de New York et que même avant de recevoir le don d’omniscience, il était déjà un élève surdoué qui a sauté des classes.

Le rythme de cette bande dessinée est bien soutenu et démarre fort: dès les premières pages, c’est un feu roulant de péripéties qui s’enchaînent. Pour un premier tome, les auteurs ont bien réussi à aller au-delà d’une simple présentation des personnages et du contexte. J’ai bien hâte de connaître la suite de la série!

Les Omniscients, 1: Phénomènes
AUTEUR(S) : Vincent Dugomier & Renata Castellani 
ÉDITION: Le Lombard, 2020
ISBN: 9782803674961
21,95$
10 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Légendes Zurbaines ou Les Chroniques d’Under York, une bande dessinée fantastique qui se déroule à New York. Essayez aussi Les enfants d’ailleurs.

Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo

Le 31 juillet 1761, Tsimiavo est à bord de l’Utile. Elle a été embarquée clandestinement dans les cales de ce navire de commerce avec 159 autres esclaves malgaches. Au cœur de la nuit, leur destin bascule : l’Utile heurte un récif de corail et fait naufrage. Les rescapés échouent sur un îlot de sable blanc et de cailloux, perdu au milieu de l’océan Indien.

Quand l’équipage blanc prend le large sur une embarcation de fortune, Tsimiavo et les siens se retrouvent seuls, oubliés de tous. Comment survivre sur cet îlot du bout du monde ? C’est le défi qui les attend. Pendant des jours, des mois, des années, leur courage et leur ingéniosité vont faire des miracles…

Ce livre en grand format est écrit sous la forme d’un journal intime et superbement illustré par des fresques là en couleur, là en noir et blanc. Il s’agit donc d’un album pour les grands, qui raconte une histoire vraie et terrible, et qui permet d’aborder la traite négrière et, plus largement, l’histoire du XIXe siècle. On oublie parfois que des esclaves ne venait pas uniquement du continent africain, mais aussi de l’île de Madagascar. Idéal pour une lecture en classe avec des élèves de 3e cycle du primaire, voire 1er cycle du secondaire. On retrouve en fin d’ouvrage un dossier sur les missions archéologiques menées par Max Guérout sur Tromelin, l’île des esclaves oubliés. D’ailleurs, ce livre sera bientôt réédité sous la forme d’un roman à couverture souple avec la définition des mots difficiles et autres notes en bas de page pour faciliter la lecture, un préambule, des activités pour travailler la compréhension de texte et un dossier encore plus étoffé en fin d’ouvrage. À surveiller au courant des prochains mois!

Le point de vue du livre est clairement celui de personnes blanches, même si le personnage principal qui raconte son histoire est malgache. Il y a plusieurs maladresses dans le livre. Déjà, le titre: On compare les personnes oubliées sur l’île de Tromelin à Robinson Crusoé, qui, souvenez-vous, s’est aussi échoué sur une île et y est resté pendant des années. Sauf que, souvenez-vous aussi que Robinson Crusoé était à l’origine parti naviguer à la recherche d’esclaves africains. Ce n’était pas une petite croisière de plaisance! Dans le texte, on appelle même les Malgaches oubliés les « Robinsons noirs ». Pourquoi donc cette comparaison avec une personne blanche qui, plus est, était esclavagiste?

Ensuite, tant l’autrice que l’illustratrice sont des personnes blanches. J’aurais été intéressée à connaître l’opinion et le point de vue de personnes malgaches sur cette histoire qui est la leur. Et puis, le récit s’attarde longuement aux Blancs et à ce qu’ils ont fait et à ce qu’ils n’ont pas fait: les Blancs ont trouvé de l’eau, les Blancs ne partagent pas leur nourriture, les Blancs construisent un abri pour eux seulement, les Blancs ont menti et n’ont pas tenu leur promesse, les Blancs ont abandonné les Malgaches, les Blancs ne reviendront pas, les Blancs sont revenus, les Blancs se sont encore échoués, un autre Blanc s’est échoué, ce Blanc a encore abandonné les Malgaches, les Blancs sont venus sauver les derniers survivants, les Blancs ont déclarés libres les huit survivants une fois arrivés à l’Île de France… Oui, il y a quelques pages où Tsimiavo raconte un peu le quotidien sur l’île, mais on en apprend très peu sur comment les Malgaches ont survécu sur l’île, comment ils se sont organisés, quels genre de liens et système politique ils ont mis en place, quelles difficultés ils ont rencontrées, ce qui est arrivé des bébés nés sur l’île, ou sur les relations entre les insulaires. Dommage! Tous ces éléments sont relégués au dossier en fin d’ouvrage où une petite section intitulée « Comment ces hommes et ces femmes ont-ils survécu? » offre un peu plus d’information sur le sujet.

Enfin, et ça, ce n’est pas la faute des autrices, mais l’île où ont été oubliés les Malgaches nauvragés porte le nom du sauveur (blanc) venus les sortir de là, Jacques Marie Boudin de Tromelin de La Nuguy, un navigateur français.

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  1. Quel est le titre du livre? Le sous-titre? Qu’évoquent-ils pour toi?
  2. Qu’est-ce que la page couverture de laisse deviner de l’histoire que tu vas lire?
  3. Qui est Robinson Crusoé? Pourquoi a-t-on appelé les naufragés malgaches ainsi?
  4. Après la lecture du premier chapitre: Qui parle? Que lui est-il arrivé? Que peux-tu dire du contexte dans lequel se déroule le récit? Les illustrations te laissent-elles deviner l’époque?
  5. Combien de temps après les événements du récit Tsimiavo raconte-t-elle son histoire?
  6. Que peux-tu dire des illustrations? Pourquoi certaines illustrations sont-elles en couleur et d’autres en noir et blanc?
  7. Apprends-en plus sur la traite négrière. Situe sur une carte l’île Maurice, Madagascar et l’île de Tromelin.
  8. Développe ton empathie: comment aurais-tu réagi si tu avais été à la place de Tsimiavo?
  9. Penses-tu qu’une telle histoire pourrait arriver encore aujourd’hui? Pourquoi ou pourquoi pas?
  10. Fais une recherche à la bibliothèque sur les îles inhabitées du monde.
  11. Fais une recherche à la bibliothèque sur la culture malgache.
  12. Vrai ou Faux? Les Blancs ont promis aux Noirs de les ramener en France s’ils les aident à construire une pirogue.
  13. Fais un résumé de chacun des chapitres. Note et trouve la définition des mots que tu ne comprend pas.
  14. Pourquoi, même sur une île déserte coupée du monde, les Blancs refusent-ils de partager leurs ressources avec les Malgaches? Quelle aurait été un meilleur comportement?
  15. Comment est-ce que le racisme était-il érigé en système à l’époque où le bateau fait naufrage? Pourquoi s’agit-il de racisme? Pourquoi s’agit-il d’un système? Quelles en sont les répercussions?
  16. À la fin du récit, les 8 survivants sont déclarés libres par les Français. À ton avis, qu’est-ce que la liberté? Qui décide qui est libre et qui ne l’est pas? Les naufragés étaient-ils libres sur leur île?
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Les Robinsons de l’île de Tromelin: L’histoire vraie de Tsimiavo
AUTEUR(S)
: Alexandrine Civard-Racinais & Aline Bureau
ÉDITION: Belin Jeunesse, 2016 / 2021
ISBN: 9782701198903 
/ 9791035802622
PRIX: 9,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Catfish: le voyage d’un esclave vers la liberté, ou encore Coton Blues, deux albums sur la traite négrière. Essayez aussi Aïna, Lalatiana et Alisoa vivent à Madagascar.

Kadogo

Pour ses onze ans, Gabriel reçoit une kalachnikov en cadeau. Sans l’avoir voulu, il va devenir un enfant soldat. Ce livre, qui évoque l’enrôlement d’un enfant de 11 ans, illustre le combat qu’Amnesty International mène pour mettre un terme au drame de l’enrôlement d’enfants soldats.

Ce sont d’abord les illustrations qui ont attiré mon œil vers ce livre: Joël Alessandra maîtrise l’aquarelle et les ombrages, et ses traits évoquent une certaine urgence et une liberté qui contrastent avec le propos de l’album. Né à Marseille, il a notamment été directeur artistique à Djibouti en Afrique de 1989 à 1991.

« Kadogo », le titre de l’album, désigne l’enfant soldat en langue swahili, mais à l’origine il veut dire « encore petit ». Lorsque Gabriel recevra une kalachnikov en cadeau, c’est toute sa vie qui sera dorénavant intimement liée à cette arme. De la naïve excitation d’avoir reçu ce qu’il perçoit d’abord comme un jouet, Gabriel ne réalisera que plus tard qu’on s’attend de lui à ce qu’il fasse davantage que de faire semblant. Il sera réveillé en pleine nuit par son oncle et conduit dans un endroit inconnu à l’arrière d’un vieux véhicule tout terrain, entassé au milieu de dizaines d’autres garçons comme lui, luttant contre « ses larmes de petit garçon ».

Le texte d’Ingrid Chabbert traduisent toute la détresse, l’incompréhension et la douleur ressentie par Gabriel. On en sait très peu sur les parents du garçon: il semble avoir été élevé par son oncle et sa tante. Lorsqu’il arrivera au camp d’entraînement à la guérilla, on ne parlera pas non plus des sévices et traumatismes qu’il aurait pu subir. On vit avec Gabriel ses premiers instants de perte de l’innocence: ne pas tout comprendre, rechercher des modèles chez les autres garçons plus âgés, avoir mal au bras d’avoir trop tiré, s’ennuyer de ses petits frères restés à la maison et réaliser qu’il ne pourra pas les prévenir de ce qui les attend, sentir le sang encore chaud de sa première victime couler sur ses orteils.

L’histoire se termine par la fuite de Gabriel, abandonnant sa carabine derrière lui. On ne sait pas ce qui lui est arrivé. A-t-il été abattu sur le champ par les superviseurs du camp? A-t-il réussi à partir sans se faire repérer? Est-il retourné chez lui? S’est-il perdu avant d’avoir pu retrouver les siens? Cette fin ouverte permet d’avoir de bonnes discussions en groupe après la lecture, pourquoi pas en milieu scolaire avec des élèves de 3e cycle. En toute fin d’album vient une page signée Amnesty International sur l’enrôlement d’enfants soldats et des solutions proposées par des ONG pour que cela cesse.

« Kadogo » est un livre très dur à lire, mais aussi très beau et nécessaire. Recommandé!

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Kadogo
AUTEUR(S) : Ingrid Chabbert , Joël Alessandra 
ÉDITIONDes ronds dans l’O, 2017
ISBN: 9782374180298
PRIX: 25,95$
10 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Mama Miti la mère des arbres, Ailleurs et Où es-tu Iemanjá?, trois livres jeunesse publiés en collaboration avec Amnesty International.

Les règles de l’amitié

Un jour, Sasha, la nouvelle de l’école, qui était jusque-là tenue à l’écart, se voit couverte de honte car son pantalon est taché par ses toutes premières règles. Soutenue par trois bonnes amies qui se connaissent depuis longtemps et partagent leurs expériences, Sasha est initiée à ce nouvel aspect de sa vie intime. Une bande dessinée sur le vécu des menstruations sur fond d’engagement féministe.

Oui! Plus de bandes dessinées sur les menstruations pour les jeunes! Plus de BD féministes! Plus de livres jeunesse qui normalisent les règles et fracassent les tabous entourant la puberté féminine! #SangTabou

J’aime beaucoup les bandes dessinées réalistes, les récits scolaires et les histoires féministes. Dans Les règles de l’amitié, il y a les trois! On y rencontre une préadolescente, petite et sans formes contrairement à ses amies, et qui va avoir ses premières règles à l’école. Alors que certains élèves se moqueront d’elle (même des filles!), une bande d’amis la prendra sous son aile pour lui expliquer les changements qui se produisent dans son corps, pour la rassurer, l’aider à se laver (oui, parce qu’elle se promenait à l’école avec son pantalon taché). Les quatre jeunes filles deviendront meilleures amis.

Elles vont partager leurs expériences et lui apprendre ce qu’elle doit connaître sur les menstruations : comment mettre un tampon, la gestion de la douleur, la famille, les non-dits et les tabous. Au départ, j’avais espéré une histoire à 4 voix, mais c’est surtout le point de vue d’Abby, une ado rousse (je suppose, c’est du moins comme cela que je l’ai imaginée), s’insurge notamment de l’indisponibilité des serviettes au collège. Abby en fera son cheval de bataille, risquant au passage de perdre ses amies par manque d’empathie.

Brit est une jeune adolescente noire, grosse, qui souffre beaucoup de crampes menstruelles. À travers son vécu, on apprend que les règles diffèrent entre les femmes, que les crampes sont communes et doivent être prises au sérieux, et que l’endométriose existe.

Les quatre amies sont féministes, lisent Jane Eyre de Charlotte Brontë, bloguent sur les enjeux qui touchent les femmes, militent et n’ont pas peur de prendre leur place. On retrouve des extrait du blogue d’Abby dans le livre, notamment des listes des héroïnes qui se sont battues pour le droit des femmes: Eleanor Roosevelt, Coretta Scott King, Gloria Steinem, Maya Angelou, Malala Yousafzai, etc. À la fin de la bande dessinée, il y a un petit « guide des règles » où les autrices parlent sans tabou des menstruations et de l’activisme menstruel. J’ai adoré et je vous recommande chaudement cette BD (aux filles ET aux garçons!… car oui, les garçons aussi doivent connaître les menstruations: ça touche la moitié de l’humanité!)

Les règles de l’amitié
AUTEUR(S):  Lily Williams & Karen Schneemann 
ÉDITION: Éditions Jungle, 2020
ISBN: 9782822231503
PRIX: 29,95$
10 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être C’est ta vie!: L’encyclopédie qui parle d’amour et d’amitié aux enfants. Essayez aussi Les règles, quel aventure!, un documentaire pour la jeunesse sur les menstruations, ou Cher corps, je t’aime, un album qui célèbre la diversité corporelle.

Les enfants de la Nouvelle-France

À travers onze portraits d’enfants, le lecteur est invité à explorer les multiples aspects de la vie en Nouvelle-France, à différentes époques, tels que : la traversée de l’Atlantique à bord d’un grand voilier, la prise de possession du territoire, l’économie, les vêtements, la médecine.

Ce livre pour la jeunesse s’intéresse à la vie quotidienne en Nouvelle-France. Par biais de témoignages fictif de différentes personnes mineures, on apprend comme la colonie du Bas-Canada s’est formée. Le premier témoignage est celui d’une jeune fille Wendat vivant dans une maison longue. Elle parle de son héritage Iroquoien, des similitude et différences entre son peuple et celui des Pétuns, des Neutres et des Ériés. Elle parle aussi de son repas préféré, la soupe de maïs et de ses vêtements traditionnels. Son témoignage est suivi d’un dossier sur la présence autochtone en Nouvelle-France. On retrouve aussi un témoignage fictif d’un jeune autochtone domicilié converti au catholicisme. Malheureusement, le terme « domicilié » n’est pas défini dans le livre et le lecteur ne parvient pas à accéder au sens de son témoignage: Il se dit autochtone, mais il est catholique, il il a volontairement quitté ses terres ancestrales et accepte de faire la guerre auprès des Français. Pourquoi? Comment? Bref, ce témoignage soulève beaucoup de questions auxquelles le lecteur ne trouve pas de réponses dans le livre. Quelle occasion ratée d’aborder la question des réserves, des missionnaires et des impacts de l’acculturation des peuples autochtones.

Dans Les enfants de la Nouvelle-France, il y a également un témoignage fictif d’une jeune esclave nommée Marie. J’ai été agréablement surprise de retrouver ce passage car les livres d’histoire du Québec et du Canada passent trop souvent sous silence le passé esclavagiste du pays, comme si l’esclavage n’y avait jamais eu lieu. Or, il y avait des esclaves au Canada au XVIIIe siècle — jusqu’à 2000 à son apogée. Il y avait des esclaves au Québec et il y avait des esclaves à Montréal. J’aurais toutefois aimé que le témoignage de Marie soit complété par un dossier sur l’esclavage en Nouvelle-France, comme cela a été le cas pour d’autres témoignages dans le livre. Il y aurait tant eu à dire! La provenance des esclaves, les esclaves autochtones, les esclaves africains, leur nombre, leur traitement, les résistances, le travail forcé qu’ils.elles effectuaient, leurs déplacements sur le territoire (par exemple en Nouvelle-Écosse), les ventes d’esclaves sur le territoire canadien, ou encore le profil de propriétaires d’esclaves comme Peter McGill (fondateur de, vous l’aurez deviné, la prestigieuse université McGill à Montréal). Dommage.

Malgré tout, le livre est assez informatif et les jeunes lecteurs se familiariseront avec l’histoire de la Nouvelle-France. Une table des matières et un index facilitent la recherche.

Les enfants de la nouvelle-France
AUTEUR(S)
 : Pierre-Alexandre Bonin, Gilbert Desmarais & Caroline Soucy
ÉDITION: Bayard Canada, 2020
ISBN: 9782897701543
18,95$
10 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Voici Viola Desmond, À la découverte du Canada: L’héritage noir ou Le grain de sable: Olivier Lejeune, premier esclave au Canada, trois livres jeunesse documentaires pour en connaître davantage sur l’histoire de la présence noire au Canada.

Les quatre soeurs March

Les quatre soeurs march ray terciero bre indigoLes quatre soeurs March Meg, Jo, Beth et Amy passent une année difficile. Non seulement leur père est parti à l’autre bout du monde et leur mère se tue à la tâche pour boucler les fins de mois, mais en plus chaque sœur doit affronter ses propres problèmes. Histoires à l’école, soucis de santé, ennuis avec les garçons ou sentiment d’être perdue, les filles March ont toutes besoin de la même chose : se soutenir les unes les autres. En restant unies, ces quatre jeunes femmes trouvent le courage d’être elles-mêmes…

Alerte coup de cœur!!! Je vous le dis d’emblée, ma critique contient de nombreux SPOILERS. Vous êtes averti.e.s! 😉 Ce roman graphique est tout simplement sublime. Les personnages sont bien développés et l’histoire bien ficelée. Chacune des soeurs March a sa propre personnalité, sa passion, ses intérêts et fait face à ses propres difficultés. Meg est l’aînée et la fille biologique de Mr. March. Si elle s’intéresse à l’univers de la mode au début du récit (elle voudra même épouser un riche garçon afin que l’argent ne soit plus jamais un soucis pour elle), elle restera longtemps gênée par la pauvreté de sa famille. Son origine modeste et le fait d’avoir grandi à Brooklyn finira par devenir une fierté et, à la fin du récit, elle annoncera vouloir entamer des études de droit pour pouvoir aider les familles démunies. Tout au long de l’histoire, on voit Meg porter diverses coupes de cheveux: des tresses avec des rallonges, des perruques, un afro, des twists (vanilles), des tresses courtes, un brushing, des fauxlocs, des updos, un TWA, etc. Cela représente bien la manière dont les femmes noires portent leurs cheveux dans la vraie vie.

Jo est la fille biologique de Mme March. Elle a été adopté par Mr. March à son grand bonheur. Passionnée de littérature, elle lit du Toni Morrison, du Jennifer Egan, du Alice Walker ou du Michael Cunningham. Même si elle est blanche, elle est très au fait des problématiques touchant les communautés noires et n’hésite pas à manifester pour défendre leurs droits ou celui des femmes. Elle se découvrira lesbienne et apprendra à s’accepter telle qu’elle est. On découvrira aussi que sa tante célibataire l’est aussi et n’a jamais eu de relation amoureuse par évitement car elle n’accepte pas son homosexualité. Les deux femmes, malgré des débuts rocailleux, finiront par être très proches.

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Beth et Amy sont les deux filles biologiques de Mr. et Mme March. Beth s’intéresse à la musique et sa chanteuse préférée est Nina Simone. D’abord timide, elle surmontera sa peur et trouvera le courage de chanter en public après avoir vaincu le cancer. Elle ne s’entend pas toujours avec sa petite sœur qui n’apprécie pas devoir partager sa chambre avec elle. Beth est très studieuse et travaillante. Son diagnostic de cancer tombera comme une tonne de pierres sur la famille. Par solidarité, ses trois sœurs se raseront les cheveux lorsque la chimiothérapie lui fera perdre les siens.

Amy est la petite dernière, mais elle ne manque pas de personnalité. Même si elle adore se chamailler, ses dehors un peu brusques cachent un cœur vulnérable qui se fait du souci pour sa famille. D’abord égoïste, elle apprendra à développer son empathie et à relativiser les choses. Elle est une pure geek: elle apprécie les super-héros, les jeux vidéo, le dessin, les couleurs pastels et les arcs-en-ciel. Et même si on se moque d’elle, elle demeurera persuadée d’être la plus cool. Bravo pour elle! Cela dit, elle sera tout de même très blessée par l’intimidation qu’elle subit à l’école. À un moment du récit, son enseignante la surprendra en train de dessiner durant son cours d’histoire. Elle sera grondée et l’enseignante dira que les « gens comme elle » doivent travailler encore plus. Amy sera dévastée et humiliée par ce qu’elle pense être du racisme. Par « les gens comme elle », faisait-elle référence aux personnes noires?? Elle découvrira plutôt que son enseignante, impressionnée par son talent en dessins, voulait plutôt dire que si Amy veut travailler dans le domaine des arts, il faudra travailler très dur, et ça commence par être attentive en classe. Par « les gens comme elle », elle voulait plutôt dire « les artistes ». L’enseignante l’encouragera à poursuivre ses rêves de devenir bédéiste.

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Mr. March est un militaire déployé au Moyen-Orient. C’est un père aimant et aimé qui sera blessé à la guerre. Il manque beaucoup à toutes les filles et femmes de sa famille, et elles lui écrivent souvent des courriels et des lettres. La bande dessinée est d’ailleurs entrecoupée de ces messages retranscrits tels qu’on les voit sur un écran d’ordinateur ou sur une feuille de papier. Il y a aussi le journal intime de Jo dans lequel elle se confie, et le carnet de pensées de Meg. Le récit garde un bon rythme tout au long de l’histoire qui se déroule sur plusieurs mois. J’ai aussi aimé que la bande dessinée de Rey Terciero aborde la thématique queer, ce qui ne se fait pas souvent en littérature jeunesse. Points bonis pour la présence d’une belle diversité corporelle parmi les personnages du livre: on y voit des corps grands et élancés, petits et trapus, maigres ou gros. Vous devez absolument lire cette bande dessinée. Elle plaira aux préados, aux ados et aux jeunes adultes. Un tour de force. Sublime!

Coup de cœur!

Bre Indigo est une illustratrice noire américaine et queer.

Bre indigo

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Les quatre soeurs MarchBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Rey Terciero & Bre Indigo
ÉDITION: Jungle, 2019
ISBN: 9782822228060
28,95$
10 ANS ET PLUS

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Vous aimerez peut-être Roller Girl, ou encore Le Garçon sorcière, deux bandes dessinées jeunesse avec des personnages queer. Essayez aussi La grande aventure de Concombre.

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Cours!

Cours! Davide CaliDepuis qu’il est petit, Ray se bat tout le temps. Maintenant qu’il est au collège, la colère continue à le submerger. Jusqu’à l’arrivée d’un nouveau proviseur qui, au lieu de le punir, lui propose de se battre contre lui.

Quoi ne pas aimer de cet album? Il est tout simplement sublime; je l’ai adoré! Je l’ai lu plusieurs fois au cours des dernières années et chaque fois, j’ai la larme à l’œil. L’auteur a un style efficace et poignant. Il maîtrise parfaitement son récit et nous le livre de merveilleuse façon. L’histoire est courte, mais on a suffisamment le temps de connaître et de s’attacher à Ray ainsi qu’à ce qu’il vit. D’ordinaire, je suis plutôt indifférente aux variations typographiques dans les livres jeunesse, mais dans « Cours!« , elles sont utilisées à bon escient et avec parcimonie, toujours pour mettre l’emphase sur une émotion ou un événement important. L’histoire est comme une boucle: le jeune ray aidé par son directeur d’école, trouvera un sens à sa vie et un moyen de canaliser sa colère. Plus tard, il deviendra lui aussi directeur d’école et prendra sous son aile un jeune étudiant qui lui le garçon qu’il était.

« Cours! » traite de racisme, mais sans tomber dans le piège du sauveur blanc. Le directeur, un homme blond ancien boxeur, aidera le jeune Ray à utiliser la tempête qui tourbillonne en lui pour dépasser ses limites plutôt que de donner des coups aux idiots de l’école. Avec son aide, Ray découvrira comment le sport peut l’aider à grandir et que dans la vie, « parfois il faut juste arriver à la fin, même sans gagner ». Rapidement, le directeur d’école s’efface pour donner toute la place au jeune garçon qui trouvera sa propre voie. De plus, on ne remet pas en question le racisme dont Ray est victime. Il est là, il existe, et Ray souhaite simplement qu’on le considère qu’on un être humain à part entière.

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Les illustrations participent autant que le texte pour nous raconter l’histoire de ce garçon noir victime de racisme et en colère. Par exemple, le livre s’ouvre sur une illustration d’un homme noir cravaté qui se regarde dans le miroir, annonçant ainsi un flashback, sans que ce soit dit explicitement dans le texte. Le coup de crayon est franc et précis. La palette de couleurs aux tons neutres et feutrés donnent l’impression d’être des photographies de générations passées. J’ai été habitée par ce livre longtemps après l’avoir terminé. Vous DEVEZ absolument le lire!

Pistes d’exploitation en milieu scolaire:

  • Qui est l’homme de la page 1 qui se regarde dans le miroir? Observe son allure: que peux-tu supposer de lui? De quel milieu social vient-il? Quels sont les membres de sa famille? L’homme dit habiter dans un quartier pauvre. En faisant le lien avec l’illustration, penses-tu que c’est toujours le cas?
  • Quel est le lien entre l’homme de la page 1 et le garçon de la page 2?
  • Comment Ray est-il décrit au début du livre?
  • Quels sont les sentiments qui habitent Ray au début du récit? À la fin du récit?
  • Où se déroule l’histoire? Quels sont les éléments qui te permettent de supposer que l’histoire se déroule aux États-Unis?
  • À quelle époque se déroule l’histoire? Comment peut-on le déduire?
  • Pourquoi penses-tu que le directeur Chapman agit si gentiment avec Ray? T’attendais-tu à cette réaction de sa part?
  • Qui sont Joe louis, Sonny Liston, Joe Frazier, George Foreman et Mohamed Ali? À quelle époque vivaient-ils? Quel rôle est-ce que le sport a joué dans la vie de ces personnes (en termes de mobilité sociale, par exemple et de lutte contre le racisme)?
  • Discutez en classe du concept de transmission des valeurs, de la famille choisie, de la filiation.
  • Effectue une recherche à la bibliothèque sur les boxeurs mentionnés dans le texte et sur le contexte social dans lequel ils ont vécu.
  • Relève dans le texte un champ lexical autour de la course (cours, avoir du souffle, foulée, marathon, la piste de course, entraînement, etc.)

Enseignants, vous pouvez aussi amenez les élèves à faire le lien entre le directeur Chapman et la figure du père manquante dans la vie de Ray. Interrogez vos élèves: Qu’est-ce qui confère à Chapman cette figure paternelle? Je vous garantis que cet album aura du succès auprès de vos élèves. Et puis, c’est toujours très intéressant d’exploiter l’album avec des enfants plus vieux (ils sont habitués aux romans, mais les albums, beaucoup moins. Ils seront étonnés de constater que l’album ne se limite pas aux histoires pour la petite enfance!)

 

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Coup de cœur! 

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Cours!
AUTEUR(S)
: Davide Cali & Maurizio A.C. Quarello Bouton acheter petit
ÉDITION: Sarbacane, 2016
ISBN: 9782848659015
PRIX: 22,95$
10 ans et plus

 

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Vodou

Vodou éditions père fouettard

Loin des clichés effrayants, ce documentaire illustré propose aux enfants et aux plus grands une première approche du vodou, de son histoire stupéfiante, ses dieux et ses esprits fascinants, ses rituels et ses croyants, sa culture sans frontière. De l’Afrique à l’Amérique, des masques rituels aux zombies, des anciens royaumes jusqu’aux danses contemporaines !

Ce qu’on retient de la lecture de cet album, c’est qu’il y a de nombreuses manières de croire au Vodou et de prier ses Dieux et Esprits, différentes selon les pays et les gens. Il existe peu de livre pour enfants qui aborde la thématique du Vaudou d’une manière informative. Les représentations de ces croyances en littérature jeunesse est souvent limitée à la poupée qu’on pique pour faire du mal. Ici, on parle plutôt du vodou sans jugement occidental mal placé. Car si le vodou a effrayé les premiers Européens venus en Afrique car ils pensaient qu’ils ressemblaient au Diable, le vodou en soit n’est ni bon, ni mauvais: ce sont plutôt les croyants qui l’utilisent pour faire des choses bonnes ou mauvaises, comme dans toute religion. Au cours de notre lecture de ce livre, on apprend notamment que les vodou sont des esprits invisibles et que pour avoir une vie meilleure, les humains peuvent demander leur aide en communiquant avec eux de différentes manières. On apprend aussi que le vodou est une religion, un ensemble de pratiques magiques, une façon de vivre et de penser, une philosophie.

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Dans ce livre, les auteurs ont choisi la transcription des noms vodou rencontrée le plus communément dans le golfe du Bénin, tout en mentionnant bien qu’elle varie dans d’autres régions du monde. Mais on découvre tout même comment deux déesses peuvent être représentées et appelées différemment d’un pays à l’autre, comme Mami Wata au Bénin et Yemaya à Cuba (et j’ajouterais Iemanja au Brésil!). Le tout est expliqué avec des mots accessibles d’un point de vue historique et sociologique. Les enfants comprendront le lien entre le vodou et l’esclavage, ou celui entre les bocios (sortes de barrages installés devant les villages, les maisons ou les champs) et la poésie, ou encore l’importance du culte des ancêtres. En conclusion, on mentionne que des nouveaux vodou sont créés encore aujourd’hui et on présente certains éléments originaires du vodou (comme les zombies haïtiens). On retrouve aussi un lexique en fin d’ouvrage.

Mes recherches m’indiquent qu’aucune personne afrodescendante n’a participé à la réalisation de cet album (!), qui pourtant concerne et parle des personnes racisées et de leur rapport au monde. Quelle occasion ratée de donner une voix aux personnes opprimées et de leur donner le loisir de parler pour elles-mêmes. Dommage.

Petit bémol pour la présence de certaines tournures de phrase à l’européenne, dont l’utilisation du mot « hommes » pour parler de l’humanité toute entière, ou encore de la locution « à Haïti » plutôt que « en Haïti ». Rien de très grave tout de même, et certainement pas assez pour que vous passiez à côté de cet album extrêmement intéressant. Voilà donc un très beau livre réussi, vachement bien réalisé en partenariat avec le Château Musée Vodou qui en a assuré l’exactitude scientifique.

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AUTEUR(S) : Camille Tisserand (illustratrice), sous la direction de Florent Grandin et Gaïa Mugler
ÉDITION: Père Fouettard, 2019
ISBN: 9782371650459
PRIX: 25, 95$
À PARTIR DE 10 ANS

Ce livre vous a plu ?
Vous aimerez peut-être Où es-tu Iemanja?, un livre jeunesse sur les célébrations de la déesse vodou des rivières lors du nouvel an brésilien. Essayez aussi La sanza de Bama, un documentaire pour enfants sur un instrument de musique en lien avec les croyances vodou.

ou es tu iemanja     sanza

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