Mes plus beaux chants de gospel

Mes plus beaux chants de gospel

Écoute les plus beaux chants de gospel : Amazing Grace ; Down by the riverside ; Go down Moses ; Oh Happy Day ; When The Saints Go Marchin’In. Des puces faciles à voir pour les petits !

Ce livre sonore est constitué de 10 pages cartonnées. Chaque double page croque un moment de la vie de personnes noires, accompagnée d’une chanson à découvrir. L’éditeur, Larousse, aurait pu s’intéresser au gospel contemporain, celui que l’on entend résonner aujourd’hui dans les églises baptistes et évangéliques nord-américaines. Il a plutôt choisi d’éditer un livre sur le gospel traditionnel, apparu au XXe siècle durant la période esclavagiste au États-Unis. C’est du moins ce que laissent supposer les illustrations qui mettent en image des scènes clairement associées à cette période: Diverses familles dans des chaloupes tentant de fuir pendant la nuit, des personnes regroupées dans un champ, une famille préparant le souper à la marmite dans ce qui ressemble à une case en briques, ou encore des personnes traversant une rivière avec des drapeaux blancs de fortune. Je veux bien laisser le bénéfice du doute à l’illustratrice, mais à mon sens, il y a clairement une tentative d’illustrer l’Amérique du XIX siècle. J’ai donc été dérangée par le fait que tous les personnages du livre sourient et semblent heureux. Pourquoi donc avoir choisi d’illustrer des personnes prises en esclavage ou victimes de ses répercussions de manière heureuse?? 😬 Surtout lorsque les chants gospel chantés sont particulièrement tristes??? Lorsqu’on s’attarde à la signification des chansons, l’amalgame devient encore plus « malaisant »:

Mes plus beaux chants gospel 3

  • Down by the riverside fait référence à la rivière de l’Ohio qui séparait les états esclavagistes de ceux qui ne l’étaient pas. La rivière à traverser est donc celle qui menait vers la liberté pour de nombreux esclaves.
  • « Go Down Moses », par le biais d’une analogie avec le pharaon d’Égypte et Israël, évoque le désir d’émancipation des afro-américains de leurs maîtres esclavagistes. « Let my people go », entend-on dans la chanson. Ça ne peut être plus clair. Aussi, il est intéressant de savoir que cette chanson était chantée par les esclaves américains pour signifier qu’Harriet Tubman était dans les parages et que les possibilités d’évasion étaient meilleures.
  • Amazing Grace a été écrit par un négrier converti et louange la grâce de Dieu. Dans le texte du livre, on dit d’ailleurs que cette mélodie nous invite à « lever les yeux vers le ciel et à garder espoir ». On suppose donc que, par la grâce de Dieu, les esclaves en fuite illustrés à la première page parviendront à échapper à leur condition.
  • « When the Saints Go Marchin’ in » est un chant funèbre. Sur l’illustration accompagnant la chanson dans le livre, on aperçoit des personnes sortant d’une église, instruments à la main et le sourire aux lèvres. 🙄

Bref, ce livre manque clairement de sensibilité. Et, oui, ce sont des chansons gospel, mais pas toujours chantées en version gospel (c’est-à-dire des mélodies simples généralement en ton majeur et au rythme répétitif). Les versions de « Go Down Moses » et « When the Saints go Marchin’ in » choisies sont celles jazzées de Louis Armstrong. Seules « Amazing Grace » (Mahalia Jakson), « Down by the riverside » (The Golden Gate Quartet) et « Oh happy day » (The Famous Davis Sisters) sont effectivement chantées de manière gospel. Le seul point positif que j’ai pu trouver à ce livre sonore est que les extraits musicaux sont assez généreux (aux alentours d’une vingtaine de seconde chacun). Ugh. Non recommandé.

Mes plus beaux chants gospel 2

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Mes plus beaux chants de gospelBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Marie Paruit
ÉDITION: Larousse, 2019
ISBN: 9782035977755
17,95$
2 ans ET PLUS

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Le grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada

grain de sableOriginaire de l’île de Madagascar, Olivier Le Jeune arrive dans la ville de Québec en 1629 en tant qu’esclave. Il avait 10 ans. Au-delà de son statut d’esclave, il est la première personne d’origine africaine à habiter de manière permanente au Canada. Ce livre, inspiré de ce qu’il a réellement vécu, suit le parcours d’Olivier Le Jeune, de sa capture à Madagascar jusqu’à son arrivée dans la ville de Québec. On apprend comment il a pu s’adapter à sa nouvelle réalité dans les débuts de la Nouvelle-France.

Vous avez sans doute déjà entendu parler de Webster. Il est un artiste hip-hop qui se passionne pour l’histoire, notamment celle de la présence noire et de l’esclavage au Québec. Il offre des ateliers dans les écoles (et les bibliothèques!), anime des émisions culturelles et a mis sur pied les tours guidés de la ville de Québec à propos de la présence des Noirs dans la capitale québécoise. Quand j’ai su qu’il avait écrit un livre jeunesse, j’avais très hâte de le lire.

Ce livre de 80 pages d’une qualité indéniable dévoile un pan de l’histoire méconnu au Québec. Il représente bien le devoir de mémoire. Certains passages sont assez cru; on ne tente pas de romancier l’esclavage ici. La plume de Webster est solide, précise, et les illustrations de Valmo prennent à l’occasion le relais pour raconter cette histoire troublante. Le texte se lit comme un poème. On retrouve en fin d’ouvrage un glossaire faisant la liste des mots que les jeunes lecteurs pourraient ne pas connaître, ainsi qu’une biographie d’Olivier Le Jeune et d’une liste d’ouvrages de référence. À noter que le livre peut très bien être exploité avec des élèves du 2e et 3e cycle du primaire, ou du secondaire.

Enseignants, voici quelques idées d’exploitation en milieu scolaire:

  • Préparez une intention de lecture: Que cherche-t-on à savoir en lisant ce livre ? Laissez les élèves répondre (des réponses intéressantes seraient: Qui était Olivier Le Jeune? D’où venait-il? Que lui est-il arrivé? À quelle époque se déroule l’histoire en en quoi cela influence le récit? etc.)
  • Explorer l’importance des illustrations comme procédé narratif. Les pages 18-19, 28-29, par exemple, font avancer l’histoire sans l’usage de mots. Comme est-ce possible?
  • Demandez à vos élèves d’effectuer une recherche à la bibliothèque sur l’île de Madagascar, sur la Nouvelle-France, sur les Jésuites, sur la traite des fourrures, ou sur les conditions de vie des noirs durant l’esclavage.
  • En cours de français, vous pouvez faire un atelier de Slam et jouer avec les mots et le rythme de la langue avec vos élèves.
  • Créez une boîte de mots nouveaux issus du livre à laisser dans votre classe. De temps en temps, vous pouvez piger un mot nouveau et mettre au défi vos élèves de l’utiliser au courant de la journée (ou de la semaine).
  • À la fin d’une lecture commune en classe, interrogez vos élèves: Qu’ont-ils appris? Y a-t-il des choses qui les ont surpris? Auraient-ils aimé une fin différente? Connaissent-ils d’autres livres qui traitent de l’esclavage?

Coup de coeur! 

Webster est un artiste et activiste canadien. 

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Coup de coeur! 

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Le grain de sableBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Webster & Valmo
ÉDITIONSeptentrion, 2019
ISBN: 9782897910815
Prix: 19,95$
8 ans et plus

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Vodou

Vodou éditions père fouettard

Loin des clichés effrayants, ce documentaire illustré propose aux enfants et aux plus grands une première approche du vodou, de son histoire stupéfiante, ses dieux et ses esprits fascinants, ses rituels et ses croyants, sa culture sans frontière. De l’Afrique à l’Amérique, des masques rituels aux zombies, des anciens royaumes jusqu’aux danses contemporaines !

Ce qu’on retient de la lecture de cet album, c’est qu’il y a de nombreuses manières de croire au Vodou et de prier ses Dieux et Esprits, différentes selon les pays et les gens. Il existe peu de livre pour enfants qui aborde la thématique du Vaudou d’une manière informative. Les représentations de ces croyances en littérature jeunesse est souvent limitée à la poupée qu’on pique pour faire du mal. Ici, on parle plutôt du vodou sans jugement occidental mal placé. Car si le vodou a effrayé les premiers Européens venus en Afrique car ils pensaient qu’ils ressemblaient au Diable, le vodou en soit n’est ni bon, ni mauvais: ce sont plutôt les croyants qui l’utilisent pour faire des choses bonnes ou mauvaises, comme dans toute religion. Au cours de notre lecture de ce livre, on apprend notamment que les vodou sont des esprits invisibles et que pour avoir une vie meilleure, les humains peuvent demander leur aide en communiquant avec eux de différentes manières. On apprend aussi que le vodou est une religion, un ensemble de pratiques magiques, une façon de vivre et de penser, une philosophie.

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Dans ce livre, les auteurs ont choisi la transcription des noms vodou rencontrée le plus communément dans le golfe du Bénin, tout en mentionnant bien qu’elle varie dans d’autres régions du monde. Mais on découvre tout même comment deux déesses peuvent être représentées et appelées différemment d’un pays à l’autre, comme Mami Wata au Bénin et Yemaya à Cuba (et j’ajouterais Iemanja au Brésil!). Le tout est expliqué avec des mots accessibles d’un point de vue historique et sociologique. Les enfants comprendront le lien entre le vodou et l’esclavage, ou celui entre les bocios (sortes de barrages installés devant les villages, les maisons ou les champs) et la poésie, ou encore l’importance du culte des ancêtres. En conclusion, on mentionne que des nouveaux vodou sont créés encore aujourd’hui et on présente certains éléments originaires du vodou (comme les zombies haïtiens). On retrouve aussi un lexique en fin d’ouvrage.

Mes recherches m’indiquent qu’aucune personne afrodescendante n’a participé à la réalisation de cet album (!), qui pourtant concerne et parle des personnes racisées et de leur rapport au monde. Quelle occasion ratée de donner une voix aux personnes opprimées et de leur donner le loisir de parler pour elles-mêmes. Dommage.

Petit bémol pour la présence de certaines tournures de phrase à l’européenne, dont l’utilisation du mot « hommes » pour parler de l’humanité toute entière, ou encore de la locution « à Haïti » plutôt que « en Haïti ». Rien de très grave tout de même, et certainement pas assez pour que vous passiez à côté de cet album extrêmement intéressant. Voilà donc un très beau livre réussi, vachement bien réalisé en partenariat avec le Château Musée Vodou qui en a assuré l’exactitude scientifique.

vodou fouettard 3

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VodouBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Camille Tisserand (illustratrice), sous la direction de Florent Grandin et Gaïa Mugler
ÉDITION: Père Fouettard, 2019
ISBN: 9782371650459
PRIX: 25, 95$
À PARTIR DE 10 ANS

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La saveur des bananes frites

la saveur des bananes frites

Saraphina vit avec son grand frère Jude à Paris dans un foyer pour jeunes étrangers. Quand elle passe devant les grilles de la Cité Paradis et ses beaux appartements, elle ne peut s’empêcher de penser à une autre cité : celle où ses parents ont vécu avant sa naissance, en Haïti, et qu’ils ont dû fuir suite aux « grands combats ». Depuis, la vie ne les a pas épargnés : après la mort de leur mère, Jude et Saraphina ont dû apprendre à vivre seuls. Mais Jude semble profondément attaché à ses racines, alors que Saraphina, née à Paris, préférerait parfois les oublier. Au quotidien, elle s’applique surtout à rendre la vie plus légère. Au collège, elle s’intéresse à tout ; au foyer, elle aide Jude autant qu’elle peut, et rit avec Malik, qui lui fait voir la vie en couleur. Mais quand tout tourne mal, l’horizon du retour en Haïti se dessine peu à peu comme seul échappatoire possible. Comment Jude et Sara parviendront-ils à affronter cette nouvelle page de leur histoire ?

J’avais de grandes attentes face à ce roman et j’ai été plutôt déçue…  Bien que j’aie grandement apprécié la plume de l’auteure, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. Saraphina en particulier m’a semblé assez unidimensionnelle: sans papiers en France, elle répète souvent qu’elle n’aime pas, ne connait pas et n’est pas intéressée à connaître Haïti. Toutefois, on en sait très peu sur elle, sur ses intérêts, ses qualités, ses défauts, ses forces et ses faiblesses. J’aurais aimé connaître Saraphina en tant qu’humaine complexe et unique ! J’aurais aimé la suivre dans son cheminement identitaire en tant que fille ayant perdu sa mère et son père vivant depuis toujours en France, mais devant retourner vivre dans un pays inconnu.

La représentation d’Haïti m’a également déplu. À la lecture du roman, on retient que ce pays n’est que pauvreté, lenteur et délabrement habité par des gens à la peau si sombre que leur visages semblent avoir été « noircis par la cuisson [d’une] cocotte-minute » (p.107) de la chaleur des tropiques. J’aurais aimé que le roman aborde des éléments plus positifs pour contrebalancer. De plus, le vaudou est peint comme une sorte de pratique magique et mystérieuse se résumant aux poupées piquées d’aiguilles. Au passage, l’auteure n’oublie pas de nous rappeler que les habitants d’Haïti sont des descendants d’esclaves, mais passe sous silence leur lutte pour leur indépendance. Ugh. J’aurais tellement aimé aimer ce roman. Le mieux, c’est peut-être que vous le lisiez pour vous faire votre opinion personnelle. Et puis dites-moi ce que vous en avez pensé!

* Prix de Ravinala Madagascar

Sélectionné pour le Prix des Incorruptibles 2018-2019

Auteur(s) / illustrateur(s) : Sophie Noël
Maison d’édition: Magnard Jeunesse Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782210963672
Public cible: À partir de 9 ans

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Des blanches et des noires: Pas de pause pour la ségrégation

Des blanches et des noires pas de pause pour la ségrégation Isabelle WlodarczykDans les années 40, une fillette noire donne son premier concert de piano. Ses parents sont fiers de venir la voir jouer. Mais un couple de Blancs arrive et leur demande de céder leurs places…Une histoire émouvante sur la ségrégation, inspirée d’un moment de la vie de Nina Simone.Suivi d’un dossier documentaire faisant écho au récit : la ségrégation et ses liens avec la musique des Noirs américains. Les chants que les esclaves entonnaient pour se donner du coeur à l’ouvrage puis ceux des militants des droits civiques criant leur désir de liberté.

Économe en mots, mais puissant, cet album s’inspire de ce moment où la chanteuse afro-américaine Nina Simone, encore enfant, a été témoin de l’humiliation de voir ses parents devoir céder leur place à un couple de Blancs lors d’un de ses récitals de piano. La moitié de l’album est consacré à ce récit, court et efficace, qui nous touche droit au coeur. Les illustrations aux couleurs froides évoquent la solitude, la mélancolie et la tristesse. Dans une deuxième partie de l’album, on retrouve un dossier très complet la ségrégation aux États-Unis: on y parle du rôle qu’a joué la musique dans l’émancipation des noirs américains, des lois Jim Crow, du Black Face, du KKK, et des leaders de la liberté tels que Martin Luther King et les Black Panthers. On n’oublie pas de souligner qu’aujourd’hui encore, et malgré l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis, le pays de vit pas dans une ère post-raciale et la couleur de la peau demeure un élément central de la culture américaine. Un livre excellent.

Coup de coeur !

Un livre pour souligner le mois de l’histoire des Noirs.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Isabelle Wlodarczyk & Hajnalka Cserhati
Maison d’édition: Oskar éditeur
Année de publication: 2016Bouton acheter petit
ISBN: 9791021404502
Public cible: 11 ans et plus
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Haïti : La perle nue

DécHaïti perle nue mémoire d'encrier.jpgouvrir un pays, comprendre les enjeux environnementaux, c’est saisir le lien entre la terre et les hommes. Haïti, pays à l’avenir balbutiant, mélange de tradition et d’incertitude, est une terre façonnée par des siècles d’histoire douloureuse. À travers l’exemple d’Haïti, cet ouvrage nous incite à une prise de conscience du rôle primordial de l’écologie aujourd’hui pour le monde de nos enfants demain.

J’ai emprunté ce livre dans une bibliothèque municipale. On ne trouve pas beaucoup de documentaires sur Haïti destiné aux enfants présentement sur le marché. Haïti : Perle nue offre beaucoup d’informations sur cette île des Caraïbes dans un documentaire richement illustré et entrecoupé de contes traditionnels. Le livre est divisé en cinq chapitres, en plus d’un avant propos, d’un glossaire et d’annexes pour en savoir plus : 1. Un environnement modelé par l’histoire; 2. Le bois et l’arbre; 3. L’eau douce et l’eau salée; 4. La faune et la flore; 5. De la campagne à la ville.

Le premier chapitre s’intéresse à l’île avant l’arrivée de Christophe Colomb, l’introduction de l’esclavage, la fin des Arawaks, la colonie française et l’indépendance d’Haïti. Le deuxième chapitre explique comment les forêts ont disparu du pays, les conséquences de la déforestation et les manières dont le bois est utilisé pour produire de l’électricité, pour créer une source de revenu pour les paysans et pour confectionner des œuvres d’art. Les troisième et quatrième chapitres survolent les ressources naturelle, la pénurie d’eau potable et les écosystèmes haïtiens. Enfin, le dernier chapitre aborde la question de la pollution, de la pauvreté et de l’urbanité en Haïti.

On retrouve également cinq contes haïtiens dans ce livre: « Dife Flanbo et Loraj Kale », « L’oranger magique » (un conte très populaire déjà publié aux Éditions 400 coups),  » « L’île de la Gonâve », « L’oiseau aux ailes bleues » et « Malice et les tambours du roi (Bouki et Malice sont également des personnages très populaires du folklore haïtien). Plusieurs mots ou expressions créoles ponctuent les contes. Même si les sections documentaires sont accompagnées de nombreuses photographies, les contes ne sont agrémentés que d’une ou deux vignettes.

Le livre se termine par une liste des dates importantes, ce qui est très utile pour se repérer dans le temps et connaître les événements marquants de l’histoire d’Haïti. Toutefois, les annexes sont de trop à mon avis car toute l’information qu’on y retrouve aurait pu être ajoutée à l’un ou l’autre des chapitres du livre. De plus, la typographie de cette section est très petite comparée à celle utilisée dans les chapitres; ce qui rend la mise en page très dense et quelque peu rédhibitoire. Parlant de mise en page, j’ai aimé que les photos soient accompagnées d’une légende explicative, parfois assez longue. Par contre, ces dernières coupent parfois un paragraphe en plein milieu d’une phrase et minent la fluidité de la lecture. On s’y retrouve tout de même, mais le va-et-vient entre deux pages est parfois un peu agaçant.

Cela étant dit, les jeunes qui liront ce livre en apprendront énormément sur Haïti: non seulement son histoire, mais aussi les raisons qui expliquent pourquoi le pays est aujourd’hui si pauvre et désorganisé. J’aurais aimé une petite section sur les écarts de richesse et l’absence d’une classe moyenne; cela aura été très intéressant. J’ai trouvé le ton utilisé parfois mal adapté aux enfants (mots difficiles, tournures du phrases trop littéraires, ou encore explications trop vagues ou compliquées). Les préados pourraient avoir un peu de mal à tout comprendre.

Les éditions Mémoire d’encrier nous offre malgré tout un livre documentaire très complet, nuancé et passionnant ! Plaira aussi aux adultes !

Mimi Barthélémy est une auteure, conteuse et metteuse en scène haïtienne
(1939-2013).

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Auteur(s) / illustrateur(s) : Gérard Barthélémy & Mimi Barthélémy
Maison d’édition: Mémoire d’encrier / Vents d’ailleurs Bouton acheter petit
Année de publication: 2010
ISBN: 9782923713311 / 9782911412714
Public cible: 8 à 12 ans
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Fleur de coton

fleur-de-cotonEn Louisiane, dans une plantation, Fleur de Coton, 10 ans, est une jeune esclave. Elle découvre qu’elle est une mulâtresse, née de l’union de sa mère esclave et du maître de la plantation. La fillette se trouve dans la situation difficile des « bâtardes » qui n’ont leur place ni au sein de la communauté nègre, ni dans le cercle des blancs, les dirigeants…

Ce livre de 70 pages se lit très vite et se glisse facilement dans la poche. Je l’ai d’ailleurs dévoré en un voyage en métro sur la ligne orange! Ce tout petit roman s’adresse aux bons lecteurs de 10 ans et plus et aborde la question de l’esclavage en termes très généraux. Malgré la présence d’un dossier en fin de livre sur l’histoire de la Louisiane, on n’y explique pas vraiment les raisons politiques, sociales et économiques qui ont mis la table à la montée de l’esclavage en Amérique. Dommage.

Il y a beaucoup de personnages pour un si petit récit, beaucoup de personnages secondaires aussi, et forcément, on n’a ni le temps de les connaître vraiment, ni le temps de s’y attacher. J’ai eu du mal à m’attacher à Mai, le personnage principal. On sait bien peu de choses d’elle et ses réactions m’ont paru parfois bizarres ou incompréhensibles. Par exemple, lorsqu’elle apprend qu’elle est née d’un père blanc, en l’occurrence le maître de la plantation, elle se réjouit de réaliser que du sang blanc coule dans ses veines et rejette sa filiation à sa famille noire, allant jusqu’à se considérer supérieure à eux. Or, il y a peu de mise en contexte dans le roman qui puisse explique que Mai ait une telle réaction, et le tout risque d’être bien confus pour un jeune lecteur de 10-11 ans. Le danger est qu’il en retienne un message négatif ou internationalise un racisme bien malgré lui à la lecture de ce roman.

De plus, le récit n’offre pas de réelle conclusion et on ne sent pas que Mai a évoluée par rapport au début du roman. L’histoire se termine sur son départ de la plantation car elle a été vendue à une autre famille. Bien des questions restent sans réponse: Qu’est-il arrivé à la famille de Mai? Que va-t-il arriver à Mai? Mai finira-t-elle par s’accepter? Parviendra-t-elle à s’émanciper? Les personnages parviendront-ils à se pardonner ? Le père de Mai finira-t-il par reconnaître sa paternité ? …

Je suggère donc une lecture accompagnée: prenez le temps de lire aussi ce livre et d’en discuter avec votre enfant ou vos élèves. Posez-lui des questions sur ce qu’il a compris du récit et ce qu’il en pense, mais soyez aussi prêt à répondre à ses questions (elles pourront vous surprendre!)

Auteur(s) : Corinne Albaut
Maison d’édition: Oskar éditeur Bouton acheter petit
Année de publication: 2013
ISBN: 9782350009988
Public cible: À partir de 10 ans

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Un air de liberté à Congo Square

air de liberté congo square

Tous les jours à la Nouvelle-Orléans, les esclaves doivent obéir à leurs maîtres. Tous les jours sauf le dimanche, où ils peuvent aller chanter et danser à Congo Square, le seul endroit où rêver leur est permis.

Le livre débute par une note de l’auteur expliquant l’origine historique du parc Louis Armstrong, autrefois nommé Congo Square, où les esclaves se réunissaient le dimanche pour danser, jouer de la musique et renouer avec leurs diverses origines africaines. Le texte se lit comme un poème rimé qui décompte les jours de la semaine, idéal pour la lecture à voix haute. Présence de repères historiques à la fin du livre. Un album tout simplement magnifique.

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Coup de cœur !

* Prix de l’illustration catégorie album par le New York Times en 2016.

R. Gregory Christie est un illustrateur américain.

R. Gregory Christie

Carole Boston Weatherford est une écrivaine et critique littéraire américaine.

Carole Boston Weatherford

Auteur(s) / illustrateur(s) : R. Gregory Christie & Carole Boston Weatherford
Maison d’édition: Éditions Piccolia Bouton acheter petit
Année de publication: 2017
ISBN: 9782753044234
Public cible: 5 ans et plus
Vous aimerez peut-être : Harriet et la terre promise, un album sur la vie de Harriet Tubman, née esclave, qui s’est enfuie jusqu’au nord des États-Unis et au risque de sa vie, elle est revenue au sud dix-neuf fois pour mener plus de trois cents des siens jusqu’à la « Terre promise ».

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Harriet et la Terre promise

Harriet et la terre promise Jacob LawrenceVoici l’histoire d’Harriet Tubman, née esclave dans le Maryland vers 1820, et de son échappée héroïque vers le Nord et la liberté. Au risque de sa vie, elle est revenue dix-neuf fois pour mener plus de trois cents des siens jusqu’à la « Terre promise ».

Ce livre est une œuvre d’art. Jacob Lawrence l’a conçu en 1968 et l’a dédié aux femmes courageuses d’Amérique, et des 17 peintures originales, 2 ont disparu (« Slave at Work » et « The North Star »). Laissez-moi vous dire que cet album sublime plaira aussi aux adultes (après tout, le travail de Jacob Lawrence a été exposé au Philips Memorial Gallery, la Downton Gallery à New York et le Moma). Il a d’ailleurs été honoré à plusieurs reprises, notamment par le National Institute of Arts and Letters. Son travail, un « cubisme dynamique », met en image la vie et l’histoire de la communauté afro-américaine, ainsi que le courage d’Harriet Tubman.

En lisant ce livre, prenez le temps d’observer longuement les peintures de l’auteur. Regardez les couleurs, admirez les techniques utilisées, réfléchissez à ce qu’elle représente et à la manière dont l’art transmet des messages. Interrogez-vous sur la place de l’art comme technique de lutte. Informez-vous sur le contexte d’où sont issues ses œuvres. Apprenez à connaître l’héritage de Jacob Lawrence (on retrouve à la fin de ce livre un texte d’introduction de l’auteur, ainsi qu’une biographie, ce qui est un bon départ). Mais creusez. Découvrez. Puis écrivez-moi pour qu’on en discute plus longuement. Un incontournable.

Coup de cœur !

* Le travail de Lawrence a été honoré par le National Institute of Arts and Letters.

Jacob Lawrence est un peintre et auteur noir américain.

Jacob Lawrence

Je remercie Ypsilone Éditeur de m’avoir offert ce livre. 

Harriet et la Terre promise
Auteur(s) / illustrateur(s)
: Jacob Lawrence
Édition: Ypsilone Éditeur, 2018 Bouton acheter petit
ISBN: 9782356540799
Prix: 37,95$
À partir de 9 ans

Ce livre vous a plu?
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Jean-Michel Basquiat l'enfant radieux

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Dandara et les esclaves libres

Dandara et les esclaves libresEn pleine forêt tropicale brésilienne, au 17e siècle, des dizaines de milliers d’esclaves fugitifs regroupés dans le camp quilombo de Palmares résistèrent aux Portugais pendant un siècle. Zumbi en fut le chef mythique et Dandara, sa compagne, resta pendant longtemps dans son ombre. L’histoire authentique d’une cheffe rebelle, qui a tenu tête aux colons Portugais contre la barbarie de l’esclavage.

Le livre débute par une introduction par la traductrice et éditrice Paula Anacaona où elle explique comment les premiers Noirs d’Afrique sont arrivés au Brésil, ainsi que le contexte du roman qui se déroule dans le Brésil colonial entre 1680 et 1695. On retrouve ensuite une préface de l’auteure Jarid Arraes où elle présente comment est né l’idée d’écrire l’histoire de Dandara. D’ailleurs, Arraes a beaucoup écrit sur les femmes Afro-Brésiliennes qui ont marqué l’Histoire mais ont été injustement oubliées. J’ai aimé son approche: Alors que plusieurs contestent l’existence même de Dandara, Arraes a décidé de confronter cette idée qu’il ne s’agit que d’une légende. Car même s’il s’agissait que d’une légende, quelqu’un doit l’écrire ! Pourquoi laisser le machisme et le racisme effacer cette histoire ? On sait que Dandara a été l’une des cheffes du quilombo de Palmares, qu’elle a été la compagne de Zumbi, et qu’elle n’acceptait pas le rôle féminin imposé par la société de l’époque. Trois ingrédients qui ont inspirés Arraes à l’écriture de ce roman.

Dandara avait désormais conscience du rôle de chacun, et de l’importance de chaque rôle dans le fonctionnement et la défense de Palmares. Sans personne pour préparer les repas, les guerriers ne pouvaient pas lutter ; sans personne pour cueillir les herbes curatives, les Palmarinos ne pouvaient pas être soignés… Elle avait également réalisé que ces tâches n’étaient pas plus faciles ou exemptes de dangers que les autres – le risque mortel que Bayô avait couru, et la crainte que les guerriers du quilombo avaient manifestée à l’idée de retourner à la rivière, montraient bien que les rôles attribués aux femmes n’étaient pas des rôles de figuration. Même si Dandara préférait s’entraîner au maniement des armes, cette constatation s’installait peu à peu dans son esprit. (p.43-44)

Dandara et les esclaves libres m’a captivée du début à la fin. L’auteure a un style vif et entraînant; difficile de lâcher le livre une fois qu’il est entammé. Aussi, l’inconnu et la découverte m’ont gardé en haleine tout au long de ma lecture. J’admets en connaître peu sur l’histoire des Afro-brésiliens, même si je la sais liée à la mienne, à cette Grande Histoire des populations afro-descendantes. Je connaissais déjà les orixas (divinités originaires d’Afrique qui représentent les forces de la nature) et j’ai été émerveillée de constater que l’auteure s’en est inspiré pour ajouter un élément de fantastique à ce roman. Quel bonheur d’y retrouver Iansà, Oxum, Nana, Iemanja, Xango et Ogum ! Dandara a la peau sombre et les cheveux crépus. Elle porte et sait manier l’épée, elle est courageuse et héroïque. C’est une guerrière vraiment badass, quoi ! 🙂

Ce livre mélange habilement fiction et réalité dans un format agréable. Chaque chapitre est titré et se déploie sur une dizaine de pages. Le fait que les femmes soient au centre du récit rend ce livre audacieux et captivant. Les femmes y sont partout, elles font tout et il n’y a rien qu’un homme puisse faire qu’elle soient incapable d’accomplir. Loin des stéréotypes, les personnages de ce livre sont authentiques, pluriels, uniques. Action, fantastique, éléments historiques, mythologie, romance, suspense… tout est là pour faire de ce roman pour enfant un succès ! Dandara et les esclaves libres est un roman audacieux, palpitant et incontournable. D’ailleurs, les adultes le liront aussi avec beaucoup d’intérêt. Du coup, pourquoi ne pas lire Dandara et les esclaves libres en même temps que votre enfant ? Achetez deux copies et cela vous permettra d’en discuter ensemble au fur et à mesure que votre lecture avance !

Les esclaves fugitifs de Palmares (ainsi que les hommes et femmes nés au quilombo, donc nés libres) vivaient en liberté et semaient la terreur dans la région, adoptant une véritable tactique de guérilla. Ils pillaient les entrepôts, volaient du bétail, incendiaient des propriétés agricoles – et surtout, fait hautement symbolique, libéraient leurs frères et sœurs dans des razzias qui auraient touché plus de 60 plantations de canne à sucre. Il n’en fallait pas plus pour créer le mythe de Palmares, premier royaume Noir hors d’Afrique. (Introduction de Paula Anacaona)

Un livre jeunesse pour souligner le mois de l’histoire des Noirs.

Jarid Arraes est une auteure brésilienne.

Jarid-Arraes

Auteur(s) / illustrateur(s) : Jarid Arraes
Maison d’éditionAnacaona Bouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782918799979
Public cible: 11 ans et plus

Je remercie les Éditions Anacaona de m’avoir offert ce livre.

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