Roi de la maternelle

Commencer la maternelle est une étape importante, et le héros de cette histoire est plus que prêt! Il s’habille tout seul, mange une pile de crêpes et pénètre enfin dans le royaume des enfants. La journée est chargée, mais il relève le défi et vit de nouvelles expériences avec un enthousiasme contagieux! Il a bien hâte de raconter ses exploits à ses parents qui seront fiers de lui, sans aucun doute.

Quelle joie de voir un garçon noir sourire, heureux, portant une couronne en plus, sur la page couverture d’un livre pour enfants. Quand on sait que les très jeunes garçons noirs sont perçus comme étant plus âgés, moins innocents, et ayant moins besoin de protection que leurs pairs blancs, ce genre de représentation prend toute son importance.

J’ai adoré lire l’histoire de ces premiers instants à maternelle. C’est une étape importante! Les mots sont simples, le récit est rassurant et les illustrations donnent à voir une famille noire ordinaire. Points bonis pour avoir inclus le papa, trop souvent absent des livres jeunesse.

Le texte au présent et le ton doux qui s’adresse directement au lecteur apaise et réconforte. L’enfant acquerra sans même s’en rendre compte des outils sociaux qui lui seront utiles dans son intégration à l’école: être positif, faire de son mieux, dire bonjour et sourire aux amis, être brave, être poli, inviter les amis à jouer, partager, être attentif aux autres. Franchement, ce livre est magique!

Les parents des élèves venus chercher leur enfants après l’école sont diversifiés: tatoués, asiatiques ou blancs, grands ou petits, jeunes ou âgés. L’un des papas est un homme noir cravaté à lunettes qui dégage beaucoup d’assurance. Il y a des mamans, oui, mais aussi des papas qui accompagnent leur enfant à l’école! Les élèves de maternelle sont également de diverses origines. L’enseignante est une femme noire très sympathique.

La vivifiante histoire de l’auteur Derrick Barnes, gagnant de la médaille Newberry, va donner aux nouveaux élèves de maternelle un élan d’assurance et de réconfort. Les illustrations de Vanessa Brantley-Newton, quant à elles, transmettent la joie et l’allégresse qui accompagnent les nouveaux départs.

Coup de cœur!

Derrick D. Barnes est un auteur américain.

Vanessa Brantley-Newton est une autrice américaine.

Roi de la maternelle
AUTEUR(S): Derrick D. Barnes & Vanessa Brantley Newton
ÉDITIONScholastic, 2020
ISBN: 9781443185066
PRIX: 11,99$
3 à 5 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Julian est une sirène, Jabari plonge ou La bulle de Miro, trois albums pour le préscolaire dans lesquels le personnage principal est un garçon noir.

Akata Witch

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis nigériane de sang, américaine de naissance et albinos de peau. Être albinos fait du soleil mon ennemi. C’est pour ça que je n’ai jamais pu jouer au foot, alors que je suis douée. Je ne pouvais le faire que la nuit. Bien sûr, tout ça, c’était avant cette fameuse après-midi avec Chichi et Orlu, quand tout a changé. Maintenant que je regarde en arrière, je vois bien qu’il y avait eu des signes avant-coureurs. Ce n’est pas comme si des choses bizarres ne m’étaient pas déjà arrivées. Rien n’aurait pourtant pu me préparer à ma véritable nature de Léopard. Être un Léopard, c’est posséder d’immenses pouvoirs. Si j’avais su en les acceptant qu’il me faudrait sauver le monde, j’y aurais peut-être réfléchi à deux fois. Mais, ce que j’ignorais alors, c’est que je ne pouvais pas empêcher mon destin de s’accomplir.

Il y a quelque chose de spécial dans ce roman. Il a eu une très belle couverture médiatique, est écrit par une personne noire et a pour personnages principaux presque qu’exclusivement des noirs. C’est assez rare de retrouver ces trois éléments ensemble pour un seul livre, jeunesse en plus! Évidement, je ne pouvais pas passer à côté. Déjà, quand j’ai repéré ce livre à la librairie, la page couverture m’a beaucoup plu. Cet autobus coloré, ces couleurs éclatantes et bien entendu, cette jeune fille, cheveux afro, habillée à l’occidentale, qui semble avoir tellement de pouvoir. J’ai été intriguée. La quatrième de couverture pose clairement les bases du récit et du personnage principal:

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis nigériane de sang, américaine de naissance et albinos de peau. Contrairement au reste de ma famille, j’ai des cheveux jaune paille, la peau couleur « lait tourné » et des yeux noisette. Être albinos fait du soleil mon ennemi. Ma peau brûle tellement vite que j’ai parfois l’impression d’être inflammable.

Cette différence sera la force de Sunny car c’est grâce à elle qu’elle développera des pouvoirs. J’ai aimé ce message sous-jacent au récit: nos différences sont nos forces, c’est en elles que nous devons puiser courage, fierté et énergie.

Ce qui rend ce roman spécial également, c’est la manière qu’a l’auteure de rendre visible le blackness, par opposition à la blanchité qui est souvent posée comme étant la norme, le standard auquel il faut se référer en littérature jeunesse. Ce sont des choses toutes bêtes, mais qui font partie de mon quotidien et du quotidien de nombreuses personnes racisées, mais que je ne retrouve pas ailleurs dans mes lectures. Des choses comme des personnages qui tchouipent, une mythologie africaine plutôt que grecque ou romaine, des langues non occidentales, une couleur de peau normalisée. Vous en connaissez beaucoup, des livres jeunesse dans lesquels les personnages tchouipent? Pas moi. Pourtant, c’est fou, quand on y pense, ça fait tellement partie de ma culture, de mon quotidien, et moi qui lit énormément, je le fois jamais dans mes lectures. Ça fait réfléchir…

Ce roman est bourré de fantaisie, de magie, de mystère, mais sans que ce soit à travers le « white gaze » (le regard blanc, en quelque sorte). Car si oui, on y parle de magie, on est bien loin des chapeaux pointus des sorcières au nez crochu, ou encore des chamans menaçants. On découvre tous les éléments magiques et nigérians des yeux de Sunny qui doit s’adapter à la culture après avoir vécu longtemps aux États-Unis. Les lecteurs blancs pourraient être déstabilisés au début, mais seront rassurés de constater que Sunny peut aussi s’étonner des mêmes choses qu’eux. Même si Sunny parle l’igbo, elle a toujours l’accent américain et se sent parfois comme une étrangère. Son parcours de vie est intéressant: Noire, mais albinos, Nigériane d’origine, mais américaine de culture: qui est-elle? Au-delà de la quête magique, c’est l’histoire de Sunny et sa découverte de soi qui m’a interpellé dans ce roman.

On a beaucoup comparé ce roman à la saga d’Harry Potter: un trio d’amis dans l’enfance (même s’ils sont quatre avec l’arrivée de Sunny), des guides adultes qui agissent comme des professeurs, des méchants à combattre, un personnage principal prédestiné à faire de grandes choses, des niveaux à atteindre, le devoir de se choisir un couteau à juju (une baguette magique dans Harry Potter), un monde magique inconnu des gens normaux, des esprits qui rappellent les patronus de l’univers de J.K. Rowling… Oui, mais en même temps, je me dis, bien sûr qu’on va comparer à Harry Potter, les référents sont blancs (auteure blanche et personnages blancs) et ce sont ces référents que nous avons en tout temps, tout moment en occident. C’est comme si on essayait de comprendre Akata Witch, de le catégoriser, de se dire « Je comprends pas trop ce livre, mais si tu me dis que c’est comme Harry Potter, ah!, là, je m’y retrouve ». J’aime voir Akata Witch comme une histoire unique en soi, pas une pâle copie « racisée » d’Harry Potter. Je veux dire… c’est un roman de fantasy, bien sûr qu’on va retrouver des tropes narratives spécifiques à ce genre littéraire. C’est trop facile de tomber dans la comparaison, à mon avis. Au contraire, je trouve que l’auteure Nnedi Okorafor a trouvé une manière rafraîchissante d’insuffler un vent de nouveauté au genre.

J’ai aimé le funky train et les chittims (ces pièces de monnaies magiques), et aussi le mystérieux personnage de Black Hat Otokoto qui ajoute une bonne dose de suspense au récit. Même si les personnages sont jeunes (12 ans pour Sunny), enfants et adultes aimeront ce roman initiatique à l’univers riche et aux personnages bien campés, qui mélange fantasy, action et critique de la société occidentale.

Coup de cœur!

* Prix Amelia Bloomer Book List du American Library Association en 2012.

Nnedi Okorafor est une autrice américaine d’origine Nigériane.

Akata Witch (tome 1)
AUTEUR(S) : Nnedi Okorafor
ÉDITIONÉcole des loisirs, 2020
ISBN: 9782211304344
PRIX: 16,99$
12 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être le tome 2 de la série, Akata Warrior. Essayez aussi La promesse du fleuve, un roman initiatique de fantasy, et Les Belles, un roman avec des éléments de science-fiction écrit par une autrice racisée.

Le Noël de Rosetta

Rosetta est la fille du roi. Dans le royaume, tout est gris et triste, même Noël. Mais il paraît qu’autrefois Noël était un jour coloré et plein de musique. Rosetta rêve de vivre cette fête merveilleuse. Son grand copain Lucien a bien envie de lui faire une surprise. Au son des hautbois, clavier, sonnette hollandaise, noix de coco, bâton de pluie, tambourin, cor anglais, grelots, flûte irlandaise, il se met en quête d’un sapin… 

J’ai toujours plaisir à faire découvrir les livres-audio aux lecteurs de ma bibliothèque. Souvent oubliés ou boudés, ces livres sont pourtant un plaisir à écouter et à découvrir. Quel plaisir de se faire raconter une histoire! Le Noël de Rosetta est le deuxième livre-audio que je découvre des éditions Trois petits points et j’ai de nouveau été agréable surprise par la qualité de l’enregistrement, le montage sonore, le talent des acteurs et la finesse des morceaux musicaux choisis. Le bruitage ajoute texture et profondeur au récit audio: de la pluie qui tombe d’un coup au

Le Noël de Rosetta est une fable écologique accompagnée de musique de notamment Saint Saens, Bizet et Weber, mais aussi des morceaux traditionnels et des compositions originales. Ce conte est aborde les thèmes de la différence, de l’écoute bienveillante, de la découverte et de l’entraide. À chaque tableau sonore (narration et musique) correspond une illustration dans le livre d’accompagnement qui sert aussi de pochette pour le CD. Un plaisir pour les yeux et les oreilles! Une histoire fantastique dans laquelle on rencontre une abeille futée, un géant végétarien, et tout plein d’autres personnages colorés. Très, très bon!

Je remercie les éditions Trois Petits Points de m’avoir offert ce livre.

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LE Noël de Rosetta
AUTEUR(S) : Nathalie Tuleff, Guillaume Lucas
ÉDITIONÉDITIONS Les trois petits Points, 2020
ISBN: 9791096744220
4 ANS ET PLUS

Reviens sur Terre, Esther!

« Reviens sur Terre Esther ! », lui rappellent sans cesse ses parents. Mais Esther, elle, est bien décidée à partir à la conquête de l’espace. Puisqu’on lui répète qu’elle est dans la lune, aussi bien aller la visiter. Mais pour cela, il lui faut d’abord construire son vaisseau spatial…

Les Éditions Mammouth Rose ont créé la Petite Collection pour fabriquer de grands lecteurs. En plus de proposer des histoires variées et originales, conçues par des figures reconnues des milieux artistiques et littéraires, La Petite Collection offre aux parents un véritable guide pour les aider à accompagner leur enfant sur le chemin de la lecture. On retrouve donc en accompagnement au livre un feuillet détachable, un guide conçu par une spécialiste reconnue, qui détaille les différentes étapes de l’apprentissage de la lecture. Parfait pour le milieu scolaire!

J’ai beaucoup aimé l’histoire d’Esther, cette petite fille noire qui se passionne pour les sciences. Elle est curieuse, débrouillarde et intelligente. Elle donne vraiment le goût aux enfants de développer cette curiosité nécessaire à tout apprentissage. La couleur de peau d’Esther ne change absolument rien au récit. Esther est une petite fille tout à fait ordinaire, qui nourrit ses rêves et ses passions. Les illustrations de José Bisaillon me charment à chaque fois et c’est toujours un plaisir renouvelé d’admirer ces créations. Elle parvient à utiliser énormément de matériaux différents sans toutefois créer de lourdeur visuelle. J’aime la rondeur de ses personnages et ses collages. Bref, j’ai adoré ce livre jeunesse que je ne peux que vous recommander chaudement!

Coup de cœur!

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Reviens sur Terre, Esther!
AUTEUR(S) : Josée Bisaillon
ÉDITIONGuy Saint Jean Éditeur, 2018
ISBN: 9782897585020
PRIX: 19,95$
7-8 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Moi je lis tout seul: La rentrée des classes, Les petits héros ou Comment transformer une banane en vélo, trois livres appropriés pour les lecteurs de 7-8 ans et ayant des personnages noirs.

Le cadeau

Pour son anniversaire, Léo a reçu un magnifique stylo. « Dedans, il y a plein de belles choses », lui dit son père. Impatient de les découvrir, Léo va demander de l’aide à sa sœur, puis à Coco-Tèmbo, à Super-Zembô… Aucune ne sait se servir d’un stylo. De retour à la maison, Léo s’adresse à sa mère. Tenant dans sa patte celle de Léo, elle écrit avec lui. Émerveillé, Léo découvre que son stylo contient tous les mots et toutes les choses du monde…

Un bel album au format à l’italienne dans lequel on part à la rencontre d’un florilège d’animaux anthropomorphisés. Le personnage principal est un petit lion curieux qui hâte de découvrir ce que cache le cadeau reçu par son père. Le suspense est préservé jusqu’au à toute fin où l’on découvre comment tous les mots du monde peuvent sortir du stylo. Jolies illustrations au crayon de bois et aux couleurs éclatantes. Le texte d’Alain Serge Dzotap est un plaisir à lire à haute voix, faisant de cet album un candidat parfait pour l’heure du conte en bibliothèque.

Alain Serge Dzotap est un auteur camerounais.

Je remercie les Éditions des Éléphants de m’avoir offert ce livre.

LE cadeau
AUTEUR(S) : Alain Serge Dzotap & Delphine Renon
ÉDITIONÉditions des éléphants, 2020
ISBN: 9782372730891
PRIX: 27,95$
4 ANS ET PLUS

Charlie et ses drôles d’habits

Dans la forêt des belettes, Charlie se fait remarquer par sa manière excentrique de s’habiller. Se sentant rejeté par les autres belettes, il part à la recherche d’un lieu plus accueillant. En son absence, ses compagnons se rendent compte que la vie est plus triste, et commencent à copier son style original.

Cette histoire amusante sur l’acceptation de la différence m’a chargé. Enfin un album pour parler de la tolérance ayant un peu d’humour, tout en gardant un propos intelligent. Les petites belettes sont très expressives et les enfants n’auront aucun mal à s’y identifier (ou encore: à s’identifier à Charlie!)

Le livre-objet est de qualité avec une belle couverture rigide et des pages de garde franchement rigolotes. Les illustrations se déploient sur les double-page, ce qui en fait un livre parfait pour l’heure du conte en bibliothèque.

Ce livre véhicule non seulement des valeurs de tolérance, mais encourage les enfants à ne pas avoir peur d’être différents.

Coup de cœur!

Charlie et ses drôles d’habits
AUTEUR(S) : Samuel Langley-Swain & Ryan Sonderegger
ÉDITIONKimane, 2020
ISBN: 9782368087541
PRIX: 21,95$
3 à 7 ANS

Ce livre vous a plu? Vous aimerez peut-être Un mouton au pays des cochons, Fourchon ou encore Le mouton un peu différent, trois albums pour les petits sur la différence.

J’adore ce passage

Une histoire d’amour simple et bouleversante entre deux adolescentes d’une petite ville américaine. Elisabeth et Rae semblent tout partager: leurs balades en montagne, leur goût pour la musique, leurs rires et leurs doutes. Au fil de leurs échanges, elles se découvrent, se racontent l’une l’autre, s’aiment, se débattent avec l’intensité de leurs sentiments. Par la jeune prodige Tillie Walden, autrice de Spinning (Prix Eisner, 2018) et de Dans un rayon de soleil.

J’ai adoré Spinning et Dans un rayon de soleil, alors quand j’ai vu que l’un des personnages du dernier Tillie Walden était noir, je me suis dit « Yes! Je vais enfin pouvoir en parler sur Mistikrak! » 🙂 Tillie Walden est sans doute mon autrice préférée de bandes dessinées ces temps-ci. J’aime comment elle aborde les thématiques queer, ainsi que son style d’illustration. J’adore les titres parus lors de la vague belge-japonaise nouvelle manga d’il y a quelques années et Tillie Walden a un peu de ce style et de cette sensibilité-là.

L’histoire se raconte par le biais de courts moments croqués çà et là: on apperçoit les adolescentes allongées sur le gazon dans la cour d’une maison de campagne, debout sur le littoral, faisant leurs devoirs dans une chambre, discutant lors d’une froide journée d’hiver, etc. Chaque page agit comme une photographie capturant une idée, une émotion, un échange entre les deux amoureuses. Tillie Walden joue avec la perspective, la grosseur et la hauteur relative entre ses personnages et leur environnement. Ainsi, elles sont allongées sur une montagne, telles des déesses, ou assises sur des maisons comme des géantes.

Avec peu de mots et peu de cases, l’autrice parvient a bien développer ses personnages et à capturer l’éveil du sentiment amoureux entre deux adolescentes lesbiennes. Leur amour se développe timidement et lentement. Elles s’aiment mais ne savent pas comment en parler au monde. On assiste à leurs premiers rapprochements, leurs premières disputes. On n’a pas les détails, mais on n’en a pas besoin non plus. 

Voici ce qu’on sait de l’adolescente noire de l’histoire: Elle déteste sa belle-mère et elle sait qu’elle la déteste aussi. Elle se trouve moche. Elle aime cuisiner. Elle aime beaucoup la musique et est musicienne. Elle est un personnage complexe et imparfait, plein de mystère. C’est elle qui brisera la relation en premier, disant ne plus pouvoir continuer, ne pas être « comme ça », que c’est mal. Et on sent toute sa détresse et sa peine dans ses larmes. Les adolescentes se quitteront et se rapprocheront de nouveau, ne sachant pas comment gérer ses émotions qui les submergent.

J’adore ce passage est une très belle histoire faite de silences, de pauses, de soupirs. Tillie Walden, prodige de la bande dessinée américaine, saisit ici la vérité d’un amour adolescent.

Coup de CŒUR!  

* Lauréat du Prix Ignatz Award for Promising New Talent 2016

J’adore ce passage
AUTEUR(S): Tillie Walden
ÉDITION: Gallimard jeunesse, 2019
ISBN: 9782075129718
PRIX: 24,95$
12 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Les quatre soeurs March, Roller Girl ou Si on était…, 3 bandes dessinées pour préados et ados avec un contenu queer.

Lulu et Nelson (tome 1): Cap sur l’Afrique

La vie ne prend pas toujours le chemin le plus court pour nous mener là où elle doit nous mener. Elle aime les détours. Et ceux-ci regorgent d émotions inconnues, d’expériences inédites et de rencontres magiques… Dans un pays en proie aux inégalités, Lulu – italienne intrépide – et Nelson – sud-africain, plein d’espoir -, que tout tend à séparer, se retrouvent unis autour d’un même combat : la quête de la liberté. Laissez-vous conter l’un des plus beaux détours de leur vie…

J’ai adoré la série La Balade de Yaya de Girard et Omont, ainsi que Les Carnets de Cerise. Alors quand j’ai su que ces deux auteurs collaboraient à nouveau pour une nouvelle série, j’ai tout de suite voulu la lire. Et je n’ai pas du tout été déçue!

Je vais débuter cette critique en soulignant la qualité des illustrations car c’est vraiment ce qui attire l’œil au premier abord. Avez-vous vu cette page couverture sublime? On retrouvera ce même mouvement, cette même profondeur et cette même luminosité tout au long de la bande dessinée. D’ailleurs, la luminosité des illustrations contraste avec le récit assez sombre qui aborde la thématique de la mort, du deuil, du racisme et de la famille. Car oui, dès les premières pages, on assiste à la mort de la mère de Lulu sous les griffes d’un lion en plein spectacle de cirque auquel sa propre fille assistait (heureusement, les auteurs nous ont épargné les détails… vive l’ellipse!). Puis, très rapidement, il y a la mort des lions du cirque dans un incendie. Lulu sera dévastée car malgré les circonstances entourant le décès de sa mère, elle est restée très attachée aux fauves et veut elle aussi devenir dompteuse de lions. C’est ainsi qu’elle s’est mis dans la tête d’aller en Afrique du sud pour y acheter de nouveaux lions et sauver le cirque familial dont le père ne veut plus s’occuper.

Elle se retrouvera donc à des kilomètres de son Italie natale, en pleine manifestation contre l’Apartheid avec son père, ne comprenant pas trop ce qui se passe. Sa vie, c’était le cirque et c’est tout (elle n’a d’ailleurs jamais vraiment aimé l’école, surtout depuis que sa mère ne peut plus lui faire réviser ses leçons). Témoin d’un acte de racisme contre un jeune garçon (Nelson), le père de Lulu tentera de le défendre et se retrouvera en prison pour voies de fait sur un officier de police. Seule, Lulu suivra Nelson qui l’aidera à retrouver son père et, elle l’espère, trouver des lions à ramener chez elle pour réaliser son rêve.

Lulu ne sait rien des inégalités raciales, mais se positionne très rapidement contre cette idée d’apartheid et refuse de traiter les Noirs différemment des Blancs. Dans un train en compagnie de Nelson, elle refusera même de changer de wagon lorsqu’un employé lui suggérera de s’installer dans un wagon pour Blancs. Elle était très bien là où elle était et enverrait promener l’employé qui ne manquera pas de l’insulter au passage.

Nelson est un personnage intéressant, mais assez peu développé dans ce premier tome. On en sait assez peu de lui, surtout parce qu’il arrive vers la fin de l’histoire. J’espère que les prochains tomes permettront aux auteurs de lui donner un peu plus de substance. Mais à première vue, c’est un garçon vif d’esprit qui ne s’apitoie pas sur son sort. Il comprend très bien que sa couleur de peau fait de lui un citoyen de seconde zone dans l’Afrique du sud des années 1950. Mais il ne se méfie pas non plus systématiquement des personnes blanches et se liera d’amitié assez rapidement avec Lulu.

Cette bande dessinée plaira tant aux 9-10 ans et plus qu’aux ados. Déjà parce que les personnages sont assez jeunes, mais aussi parce que le traitement des sujets comme les droits des animaux ou la ségrégation raciale est assez mature pour allumer les lecteurs plus âgés. Les personnages adultes sont également bien présents: Nelson et Lulu évoluent dans un monde au final assez loin de leur univers d’enfants, et la vie ne leur fait pas de cadeau. Je précise au passage que les adultes sont parfois assez durs avec nos deux héros, tels qu’ils le sont parfois dans la vraie vie: Par exemple, préfet de police ne démontrera aucune sympathie pour cette petite fille blanche venue voir et libérer son père de prison. Autre exemple: le père de Lulu, excédé par l’obsession de sa fille pour les lions du cirque et son refus d’aller au pensionnat, lui sortira un « Mais qu’est-ce que tu as dans la tête, bordel! » plein de colère. Rien de bien grave, mais je suggère quand même de lire en duo avec les plus jeunes de 9 ans pour pouvoir discuter de cette lecture.

Bref, on sent bien que ce premier tome sert surtout à mettre les bases du récit: on y rencontre les personnages, on apprend à les connaître, on se situe dans le temps et l’espace. Mais il ne s’y passe pas grand chose. C’est la petite fille de Lulu qui reçoit une lettre de sa grand-mère et nous dévoilera son histoire. Les mots de la lettres de Lulu livrent ainsi tout au long du livre son ressenti et offre un regard rétrospectif sur son voyage en Afrique du Sud. Cap sur l’Afrique se termine toutefois sur une note qui donne le goût de continuer la série. Je sens que les prochains mois d’attente vont être très long! J’ai trop hâte de retrouver Lulu et Nelson dans le tome 2! J’ai eu un coup de coeur pour ce premier tome, mais cela pourrait changer à la lecture des tomes à venir. J’ai quand même quelques attentes:

  • Le personnage de Nelson sera-t-il plus développé ? Après tout, le titre est « Lulu et Nelson », pas « Lulu (et un garçon qui s’appelle Nelson à côté) ». Croisons les doigts!
  • Le contexte dans lequel se déroule l’histoire est intéressant. J’espère qu’une plus grande place sera accordée à la situation politique d’Afrique du Sud durant les luttes pour mettre fin à l’apartheid. Je suis curieuse de voir comment le personnage de Lulu et de son père agiront face à ces luttes. J’espère que les Sud Africains seront maîtres de leur destin et que Nelson, en particulier, aura une certaine autonomie, qu’il pourra prendre en maturité de manière indépendante de Lulu. À suivre.
  • Les animaux au cirque, c’est aujourd’hui dépassé. Leur présence dans le livre ne m’a pas dérangée car je remets l’histoire dans son contexte historique. Ce serait injuste de dénoncer la maltraitance envers les animaux dans ce cas-ci. Mais justement, j’ai hâte de voir si les auteurs vont aborder ce sujet, et surtout, comment.

Bref, cette bande dessinée à été un coup de cœur pour moi, mais j’espère que la suite ne me décevra pas!

Coup de cœur!

Lulu et Nelson (tome 1): Cap sur l’Afrique
AUTEUR(S) : Charlotte Girard, Jean-Marie Omont & Aurélie Neyret
ÉDITIONSoleil, 2020
ISBN: 9782302078963
PRIX: 24,95$
9 ans et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin, Les enfants du Bayou ou Un voyage sans retour, trois bandes dessinées dont les personnages principaux sont noirs.

Nous sommes tous des féministes

Dans ce discours prononcé en 2012 dans le cadre d’un programme dédié à l’essor du continent africain, l’écrivaine nigériane aborde avec lucidité et humour le sujet du féminisme. A travers des anecdotes issues de sa vie quotidienne, au Nigeria comme aux Etats-Unis, elle évoque les questions de l’inégalité des sexes et de l’image de soi des femmes. Le texte est ici adapté pour le jeune public.

J’ai sauté de joie lorsque j’ai su que le célèbre manifeste de Chimamanda Ngozi Adichie avait été adapté pour la jeunesse. L’écrivaine nigériane y aborde la question de l’égalité des sexes avec lucidité et humour, au travers de son expérience et d’anecdotes de son enfance. Le large format se prête parfaitement au texte et les illustrations de Leire Salaberria accompagnent à merveille la puissance des mots. Le passage de ce discours (qui, au départ, était adressé à un public adulte) vers un lectorat jeunesse se fait tout en douceur. La présentation matérielle est également très bien réussie: couverture rigide et jolies pages de garde enveloppent le livre, alors que chaque double page présente le texte et les illustrations comme le miroir l’un de l’autre.

Voilà un texte à partager avec tous, filles et garçons, pour semer, dès à présent, les graines du changement. Ne passez pas à côté!

«J’aimerais que nous rêvions à un monde différent et que nous commencions à le préparer. Un monde plus juste. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ: nous devons élever nos filles autrement. Et aussi nos garçons.»

Chimamanda Ngozi Adichie est une autrice nigériane.

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Nous sommes tous des féministes
AUTEUR(S) : Chimamanda Ngozie Adichie & Leire Salaberria
ÉDITIONGallimard JEUNESSE, 2020
ISBN: 9782075142915
PRIX: 19,95$
6 À 12 ANS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Ces femmes incroyables qui ont changé le monde, On n’est pas des super-héros ou Histoires du soir pour filles rebelles, trois livres jeunesse portant un message féministe.

Le prince et la sorcière et la voleuse et les ours

Une aventure débordante de revirements qui surprendra les amateurs de contes traditionnels à coup sûr! À l’heure du dodo, le papa de Jacob raconte à son fils une histoire vieille comme le monde à propos d’un prince qui habite un village lointain, où vivent des dragons, des loups et des princesses en détresse. Curieux, Jacob ne peut s’empêcher d’ajouter des éléments à l’histoire de son père. Bientôt, le prince est rejoint par une sorcière maléfique qui transforme les gens en gelée, une grenouille ninja qui se bat à coups de brocoli et une princesse experte en crochetage des serrures.

Hahahaha! Quelle drôle d’histoire! J’ai adoré! Un garçon noir et son père inventent au fil de leurs envies une histoire de prince et de princesse pas comme les autres qui déconstruit la structure traditionnelle des contes, ainsi que les clichés reliés au genre (par exemple, lorsque Jacob se plaint qu’il voudrait que se soit la princesse qui sauve le prince pour une fois). Ce n’est peut-être pas l’histoire que le papa voulait raconter, mais ensemble, Jacob et lui créent un récit dynamique et tout simplement hilarant! Sans l’ombre d’un doute, j’ajoute ce livre à ma bibliographie sur les contes réinventés car les enseignants me demandent régulièrement ce genre de livres pour leurs classes de primaire à la bibliothèque.

Les illustrations colorées aux traits ronds sont un plaisir pour les yeux et participent à la narration de l’histoire. Un livre intelligent, inventif, drôle et loin des clichés. Que voulez-vous de plus? 😉

Coup de cœur!

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Le prince et la sorcière et la voleuse et les ours
AUTEUR(S)
: Alastair Chisholm, Jez Tuya
ÉDITIONScholastic, 2019
ISBN: 9781443173872
Prix: 11,99$
4 à 8 ANS