L’enceinte 9

Chassée par une pandémie meurtrière, l’humanité a fui le monde. Les habitants de l’Enceinte 9 vivent depuis un siècle repliés derrière leurs murailles. Ils ont perdu le contact avec les autres Enceintes, et la Gestion, le logiciel chargé de répondre aux besoins de chacun, ne suffit plus à empêcher les ressources de s’épuiser peu à peu.Ysa est une jeune surnuméraire : née sans bon de naissance, elle doit travailler pour la collectivité dès ses dix-huit ans. Ses premières missions dans la police la confrontent à de nombreux incidents : des suicides de masse, des vols de nourriture. Y aurait-il un lien avec le collectif Fin du Monde, qui souhaite la mort de l’espèce humaine et a déjà anéanti des Enceintes ? La rencontre d’Ysa avec l’ombre, la population non gérée, va tout précipiter. Comment sauver l’Enceinte avant qu’il ne soit trop tard ?

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas plongée dans un bon roman de science-fiction. Je me suis régalée avec L’enceinte 9, qui raconte une histoire dont l’univers inquiétant et technologiquement avancé met la table pour une aventure passionnante dès les premières pages. Cette petite brique de plus de 500 pages contient de l’action, des personnages forts mais imparfaits, des moments tragiques et j’ai été surprise plus d’une fois par la tournure des événements!

Le personnage principal, Ysa, est une grande fille noire, au corps long et solide, qui porte les cheveux naturels et qui ne passe pas inaperçue. Elle connait peu ses origines puisqu’elle a été abandonnée à la naissance. Toutefois, elle entretient un lien très fort avec sa mère d’adoption, celle qui l’a sauvée et a joué le rôle de parent dans sa vie. Son identité noire se révèle au-delà des descriptions physiques sur sa couleur de peau ou sur la forme des traits de son visage: elle est présente lorsqu’elle doit, par exemple, refaire ses tresses pendant une demi-journée immobilisée sur une chaise (p.269), ou lorsqu’elle doit rechercher quelqu’un capable de coiffer les cheveux crépus (p.202). Ces petits passages normalise sont identité et la rendent plus crédible à mes yeux.

J’aurais aimé en savoir plus sur l’univers post-apocalyptique où se déroule l’histoire. Au final, on en sait très peu sur ce qui s’est passé pour que la civilisation se retrouve cloisonnée dans des bulles indépendantes l’une de l’autre, ainsi que sur les autres enceintes (1 à 8). La fin de l’histoire ne laisse malheureusement pas présager une suite, alors que plusieurs questions restent sans réponses. J’aurais tellement voulu que soit explorée davantage l’idée de pirater les implants oculaires comme celui doté d’une intelligence artificielle que porte Ysa, ou encore connaître les événements qui ont mené au monde tel qui est devenu. J’ai refermé ce livre avec la sensation d’avoir été témoin d’un futur sombre, et j’ai apprécié suivre Ysa alors qu’elle navigue comme elle peut dans ce monde. Un très bon roman que je recommande aux amateurs de science-fiction ou de fantasy!

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L’enceinte 9
AUTEUR(S) : Ophélie Bruneau
ÉDITION: Lynks, 2019
ISBN: 9791097434342
35,95$
13 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
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Akata Witch

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis nigériane de sang, américaine de naissance et albinos de peau. Être albinos fait du soleil mon ennemi. C’est pour ça que je n’ai jamais pu jouer au foot, alors que je suis douée. Je ne pouvais le faire que la nuit. Bien sûr, tout ça, c’était avant cette fameuse après-midi avec Chichi et Orlu, quand tout a changé. Maintenant que je regarde en arrière, je vois bien qu’il y avait eu des signes avant-coureurs. Ce n’est pas comme si des choses bizarres ne m’étaient pas déjà arrivées. Rien n’aurait pourtant pu me préparer à ma véritable nature de Léopard. Être un Léopard, c’est posséder d’immenses pouvoirs. Si j’avais su en les acceptant qu’il me faudrait sauver le monde, j’y aurais peut-être réfléchi à deux fois. Mais, ce que j’ignorais alors, c’est que je ne pouvais pas empêcher mon destin de s’accomplir.

Il y a quelque chose de spécial dans ce roman. Il a eu une très belle couverture médiatique, est écrit par une personne noire et a pour personnages principaux presque qu’exclusivement des noirs. C’est assez rare de retrouver ces trois éléments ensemble pour un seul livre, jeunesse en plus! Évidement, je ne pouvais pas passer à côté. Déjà, quand j’ai repéré ce livre à la librairie, la page couverture m’a beaucoup plu. Cet autobus coloré, ces couleurs éclatantes et bien entendu, cette jeune fille, cheveux afro, habillée à l’occidentale, qui semble avoir tellement de pouvoir. J’ai été intriguée. La quatrième de couverture pose clairement les bases du récit et du personnage principal:

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis nigériane de sang, américaine de naissance et albinos de peau. Contrairement au reste de ma famille, j’ai des cheveux jaune paille, la peau couleur « lait tourné » et des yeux noisette. Être albinos fait du soleil mon ennemi. Ma peau brûle tellement vite que j’ai parfois l’impression d’être inflammable.

Cette différence sera la force de Sunny car c’est grâce à elle qu’elle développera des pouvoirs. J’ai aimé ce message sous-jacent au récit: nos différences sont nos forces, c’est en elles que nous devons puiser courage, fierté et énergie.

Ce qui rend ce roman spécial également, c’est la manière qu’a l’auteure de rendre visible le blackness, par opposition à la blanchité qui est souvent posée comme étant la norme, le standard auquel il faut se référer en littérature jeunesse. Ce sont des choses toutes bêtes, mais qui font partie de mon quotidien et du quotidien de nombreuses personnes racisées, mais que je ne retrouve pas ailleurs dans mes lectures. Des choses comme des personnages qui tchouipent, une mythologie africaine plutôt que grecque ou romaine, des langues non occidentales, une couleur de peau normalisée. Vous en connaissez beaucoup, des livres jeunesse dans lesquels les personnages tchouipent? Pas moi. Pourtant, c’est fou, quand on y pense, ça fait tellement partie de ma culture, de mon quotidien, et moi qui lit énormément, je le fois jamais dans mes lectures. Ça fait réfléchir…

Ce roman est bourré de fantaisie, de magie, de mystère, mais sans que ce soit à travers le « white gaze » (le regard blanc, en quelque sorte). Car si oui, on y parle de magie, on est bien loin des chapeaux pointus des sorcières au nez crochu, ou encore des chamans menaçants. On découvre tous les éléments magiques et nigérians des yeux de Sunny qui doit s’adapter à la culture après avoir vécu longtemps aux États-Unis. Les lecteurs blancs pourraient être déstabilisés au début, mais seront rassurés de constater que Sunny peut aussi s’étonner des mêmes choses qu’eux. Même si Sunny parle l’igbo, elle a toujours l’accent américain et se sent parfois comme une étrangère. Son parcours de vie est intéressant: Noire, mais albinos, Nigériane d’origine, mais américaine de culture: qui est-elle? Au-delà de la quête magique, c’est l’histoire de Sunny et sa découverte de soi qui m’a interpellé dans ce roman.

On a beaucoup comparé ce roman à la saga d’Harry Potter: un trio d’amis dans l’enfance (même s’ils sont quatre avec l’arrivée de Sunny), des guides adultes qui agissent comme des professeurs, des méchants à combattre, un personnage principal prédestiné à faire de grandes choses, des niveaux à atteindre, le devoir de se choisir un couteau à juju (une baguette magique dans Harry Potter), un monde magique inconnu des gens normaux, des esprits qui rappellent les patronus de l’univers de J.K. Rowling… Oui, mais en même temps, je me dis, bien sûr qu’on va comparer à Harry Potter, les référents sont blancs (auteure blanche et personnages blancs) et ce sont ces référents que nous avons en tout temps, tout moment en occident. C’est comme si on essayait de comprendre Akata Witch, de le catégoriser, de se dire « Je comprends pas trop ce livre, mais si tu me dis que c’est comme Harry Potter, ah!, là, je m’y retrouve ». J’aime voir Akata Witch comme une histoire unique en soi, pas une pâle copie « racisée » d’Harry Potter. Je veux dire… c’est un roman de fantasy, bien sûr qu’on va retrouver des tropes narratives spécifiques à ce genre littéraire. C’est trop facile de tomber dans la comparaison, à mon avis. Au contraire, je trouve que l’auteure Nnedi Okorafor a trouvé une manière rafraîchissante d’insuffler un vent de nouveauté au genre.

J’ai aimé le funky train et les chittims (ces pièces de monnaies magiques), et aussi le mystérieux personnage de Black Hat Otokoto qui ajoute une bonne dose de suspense au récit. Même si les personnages sont jeunes (12 ans pour Sunny), enfants et adultes aimeront ce roman initiatique à l’univers riche et aux personnages bien campés, qui mélange fantasy, action et critique de la société occidentale.

Coup de cœur!

* Prix Amelia Bloomer Book List du American Library Association en 2012.

* Prix des libraires du Québec 2021.

Nnedi Okorafor est une autrice américaine d’origine Nigériane.

Akata Witch (tome 1)
AUTEUR(S) : Nnedi Okorafor
ÉDITIONÉcole des loisirs, 2020
ISBN: 9782211304344
PRIX: 16,99$
12 ans et plus

Ce livre vous a plu?
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La promesse du fleuve

La promesse du fleuveOdilon rêve de trouver Terre promise, une île dont lui parlait sa mère autrefois, et où il pourrait vivre en paix avec sa sœur Babette. Pour échapper à la guerre contre les hommes-oiseaux, ils embarquent tous les deux sur le radeau d’un poète qui descend le fleuve en quête d’aventure. Ils découvrent ensemble des lieux merveilleux et effrayants et des compagnons différents et victimes d’exclusion.

Quelle belle découverte! J’ai été transportée dans l’univers d’Odilon et Babette dès les premières pages. J’ai aimé le voyage des personnages principaux, les rencontres qu’ils ont faites en cours de route et les diverses populations rencontrées. Très tôt dans l’histoire, les deux enfants feront la connaissance de Dammal, un poète à la recherche de nouveauté et d’inspiration dans sa vie. Alors que Dammal part à la recherche de quelque chose, Odilon et Babette fuient quelque chose. Cet état de fait fera d’eux de bons compagnons de voyage alors qu’ils se déplacent sur le fleuve. L’eau est d’ailleurs omniprésente dans le récit et nous accompagne jusqu’à la fin.

L’un des premiers endroits où s’arrêteront les protagonistes sera une ville assez étrange qui n’accueille pas bien les étrangers. La première description de Dammal arrive d’ailleurs en page 33 alors qu’ils doivent demander un permis pour pouvoir circuler librement dans cette ville à une employée responsable de l’émission desdits permis. Celle-ci n’a pas de problème à émettre une demande d’intégration pour Odilon et Babette (deux enfants blancs), mais voit d’un mauvais œil que l’homme veuille s’installer ici:

Elle regarde Dammal en haussant un sourcil. Il est trop grand, trop maigre, avec des pommettes trop saillantes. Sans parler de ses cheveux crépus qui forment une boule autour de sa tête. Paule n’en a jamais vu de pareils. Mais, surtout, le noir de sa peau contraste avec cette ville si blanche. (p.33)

L’employée (Paule), sera d’ailleurs soulagée d’apprendre que Dammal ne veut que visiter la ville et non pas s’y établir. Cette situation est annonciatrice du climat toxique et raciste qui sévit dans la ville, alors qu’on fera la rencontre de deux jeunes filles amoureuses que les citadins lapident en pleine rue à cause de leur orientation sexuelle. Babette, Odilon et Dammal ne s’attarderont pas plus que nécessaire dans cette ville inhospitalière et amèneront les amoureuses avec eux dans leur périple.

C’est donc l’histoire d’un voyage, mais la finalité de celui-ci est plutôt flou au début. Je me suis demandée à une ou deux reprises où est-ce que l’auteure s’en allait avec tout ça. Heureusement, le récit se resserre assez rapidement et la galerie de personnages attachants rend la lecture somme toute agréable. Par contre, aucun personnage ne se démarque vraiment. Des les premières lignes, ont suit Dammal, mais dès l’arrivée de Babette et Odilon, il s’efface derrière les deux enfants. J’aurais voulu qu’il soit plus affirmé et garde son statu de personnage principal.

Le récit véhicule des valeurs de tolérance à la différence et l’importance d’apprendre à connaître une personne avant de la juger. Le rythme est bien soutenu et on n’a pas du tout le temps de s’ennuyer en lisant ce livre. Celui-ci plaira aux amateurs de quêtes, de récits de voyage et d’histoires fantastiques. À découvrir!

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La promesse du fleuveBouton acheter petit
AUTEUR(S) : Annie Bacon
ÉDITION: Castelmore, 2019
ISBN: 9782075123761
Prix: 9,99$
11 à 15 ANS

Ce livre vous a plu?
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L'attaque des cubes Marine Carteron    Horizon 1 L'écrasement

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Feya (tome 1)

feya tome 1Dans une luxuriante forêt hors du temps, vivent des créatures étranges : un magicien poilu, un petit fantôme gourmand et un renard cueilleur de champignons. Cet univers plein d’humour et de loufoquerie n’est pas dérangé par une quelconque humanité puisque celle-ci a disparu. Mais un jour, les bestioles découvrent sous terre un laboratoire secret où hiberne une jeune humaine, Feya. Son réveil malencontreux va provoquer l’apparition d’autres endormis, secte magique et robots géants, ordinateur malveillant et espion au masque de lion, qui souhaitent tous mettre la main sur la dernière (?) survivante de notre race éteinte. Une grande aventure commence !

Assurément, cette bande dessinée en deux tomes plaira aux amateurs de mangas ! J’ai énormément aimé l’aventure, les bagarres, la magie et la technologie dans ce livre destiné aux enfant mais qui plaira à tous. L’auteur Marc Lataste y aborde des thématiques importantes comme l’amitié, la fraternité, l’identité et l’opposition entre la nature et l’avancement de la technologie.

On rencontre Feya pour la première fois alors qu’elle est extirpée par la curiosité d’un renard qui parle et d’un robot volant. Elle ne sait ni qui elle est, ni d’où elle vient. Elle sauvera ses futurs amis d’une attaque d’un monstre affamé. Et déjà, je me suis dit: « Wow, elle est tellement cool! » Le design du personnage est aussi vraiment super, avec son undercut, son tatou sur le crâne et sa combinaison noire. Feya est courageuse, loyale et a soif de comprendre ce qui lui arrive. La dernière représentante du genre humain est une personne noire. Une fille !! Vraiment. Cool.

À la fin de ce premier tome, on découvrira que [SPOILER] Feya n’est qu’un être de synthèse parmi d’autres, construits par l’étrange Doc Bot, dernier véritable humain sur Terre. Elle a été créee pour apporter la paix et est un symbole du métissage entre humains, êtres magiques et robots. Alors, oui, c’est un robot, mais c’est aussi une fille noire, même si dans le monde où elle vit, les humains ont disparu. [FIN SPOILER] À découvrir au plus vite !

Coup de coeur !

feya tome 1 extrait

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Feya, 1
Auteur(s) / illustrateur(s) : Marc Lataste
Édition: Vide Cocagne, 2018Bouton acheter petit
ISBN: 9791090425903
Prix: 26,95$
8 ans et plus

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Entre chiens et loups

Entre chiens et loups blackmanImaginez un monde. Un monde où tout est noir ou blanc. Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé. Un monde où les communautés s’affrontent à coup de lois racistes et de bombes. C’est un monde où Callum et Sephy n’ont pas le droit de s’aimer. Car elle est noire et fille de ministre. Et lui blanc et fils d’un rebelle clandestin…Et s’ils changeaient ce monde?

Ceci est une relecture. J’ai d’abord lu Entre chiens et loups lorsque j’étais au secondaire et je me souviens à quel point cette lecture m’avait marqué à l’époque. J’avais 15-16 ans, je commençais à peine à comprendre le monde et l’histoire de l’Humanité – particulièrement en ce qui a trait à la traite des Noirs, à l’esclavage et à la lutte pour les droits civiques. J’étais une adolescente noire qui, comme plusieurs autres, était victime de racisme à l’école (par des camarades de classe ET par des professeurs), et qui cherchait sa place dans le monde. Qu’est-ce que ça voulait dire d’être femme, francophone, noire d’origine haïtienne en Amérique du Nord ? Pourquoi donc est-ce que les gens avaient cette fâcheuse tendance à supposer qui j’étais et ce dont j’étais capable simplement en regardant la couleur de ma peau ? J’avais du mal à trouver réponse à mes questionnements: le tout était si intangible et difficile à cerner ! J’avais moi-même du mal à exprimer ce que je ressentais vis-à-vis tout cela, mais la frustration et le malaise que je ressentais face aux inégalités et au racisme étaient bien réels. Entre chiens et loups a été un véritable exutoire pour moi. Un autre monde était possible ! Et même si le monde dans lequel Sephy et Callum évoluent n’était pas réel, il me faisait réaliser que le racisme concerne davantage un système que des individus, que le privilège est quelque chose de réel sur lequel on a bien peu de pouvoir, que la fragilité blanche (« White Fragility ») existe bel et bien et que les microagressions sont sournoises. C’était mes premiers balbutiements vers une meilleure compréhension des mécanismes qui régissent notre société et de ma place dans le monde.

Et puis, l’histoire de Sephy et Callum m’a gardé en haleine du début à la fin. J’ai dévoré tous les tomes de la série et lorsque cela a été terminé, j’étais carrément en deuil ! J’étais triste que tout cela soit fini et j’aurais voulu rester dans l’univers de Malorie Blackman plus longtemps. Ce roman a validé d’une certaine manière ce que je ressentais face au racisme : Au Québec, on aime bien dire que le racisme n’existe pas ici et on tolère mal la chicane ou le conflit. On préfère dire qu’on ne voit pas la couleur ! Combien de fois m’avait-on fait comprendre que la couleur de ma peau n’avait rien à voir avec la manière dont j’étais traitée ? À la longue, ça te met un doute dans la tête ! Pourtant, il y avait bien ces petits gestes, ces petites manières de faire, des petits commentaires glissés ça et là qui me pesaient. À titre d’exemple, il y a un passage dans le roman (p. 70) où une Nihil (une fille blanche, donc) a un pansement marron foncé sur le front qui jure avec la couleur de sa peau. C’est tout bête, on n’y pense pas, mais pourquoi est-ce que tous les pansements disponibles sur le marché sont beiges ?? Bref, Malorie Blackman a mis le doigt sur toutes ces micro-agressions qui vous feront vous lever en plein milieu de votre lecture pour vous écrier « OUI, C’EST EXACTEMENT ÇA!! » Dans le roman, Dieu a la peau noire et les cheveux crépus, les médias parlent des méfaits des nihils en précisant que c’étaient des nihils, mais pas lorsqu’ils sont commis par des Primas, dans les oeuvres de fiction, les Nihils sont des brutes des alcooliques ou les deux… Est-ce que ça sonne familier?

De plus, j’ai bien aimé le clin d’oeil de l’auteure à Matthew Henson, car dans le monde de Sephy et Callum, on se souvient de lui comme étant le premier à avoir atteint le pôle nord géographique, mais pas du Blanc (Peary) qui l’accompagnait dans son expédition dans le nord. C’est tout le contraire qui s’est passé dans la réalité !

J’ai adoré suivre l’histoire parallèlement du point de vue de Sephy et de celui de Callum. Ce roman jumelle habilement histoire d’amour, fresque historique, tourments adolescents, passage à l’âge adulte et critique sociale et politique. Un incontournable. Ne passez pas à côté !

* Ce roman a reçu de nombreux prix.

Coup de coeur !

Malorie Blackman est une auteure américaine.

Malorie Blackman

Auteur(s) / illustrateur(s) : Malorie Blackman
Maison d’édition: Milan
Année de publication: 2011 Bouton acheter petit
ISBN: 9782745957252
Public cible: Ados
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Horizon (tome 1) : L’écrasement

Horizon 1 L'écrasement

Huit jeunes survivent à un accident d’avion au milieu de l’Arctique. Aussitôt extirpés des décombres de l’appareil, ils réalisent qu’ils sont entourés d’une jungle menaçante. Pourtant, ils devraient se trouver au milieu d’une étendue de neige et de glace. Avec l’eau et la nourriture qui se font rares, et les rivalités qui s’installent, les survivants réalisent vite que le pire reste à venir…

Des huit jeunes qui survivent à l’écrasement d’avion, il y a deux personnages noirs, deux japonaises, un américain d’origine japonaise et deux personnages blancs. Voici la première description que nous avons de Molly et Javis, les deux personnages noirs du roman: « La fille et le garçon qui l’avaient trouvé dans la soute avaient tous les deux la peau noire et des cheveux bouclés, mais n’avaient pas l’air d’être frère et sœur. » (p.40) J’ai toujours été un peu agacée lorsque l’élément descriptif premier des personnages noirs soit la couleur de la peau, alors que les personnages non afro-descendants soient décrits de manière plus variée et sans mention de la couleur de leur peau : « occidental », « blonde et mince », « japonaises » ou « grand ». Le problème, c’est que dans l’imaginaire de la majorité des lecteurs, tous les personnages d’un livre sont blancs, sauf preuve du contraire. Ainsi, dire qu’un personnage noir a simplement « des yeux en amande et des épaules carrées », par exemple, ne suffit pas.

Cela étant dit, Molly est un personnage très intéressant. Elle est sûre d’elle et prend les commandes. Assez directive, elle n’a pas froid aux yeux et on dirait bien qu’elle n’a peur de rien. Son histoire personnelle est aussi plus développée que celle des autres personnages. On sait par exemple que son père est décédé, emporté par une maladie surgit de nulle part et qu’elle a grandi avec sa mère. Alors que cette dernière a noyé sa peine dans un mutisme et dans l’irrationalité, Molly est devenue une personne « ultra-logique, qui [a] besoin de connaître le comment et le pourquoi de tout ce qui l’entour[e] » (p.191). Voilà donc un personnage noir féminin à l’esprit scientifique, qui a besoin de preuves et d’expérimentation avant d’en venir aux conclusions. C’est aussi elle qui mène le récit et qui fait avancer l’histoire par sa témérité. Sans Molly, l’équipe n’existerait plus car c’est elle qui soude le groupe. Sans elle, « ils n’avaient plus de chef, plus personne pour les pousser à donner le meilleur d’eux-mêmes et à trouver des solutions dans cet endroit étrange » (p.268). À la fin, on dit d’ailleurs que « c’était elle qui les ramènerait à la maison. » (p.276)

Quant à Javis, il est plus craintif et sensible. Il prend plus difficilement sa place dans le groupe. Il est extrêmement timide et nerveux et on découvre qu’il n’avait pas vraiment d’amis à l’école. C’est grâce au club de robotique (d’où sont issus les huit autres jeunes qui voyageaient ensemble pour se rentre à une compétition de robotique) qu’il a pu s’en faire. Il se sentait terriblement seul auparavant.

À noter qu’il y a aussi un personnage métis dans l’histoire, Yoshi, dont le père est japonais et la mère, américaine. Il a vécu au Japon, où il était affublé de l’épithète « Hafu », qui signifie « moitié » en japonais. Cette double identité affecte beaucoup Yoshi car il se cherche et souhaite simplement être lui-même.

L’histoire de ce premier tome d’Horizon de Scott Westerfeld débute en grande force, avec un rythme soutenu et une atmosphère intrigante, mais qui s’essouffle un petit peu dans la seconde moitié du roman. En bref, j’ai bien aimé cette lecture, mais elle n’était pas mémorable. Divertissante, tout au plus. Si ma pile de livres à lire n’était pas aussi longue, je lirais bien les prochains tomes, mais compte tenu que ma PAL est longue comme le trajet Montréal-Québec, je passerai sans doute mon tour. 😉 Une belle lecture malgré tout.

Auteur(s) / illustrateur(s) : Scott Westerfeld
Maison d’édition: ScholasticBouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9781443168281
Lectorat cible: Ados.
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Les Belles

Les bellesDans le monde opulent d’Orléans, les gens naissent gris, ils naissent condamnés, et seules les Belles peuvent, grâce à leur talent, les transformer et les rendre beaux. En tant que Belle, Camélia Beauregard est presque une déesse dans cet univers où triomphe le culte des apparences. Or Camélia ne veut pas se contenter d’être une Belle. Elle rêve de devenir la favorite choisie par la reine d’Orléans pour s’occuper de la famille royale et d’être reconnue comme la plus douée du pays. Mais une fois Camélia et ses sœurs Belles arrivées à la cour, il s’avère que la position de favorite tient davantage du cauchemar. Derrière les ors du palais, les noirs secrets pullulent…

Ugh. J’ai vraiment eu du mal à terminer ce roman, mais j’aurais tellement voulu l’aimer !! L’histoire m’a plu: un univers dystopique, la quête de la beauté, des êtres gris obsédés par leurs apparences… J’aurais aimé que le propos soit porté un peu plus loin car l’intrigue autour de la princesse qu’il faut (ou pas) aider de manière illicite m’a laissé de glace. Des femmes qui détiennent un pouvoir convoité dans un monde où les races telles qu’on les connaît n’existent pas (les Belles peuvent former de A à Z le physique d’une personne, ce dernier suit d’ailleurs les modes: les longs cous aujourd’hui, les cheveux roux demain, la peau ivoire ou ébène le mois suivant…), c’est vachement intéressant comme prémisse !

La page couverture m’a accroché dès le départ: une femme, noire, au teint foncé, aux cheveux crépus si soigneusement coiffés et ornés d’une fleur, les teintes de rouge sur sa robe blanche… au fond, je m’étais peut-être fabriqué moi-même toute une histoire, ce qui a inconsciemment construit des attentes assez élevées dans mon esprit. Je n’ai pas lu l’histoire que je voulais lire et ça m’a agacé. Je relirai sans doute ce roman à un autre moment de ma vie, en tâchant de garder l’esprit plus ouvert la prochaine fois, histoire d’éviter les déceptions !

Cela dit, les critiques pour ce roman sont excellentes et j’ai appris avec bonheur que l’auteure a fondé CAKE Literary, une entreprise dédiée à la défense de la diversité en littérature. YAY! Et vous, il vous a plu, ce roman ? Dites-moi tout ! 🙂

Dhonnielle Clayton est une auteure américaine.

Dhonnielle Clayton

Auteur(s) / illustrateur(s) : Dhonnielle Clayton
Maison d’édition: Robert Laffont Bouton acheter petit
Année de publication: 2018
ISBN: 9782221215937
Public cible: Ados

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