Ce que pèsent les mots

Résumé: Que dit-on vraiment quand on parle? La question du langage, des multiples façons dont on l’utilise, de ce qui motive ce qu’on dit et comment on le dit est indispensable à la compréhension du monde dans lequel on vit. Parler, ce n’est pas seulement communiquer, c’est classer, c’est discriminer, bref, c’est agir : le langage est un outil et c’est aussi une arme qu’on peut apprendre à utiliser !

Lectorat cible : 12 ans et plus

Autrices : Mirion Malle & Lucy Michel

Édition : La ville brûle 2021

ISBN : 9782360121243

Prix : 21,95$

Appréciation: Qu’est-ce que ça veut dire, parler? À la lecture de ce livre, on apprend que le langage n’est pas égalitaire: la violence des mots, les discriminations liées au langage ou causées par celui-ci touchent davantage les groupes de personnes les moins privilégiées au sein de la société. Le texte, intelligent et réfléchi, nous fait réaliser que oui, les mots peuvent tuer (par exemple, lorsque la paroles des femmes victimes de violence conjugale ne sont pas crues). On avance aussi que la façon de nommer les choses est donc extrêmement importante pour comprendre les idées, les images et les valeurs qui sont associées aux « autres ». On parle de l’usage du mot « Black » plutôt que « Noir », on parle de l’usage des pronoms il, elle ou iel, on parle de la manière dont la langue française en particulier est très normée et participe aux clivages sociaux. Bref, ce livre est extrêmement intéressant! Comme j’aimerais davantage de livres réfléchis, anti-racistes et féministes comme celui-ci pour le lectorat jeunesse!

Vous aimerez peut-être: Les règles, quelle aventure!, un autre livre issu de la même collection aux éditions La Ville Brûle.

Les devoirs d’Édmond

Résumé: « Ma maman est morte. Je le dis comme c’est arrivé, brusquement. Quelques minutes avant que la mer l’avale, on s’amusait tous les deux. Elle était le requin, j’étais le surfeur. On l’a retrouvée le lendemain, comme la boîte noire d’un avion. On ne meurt pas en vacances. C’est pas juste. On peut pas être très heureux et très malheureux la même journée. C’est trop rapproché. »

Lectorat cible : 8 ans et plus

Auteur : Julie Rocheleau & Hugo Léger

Édition : Les 400 coups, 2021

ISBN : 9782895409182

Prix : 23,95$

Appréciation: Gros coup de cœur pour ce livre imagé qui aborde le deuil pour le public jeunesse de niveau scolaire. C’est d’abord le texte qui m’a profondément touché; le personnage principal évoque sa douleur, sa solitude, son incompréhension et son sentiment de culpabilité face au décès de sa mère, partie alors que la famille était en voyage à la plage. Le texte est porté par une belle poésie, alors qu’on vit le cheminement du deuil d’un enfant. Ce dernier, témoin de la tristesse de son père et l’insouciance de sa petite sœur qui est trop jeune pour comprendre, tentera d’abandonner l’école pour soutenir sa famille. J’ai terminé ma lecture les yeux plein d’eau. Coup de coeur!

* Finaliste du Prix TD de littérature canadienne pour l’enfance et la jeunesse

Le nouveau

Résumé: Au début de sa septième année, Jordan Banks intègre une prestigieuse école privée d’un quartier riche de New York. Il ne se sent pas vraiment à sa place dans ce nouvel environnement. Non seulement il est nouveau, mais il est aussi l’un des seuls élèves noirs de tous les septième année. Jordan comprend vite que sa nouvelle vie sera semée d’embûches. Il va devoir être résilient pour rester fidèle à lui-même, à sa famille et à son quartier. Sera-t-il capable de jongler entre ces deux mondes très différents?

Lectorat cible : 10 ans et plus

Auteur : Jerry Craft

Édition : Scholastic, 2021

ISBN : 9781443191906

Prix : 16,99$

Appréciation: Il y a beaucoup de références à d’autres livres, à des films et à la culture populaire dans cette bande dessinée. J’ai adoré cet aspect. Les personnages semblent réels: justes, sans clichés et raccourcis racoleurs. La dynamique entre les parents de Jordan semble authentique et empreinte d’amour. Cette bande dessinée aborde le sujet du racisme avec réalisme et subtilité, de manière presque subversive. Il n’y a pas d’insultes lancées à tue-tête, mais plutôt des enseignants qui ne se rendent pas compte qu’ils mélangent les deux seuls étudiants noirs de l’école, des camarades de classe qui prennent pour acquis que les étudiants noirs ont forcément une bourse pour étudier dans une école privée, etc. Le livre aborde également les enjeux de charge raciale, comme lorsqu’on doit naviguer des environnements où on doit jongler entre être soi-même et ne pas déranger les Blancs par notre simple présence.

J’ai aimé la traduction canadienne plutôt qu’européenne: on parle d’école secondaire plutôt que de lycée et on nous épargne l’argot parisien. J’ai trouvé que les illustrations manquaient de sensibilité artistique et de relief. Le point fort de ce livre est sans l’ombre d’un doute le traitement du sujet. Pour les illustrations, rien de mémorable. À découvrir tout de même! À noter que les tomes 2 et 3 sont déjà disponibles en librairie.

Jerry Craft est un auteur noir américain.

Lulu et Nelson (tome 2): Le royaume des lions

Résumé: Dans l’attente de la libération de son père Roberto, Lucia vit chez Mary, une militante. Accompagnée de son nouvel ami Nelson, elle part sur les traces des lions sans se soucier des dangers.

Lectorat cible : 9 ans et plus

Autrice : Jean-Marie Omont, Aurélie Neyret & Charlotte Girard

Édition : Soleil, 2021

ISBN : 9782302091382

Prix : 26,95$

Appréciation: Comme j’ai beaucoup aimé le premier tome de Lulu et Nelson, je me devais de lire la suite, d’autant plus que l’épilogue laissait déjà entrevoir une histoire vachement intéressante. Dans ce nouvel opus, on reprend le récit là où il nous avait laissé à la fin du premier tome, mais on passe vite à autre chose. Lulu a toujours dans la tête l’idée d’adopter un animal sauvage pour le faire travailler au cirque, mais on sent que des questionnements commencent lui faire douter du côté éthique de sa démarche. Et si elle ne parvenait pas à subvenir aux besoins de liberté du lionceau qu’elle a soigné? Nelson, de son côté, continue de jouer un rôle assez mineur, même si on sent poindre à l’horizon le début d’une relation plus complexe entre les deux personnages. Un nouveau venu, un esclave sud-africain à qui on a promis une réunion familiale, va vouloir déjouer les plans de Lulu. Au final, ce personnage aura un rôle plus important que Nelson dans ce tome. On retrouve la même qualité au niveau des illustrations et du scénario. Une bonne série de BD à lire dès 9 ans!

Il court! Jesse Owens, un dieu du stade chez les nazis

Résumé: Illustré de photos d’époque et d’aquarelles, ce roman retrace le destin de Jesse Owens, sa jeunesse dans les Etats-Unis rongés par la ségrégation et ses exploits aux JO de 1936, à Berlin, sous le régime nazi. Avec, en fin d’ouvrage, une courte biographie de l’athlète et des informations sur la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

Lectorat cible : 10 ans et plus

Auteurs : Cécile Alix & Bruno Pilorget

Édition : L’Élan vert, 2022

ISBN : 9782844556806

Prix : 23,95$

Appréciation : La qualité de l’écriture et le mélange d’illustrations sobres et de photographies d’archives font de ce livre un magnifique objet très agréable à lire. L’autrice fait du lecteur un ami de Jesse Owens et ce dernier n’aura aucun mal à s’attacher à lui. Colère, tristesse, admiration… on passe par une foule d’émotions à la lecture de ce roman de docu-fiction racontant la vie de celui qui a couru aux jeux olympiques devant les Nazis et a battu des records du monde. J’ai eu un grand coup de cœur pour ce livre et il faut absolument que vous le lisiez!

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Kariba

Résumé: Sibu vit sur les rives du Zambèze. Elle est sans nouvelles de son père parti travailler sur le grand barrage de Kariba. Grâce à ses étranges pouvoirs qui la lient aux animaux de la région, elle décide de partir à sa recherche et de remonter le fleuve. Elle est accompagnée par Amedeo, le fils de l’ingénieur en chef de Kariba. Une sensibilisation à la protection de l’environnement.

Lectorat cible : 9 à 13 ans

Autrice : Daniel Clarke & James Clarke

Édition : Vents d’ouest, 2020

ISBN : 9782344040546

Prix : 32,95$

Appréciation: Les enfants de cette bande dessinée apprendront à se connaître malgré leurs différences. Malgré des visages inexpressifs et un trait inégal, les dessins et couleurs apportent profondeur et lumière. Des scènes d’action et de conflits armés ponctuent le récit. Les transformations fantastiques de Siku se déploient de cases en cases lors de moments charnières du récit. Par le biais de ce récit fantastique, Daniel et James Clarke évoquent le déracinement des tribus dont les foyers et terres sont détruites par la construction de barrages. Cette fiction n’est pas sans rappeler le destin tragique de nombreux peuples dont le territoire est détruit par l’avidité de compagnies souhaitant exploiter les ressources qui s’y trouvent.

Vous aimerez peut-être: Les bandes dessinées Lulu et Nelson, En vie et Les esclaves de Cumana.

Martin Luther King: Un rêve d’égalité

Résumé : L’Américain Martin Luther King est le plus célèbre personnage de la lutte non violente pour les droits et l’égalité des Noirs dans la société américaine. Il a reçu le prix Nobel de la paix en 1964.

Lectorat cible : 8 à 12 ans

Autrices : Anastassia Elias, Elsa Paris & Anne Blanchard

Édition : À dos d’âne, 2019

ISBN : 9782376060826

Prix : 15,95$

Appréciation : Voici un petit livre d’à peine une soixantaine de pages sur la vie du pasteur américain qui a lutté de façon non violente pour les droits civiques des noirs américains aux États-Unis. Environ la moitié du livre - qui tient sur une main - s’intéresse à la vie de Martin Luther King. Puis, un vaste dossier documentaire offre davantage de contexte à cette courte biographie: quelques repères historiques, un chapitre sur l’histoire américaine de l’esclavage à la guerre de sécession, la ségrégation, le Ku Klux Klan, le mouvement des droits civiques, ainsi que les répercussions et les limites de l’engagement de Martin Luther King. On aborde aussi le rôle historique de figures emblématiques telles que Malcolm X, Barack Obama, Rosa Parks et Ruby Bridges. À découvrir!

Vous aimerez peut-être : Dans la même collection, il y a Aimé Césaire: . Un volcan nommé poésie. Essayez aussi De petit à grand: Jean-Michel Basquiat et Les grandes vies: Maya Angelou.

Aimé Césaire: Un volcan nommé poésie

Résumé : Originaire de Basse-Pointe, en Martinique, Aimé Césaire fera de brillantes études à Paris. Ami de Senghor et de Damas, il inventera avec eux la notion de négritude : la défense des valeurs des peuples noirs. Grand poète, Aimé Césaire sera aussi député et maire de Fort-de-France au cours d’une vie où poétique et politique ne feront plus qu’un.

Lectorat cible : 8 à 12 ans

Autrice : Bruno Doucey, Hypathie Aswang & Christian Kingue Epanya

Édition : À dos d’âne, 2019

ISBN : 9782376060895

Prix : 15.95$

Appréciation : Publié dans la collection « Des graines et des guides » aux éditions À dos d’âne, ce livre biographique raconte la vie d’Aimé Césaire, de sa naissance à Basse-Pointe en Martinique, à sa mort à Fort-de-France. Le texte principal est abondamment illustré alors que le dossier documentaire en fin d’ouvrage donne à voir des photographies d’archives et divers tableaux historiques. On y voit la Maison de la négritude et des droits de l’homme à Champagny ainsi qu’une carte des départements et régions d’outre-mer français. On présente aussi les compagnons de route de Césaire: Léon-Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, Édouard Glissant et Paulette Nardal. Un livre mi-roman, mi-documentaire à lire dès 8-12 ans (et plus!).

À propos de l’illustrateur: Christian Kingue Epanya est Camerounais. Il a étudié en France et a remporté en 1993 le Prix UNICEF des illustrateurs. Formateur, il anime des stages d’écriture et d’illustration en France et à l’étranger.

Vous aimerez peut-être : Toussaint Louverture, l’arbre noir de la liberté, Aimé Césaire: Non à l’humiliation, ou L’incroyable destin de Katherine Johnson, mathématicienne de génie à la NASA, 3 docus-romans sur la vie de personnages historiques afro-descendants.

Sous nos yeux: Petit manifeste pour une révolution du regard

Résumé : Ce guide explore l’importance et l’influence des images sur les jeunes que ce soit à la télévision, au cinéma, dans les jeux vidéos, les publicités ou les séries. L’auteure analyse la nature de ces images et leurs effets puis propose des outils pour que les adolescents puissent modifier leur regard.

Lectorat cible : 12 ans et plus

Autrices : Iris Brey & Mirion Malle

Édition : La ville brûle, 2021

ISBN : 9782360121373

Prix : 21,95$

Appréciation : Wow wow wow! Avez-vous vu ce livre? Les éditions la ville brûle (qui ne m’ont encore jamais déçue) viennent de sortir un superbe livre documentaire qui fait réfléchir les jeunes au regard, au male gaze, à la banalisation de la culture du viol dans les séries télé, à la porno, à la fabrication des images qu’on consomme parfois trop passivement, et à la manière dont les femmes sont filmées à l’écran. On y parle aussi de la présence des femmes derrière l’écran: Tout le monde connaît les Frères Lumières, mais qui a entendu parler d’Alice Guy, la première à comprendre que le cinéma pouvait être utilisé pour raconter des histoires et la première cinéaste blanche au monde? Alice Guy est également la première à filmer une histoire avec un casting composé entièrement d’acteurs noirs lorsqu’en 1912, certains acteurs refusaient de tourner d’apparaître à l’écran avec Noirs et qu’elle décide de les virer et des les remplacer par une distribution entièrement afro-américaine, sans changer l’histoire: rien dans le film ne fait référence à la ségrégation, ni au racisme. Ce film aurait pu être tourné avec des acteurs blancs et ça n’aurait rien changé à l’histoire.

Sous nos yeux aborde aussi la question du female gaze, du désir féminin et du mouvement #MeToo. Le tout est présenté d’une manière non condescendante, à hauteur d’adolescent qu’on sait capable de réfléchir par eux-mêmes et faire preuve d’empathie. On les amène à se questionner sur les images qu’ils consomment et à ne pas être de petits moutons qui suivent le troupeau sans réfléchir. Je vous recommande fortement ce livre! 

Coup de coeur !

Vous aimerez peut-être : Les règles, quelle aventure!, Nous sommes tous des féministes, et Histoires du soir pour filles rebelles, trois livres jeunesse féministes.

Créatures (Tome 1): La ville qui ne dort jamais

Résumé : New York a sombré depuis la transformation de tous les adultes en zombies au contact de terrifiants hybrides. Une petite bande d’enfants livrés à eux-mêmes tâche de survivre dans la ville désolée.

Lectorat cible : 9 ans et plus

Auteur : Stéphane Betbeder & Djief

Édition : Dupuis, 2021

ISBN : 9791034738205

Prix : 21,95$

Appréciation : Je suis une amatrice de science-fiction et quand j’ai vu passer cette bande dessinée dans le rayon des nouveautés de mon libraire, j’ai tout de suite su qu’il fallait que je la lise. Et j’ai beaucoup aimé! On nous plonge dans un univers post-apocalyptique très sombre, avec des enfants qui tentent de survivre sans leurs parents depuis que les adultes sont atteint d’une curieuse condition les rendant légumes. L’univers créé par Betbeder et Dijef m’a rappelé celui du jeu vidéo Half-Life ou The last of us (deux excellents jeu d’horreur, soit dit en passant, quoique non appropriés pour les enfants). 

Ce premier tome ne perd pas de temps à placer les personnages et le contexte dans un récit un peu vide comme c’est parfois le cas en bande dessinée jeunesse. Dès les premières pages, on est aspiré dans l’histoire avec des personnages qui ont déjà un passé un monde déjà à la dérive. Il s’en passe des choses dans ce premier tome! Tout n’est pas dit, on se pose beaucoup de questions, mais c’est justement cela qui ne garde en haleine. Comment le monde en est-il arrivé là ? Que sont ces créatures ? Que veulent-elles ? Peut-on vaincre ces monstruosités ? Comment les personnages vont-ils parvenir à survivre? Comment ont-ils survécu jusqu’ici?

L’un des personnages principaux est une jeune fille noire aux cheveux naturels dont le petit frère est albinos et doté de pouvoirs magiques. Sa mère est également assez présente dans le récit puisqu’elle tente de la garder près d’eux sous sédatifs le temps qu’elle trouve une manière de la ramener à son état normal et pour la protéger de la créature maléfique qui rôde et cible les adultes. Cette fillette s’appelle Dina, mais tout le monde l’appelle Vanille puisque lorsqu’elle était petite, sa mère lui faisait des « tresses afro qu’on appelle des vanilles » (appelés des twists chez nous) et le surnom est resté. C’est une forte tête et elle reste concentrée sur son but à atteindre: survivre, protéger son petit frère et garder sa famille ensemble. À la limite, elle n’a pas besoin des autres. Elle tient a garder sa mère près d’elle malgré ce qui se passe dans le monde. Elle a beaucoup de courage et a même sauvé la vie des autres personnages principaux. Débrouillarde et pleine de ressources, elle ne se laisse pas faire du tout! Le récit se termine par la capture de son petit frère par une créature maléfique. Elle est aussi touchée. Finalement, elle aura peut-être besoin des autres… À suivre dans le tome 2! 

Cette BD se dévore d’un coup et elle plaira aux amateurs de sensations fortes et de récits d’horreur (oui, car il y a quand même quelques gouttes de sang et de coups de feu tirés). J’ai très, très hâte de lire la suite! 

Vous aimerez peut-être : Le cercle de providence, Les enfants d’ailleurs et Les Omniscients, trois bandes dessinées de science-fiction avec des enfants racisés comme personnages principaux.