Ce que pèsent les mots

Résumé: Que dit-on vraiment quand on parle? La question du langage, des multiples façons dont on l’utilise, de ce qui motive ce qu’on dit et comment on le dit est indispensable à la compréhension du monde dans lequel on vit. Parler, ce n’est pas seulement communiquer, c’est classer, c’est discriminer, bref, c’est agir : le langage est un outil et c’est aussi une arme qu’on peut apprendre à utiliser !

Lectorat cible : 12 ans et plus

Autrices : Mirion Malle & Lucy Michel

Édition : La ville brûle 2021

ISBN : 9782360121243

Prix : 21,95$

Appréciation: Qu’est-ce que ça veut dire, parler? À la lecture de ce livre, on apprend que le langage n’est pas égalitaire: la violence des mots, les discriminations liées au langage ou causées par celui-ci touchent davantage les groupes de personnes les moins privilégiées au sein de la société. Le texte, intelligent et réfléchi, nous fait réaliser que oui, les mots peuvent tuer (par exemple, lorsque la paroles des femmes victimes de violence conjugale ne sont pas crues). On avance aussi que la façon de nommer les choses est donc extrêmement importante pour comprendre les idées, les images et les valeurs qui sont associées aux « autres ». On parle de l’usage du mot « Black » plutôt que « Noir », on parle de l’usage des pronoms il, elle ou iel, on parle de la manière dont la langue française en particulier est très normée et participe aux clivages sociaux. Bref, ce livre est extrêmement intéressant! Comme j’aimerais davantage de livres réfléchis, anti-racistes et féministes comme celui-ci pour le lectorat jeunesse!

Vous aimerez peut-être: Les règles, quelle aventure!, un autre livre issu de la même collection aux éditions La Ville Brûle.

Lâche-moi!

Résumé: À 13 ans, Mayana, bien que très jolie, est complexée par sa demi-soeur Margaux, une élève très brillante qui capte tous les compliments. Quand Carl, le petit ami de cette dernière, lui propose de l’aider en maths, Mayana, flattée, accepte. Mais le jeune homme entreprend bientôt de la séduire et se fait de plus en plus pressant, allant jusqu’à la menacer.

Lectorat cible : 13 ans et plus

Autrice : Nacy Guilbert

Édition : Magnard jeunesse, 2021

ISBN : 9782210972612

Prix : 10,95$

Appréciation: Une belle petite surprise que ce roman court et efficace! Le texte est court et aéré, le récit est à la première personne et le personnage principal, Mayana, est authentique. J’ai attrapé ce livre à la va-vite, sans même lire le résumé de quatrième de couverture, et je l’ai dévoré en quelques minutes. Je ne m’attendais donc pas dû tout à découvrir une histoire d’harcèlement. Mayana est métisse, a quelques difficultés à l’école (rien de très grave, mais elle doit travailler fort pour maintenir de bonnes notes), alors que sa demi-soeur Margaux est blanche et a une facilité avec les matières les plus difficiles. Elles s’aiment comme des soeurs: beaucoup de jalousie, beaucoup de comparaison mutuelle, mais aussi beaucoup de soutien (la famille, c’est la famille!). Mayana considère sa meilleure amie, Astou, comme sa sœur de cœur et la décrit ainsi:

« Elle a un look d’enfer, Astou, avec ses tenues de ouf, ses énormes lunettes rouges, jaunes ou blanches et ses cheveux au naturel. Nappy. Libre. Surtout pas de lissage. Je l’admire. Est est trop forte. » (p.16)

Il y a quelques années, on aurait jamais pu lire un.e auteur.e blanc.he prendre la peine de s’attarder à l’importance des cheveux naturels pour les communautés noires, et encore moins l’inclure dans leurs récits. Merci à l’autrice Nancy Guilbert d’être une alliée! Ce roman s’adresse assurément à un public averti car il y a plusieurs scènes qui peuvent susciter des émotions fortes chez les lecteurs, notamment lorsque Carl (le beau gosse du lycée qui aide Mayana dans ses devoirs), l’embrasse sans consentement, l’incite à boire alors qu’ils ne sont pas majeurs, lui fait des attouchements, tente de la manipuler en lui disant qu’elle lui doit bien quelques contacts physiques (voire sexuels) puisqu’il l’a aidé à réviser, la harcèle, lui demande si elle est lesbienne car elle refuse ses avances, et utilise le détournement cognitif (« gaslighting ») pour la faire douter d’elle-même. Le récit devient oppressant, anxiogène très rapidement. Nancy Guilbert a une plume efficace et maîtrisée, tout en restant attrayante pour les jeunes. Recommandé! Contexte français.

Il court! Jesse Owens, un dieu du stade chez les nazis

Résumé: Illustré de photos d’époque et d’aquarelles, ce roman retrace le destin de Jesse Owens, sa jeunesse dans les Etats-Unis rongés par la ségrégation et ses exploits aux JO de 1936, à Berlin, sous le régime nazi. Avec, en fin d’ouvrage, une courte biographie de l’athlète et des informations sur la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

Lectorat cible : 10 ans et plus

Auteurs : Cécile Alix & Bruno Pilorget

Édition : L’Élan vert, 2022

ISBN : 9782844556806

Prix : 23,95$

Appréciation : La qualité de l’écriture et le mélange d’illustrations sobres et de photographies d’archives font de ce livre un magnifique objet très agréable à lire. L’autrice fait du lecteur un ami de Jesse Owens et ce dernier n’aura aucun mal à s’attacher à lui. Colère, tristesse, admiration… on passe par une foule d’émotions à la lecture de ce roman de docu-fiction racontant la vie de celui qui a couru aux jeux olympiques devant les Nazis et a battu des records du monde. J’ai eu un grand coup de cœur pour ce livre et il faut absolument que vous le lisiez!

Vous aimerez peut-être: Invaincus ou I have a deam : 52 icônes noires qui ont marqué l’histoire.

Aimé Césaire: Un volcan nommé poésie

Résumé : Originaire de Basse-Pointe, en Martinique, Aimé Césaire fera de brillantes études à Paris. Ami de Senghor et de Damas, il inventera avec eux la notion de négritude : la défense des valeurs des peuples noirs. Grand poète, Aimé Césaire sera aussi député et maire de Fort-de-France au cours d’une vie où poétique et politique ne feront plus qu’un.

Lectorat cible : 8 à 12 ans

Autrice : Bruno Doucey, Hypathie Aswang & Christian Kingue Epanya

Édition : À dos d’âne, 2019

ISBN : 9782376060895

Prix : 15.95$

Appréciation : Publié dans la collection « Des graines et des guides » aux éditions À dos d’âne, ce livre biographique raconte la vie d’Aimé Césaire, de sa naissance à Basse-Pointe en Martinique, à sa mort à Fort-de-France. Le texte principal est abondamment illustré alors que le dossier documentaire en fin d’ouvrage donne à voir des photographies d’archives et divers tableaux historiques. On y voit la Maison de la négritude et des droits de l’homme à Champagny ainsi qu’une carte des départements et régions d’outre-mer français. On présente aussi les compagnons de route de Césaire: Léon-Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, Édouard Glissant et Paulette Nardal. Un livre mi-roman, mi-documentaire à lire dès 8-12 ans (et plus!).

À propos de l’illustrateur: Christian Kingue Epanya est Camerounais. Il a étudié en France et a remporté en 1993 le Prix UNICEF des illustrateurs. Formateur, il anime des stages d’écriture et d’illustration en France et à l’étranger.

Vous aimerez peut-être : Toussaint Louverture, l’arbre noir de la liberté, Aimé Césaire: Non à l’humiliation, ou L’incroyable destin de Katherine Johnson, mathématicienne de génie à la NASA, 3 docus-romans sur la vie de personnages historiques afro-descendants.

Sur le vif

Résumé : Emoni, 17 ans, rêve de devenir cheffe dans un restaurant. Mais elle a aussi une petite fille de 2 ans, des cours au lycée et travaille le soir pour aider sa grand-mère à payer ses factures. Convaincue qu’elle ne pourra jamais réaliser son projet, l’ouverture dans son lycée d’un nouveau cours d’arts culinaires pourrait toutefois lui donner l’opportunité de montrer ses talents.

Lectorat cible : 13 ans et plus

Autrice : Elizabeth Acevedo

Édition : Nathan, 2021

ISBN : 9782092593981

Prix : 29,95$

Appréciation : J’ai fait l’erreur de lire ce roman sur le chemin du retour après le travail, alors qu’il me tardait de rentrer pour souper dans le confort de mon chez-moi. Erreur et naïveté! Car Sur le vif met l’eau à la bouche avec ses descriptions alléchantes de plats et de saveurs. J’ai adoré! Elizabeth Acevedo a encore une fois (après Signé Poète X) créé un personnage féminin fort, afro-latina, qui se développe et trouve sa voie dans la vie. J’ai aimé suivre Emoni dans son parcours vers l’atteinte de ses rêves, et j’ai admiré sa force de caractère et sa résilience. Emoni doit naviguer dans le monde en tant que femme, en tant que mère-adolescente, en tant que latina, et en voulant percer dans un milieu traditionnellement masculin. Elle aura la force de terminer ses études normalement malgré la naissance de sa fille, elle aura la force d’élever sa fille malgré ses relations tendues avec le père de cette dernière, et elle aura l’envie de suivre sa passion plutôt qu’une voie plus « facile » qui lui apportera plus de stabilité.

À propos de son identité afro-latina, on peut lire plusieurs passage où Emoni nous livre ses réflexions sur le racisme ordinaire qu’elle subit ou encore les difficultés rencontrées à cause de la couleur de sa peau, par exemple lorsqu’elle dit fièrement à une passante que ce bébé est le sien:

« Le sourire s’efface du visage de la dame mais le mien reste fermement en place. J’ai déjà rencontré des femmes de ce genre. Le genre à avoir des idées très strictes sur ce qui rend certaines personnes respectables. Le genre à prendre un air constipé en entendant que Babygirl est ma fille, mais qui aurait de l’empathie si elle était un peu plus pâle. Le genre à voir les cheveux multicolore d’Angelica [son amie lesbienne] et à la traiter de racaille en douce, mais à trouver charmante et créative une ado blanche avec des tresses violettes. Le genre à couper un stéréotype en deux, et à en garder la moitié pour les jeunes Blancs et la moitié pour les jeunes Noirs. Et peut-être que je la caricature, moi aussi. À m’imaginer que je sais très bien quel genre de femme elle est, juste parce qu’il y a des femmes comme ça qui nous donnent de la haine, à moi, à Angelica, à toutes les filles noires ou basanées du quartier, qui remuent la tête et font tss, tss, en nous voyant passer, qui nous rappellent qu’on n’est pas les bienvenues de leur côté de la ville, de leur côté du bus, de leur côté du monde. » (p.380-381).

Emoni jongle avec sa double identité (Noire et Latina) avec l’aisance d’une personne à qui on a demandé depuis toujours de quelle race elle est. Sa grand-mère se revendique noire, même si ces traits sont plutôt typés espagnols et qu’elle parle mieux l’espagnol que l’anglais. Son père ne manque pas une occasion pour lui parler de l’histoire de son île, Porto Rico, et de l’impact négatif qu’a eu la colonisation sur son peuple. Et comme Emoni le dit si bien, « c’est pas parce qu’être noir, chez nous, ça vient avec de la bomba et du mofongo, que ça compte pas. » (p.75) Un livre excellent que vous devez lire si vous voulez vous plonger d’une histoire réfléchie pleine d’espoir.

À propos de l’autrice : Elizabeth Acevedo est une autrice, poète et slameuse dominicaine-américaine. Elle écrit des romans pour adolescents et jeunes adultes. Elle est née de parents dominicains et a grandi à New York, aux États-Unis. Elle s’identifie comme afro-latina et enseigne au secondaire.

Vous aimerez peut-être : De la même autrice, il y a Signé poète X. Essayez aussi Je ne meurs pas avec toi ce soir et La fille des manifs.

Sous nos yeux: Petit manifeste pour une révolution du regard

Résumé : Ce guide explore l’importance et l’influence des images sur les jeunes que ce soit à la télévision, au cinéma, dans les jeux vidéos, les publicités ou les séries. L’auteure analyse la nature de ces images et leurs effets puis propose des outils pour que les adolescents puissent modifier leur regard.

Lectorat cible : 12 ans et plus

Autrices : Iris Brey & Mirion Malle

Édition : La ville brûle, 2021

ISBN : 9782360121373

Prix : 21,95$

Appréciation : Wow wow wow! Avez-vous vu ce livre? Les éditions la ville brûle (qui ne m’ont encore jamais déçue) viennent de sortir un superbe livre documentaire qui fait réfléchir les jeunes au regard, au male gaze, à la banalisation de la culture du viol dans les séries télé, à la porno, à la fabrication des images qu’on consomme parfois trop passivement, et à la manière dont les femmes sont filmées à l’écran. On y parle aussi de la présence des femmes derrière l’écran: Tout le monde connaît les Frères Lumières, mais qui a entendu parler d’Alice Guy, la première à comprendre que le cinéma pouvait être utilisé pour raconter des histoires et la première cinéaste blanche au monde? Alice Guy est également la première à filmer une histoire avec un casting composé entièrement d’acteurs noirs lorsqu’en 1912, certains acteurs refusaient de tourner d’apparaître à l’écran avec Noirs et qu’elle décide de les virer et des les remplacer par une distribution entièrement afro-américaine, sans changer l’histoire: rien dans le film ne fait référence à la ségrégation, ni au racisme. Ce film aurait pu être tourné avec des acteurs blancs et ça n’aurait rien changé à l’histoire.

Sous nos yeux aborde aussi la question du female gaze, du désir féminin et du mouvement #MeToo. Le tout est présenté d’une manière non condescendante, à hauteur d’adolescent qu’on sait capable de réfléchir par eux-mêmes et faire preuve d’empathie. On les amène à se questionner sur les images qu’ils consomment et à ne pas être de petits moutons qui suivent le troupeau sans réfléchir. Je vous recommande fortement ce livre! 

Coup de coeur !

Vous aimerez peut-être : Les règles, quelle aventure!, Nous sommes tous des féministes, et Histoires du soir pour filles rebelles, trois livres jeunesse féministes.

Berceuses métissées

Des berceuses recueillies autour du monde pour un voyage musical tout en douceur!

Ouvrez vos oreilles sur le monde avec cet album abondamment illustré et accompagné d’un CD audio à écouter. De france à Cuba, de Tunisie au Brésil, d’Inde en Haïti, d’Espagne en France, de la Guinée en amérique latine, ces berceuses métissées nous font parcourir le monde. Chaque double-page présente une chanson accompagnée des paroles et d’une traduction vers le français. Sur le CD audio, des enfants chantent en espagnol, en arabe, en français, en créole haïtien, en malinké, en portugais, en yoruba ou en français. J’ai aimé la qualité de la production musicale et la chaleur des illustrations aux couleurs chatoyantes.

La berceuse yoruba Yemaya, originaire de Cuba, raconte l’origine de la déesse de la mer, la source de la vie qui protège bébé lorsqu’il dort. Akadissa, chantée en malinké et originaire de Guinée raconte l’heureux événement de la naissance d’un bébé d’un village qui célèbre avec des griots, chanteurs et joueurs de kora. La berceuse Dodo Ti pitit manman met en garde bébé du crabe qui peut le manger s’il ne dort pas. On retrouve également les berceuses traditionnelles Dalaka, Oulah ya oulah, Dounia, et Bajo de un boton. Un délice pour les yeux et les oreilles.

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BERCEUSES MÉTISSÉES

AUTEUR(S) : Zaf Zapha, Caroline Chotard, Laura Guéry & Charlotte Cottereau
ÉDITION: Lacaza musique, 2021
ISBN: 9791094193174
PRIX: 37,95$
0 à 5 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Mbéla et la kora magique ou Les plus belles berceuses jazz. Essayez aussi Vodou, un documentaire jeunesse pour en apprendre plus sur la déesse Yemaya (entre autres!).

La très grande piscine

A la piscine, Léa a peur et n’ose pas sauter dans le bassin. Pourtant, petit à petit, elle vainc son appréhension et profite des joies aquatiques avec ses camarades.

J’aime beaucoup cette collection de livres faciles à lire des éditions Milan dans la collection Poussin. On l’oublie parfois, mais lire demande beaucoup d’effort, surtout quand on commence à peine à déchiffrer les lettres et à reconnaître les sons. Ce livre est conçu pour accompagner les apprentis lecteurs, d’abord par des jeux avec les lettres et les mots qu’ils rencontreront dans l’histoire, puis avec une comptine pour s’amuser. Avant l’histoire, il y a donc 5 pages de jeux pour se préparer au récit qui va suivre. Dans le texte, on retrouve une définition des mots et expressions difficiles ou nouvelles pour faciliter la compréhension. 

Le personnage principal, Léa, est craintive lors de son premier cours d’éducation physique à la piscine. Sans brassard, elle craint de ne pas flotter. Elle a peur du grand bassin et ne veut pas qu’on se moque d’elle. Heureusement, grâce aux encouragements de ses camarades de classe, elle affrontera ses peurs. Recommandé!

La très grande piscine
AUTEUR(S) : Louison Nielman & Colonel Moutarde
ÉDITION: Milan jeunesse, 2021
ISBN: 9782408019860
PRIX: 8,95$
6 à 8 ans

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Titus et les lamas joyeux: Mission sac de piscine, une bande dessinée adaptée pour les lecteurs débutants. Essayez aussi Jabari plonge et Tous à l’eau!.

En vie

Cette histoire sans paroles suit cinq personnes qui laissent tout derrière elles pour quitter leur pays.

Parfois, les mots sont superflus car les images parlent d’elles-mêmes. Dans En vie, on suit le parcours de cinq personnages qui ont tout quitté pour entreprendre un long voyage vers des conditions de vie meilleures, dans un pays qu’ils ne connaissent pas. Chaque page constitue une planche titrée qui résume ce qui se passe dans les cases. Le récit est porteur d’espoir puisqu’à la fin, les réfugiés parviennent à s’installer en France.

En vie ne raconte pas seulement l’histoire de ces cinq personnages qui fuient la famine, la guerre, un mariage forcé ou le chômage, mais aussi l’histoire de milliers de personnes réelles qui décident de tout laisser derrière elles. Dans le dossier en postface, on mentionne bien que personne ne quitte son pays, sa famille et ses amis pour le plaisir. Le voyage est long et dangereux. Des familles sont séparées et il y a toujours le risque d’être renvoyé dans le pays qu’on a été contraint de fuir et de devoir tout recommencer.

Ce livre parle aussi de SOS méditerranée, une association française dont la vocation est de porter assistance à toute personne en détresse sur mer se trouvant dans le périmètre de son action, sans aucune discrimination. Les marins ont le devoir de porter assistance et d’aider les personnes qui risquent de se noyer, par exemple lorsqu’ils aperçoivent des migrants dont le bateau ne peut résister aux vagues.

Le livre est publié dans un contexte français et les statistiques fournies sont également françaises, ce qui n’est pas facile d’accès pour un petit québécois qui n’a jamais entendu parler de villes comme Saint-Lô, Carquefou, Concarneau ou Le Puy en Velay, ou encore qui ne saisit pas encore très bien la valeur de l’euro par rapport au dollar canadien. Malgré tout, cette BD, lorsqu’utilisée en parallèle avec d’autres livres sur les réfugiés, peut constituer une belle porte d’entrée vers des discussions sur la solidarité.

À noter que ce livre est la version adaptée au lectorat jeunesse d’une BD pour adulte du même titre. En vie est aussi un album caritatif : sur chaque album, 2,5€ sont reversés à SOS Méditerannée.

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En vie…
AUTEUR(S) : Joub & Nicoby 
ÉDITION: KOMICS INITIATIVE, 2021
ISBN: 9782491374150
PRIX: 27,95$
8 ANS et plus

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Unis par le jeu : comment le soccer peut changer le monde, Même les mangues ont des papiers, ou encore Un voyage sans retour, trois livres jeunesse sur les réfugiés.

La fille des manifs

Barbara s’engage pour le climat et la force de son engagement lui vaut de devenir le visage de la contestation. Une interview qui tourne mal et son refus d’accepter une invitation de la présidente lui attire les foudres des médias qui l’avaient autrefois adulée. Pour traverser cette épreuve, elle écrit un journal destiné à Annie, sa grand-mère au destin tragique.

J’ai adoré ce roman. Il raconte l’histoire d’une jeune adolescente qui s’engage avec courage et sincérité pour le climat, et qui va se retrouver presque malgré elle sur le devant de la scène. Sa lutte illustre la pression qu’on met aux femmes qui parlent fort et s’expriment, ainsi que la manière dont on ne prend pas au sérieux la parole des femmes racisées. À ce sujet, elle dit:

« Je reçois régulièrement des messages d’insultes dans ma boîte mail et sur les réseaux. Surtout depuis que ma tête passe en boucle sur les écrans. Là, c’est le grand défouloir. Chacun se permet d’avoir un avis sur mon physique, mes fringues et ma façon de parler. Des journalistes ne manquent pas de mentionner que je suis métisse et que je ne suis pas spécialement une première de la classe mais une lycéenne qui passe un bac pro, sous-entendant que je suis bête et que j’ai du temps à perdre. (p.21) »

L’intersectionnalité entre son statut de métisse et de femme se constate aussi lorsqu’on remarque que la société ne semble pas prête à faire une place aux femmes qui manifestent. À celles qui veulent faire changer les choses. Celles qui osent dire NON. L’autrice aborde de front le double standard qui existe dans le milieu du militantisme: Les hommes sont perçus comme étant lucides et valeureux, alors que les femmes sont perçues comme hystériques et immatures. À cause de son jeune âge, et de son genre aussi peut-être, Barbara se remet beaucoup en question:

« Me voir et m’entendre parler est une épreuve. Je n’aime pas ma tête. Je ne supporte pas ma voix non plus. On dirait que j’aboie. Et mes cheveux qui tirebouchonnent dans tous les sens m’insupportent. Et les mots que je choisis, est-ce que je n’aurais pas dû en prendre d’autres? Les agencer autrement? Est-ce que je suis assez percutante, assez claire? […] J’avoue Annie, que je ne comprend pas vraiment ce qui chose les gens. Pourquoi est-ce qu’ils s’étonne de mon NON à la présidente? Pourquoi est-ce que ce NON les interpelle, les sidère? […] Mon engagement pour la planète ne fait pas de moi une héroïne. Je ne suis pas Rosa Parks qui se battait contre la ségrégation raciale aux États-Unis ni Sophie Scholl qui luttait contre le nazisme en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale ni Wangari Muta Maathai qui s’acharnait à replanter des arbres dans son pays, le Kenya, ravagé par la désertification. Je suis une adolescente comme les autres, une fille qui attend des adultes qu’ils se montrent un peu moins égoïstes et un peu plus matures. » (p.50-51)

Barbara ne manquera pas de faire l’expérience du sexisme. Trop souvent réduite à son genre, perçue comme un objet sexuel sans faculté de réflexion, sa lutte contre le climat éveillera aussi sa lutte pour le droit et le respect des femmes sur la place publique. À travers les mots qu’elle écrit pour sa grand-mère décédée, elle réalisera que la lutte menée par son ancêtre doit être continuée: « Tu es née après la Seconde Guerre et moi bien après l’euro. Je pensais jusqu’ici que des vies comme la tienne nous avaient servie à avancer, que ton existence avait éclairé nos consciences, que les filles étaient désormais comme les garçons, des êtres humains de chair, de sang et de réflexion, et qu’il était révolu le temps où on les considérait comme des petites choses jolies, d’autant plus jolies qu’elles se taisaient. Et, pourtant, je m’aperçois que ce n’est pas tout à fait vrai. » (p. 110)

Le roman, presque trop court, est extrêmement bien mené et porté par une écriture limpide où l’autrice s’efface derrière son personnage, lui laissant tout l’espace nécessaire pour exister. J’ai adoré!

Coup de cœur!

La fille des manifs
AUTEUR(S): Isabelle Collombat
ÉDITION: Syros, 2020
ISBN: 9782748527001
PRIX: 29.95$
13 ANS ET PLUS

Ce livre vous a plu?
Vous aimerez peut-être Sortir d’ici et Signé Poète X, deux romans pour adolescents avec des héroïnes aux prises avec du sexisme ordinaire. Essayez aussi Je ne meurs pas avec toi ce soir, qui raconte une histoire de manifestation pour la justice.